I . Actes des Apôtres, x, 4o-4a
spécialement choisis, pour être non seulement les témoins, mais encore les prédicateurs' du Oirîst ressuscité.
Ni l'un ni Tautre de ces rôles ne convenait à Marie. Elle tenait de trop près à Jésus, sa dignité était trop haute, pour qu*elie fût au rang des témoins. Du rang des prédicateurs et des apôtres, elle était exclue par son sexe, et encore par sa dignité : car Tordre de Funion hypostatique, auquel Télèvesa divine maternité, remporte incomparablement sur Tordre même de Tapostolat et du ministère évangélique. Aussi ne la trouvons-nous pas mentionnée dans la liste des apôtres et des saintes femmes auxquels, d'après le récit sacré, furent accordées les premières apparitions de Jésus.
Mais il ne suit nullement de là qu'elle ait attendu après eux pour contempler le ressuscité. Ses titres étaient différents, mais ils étaient de toutes façons supérieurs à ceux des autres ; et tout indique que Marie, étant d'un rang plus élevé, eut aussi dans un rang à part, avant les autres et plus que les autres, part aux joies de la Résurrection. L'Ecriture, qui « suppose que nous avons l'intelligence * », a laissé à lasciencedes docteurs et à la piété des fidèles la tâche facile de deviner ce doux secret de Jésus et de sa mère ; et la persuasion de tous est que Marie fut la première illuminée de la lumière renaissante du Christ. N'avait-elle pas souffert plus que les autres de ses douleurs? « Selon la multitude des douleurs de mon cœur, Seigneur, vos consolations ont réjoui
I. Saint Ignace, Exercices spirituels ^ Mystères de la rie de Notre-Seigneur : de la Résurrection du Christ et de sa première apparition,
mon âme S » Mais surtout, n*était-elle pas sa mère? Et que le très aimant Jésus, divinement délicat et attentif à consoler chacun des siens, ait d*abord consolé sa mère, cette pensée n'entre-t-elle pas d'ellemême et avec une sorte d'évidence dans les esprits ?
L'affection filiale l'exigeait, et l'ordre même des choses : car si intime est l'union contractée entre Marie et Jésus depuis l'heure de l'Incarnation, que Marie a sa part j dans le mystère même de la résurrection de Jésus.
Parce que le Père communique au Verbe la vie divine, il lu^ dit éternellement : c Vous êtes mon Fils : aujourd'hui, je vous engendre. » Et parce que l'humanité du Christ subsiste dans le Verbe et participe à sa filiation, le Père dit la même parole au Verbe incamé, dans « l'aujourd'hui» du temps, et il la dit en particulier aux moments où le Verbe inaugure ou renouvelle la vie de son humanité. «Vous êtes mon Fils, aujourd'hui je vous engendre », c'est la parole du Père au jour de l'Incarnation, au jour de la Nativité, et aussi au jour de la Résurrection. Pour Marie, qui seule peut dire avec le Père : « Vous êtes mon Fils », elle ne peut ajouter, au matin de Pâques: « Aujourd'hui je vous engendre », car son acte n'est pas, comme celui de Dieu, permanent et toujours actuel. Mais elle peut dire, pleine de joie et en toute vérité : « Vous êtes mon Fils, même dans les splendeurs de votre gloire ; l'humanité qui renaît aujourd'hui du tombeau est bien celle qui jadis est née de moi ; et siy il y a trois jours, quelque chose de moi-même souffrait, quelque chose de moi-même est aujourd'hui glorifié. » Et de plus, elle peut dire :