I. Saint Luc, iy, i6. Voir i6-3o, la scène rappelée ici
« Aujourd'hui est accomplie cette Écriture que vous venez d^entendre. »
L'on aimerait à se reposer sur cette douce révélation de Jésus et sur la première impression qu'elle causa aux Nazaréens, qui c tous lui rendaient témoignage et admiraient les paroles de grâce qui coulaient desabouche ». Malheureusement^ d'autres réflexions leur vinrent bientôt à l'esprit, La disproportion entre la vie, si humble jusque-là,, du a fils de Joseph », et la merveilleuse sagesse du jeune Maître, au lieu de leur montrer clairement l'intervention de Dieu, leur causa un étonnement voisin du scandale. Ils se crurent en droit d'exiger de leur compatriote, comme preuve de sa mission, des miracles dont les rendait indignes leur manque d'esprit surnaturel. Jésus se vit obligé de leur rappeler combien souvent le prcphète est froidement accueilli des siens qui, ayant à son sujet des vues trop humaines, discutent sa personne et ses titres, au lieu de s'incliner devant l'envoyé de Dieu. Ainsi, ÉUe et Elisée, maltraités dans Israël, trouvèrent l'hospitalité chez les étrangers et rencontrèrent parmi eux des cœurs mieux préparés pour l'action divine. Ces avertissements du sage et aimable Maître, au lieu de faire réfléchir les Nazaréens, les exaspérèrent. Ils se levèrent tumultueusement, et, repoussant Jésus hors de la Synagogue et de la ville, ils le menèrent jusqu'à la pointe du rocher sur lequel Nazareth est bâtie, menaçant [de le précipiter de là.
On raconte aux pèlerins de Galilée que Marie avait assisté à cette scène ; la tradition la représente blessée dans son amour de mère et dans son affection pour sa chère Nazareth^ suivant, désolée, son
Fils qu^on emmenait vers le lieu du précipice '. Mais la volonté du Père était que, deux ans encore et plus, Jésus offrît la grâce à Tendurcissement des siens. Il arrêta à son gré les desseins de ses ennemis, et, tranquille, « passant au milieu d'eux, il s'en alla ».
Au moment de la Passion, Marie fut confiée aux soins de saint Jean à Jérusalem, et il n'est plus question de sa demeure de Nazareth. Il semble donc qu'à un certain moment, moment difficile à préciser, elle abandonna, pour se retrouver plus près de son Fils, la maison où ils avaient passé ensemble de si douces années. Plusieurs supposent qu'elle habita Caphamaûm, ou elle avait déjà passé quelques jours après les noces de Câna, et où le Seigneur revenait souvent. Il est à croire aussi qu'elle l'accompagna au moins par intervalles, dans ses missions, attentive à sa parole, se réjouissant en Dieu de ses miracles.
Elle avait sans doute sa place d'honneur dans ce groupe de femmes, qui suivaient Jésus et le servaient. « Il y en avait qui avaient été délivrées par lui d'esprits mauvais et de maladies : Marie appelée Magdeleine, de qui étaient sortis sept démons, Jeanne, femme de Chusa le procureur d'Hérode, Susanne, et beaucoup d'autres encore'. » A celles-là, que mentionne saint Luc, saint Matthieu et saint Marc ajoutent < la mère des fils de Zébédée » qui se nommait probablement Salomé, et < Marie, mère de
I. Pour l'identification locale, on admet assez gënëralement qu'il faut corriger la tradition de Nazareth, qui montre un rocher beaucoup trop éloigne de la yille.
a. Saimt Luc, yiii, a, 3.
Jacques et de Josès^ », c*est-à-dire Marie de Cleophas. Cette dernière paraît avoir été si attachée à sa. « sœur »y que sa seule présence parmi les saintes femmes est un indice de la présence de Marie ellemême. Toutes les autres durent aussi contracter avec la mère de Jésus une respectueuse et sainte liaison. Marie leur apprenait à servir Jésus; ses entretiens et sa vue même épuraient les âmes jadis pécheresses, encourageaient et élevaient les âmes pures, enseignaient à toutes la sainteté de la vie et l'ardeur de F amour divin.
Pendant toute cette époque de la vie publique de Jésus, rÉvangile ne parle de Marie qu'en passant, indirectement même, dans deux épisodes dont il est inutile de rechercher la place chronologique, car ils ont peu de liaison avec l'ensemble de l'histoire évangélique. En ces deux occasions, Jésus nous donna à propos de sa mère, d'utiles et profonds enseignements; et, pour qui sait réfléchir et peser le sens de ses paroles, il la loua de la façon la plus délicate, et nous apprit à comprendre mieux sa grandeur. .
Un jour, pendant qu'il parlait à la foule dans la maison où il séjournait à Gapharnaûm, les fils de Marie de Cléophas viennent avec la Sainte Vierge, le cherchant et demandant à lui parler*. Ils arrivent près du cercle des auditeurs, et le bruit se répand, de proche en proche, que la mère de Jésus est là, avec d'autres parents, et qu'elle désire parler à son
I. Saint Matthieu, xxrii, 56; saint Marc, xv, 4o. Il semble que Salomë (saint Marc) et la mère de Jacques et de Jean (saint Matthieu) soit une même personne.
a. Saint Matthieu, xii, 46-5o; Saint Marc, m, 3i-35; Saint Luc, yiii, i^-ai.
Fils. « Voilà votre Mère el vos frères, dit quelqu*un. Ils sont dehors et vous cherchent. » Mais Jésus est en train de travailler à Tœuvre divine; lui qui enseigne qu*il faut savoir, pour le service de Dieu^ se dégager des liens de la terre même les plus intimes, . il veut donner Texemple aussi bien que le précepte. Avec toute la promptitude et Vk propos divin de son éloquence : « Qui est ma mère, dit-il, et qui sont mes frères? » Puis, regardant cette foule groupée autour de lui, et discernant en elle ceux qui déjà le suivent de plus près, ceux qui seront siens, il étend la main sur eux, et dit : < Voici ma mère et mes frères; car quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, et ma sœur, et ma mère. » Dans son attitude et dans sa parole, Jésus se montre — comme jadis à douze ans, au Temple — Thomrae de Dieu, tout entier aux intérêts du Père, indépendant du sang et de la chair. Et il donne à ses disciples,^ et, au delà d*eux, aux futurs ouvriers apostoliques, cette leçon, qu'ils doivent être, eux aussi, uniquement aux âmes et à Dieu. C*est là qu'est leur famille, dont Jésus est le centre et le lien : lien entre les membres et lien des membres au Père.
A la leçon de détachement, le Maître ajoute un autre enseignement, qui était un encouragement pour la partie fidèle de ses auditeurs, qui reste pour nous tous une précieuse consolation. Quiconque reçoit la parole de Dieu et accomplit sa volonté contracte en esprit, avec Notre-Seigneur, une alliance et comme une parenté très étroite. Il est son frère — Jésus le redira et tout le Nouveau Testament ujus en assure ; — et, à d'autres égards, il est sa mère aussi ; il fait spirituellement naître le Christ dans son pro-
pre cœur, et, s'il est apôtre, dans le cœur des autres hommes ; et il a part à l'afiection dont Jésus entoure sa mère bien-aimée.
Mais, de toutes façons, c'est à Marie qu*appartient, avant et par-dessus tous les autres, cette affection et cette union avec Jésus : car, plus que personne, elle s^est conformée, dans toute sa conduite, au bon plaisir divin. N'a-t-elle pas conçu le Verbe en se reconnaissant la servante du Seigneur, et en se livrant à toute sa volonté ? Et la parole de Jésus ne dit-elle pas qu*elle lui est plus chère encore et, en un sens, plus mère, par cette consanguinité spirituelle, qui la rattache au Père et à lui, que par la seule filiation naturelle, selon laquelle il tient d*elle sa chair et son %ang ?
Un autre jour que Jésus prêchait, une femme, de la foule, éleva la voix et s*écria : « Bienheureux le sein qui vous a porté, bienheureuses les mamelles qui vous ont nourri*! » Et le Sauveur répondit : « Bienheureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent! » Cette fois, Jésus détourne le discours. Il ne veut pas s*étendre en public sur réloge de sa mère ; et il ne veut pas que ses auditeurs fassent, ce que cette femme entendait surtout faire, son éloge à lui. Sa pensée est toujours orientée au bien de ceux qui Técoutent et au progrès de leurs âmes. Saisissant donc, comme il aimait à faire parfois, le mot principal de la phrase, il le renvoie à cette foule qui est là et qui s'attend à un enseignement : < Bienheureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent! »
On retrouve ici la même doctrine que dans Tépi-