Ecrit sur la signature. Pensées et Opuscules, p
de son côté l'opinion qu'en l'espèce, les deux questions de fait etde droit étaient inséparables ; aussi conseillait-il, au nom de la prudence et de l'unité, de signer le Formulaire. Pascal aboutit à la même conclusion ; mais dans l'intérêt de la vérité, et pour rester fidèle à la doctrine de la grâce, il conseille de ne pas signer. Y a-t-il quelque chose de faux ou d'insincère dans cette contradiction avec une opinion précédente? Je ne le pense pas. Il continue de croire et de soutenir que les deux choses sont séparables en théorie. On devrait les traiter séparément. Mais ce qui est vrai en théorie est parfois impossible en pratique, si réellement Ton veut s'en tenir à la vérité et garder la conscience nette dans ce problème de la grâce. On peut, dans un « écrit volant », discuter de leur séparabilité ; mais quand il s'agit de signer un document qui condamne expressément les deux en bloc, la responsabilité est trop grande pour qu'on puisse admettre aucune démarche susceptible d'être mal interprétée. Les écrits volants périront avec leurs habiles plaidoiries sur quelque point délicat — les signatures mises au bas du Formulaire qui condamne Jansen subsisteront '. C'est pourquoi
1, « Un très petit nombre de personnes, qui font à toute heure des petits escrits volants, disent que ce fait est de sa na-
il demande aux religieuses de tenir ferme et de refuser leur nom.
Ce n'était pas une décision prise à la légère. Elleavaitpour Pascal une haute importance. Une cherchait nullement à secouer l'allégeance envers Rome. Dans la dix-septième Provinciale, il avait affirmé sa croyance qu'en dehors « de la communion avec le Pape, chef souverain de l'Eglise... il n'y a point de salut » ; et dans une lettre privée de la même époque, il écrivait : « Je ne me sépareray jamais de sa communion. »l Pourtant le voici résolu en personne, et poussant ceux qu'il aime, à braver le Pape. Voilà de la dévotion à la Vérité, s'il en fut jamais ! Ici, comme partout, Pascal, quand il aperçoit la Vérité, est prêt à tout lui sacrifier.
Tel fut Pascal dans la controverse. J'espère sincèrement n'avoir pas été injuste envers lui, ni envers ses adversaires, et je veux croire que le temps consacré à ce qui n'est, en somme, que les approches et les abords immédiats de mon sujet, n'a pas été du temps perdu. C'eût
ture séparé du droit... Mais comme des deux mots ne se regardent que dans nos entretiens, et dans quelques escrits tout à fait séparez des constitutions, lesquels peuvent périr, et la signature subsister » etc , Ecrit sur la signature. Œuvres, t. X, pp. 171-175.
1; Lettre à M11* de Koannez, Œuvres, t. VI, p. 217.
été, à mon sens, une dérision d'ouvrir le livre de son cœur et d'y lire sur Dieu et sur l'âme, sur le Péché et la Grâce, les paroles les plus profondes qui aient été écrites depuis Fépoque des apôtres, si nous avions eu l'arrière-pensée que Pascal, qui voyait dans la contemplation de la Miséricorde et de la Vérité divines le remède à l'orgueil et à la paresse, sources jumelles de nos péchés, — si Pascal, dis-je, était volontairement tombé au-dessous de son idéal et avait désobéi à la céleste vision.
« O profondeur de la richesse, et de la sagesse, et de la connaissance de Dieu ! Que ses jugements sont impénétrables et ses voies incompréhensibles. » Epitre aux Romains, XI, 33.
En annonçant ces conférences, j'ai promis qu'après m'être occupé de quelques points de la biographie de Pascal et après avoir examiné son attitude dans la controverse, je traiterais, dans mes deux dernières conférences, de son système doctrinal et de sa religion personnelle, sujets d'où découleront tout naturellement quelques remarques générales sur la valeur actuelle de son enseignement et de son exemple.
Or, la source principale où puiser la connaissance de son système doctrinal est le volume connu sous le nom de Pensées, le moins systématique peut-être, des ouvrages qui aient jamais
paru I Voici quelle est, en raccourci, son histoire. Lorsque Pascal mourut, en août 1662, on trouva dans sa chambre plusieurs liasses de papiers de toutes formes et de tous formats, couverts de notes et de réflexions décousues, souvent même à peine lisibles, sur des sujets religieux, philosophiques et critiques. Ces notes furent disposées suivant un semblant d'ordre par ses amis et par sa famille, et un choix en fut publié, non sans quelques petits enjolivements et remaniements *, dès que la chose fut possible sans trop de risque. C'est ce qui arriva en 1668, date où le Pape Clément IX, se déclarant satisfait de l'adhésion au Formulaire qui condamnait les cinq Propositions sur la question de droit, mais gardait un silence respectueux sur la question de fait, établit la Paix de l'Eglise, paix qui ne fut en réalité qu'une trêve et n'empêcha pas l'inexorable répression de Port-Royal, trente ans plus tard 2.
Donc, en 1670 parurent les Pensées de M. Pascal sur la religion et sur quelques autres sujets, avec une préface de son neveu, Etienne Périer. Cette édition est connue sous le nom d'édition