LA SAINTE VIERGE MODELE DE RELIGION
Considérations
En quoi consiste la vertu de religion? Cette vertu, qui sert, en quelque sorte, de lien, de point d'appui à toutes les autres, n'est ni la foi, ni l'espérance, ni la charité; cependant elle inspire et commande ces vertus théologales qui la commandent à leur tour. « De la foi, écrit saint François de Sales, elle emprunte le bien-croire, de respérance|le bien-espérer et de la
Méditaiions sur la Sainte Vierge 149
chanté le bien-aimer (i). »Elle n'est pas non plus quelqu'une des vertus cardinales; et cependant, saint Thomas affirme que, parmi les vertus morales, elle tient le premier rang. Elle est par rapport aux autres vertus ce qu'est, pour Tarbre, le tronc d'où partent les branches, ce qu'est, dit le saint évêque de Genève, l'architecte par rapport aux ouvriers, le père ! par rapport aux membres de sa famille. Saint Augustin l'appelle : « Une vertu qui relie Fâme au Dieu tout-puissant (2). » C'est à elle, dit encore saint François de Sales, comme à la princesse des vertus, qu'il appartient d^annoblir les actions, les-
Etendard, liv. lll,chap. i^"".
Voir Mgr Lelong, Vertus sacerdotales^ p. 26.
1^0 Méditations
quelles, d'elles-mêmes, seraient roturières et indifïérentes (i). On peut la définir : « Une vertu morale et surnaturelle qui nous porte à rendre à Dieu, aux personnes et aux choses consacrées à Dieu, à tout ce qui touche au service de Dieu, l'honneur, le respect, le culte qui leur sont dus.
Que la Sainte Vierge ait possédé à un degré éminent la vertu de religion, c'est ce qui ne doit faire de doute pour personne.
Cette vertu, en effet, est toujours en rapport avec l'idée que nous avons de Dieu. Si cette idée est nulle comme chez les athées, les incrédules, les impies, la vertu de religion est nulle aussi. Si cette
(i) Etendard de la Croix, liv. III, chap. i'*".
sur la Sainte Vierge 15 r
idée est médiocre comme chez les indifférents, la vertu de religion est médiocre également. Enfin, si cette idée est grande comme chez les saints, la vertu de religion est grande dans la même proportion.
Mais qui donc a mieux connu Dieu que la créature bénie entre toutes les créatures, destinée à avoir des rapports si étonnants avec chacune des personnes de l'adorable Trinité, à être la Fille du Père, la Mère du Fils et l'Epouse du Saint-Esprit? Par conséquent, qui a pratiqué mieux qu'elle la vertu de religion ?
Oh! qu'il y a de joie surnaturelle à se représenter cette auguste Vierge, petite enfant, toute pénétrée de la grâce de son Immaculée-Conception, assise sur les
152 MédUations
genoux de sa mère, joignant les mains et disant avec un accent qui devait ravir le ciel : « Mon Dieu, je vous aime ! » Qu'il est doux de se la représenter, pendant son séjour dans le temple de Jérusalem, priant avec une angélique ferveur, méditant les saintes Ecritures, professant le plus profond respect pour les lévites et les prêtres, travaillant "à la décoration des autels et ayant l'attitude d'un ange dans la maison de Dieu ! Qu'il fait bon se la représenter dans tous ses rapports avec Jésus! Elle savait que s'il était son Fils, il ne cessait pas d'être son Dieu, et, à ce double titre, elle avait pour lui et pour tout ce qui touchait à son auguste personne une vénération remplie d'amour. Plus tard, pendant les longues années
Sîir la Sainte Vierge 1 53
qu'elle passa encore sur la terre après l'Ascension de Notre-Seigneur, avec quelle religion ne la voyait-on pas prendre part, aux saints Mystères, communier, prolonger son action de grâces, traiter la sainte Eucharistie, parcourir la voie douloureuse ! Quel exemple !
O Marie, du haut du Ciel, abaissez sûr nous vos regards, et faites que nous pratiquions le plus parfaitement possible la vertu de religion.
Examen
Ai-je à cœur, à l'exemple de Marie, de me bien pénétrer de la vertu de religion? — Q.uel est mon respect pour Dieu? — Ne m'arrivet-il jamais de prononcer son nom à la légère? — Comment me com-
I ^ 4 Méditât iû ns
porté-je dans la maison de Dieu? — Y suis-je recueillie? — Mon attitude y est-elle pour tout le monde un sujet d'édification? — Quelle idée ai-je du pape, des évêques, des prêtres, qui sont les représentants de Dieu? — Comment en parlé-je?
— Suis-je remplie de vénération pour les saintes Ecritures, pour les reliques, pour les images des saints, pour lepain bénit, pour Teaubénite, pour toutes les choses consacrées à Dieu ou sanctifiées par les bénédictions de l'Eglise? — Est-ce un bonheur pour moi de travailler à ia décoration des autels? — Sais-je voir Dieu dans la nature, dans les merveilles de la création, dans le parfum et la beauté des fleurs?
sur la Sainte Vierge 155
Résolution
O Marie, je prends la résolution de faire toujours avec attention et respect le signe de la croix.
Bouquet spirituel
« Nous devons avoir Dieu devant les yeux toujours et en tout lieu(i). »
(i) S. François de Sales. Voir Manrèse saïésien, p. 88.
^^ ^^ ^^ ^c ^^ ^^ ^fe.
bingtlèmc illébitation
Considérations
Parmi les vertus qui composent le brillant diadème de Marie, il en est une dont l'importance ne saurait vous échapper, car elle est la source de toute sainteté ; c'est la foi.
Qu'est-ce que la foi? La foi, répond la sainte Eglise, est une vertu surnaturelle qui nous porte à soumettre notre intelligence à Dieu en croyant fermement toutes les vérités qu'il nous a révélées et qu'il
Méditations sur la Sainte Vierge 1 57
nous a enseignées par son Eglise.
« La foi, dit saint François de Sales, n'est autre chose qu'une adhésion de Tentendement et une attache de la volonté aux vérités des mystères de notre religion. Elle a pour objet les vérités révélées de Dieu. L'entendement trouve ces.
vérités belles et bonnes et, partant, il vient à les croire et la volonté à les aimer (1). »
Comme toutes les vertus chrétiennes, la foi a divers degrés. « Il y a la foi du chrétien qui adhère aux vérités divines, certain qu'il doit se soumettre à l'enseignement de Dieu : c'est le premier degré. Ily a la foi de cet autre chrétien qui,
(i) Voir S. François de Sales. Sermon du deuxième jeudi du Carême. Voir Manrèse, p. 196.
1^8 Méditations
s'attachant de cœur et d'âme à. ces mêmes vérités, s'applique à y conformer habituellement ses pensées et sa conduite : c'est le second degré. Il y a la foi de celui qui, plein des célestes vérités, marche sans cesse dans leur clarté et vit tout entier dans la lumière d'en haut :
c'est le troisième degré (i). »
Ainsi comprise, la foi est. un foyer de lumière, une source de grandeur, de sainteté, de mérites.
Voyez à quelle hauteur elle vous élève, quels horizons elle découvre devant vous, de quelles divines clartés elle illumine votre vie, comme elle la transforme, comme elle rend votre âme agréable à Dieu, quels trésors elle vous fait amasser
(i) Mois des fruits^ p. 249. ' ■ • i
sur la Sainte Vierge 1 59
pour le ciel... «Oh! s'écrie saint François de Sales, que c'est une grande bénédiction que de bien croire (i)! »
La Sainte Vierge a-t-elle pratiqué la foi? Oui, certes, et au plus haut degré. « Du moment que la Vierge possédait, et d'une manière plus excellente encore, tous les dons et toutes les perfections que la grâce sanctifiante communiqua jamais aux anges et aux hommes, peut-on lui refuser cette plénitude de foi (2)? » Non seulement elle a cru aux saintes Ecritures, à la divinité de Jésus-Christ, à tous les mystères de la religion, mais toujours elle a conformé sa vie aux divins ensei-
(i) Œuvres, t. Il, p. 263. Edit. 1851. / (2) L'Immaculée Conception et le Sacerdoce^ par Eug. Baffie, p. 41.
1 6o Méditation.'^
gnements de la foi. Que dis-je?
toujours elle a vécu de la foi. C'est la foi qui inspirait toutes ses pensées, toutes ses paroles, toutes ses actions, qui élevait son âme audessus de ce monde et lui faisait mener une vie digne del'admiration des anges. « La foi de Marie, dit sainte Brigitte, dirigeait tellement toutes ses actions, qu'elle résolut fortement dès sa plus tendre enfance de ne jamais offenser Dieu, mais de pratiquer toutes les vertus (i). »
Ne soyons donc pas surpris que la sainte Eglise appelle Marie la mère de la foi, comme la mère de la grâce, et qu'elle la considère comme la destructrice de toutes les héré-
(i) Voir Toutes les principales vertus chrétiennes. Oudin, 1866.
sîir la Sainte Vierg-e 16 1
sies. Saint François Xavier avouait qu'il avait trouvé les peuples rebelles à rÉvangile, chaqiie toisqu'à côté de la croix du Sauveur il avait omis de montrer l'image de sa Mère (i). Au contraire, l'expérience prouve que le plus sûr moyen de trouver Jésus et, par conséquent, d'avoir une foi vive, c'est de recourir à Marie. « O maîtres avides de comprendre, demandez à la Reine des docteurs de croire un peu mieux... Et vous qui pour vivifier votre foi, allez fouiller, tantôt dans la poussière des bibliothèques, tantôt dans les laboratoires de la science, tantôt dans des systèmes aventureux, demandant partout :
Qu'est-ce que la vérité? sur cet
(i) Voir Mgr Pie, Sainte Vierge, p. 290.
102 Méditations
autel où vous ne regardez pas assez souvent, il y a une femme qui donne la vérité, parce qu'elle la porte dans ses bras et qui vous dit :
Non, ce ne sont point les méditations philosophiques, ce ne sont point les livres nouveaux, ce ne sont point les explorations inconnues, ce ne sont point les sages anciens qui vous répondent, c'est moi qui montre la vérité en Israël (i). »
O Marie, montrez-moi Jésus, votre divin Fils. Oui, montrez-le-moi dès ici-bas en augmentant ma foi, montrez-le-moi surtout par delà le tombeau dans les splendeurs de sa gloire.
(i) P. CdiXXs^eiie ^Manrèse du Prêtre, t. 11,
sur la Sainte Vierge 163
Examen
Aimé-je à considérer la Sainte Vierge comme un modèle de foi?
— Ai-je bien compris la nature et Timportance de cette vertu? ' — Puis-je me rendre le témoignage que je possède une foi vive? — Evité-je avec le plu^ grand soin les lectures, les conversations qui pourraient être un danger pour ma foi? ~- Lorsqu'il m'arrive quelque doute par rapport à la foi, ai-je soin de faire un acte de foi, de recourir à la Sainte Vierge? — Est-ce que je prends tous les moyens de m'instruire des vérités de la religion? — A l'exemple de Marie, suis-je animée d'un grand esprit de foi?— La foi est-elle le mobile de toutes mes
164 Méditations sur là Sainte Vierge
pensées, de toutes mes paroles, de toutes mes actions?
Résolution
O Marie, je prends la résolution de répéter souvent pendant la journée l'acte de foi.
Bouquet spirituel
« Q,ui ne croit pas tous les mystères de la foi n'est pas catholique et n'entrera jamais en paradis (i). »
(i) S.François de Sales. Sermon du 3° jeud de Pâques. Voir Ma?irèse, p. 198.
LA SAINTE VIERGE MODÈLE d'ESPÉRANCE
Considérations
Qu'est-ce que l'espérance? L'espérance, répond la sainte Église, est une vertu surnaturelle par laquelle nous attendons de Dieu, avec une ferme confiance, sa grâce en ce monde et la gloire éternelle dans l'autre.
On peut appeler l'espérance la fille de la foi, car elle naît de la foi comme le fruit naît de la fleur, comme la fleur naît de la tige.
iéb Méditations
« Soudain que la foi m'a montré mon souverain bien, dit saint François de Sales, je l'ai aimé et, parce qu'il était absent, je l'ai désiré; et d'autant que j'ai su qu'il voulait se donner à moi, je l'ai derechef plus ardemment aimé et désiré (i). »
L'espérance a pour motifs : la bonté de Dieu qui veut être appelé notre Père et qui nous a donné tant de preuves de son amour; les mérites infinis de Jésus-Christ qui, pour nous ouvrir le ciel et nous procurer les grâces dont nous avons besoin, a souffert et est mort sur la croix; enfin les magnifiques promesses faites à la prière par Notre- Seigneur qui a dit : Demande:^^ et il vous sera donné; cherche^, et
(i) Amour de Dieu, liv. II, chap. xvi.
sur la Sainte Vierge 167
vous troiiverei;lfrappe:{^ et ii vous sera ouvert. Car quiconque demande reçoit; et qui cherche trouve; et à qui frappe it sera ouvert (ij...
Quelque chose que vous demandiez â mon Père en mon nom^ je le ferat^ afin que le Père soit glorifié dans le Fils [p.)... .
Comment, avec de tels motifs d'espérance, pourrait-on abandonner son âme au doute, à la défiance, au découragement? Comment surtout se laisserait-on envahir par la tristesse? L'espérance, mais elle est la joie de notre exil, le rayon de soleil dans la tempête, l'étoile qui sourit au voyageur pendant les ténèbres de la nuit, l'arc-en-ciel après Torage, la fleur au milieu des
(i) s. Matthieu, vu, 7-8.
(2) S. Jean, xiv, 13.
i68 Méditations
ruines, le rameau d'olivier apporté <à Noé par la colombe... Elle est, dit saint Thomas, comme la vigile de la fête éternelle. ,
Q.ue la Sainte Vierge ait possédé l'espérance à un degré incomparable, c'est ce qui ne doit faire de doute pour personne. Qui connaissait mieux qu'elle la bonté de Dieu, les mérites de Jésus-Christ, ses promesses si formelles et si consolantes?... Ohl avec quelle perfection elle s'est toujours abandonnée à la Providence! Voyez-la dans le Temple, à Nazareth, à Bethléem, sur la terre d'Egypte, aux noces de Cana, au pied de la croix. . . Voyez-la considérant cette terre comme un lieu d'exil, ne s'attachant à rien ici-bas, mais tenant toujours ses regards fixés sur Jésus et sur le ciel...
sur la Sainte Vierge 169
Aussi, est-ce avec raison qu'elle a été appelée par l'Eglise « notre espérance, la Mère de la sainte espérance ». Oui, ô Marie, même avant la venue du Messie, vous étiezl'espérancedu monde, car c'est vous que les siècles saluaient dans cette femme bénie qui devait écraser la tête du serpent... Vous avez été l'espérance du monde au jour de l'Incarnation, car, en devenant Mère de Dieu, ne nous avez-vous pas donné Celui par qui seul nous pouvons être sauvés?... Vous avez été l'espérance de l'Eglise dans ses épreuves comme dans ses triomphes, et jusqu'à la fin des siècles vous resterez notre espérance, l'espérance de tous les élus.
« Salut donc, ô Reine, Mère de miséricorde, notre vie, notre dou-
170 Méditations
ceur, notre espérance, salut ! Exilés, enfants d'Eve, nous crions vers vous ; vers vous nous soupirons, gémissons et pleurons au fond de cette vallée de larmes. De grâce, ô notre avocate, tournez vers nous vos regards compatissants et, après l'exil de cette vie, montrez-nous Jésus, fruit béni de votre sein, ô clémente, ô miséricordieuse, ô douce Vierge Marie (1). »
Examen
Ai-je à cœur, à l'exemple de la Sainte Vierge, de bien pratiquer l'espérance chrétienne? — Aimé-je à me rappeler sur quelles bases solides repose cette vertu t — Est-ce que j'ai foi à la bonté de Dieu, aux
(i) Traduction du Salve Regtna
sur la Sainte Vierge 171
mérites infinis de Jésus-Christ, à la merveilleuse efficacité de la prière? — ISe me laissé-je aller ni à la présomption, comme saint Pierre, ni au désespoir, comme Caïn ou Judas? — Ne m'arrive-t-il pas de regarder quelquefois cette terre comme ma patrie, et non comme un lieu d'exil? — Suis-je détachée, du fond du cœur, de tout ce qu'il me faudra quitter un jour? — Aimé-je à penser au ciel? — Ma vie est-elle toujours digne du ciel, ma véritable patrie?
Résolution
O Marie, je prends la résolution de dire aujourd'hui mon chapelet pour obtenir la grâce d'aller un jour au ciel.
i7a Méditations sur la Sainte Vierge
Bouquet spirituel
« Ch! que vous êtes belle, riche et magnifique, ma chère Jérusalem, et que bienheureux sont vos habitants (i)! »
(i) S, François de Sales, Vie dévote^ I'"^ partie, chap. XVI.
t)m0t^îïeniièmc Ittêlrttatiou