‹ La salamandre (volume 3)Chapitre 17 sur 48 · PROBLEME · texte numérisé non relu

PROBLEME

Fn effet, I.» plupart des marins rassenil>l('S dans la batterie élaieiil assis, couchés, debout, comptant et recomptant leurs ccus et les enfouissant dans leurs longues bourses.

Puis, en attendant l'heure de mettre en pratique leur singulière théorie d'amusements, ils en parlaient avec ivresse et joie; se promettant, se jurant de se débarrasser au plus vite de cet or qui les gênait et les troublait dans la manœuvre, disaient-ils, par le son criard qu'il rendait.

Ce point principal fut donc irrévocablement arrêté, non pourtant sans avoir élé faire préalablement une visite, soit au lieutenant Pierre, soit au vieux Garnier, afin de leur remettre la moitié de leur paye destinée à leurs pères, mères, femmes ou enfants. Ceci était un usage reconnu, sacré, établi. Cette répartition faite, ils respirèrent librement, et purent alors se livrer (spéculativement) aux plus vifs plaisirs.

— Hourra ! disait l'un en secouant sa bourse ; il y a au fond de cela les trente meilleurs bidons de vin du Cap qui aient jamais pris source dans un tonneau ])our venir se décharger dans le gosier d'un honnête marin!

— Par toutes les alcaoïietas de Cadix ! disait l'autre en caressant avec amour la rotondité de sa sacoche, je tàte bien ici la peau la plus fine, la plus douce..., j'y vois les yeux les plus noirs, la gorge la plus blanche... Oh! viens, Roson, Théréson, Toinon, que je t*embrasse... viens, bonne

tille : il l";uit qu'avec toi, en deux jours, le trou aux

écus soit à sec Viens, Roson, Tliéréson, Toi-

non... que je l'embrasse.

Et il embrassait Roson, Toinon et Tliéréson, dans la vénérable personne de sa vieille sacoche.

— Et toi, Giromon, que feras- lu de ta caisse? dit un autre à un compaj^non qui paraissait absorbé en finissant de compter son argent, et disait: — Le scélérat m'a fait la queue ! C'était peut-être le seul qui, avec maître Bouquin, ciit pensé à vérifier ses comptes.

— Moi, dit Giromon avec gravité, j'achèterai à Toulon, Yois-tu ? un uniforme de commissaire, un chapeau de commissaire, une épée de commissaire, enfin tout le bazar d'un commissaire. Et puis, je dirai à un bourgeois, à un soldat ou à un calfal: Tu vas l'habiller en commissaire.

Et puis ? demandèrent quelques voix.

— Et puis je lui dirai : Maintenant je te donnerai tout l'argent que tu voudras ; mais faut que tu

me laisses te f des coups à crever dans la peau,

à le déralinguer l'échiné. — Tiens! au fait, c'est assez embêtant d'être flibuste, d'être fait la queue du matin au soir. Au moins, comme ça, je me figurerai que je me revenge sur un vrai commissaire, un voleur de commissaire, que je lui rends ce qu'il m'a pris , et ça soulage *.

* Il est inutile de dire ici que ces plaisanteries, traditionnelles riiez les niatel.iis. irutlaqueiit on rien la pruliité, le

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— Oh! fameux, laniLMix, Giromon ! tlil l'interlocuteur. Veux-tu que j'en sois ^ dis: veu\-tu ni'eu jnellre ?

— Du tout , fais-en un, fais un faux commissaire, comme moi. Ça serait pas assez d'un pour deux ; il ne serait pas assez fort^ à moins de trouver un robuste, un colosse.

— Moi, disait un autre, je vais rassembler tons les musiciens que je trouverai à Saint-Tropez, et je les ferai naviguer de conserve à ma suite : — des violons, des clarinettes, des cors de chasse, des grosses caisses, des trompettes, des guimardes

et des pianos tout le tremblement, une musique

de possédés qui sera là à me jouer voyons! à

me jouer.... une délicieuse air de romance que je sais; celle de : Cassons-nous les reins et buro)is le grog ou bien celle de: Bouton d'amour.

— Mais du tout, Parisien, dit un autre, ^aut faire jouer à chacun un air diverse.... Ça sera plus riche.

— Oui, t'as raison, chacun un air diverse. Quel bonheur ! Et ça pendant que je mangerai, que je boirai, que je marcherai, que je dormirai, que...

— Tout ça reprit un canonnier eu l'interrom-

talent et lo haut savoir du corps de l'administration do la marine, qui rend de si grands services à cette arme. Chez les matelots, je le répète, c'est un texte à plaisanteries analogues à celles que les soldats de terre se permettent sans cesse sur les payeurs, les intendants et les employés des vivres.

p.mt, tout ça ne vaut pas le bonheur de quitter ce chen d'uniforme pour porter des liabils bourgeois. Un garrick, un chapeau à trois cornes et des

boites. Oh! des bottes.... des bottes c'est ça

qui estcharmanl pour ceux qui, comme nous, sont obligés de trimer toute leur vie pieds nus sur ce gueux de pont.

— »• Et des bretelles donc ! s'écria Giromon. Des bretelles... quelles délices! Gomme je vais m'en donner! Moi qui n'en ai porté qu'une fois dans une relâche... à Calcutta.

— Ah! reprit le Parisien, Calcutta.... c'est là un pays ! T'en souviens-tu, Giromon, de Calcutta ? Oh ! Calcutta, patrie trop adorée, pays du bonheur^ oùs qu'on peut rouer de coups deux Indiens pour une poignée de riz. — Quelle vie douce ! toujours en palanquin, à chameau ou à éléphant. Et les femmes! dieu de dieu! Des bayadères charmantes, pas habillées du tout, qui vous éventent avec des queues de paon.

— Et quelle nourriture !... Voilà une nourriture ! des piments si forts que lorsqu'on en a mangé, on ])eu s'arracher la peau de lu langue. — Ah ! voilà le bonheur, dit-il avec un profond soupir de regret.

Et cent autres propos qu'il serait trop long d'énumérer.

Or, la nuit vint surprendre l'équipage au milieu de ces riants projets, de ces douces et piquanles causeries oîi Trime naïve de ces bons marins se

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