‹ La SainteLucie piece en un acteChapitre 19 sur 68 · MATHILDE , MAURICE · texte numérisé non relu

MATHILDE , MAURICE

MAURICE

Mademoiselle, tandis que le hasard nous rapproche un instant, laissez-moi vous remercier de tout mon cœur d’avoir bien voulu vous prêter à un pieux stratagème. Ne craignez pas, d’ailleurs, que j’abuse, pour vous importuner, de la situation singulière qui nous est faite ; et si vous voulez que je me retire ?...

MATHILDE, naïvement.

Mais non, monsieur ! et pourquoi le voudrais-je?

M AURICE , la regardant arec un peu d’étonnement. .

Je pensais... (s'arrêtant.) Au fait, pourquoi ?•

. MATIULDE, se retournant du eûté por où Spickaert e»t sorti.

Pauvre monsieur Spickaert! Il a l’air bon comme sa fille. (Elle vn au portrait *.) Et c’est la douleur qui a troublé ainsi sa raison?

MAURICE

Oui, mademoiselle.

* Maurice, Mathilde.

18 LA SAINTE-LUCIE

MATHILDE

Mais savez-vous, monsieur, que c’est un malheur que je sois venue ? Et lorsque je serai partie et qu’il redemandera son enfant, que fera madame Spickaert ?

MAURICE

Que voulez-vous? Elle n’a vu que le danger présent.

MATHILDE

Quelle chose affreuse que ce deuil 1.

MAURICE

Hélas 1

MATHILDE

Que madame Spickaert a l’air triste! Si je l’avais regardée longtemps en face, je sens que j’aurais pleuré. Ah ! comme on s’aimait ici!

MAURICE

Oh ! oui, vous pouvez le dire; et comme on s’aime encore! On ne vivait que dans une pensée : le bonheur de celle enfant; c’était la joie, l’espoir, le sourire de cette maison; tout se concentrait en elle. Et que de projets d’avenir! Pouvait-on supposer que cette douce vie cesserait jamais? Aujourd’hui, tout est fini ; et cependant l’affection n’a fait que se resserrer davantage, et l’on vit toujours dans une même pensée : le souvenir et les larmes.

- MATHILDE

Malgré tout, ce doit être bon de s’aimer ainsi !

MAURICE

Vous avez donc été bien privée d’affection?

MATHILDE

Je n’ai jamais connu d'autre ami que mon père.

MAURICE

Eh bien ?

MATHILDE

Oh! mon père était excellent pour moi, mais si sombre et si taciturne ! C’est tout naturel : il avait été bien malheureux. Abandonné par...

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