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CHAPITRE III

Enfin , la voilà !

Schiller, les Brigands.

En sortant de la chambre du commandant, Pierre rencontra son fils dans la batterie.

16 LA SALAMAIVDBE.

— Eh bien ! père, est-ce vrai ? dit l'enfant rayonnant de joie. Un combat ?

— C'est possible, mon ami. Et, à cause de cela, tu vas descendre avec moi un instant dans ma chaml)re.

Ils descendirent.

— Paul, dit le lieutenant en prenant un sabre suspendu au-dessus de sa couchette, tu prendras ce sabre ; enlends-tu ? c'est une excellente lame turque moulée à l'espagnole, avec une coquille et une garde qui couvrent la main et l'avant-bras Dans un combat d'abordage c'est une arme précieuse.

— IMais père, et toi ?

— Tu sais que j'ai le sabre de ce pauvre Brémont, qui est eicellent. Tes pistolets sont-ils en élat ?

— Oui, père.

— Ya me les chercher; que je les voie.

— 3Iais, père, ils sont en état.

— Paul, allez me les chercher.

— Oui, père, dit l'enfant en embrassant Pierre. Pierre le suivit des yeux ; puis, les levant au ciel :

— Mon Dieu ! dit-il avec une admirable expression de ferveur; mon Dieu, ne nous séparez pas encore !

Paul revint avec ses pistolets.

Il fallut voir avec quel soin Pierre en fît jouer les ressorts et les batteries.

— Cette détente est trop molle, dit-il.

Et il jcla un des pistolets sur sou lit, en prit un

autre au faisceau d'armes , l'exaininu soii^neusement, et le remit à son fils.

— Tiens , mon ami. Et mets deux balles , entends-tu? Et surtout, Paul, ménage les coups: pas d'imprudence, comme la dernière...

— Mais l'arme blanche , père?

— L'arme blanche... l'arme blanche, monsieur, ne vaut pas l'arme à l'eu quand on vise juste Et puis surtout, Paul, restez à votre poste... Vous m'entendez, à votre poste dans la batterie, et non sur le pont.

— Mais , père...

— Monsieur...

— Oui, oui, père; j'y resterai. Mais toi?

— Moi , mon poste est à l'arrière , comme toujours, à la manœuvre.

— C'est bien en vue , père.

— Vilain jaloux ! dit le bon lieutenant en souriant.

A ce moment un timonier descendit.

— Lieutenant, l'officier de quart vous fait prévenir que l'on est presque à portée de canon de la voile en vue.

— Dites que je vais monter, répondit Pierre.

— Allons ! mon enfant, embrasse-moi, et soyons hommes.

Jl faut avoir serré sur son cœur un père on un ami dans une circonstance pareille, pour savoir ce qu'il y a de profonde et intime tendresse dans cet embrassemcnt qui peut être le dernier.

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