SCÈNE SEPTIÈME II
MAURICE, bat.
C’est vrai.
Je sais que vous ôtes malheureuse, et je n’aurais pas osé troubler votre solitude, si ce n’était pour moi un devoir de le faire : je viens, madame, vous rapporter un objet qui vous est cher, sans doute, cette bague...
Maurice prend la bague et la donne A madame Spirkaert.
MADAME SPICKAERT, qui s'est levée.
Cette bague appartenait, en effet, à ma fille, mademoiselle. Comment se trouve-t-elle entre vos mains?
MATHILDE
Je vais vous le dire, madame. Sachez, d’abord, que, vous et moi, nous portons le même nom.
M AURIC E.
Mademoiselle Spickaert !
MADAME SPICKAERT-
Ma nièce !
Maurice avance la chaise du piano A Mathilde, qui s'assied, ainsi que madame
Spickaert * .
MATHILDE
Oui, madame, votre nièce. Depuis un an, je suis orpheline et suis venue me fixer à Bruges.
MADAME SPICKAERT.
Et comment, depuis un an, n’avez-vous pas cherché à nous voir?
MATHILDE, un peu embarrassée.
J’ai peur, madame, de vous causer quelque peine, et dans les circonstances douloureuses où vous êtes...
MADAME SPICKAERT.
Ne craignez rien, mademoiselle, les petites peines s’absorbent dans les grandes douleurs.
MATHILDE
Eh bien 1 madame, j’avais trop souffert de l’isolement où la famille de mon père l’avait toujours laissé, pour ne pas conserver... comment dirai-je ?
MADAME SpjlCKAERT.
Quelque rancune ?
* Madame Spickaert, Mathilde, Maurice.
LA SsAINTE-LUCIE
MATHILDE
Quelque rancune, oui : je ne dois pas me faire meilleure chrétienne que je ne suis. J’étais venue ici pour une éducation ; mais cette icssource m’ayant bientôt manqué, j’ai donné des leçons de piano. C’est de cette façon que j’ai rencontré mademoiselle votre fille chez une de ses amies, où l’on a prononcé mon nom. (Arec embarras.) J’ai dû, sur son insistance, accepter une aide dont j’avais alors grand besoin; et quand ses économies de jeune fille n’y ont plus suffi, elle m’a remis la bague que vous tenez, m’autorisant à emprunter sur ce gage. Je l’ai fait; et comme je gagne maintenant assez d’argent pour avoir pu dégager ce bijou, je vous le rapporte, madame, ainsi que je le lui eusse rapporté à elle-même.
MADAME SP1CKAERT.
Je vous remercie, mademoiselle. — Mais comment ma fille, qui n’avait rien de caché pour nous... ?
MATHILDE, grant de sa poche quelques lettres.
Je lui avais fait promettre de garder un secret que le hasard seul lui avait révélé. — Au reste, madame, veuillez jeter les yeux sur ces lettres ; vous y verrez la preuve de tout ce que je viens de vous raconter.
On se 1ère ; Maurice replace la chaise *.
MADAME SPICKAEHT, regardant les lettres arec Maurice.
Oui , c’est son écriture. Pauvre enfant !
MAURICE
Chère Lucie ! c’est bien son cœur.
MADAME SPICKAERT, allant i Mathilde et lui rendant scs lettres **.
Eh bien 1 mademoiselle, ou plutôt mon enfant, je me félicite de vous connatire. Ce n’est que d’aujourd'hui que j’ai su, avec la mort de vos parents, votre arrivée dans cette ville, et je me proposais de vous y découvrir. Vous êtes notre nièce, et nous ne souffrirons pas que vous restiez dans la situation difficile dont vous parliez tout à l’heure.
M ATH I LDE , area quelque fierté.
Vous m’avez mal comprise, madame: le mment dont je parlais est passé, et je me trouve aujourd’hui en position de me suffire pleinement à moi-môme. Je vous rends grâces; mais je ne suis rien venue solliciter. *
* Madame Spickaert, Maurice, Mathilde.
** Maurice, madame Spiclcnert. Mathilde.