Nouveaux Lundis, t. I, article sur La Bruyère
jourd'hui qu'elle est morte, d'en parler avec tous les égards dus à une personne, dont Sainte- Beuve a écrit : « Elle a le front haut et fier, fait pour le diadème *... »
C'était le bon temps de leur amitié. On n'était pas plus sur les marches du trône que cela, rue du Montparnasse, quand la princesse Mathilde vint poser pour le portrait à la plume, demandé à Sainte-Beuve par l'éditeur Glaeser, pour la Galerie Bonaparte, Elle s'assit à sa table de travail en face de lui, — à la place du secrétaire, à qui elle laissa un souvenir de son passage : « Voilà une bonne plume », griffonna-t-elle sur un bout de papier. C'était une avance et une politesse, qui fit sourire Sainte-Beuve, quand le secrétaire lui montra le corps du délit. Il prenait des notes, tout en l'écoutant, la laissant parler ; il crayonnait des croquis, à la façon d'un Latour qui s'inspire de son modèle. Ses Portraits de Femmes s'enrichissaient d'un pastel de plus. Il y mettait toute la grâce et toute la philosophie possibles, sans gaucherie, sans timidité, comme un peintre à la hauteur du sujet. Il l'était toujours en pareille circonstance. Ils
1. La princesse Mathilde. Causeries du Lundi, t. XI (3» édition).
se sentaient dignes l'un de l'autre, s'estimaient et ne se redoutaient pas, et c'est ce qui avait déterminé le choix de Técrivain, peintre de portraits, observateur moraliste, pour un tel modèle. Il reçut lui-même, en échange de ce portrait, le sien, également à la plume, tracé de cette écriture à longs traits, large et rapide, que j'ai reproduit depuis en tête de mes Souvenirs et Indiscrétions. Elle excellait à ces jeux de plume et elle en fit un autre de Viollet-le-Duc, qu'elle aimait beaucoup. De toutes les philosophies de l'histoire, les ruines de l'amitié ne sont pas la moindre qu'enseigne l'histoire des révolutions, et l'on comprend le scepticisme des princes à l'égard de ceux que la Fortune a faits leurs amis et qui s'éloignent d'eux, après leur chute. C'est ce qu'on appelle l'indépendance du cœur. Us en donnent de bonnes raisons, et les princes se les expliquent et les acceptent.
Sainte-Beuve dînait tous les mercredis rue de Gourcelles, où la princesse avait son hôtel, aujourd'hui disparu; le dîner Magny en était une succursale ; il y rencontrait Taine, Renan, Flaubert, les Goncourt, Théophile Gautier, Violletle-Duc, Berthelot, Charles Robin, tous amis de l'empire en ce temps-là, il faut bien le dire, car ils ne se seraient pas trouvés là.
Sainte-Beuve la priait en retour de désigner ses hôtes, quand elle lui faisait l'honneur de venir dîner chez lui. J'ai vu défiler dans ce cortège le plus bel homme de son temps, le surintendant Nieuwerkerke, M.Charles Giraud, doyen de TÉcole de droit ; celui-là l'inspirait toujours mal. J'en ai su quelque chose à la mort de Sainte-Beuve, quand elle réclamait ses letres à cor et à cri : « Toutes les fois qu'il y a du papier timbré, me dit le père Buloz, on est sûr que M. Giraud est derrière... » Et le prince Napoléon, en me tapant au défaut de l'épaule : « M. Giraud a cru devenir sénateur, à la mort de Sainte-Beuve ; mais il ne le sera pas... » — La princesse Mathilde disait de son côté à Sainte- Beuve ; « Quand je parle de M. Giraud à l'empereur pour le nommer sénateur, il ne me répond pas, tire sa moustache et me tourne le dos... » Je ne sais plus qui elle emmenait encore dîner chez Sainte-Beuve, je ne les ai pas tous notés, et Sainte-Beuve donnait ces jours-là campos à toute sa maisonnée, qui ne faisait pas partie du service. Il ne voulait pas imposer les personnes de sa maison à ses hôtes.
Le don magnifique des albums du peintre Giraud, que la princesse Mathilde a fait à la Bibliothèque nationale, permet aujourd'hui de
reconstituer la liste complète des intimes et familiers de la rue de Gourcelles. Elle avait une prédilection marquée pour Théophile Gautier et Flaubert ; les Goncourt avaient su la prendre, et en général tous les descriptifs, poètes ou peintres: sa qualité d'aquarelliste l'y prédisposait peut-être. Sainte-Beuve l'avait remarqué , après la cassure inopinée et bien napoléonienne de leur amitié, il disait : « Je ne l'amusais pas ; notre conversation, quand elle venait me voir, était plutôt grave ; Théophile Gautier raconte chez elle des histoires de sa façon, où il sait dorer la pilule : la coupe est empoisonnée, mais les bords sont exquis. »
Elle était femme, et elle aimait qu'on la trouvât belle. Théophile Gautier lui décochait les plus beaux sonnets du monde, qui le faisaient aimer d'elle ; et il aimait qu'on Taimât.
Les Lettres à la Princesse, que j'ai publiées, témoignent, sous la forme élégante et polie, que Sainte-Beuve savait y mettre, des sujets d'entretien qui leur étaient habituels. Bien de frivole ni de banal ; tout au contraire, un échange constant de pensées et de sentiments élevés; des portraits parfois àl'emporte-pièce ; d'autres, en revanche, où l'éloge émousse la critique et qui restent frappés pour la postérité. Malheu-
reusement elles paraissent énigmatiques par endroits. La faute en est à ce qu'on n'a pas, en regard, la contre-partie qui les aurait éclairées. La princesse prit trop vite peur de ce qu'elle avait écrit : M. Giraud (pas le peintre) lui avait monté la tète. Un matin, Flaubert, qui était un brave homme, vint me dire de sa bonne et grosse voix : « J'use ma salive à vous défendre ; on a dit à la princesse que vous vouliez aller publier ses lettres à Bruxelles !... » L'affaire alla jusqu'à Gompiègne. L'empereur manda le préfet de police, M. Piétri, qui se renseigna auprès d'un ami que je tenais de Ghampfleury, et que j'avais introduit chez Sainte-Beuve, M. Demarquay, ancien peintre, commissaire de police aux délégations judiciaires. On lui doit un bon portrait posthume de Sainte-Beuve, qu'il fit par reconnaissance (Sainte-Beuve avait demandé la croix pour lui à M.Piétri),etquiestau musée de Boulogne-sur-Mer.
Pauvre princesse! elle s'illusionnait sur la portée de ses lettres, et sur la consistance de l'empire \ Je l'entends encore, un après-midi, le lendemain du jour où le polonais Berezowski avait tiré sur le czar, à la revue du bois de
1, Voir l'appendice à la fin du volume.
172 LA SALLE A MANGIvR DR SAINTE-BEUVE
Boulogne, entrant chez Sainte-Beuve, me demandant tout de suite si j^avais assisté à cette belle journée, et triomphant de ce qu'elle avait dit le soir même à notre ennemi mortel : « Eh bien, monsieur de Bismarck, vous ne nous croyiez pas si forts î » parce qu'on avait fait un bel étalage de parade militaire sous ses yeux. Dans le même temps, Sainte-Beuve, tenu au courant par le prince Napoléon, me disait : « On ne sait pas ce que c'est que les Prussiens! ce sont les Macédoniens modernes ; on raille Bismarck et on ne le connaît pas... C'est un grand ministre... Au lieu de se provoquer entre deux peuples, qui sont à la tète de la civilisation, on ferait mieux de fonder deux Écoles, Tune de Berlin, l'autre de Paris ; nos jeunes savants iraient se fortifier à leurs laboratoires, qui sont plus puissants que les nôtres ; et les Prussiens viendraient s'assouplir à notre gentillesse française... » Voilà ce que disait Sainte-Beuve en 1867. — On ne peut pas en conclure qu'il fût pour la guerre, qui se préparait d'un côté, avec préméditation, et, de l'autre, avec toute l'imprévoyance qui a toujours présidé aux destinées des nations. — Ce n'est que de nos jours que la guerre est devenue scientifique, et le dernier mot, depuis 1871, appartient au Japon.
LA SALLi: A MANGDK Di: SAINTH-BEUVE 173
La princesse Malhilde ne se montra pas moins aveuglée, le jour qu'elle vint faire une scène à Sainte-Beuve pour son entrée au Temps, en 1869. Elle incarna ce jour-là le droit divin de l'idée napoléonienne. « M. Sainte-Beuve était un vassal de TEmpire, me dit-elle, mon frère et moi l'avions fait nommer sénateur. » Elle ne comprenait pas autrement la liberté d'écrire et de penser. — Et lui, depuis longtemps, avait répondu au contraire, dans son discours du Sénat du 25 juin 1867, A propos des Bibliothèques populaires, qu'il ne se croyait nommé sénateur que pour avoir à « défendre les intérêts de ses confrères du dehors, rendre hautement justice à tant d'efforts laborieux, malheureusement trop dispersés, et répondre peut-être à quelques accusations comme on est tenté d'en élever trop légèrement, à chaque époque, contre la littérature de son temps. » — Il en faudrait encore quelques-uns comme lui au Sénat et à la Chambre pour défendre les Lettres.
Le prince Napoléon., frère de la princesse Mathilde, ne cessa de voir Sainte-Beuve et l'assista jusqu'au dernier jour. Il l'appréciait à sa vraie valeur d'homme et de citoyen. Il venait le voir familièrement, et avait avec lui de longs entretiens, dans lesquels il lui témoignait la plus
grande confiance. Son amitié pour lui ne s'oxyda pas avec les années, et elle éclate encore, avec une fidélité qui fait honneur à leurs sentiments réciproques, dans la belle page qu'il lui consacra, dix-huit ans après, dans Napoléon et ses détracteurs :
Sainte-Beuve faisait également partie de la Commission (delà Correspondance de Napoléon 7") je le connaissais beaucoup; je savais qu*il n'aimait guère Napoléon. C'était un esprit charmant, surtout critique, et empreint de socialisme autoritaire. Je demandai à l'empereur de réfléchir avant de l'exclure, et j'eus plusieurs longues conversations avec Sainte-Beuve sur l'œuvre que j'entreprenais. Je lui en expliquai le but, je lui dis les sentiments et l'esprit que j'y apporterais, et lui demandai loyalement s'il voulait m'aider ou me contrecarrer. Il me tendit la main: « Après tout, me dit-il, vous connaissez mieux Napoléon que moi qui ne m'en suis pas spécialement occupé; vous avez une mission à remplir, et, si vous voulez de moi, je vous seconderai. » Jamais en effet nous ne fûmes en désaccord, notre amitié fut vive et durable, j'allais passer de longues heures dans son petit logement de la rue Montparnasse, je l'assistai pendant sa maladie. Je le regrettai vivement. Après sa mort, il ne fut pas remplacé à la Correspondance ^
1. Le prince Napoléon tenait à donner à la Correspondance de Napoléon I" un caractère rigoureusement historique, et il n'y laissait subsister rien qui prêtât à l'anecdote. Il supprima
LA SALLi: A MANGEJl DE SAINTE-BEUVE 175
Celte façon de sentir Tamitié témoigne d'un grand cœur: elle n'est pas commune, et elle s'accorde avec le témoignage véridique et sincère de tous ceux qui ont vécu dans Tintimité de Sainte-Beuve, et Tontjugé sans parti pris.
Je ne reviendrai pas sur le fameux dîner, qui ne fit tant de bruit que parce que le jour où il eut lieu se trouva être celui du vendredi saint. Je l'ai raconté ailleurs, j'en ai même donné le menu dans mes Souvenirs et Indiscrétions, Ni le prince Napoléon ni Sainte-Beuve ne l'avaient choisi exprès, et quand ils furent prévenus de la qualité de ce jour, ils n'avaient aucune raison pour en remettre la date. Les invitations étaient lancées, et aucune ne fut refusée, sauf celle de M"" de Tourbey, morte en 1908, et vivement regrettée — elle le méritait — par M. Ernest Daudet, dans le Figaro, sous le nom et les traits de comtesse de Loynes. Elle ne voulut pas faire honneur même au dîner maigre que Sainte-Beuve lui offrait de faire servir exprès pour elle. Les autres convives, désignés par le prince Napo-
\\n jour ce posf-scrtpf «m, qui terminait une lettre très sérieuse: « Ma femme a-t-ellc un nouvel amant ? Le diable emporte les femmes. » — Je le tieng de Sainte-Beuve, qui ne l'avait pas inventé. Sainte-Beuve n'inventait rien, et c'est ce qui fait l'autorité de sa critique.
léon, étaient Taine, Renan, About, Charles Robin et Flaubert. Ils dînaient également le ven" dredi — mais non le vendredi saint — chez M"" de Tourbey, rue de l'Arcade, où le prince Napoléon s'entourait ce jour-là d'amis intimes, pour échapper à toute contrainte que lui imposait le Palais-Royal.
Charles Edmond racontait à ce propos une plaisante anecdote. Il surprit un après-midi Faumônier du Palais, Tabbé Doussaint, en train de manipuler de l'eau dans des bouteilles.
« Qu'est-ce que vous faites donc, l'abbé ? demanda-t-ii.
— Vous le voyez, je fais de l'eau bénite.
— Mais que mettez-vous dedans?
— Ce qu'il faut pour la conserver.
— Comment! ce n'est donc pas par pure incantation?...
— Oh! cela ne suffirait pas.
— Et comme vous en faites !... Mais c'est toute une provision!
— Laprincesse part en voyage, et elle emporte tout cela... Demandez au prince s'il la trouve bonne, Teau bénite.
— Comment! s'il la trouve bonne?
— Eh! oui, le soir de ses noces, selon son habitude, avant de se mettre au lit, il voulut
boire un verre d'eau ; celle de la carafe était amère ; alors, il but à même au pot-à-Feau... elle était encore amère. « Mais qu'est-ce qu'a donc l'eau ce soir? » s'écria-t-il. La princesse, qui l'épiait, tapa des mains et s'écria toute joyeuse: «Vous êtes béni, c'est de l'eau bénite...» Elle était heureuse qu'il en eût avalé quelques gorgées.
Vieille coutume de Sardaigne peut-être^ pensa Charles Edmond, qui s'empressait de déguerpir, dès qu'on annonçait la visite de M™' de Tourbey, en bas, dans le salon. Gela faisait rire Sainte-Beuve. En revanche, quand Paradol venait le voir: « Ah ! disait-il, M""" de Tourbey n'est pas loin... > Paradol arrivait sur son cheval blanc, qu'on attachait dans une cour à côté, et auquel on donnait du sucre. M"' de Tourbey ne tardait pas en effet, à venir... dans son coupé.
Le statuaire Préault appelait M"" de Tourbey « une femme de feu » à cause de ses yeux profonds et glauques, chargés d'électricité comme l'eau de mer. Elle avait su se faire une cour d'amis, parmi lesquels Emile de Girardin en tête. Son salon était à la fois politique et littéraire: Sainte-Beuve rencontrait à dîner chez elle Mistral, Hector Grémieux, le turc Khalil-Bey, protecteur des Lettres et des Arts; mais les meil-
leurs amis de «Jeanne», dès ce temps-là, étaient Lucien Biart, auteur d'un Voyage au Mexique, mort depuis longtemps, et Ernest Daudet.
Elle était aimable et charmante, et c'était encore l'avis de Nadar, quand on prononçait le nom de M-"' de Tourbey devant lui '.
Un changement de ministère, dans son intérieur, permit à Sainte-Beuve de l'inviter à dîner. Il craignait une incartade de la part de son intendante, qui n'aimait pas M""* de Tourbey. M™" Dufour s^'étant prise de querelle avec lui et l'ayant quitté, Sainte-Beuve ne se gêna plus, il invita M'"" de Tourbey et le prince Napoléon en priant celui-ci, comme à son ordinaire, de désigner les autres convives. La première fois, ce furent Emile de Girardin et Eugène Delacroix. Ce goût du prince Napoléon pour le grand peintre romantique le distinguait de sa sœur, qui détestait celte peinture, et n'aimait que la peinture classique — celle surtout qui relatait les faits et gestes de l'histoire du Consulat et du premier Empire.
Sainte-Beuve rendait sa visite le lundi, rue de TArcade. Il avait voulu venir voir avec moi, un
1. Elle avait de l'esprit. Un jour qu'on critiquait devant elle le peintre Amaury Duval d*avoir exposé au Salon une Vénus debout : « Il faut bien se reposer quelquefois », dit-elle.
matin, dans Tatelier de Courbet, un tableau que je lui avais signalé, superbe œuvre picturale dont l'exécution à première vue éloignait toute idée scabreuse ; on pouvait ne pas tenir compte du sujet, et ne voir que deux magnifiques études de nu, une blonde couchée sur le dos, tout de son long, sur un lit de repos, et une brune debout, la dévorant des yeux au pied du lit. Proudhon parla de ce tableau en moraliste; — il V vit surtout une étude de mœurs, et n'en fit pas un grief à l'artiste, son compatriote franccomtois et qui était plein d'admiration pour le philosophe. Sainte-Beuve y admira une œuvre magistrale en peinture, et en parla chez M"' de Tourbey. Khalil-Bey présent demanda aussitôt l'adresse de Courbet pour aller la voir ; on lui dit : rue Hautefeuille. Le grand seigneur boulevardier entendit : rue Hauteville, et se rendit au numéro indiqué, où, nécessairement^, on ne connaissait pas Courbet. Il revint furieux. Tout s'expliqua : rendez-vous fut pris avec Courbet. Khalil- Bey offrit tout de suite d'acheter le tableau. Il était déjà vendu. «Faites-m'en un autre », dit Khalil-Bey. Courbet fit la suite et le complément, qui donnèrent lieu à une série de tableaux et tableautins, réfugiés aujourd'hui dans quelque musée secret d'Europe ou d'Amérique.
Un matin d'hiver de 1 encore tout pantelant d'un< droite que lui avait faite Ri quand on vint le prévenii secrétaire de la Commission dance de Napoléon I", ava tion urgente à lui faire de Napoléon. Je quittai la chî vite rappelé et mis dans la petti apportait à Sainte-B( prince Napoléon qu'il deva Siècle: c'était convenu avec de, M. Havin. Le prince N Sainte-Beuve un mémoire, \ question romaine et Taffair récente ; M. Rapetti me dit lecture à M. Sainte-Beuve < secret : le prince Napoléo:
là-dessus... » Ce n'est plus u sonne, depuis surtout que Dublié in extenso dans le
me dicta et que j'ai publiée depuis d
Cahiers \ Tous deux étaient pour l'occ
de Rome et le maintien du pouvoir t(
du pape. Le prince Napoléon soutenait
tique contraire dans un magnifique p]
où il cassait toutes les vitres, comme il
déjà arrivé de le faire au Sénat. Il
plume vibrante et passionnée, comme la
et il ne ménageait rien. Je ne sais c
l'affaire s'ébruita : il y avait eu déjà c
cément d'exécution au Siècle; Sainte-Bei
communiqué le mémoire, avec une letl
voi, dont il avait reçu l'épreuve. Bref, '.
cation en fut arrêtée. Le prince Napoléo:
cia Sainte-Beuve du bon concours <
avait prêté, et leur amitié n'en fut c
cimentée et raffermie.
Sainte-Beuve était rentré au Monitei dimanche soir, comme j'allais surv< dernière la mise en page de son arlicl(
182 LA SALLi: A MANGim DE SAINTE-BEUVE
Château et qui paraîtra demain, qui les met dans cet état... » Je lus : « Nos chassepots ont fait merveille. Signé : Général de Failly. » Le lendemain matin, quand j'arrivai chez Sainte-Beuve, je le trouvai dans le même état de surexcitation que les compositeurs de l'imprimerie du Monteur : « En 1830, Paris aurait fait une révolution pour cela, me dit-il. » Malheureusement le 2 décembre était passé depuis là-dessus, qui avait tout assagi. Sainte-Beuve était resté un vieux de la vieille, malgré son adhésion à Tempire.
Il avait le cœur jeune, je Tai dit, et le témoignait en toute circonstance.
M. DURUY — LA CROIX DE MONSELET — LE BEAU^ LE BIEN, LE VRAI — m"' FAVART CHEZ SAINTE- BEUVE — MARIE SASSE — d' ALTON SHÉE
Une de mes illusions (car je m'en faisais, comme Sancho Pança) était de croire, quand Sainte-Beuve m'avait dicté quelque bel article ou quelque belle lettre, que le coup avait immédiatement porté, que la lumière s'était faite dans tous les esprits. Je m'étonnais ensuite de la lenteur que la vérité mettait à faire son chemin dans le monde, et du peu de pouvoir de la presse sur la transmission rapide de la pensée. La lumière des étoiles ne nous arrive pas plus lentement. Ainsi Sainte-Beuve, toutes les fois qu'il s'est occupé de l'Académie, s'est attaclié à démontrer que les fauteuils actuels n'avaient pas la généalogie qu'on leur attribuait, qu'ils ne remontaient qu'à la Restauration, qui
184 LA SALLE A iMANGER DE SAINTE-BEUVE
avait reconstitué les anciennes Académies, telles qu'elles existaient avant la Révolution. La Convention les avait abolies toutes, et remplacées par des classes de Tlnstitut, qui durèrent jusqu'en 1816. Ce large fossé ne compte pas aux yeux de ceux qui veulent absolument renouer la chaîne des temps, sans faire état de la solution de continuité, comme cela ne manque jamais à la prise de possession de chaque nouveau titulaire, dont on fait remonter la descendance académique à des époques antédiluviennes. « C'est flatteur et agréable à entendre », a écrit quelque part Sainte-Beuve, mais c'est aussi bien artificiel.
L'autorité de sa critique s'est brisée également contre la formule banale du beau, du {>rai et du bien, q\xi est entrée dans le langage sorbonique et académique. Il y a comme cela de ces locutions qui sévissent, et dont les orateurs parlementaires ne cherchent même pas à se défendre. Elles leur sont comme des chevilles pour étayer et échelonner leurs discussions ^
1. Une de ces dernières est le fameux « tournant de l'histoire », qu'on retrouve à tout bout de champ à la tribune, dans les journaux, dans les conversations. Elle est entrée, comme du chiendent, dans l'éloquence parlementaire. J'y ajouterai volontiers encore les « signes des temps », les
Sainte-Beuve s'en expliqua un jour formellement avec M.Duruy,qui était venu lui demander de faire un Rapport sur l'état des Lettres, depuis le second Empire, pour être publié et mis sous les yeux de l'empereur à l'Exposition universelle de 1867.
C'est moi qui, dans cette circonstance, fis les honneurs de la maison au ministre de Tlnstruction publique. Sa calèche venait de s'arrêter sur les neuf heures, un lundi matin, devant la porte, conduite par lui-même, le valet de pied derrière. Il arrivait de Villeneuve-Saint-Georges, sa résidence. Sainte-Beuve prévenu me fit dire de recevoir le ministre, en attendant qu'il eût fini de se raser. J'introduisis M. Duruy au salon, et le priai de s'asseoir. « Non pas, je ne m'assieds jamais, me dit-il, je croyais M. Sainte- Beuve plus matinal. . .» Je lui répondis par un coup de poing en pleine poitrine : «Eh bien, monsieur le ministre, lui dis-je, vous n'avez donc pas voulu décorer notre ami Monselet?... — Non, me répondit-il étonné ; le ministre de Tlnstruclion publique est collet monté ; ce n'est pas un petit abbé... — Monselet non plus, lui dis-je, il
« époques de traiisilion », la « -loire la plus pure de notre histoire », etc., etc.
est marié, père de famille... — Ah! il est marié? il a des enfants? Ton ne m'avait pas dit cela... Je viens d^ailleurs proposer un plan à M. Sainte-Beuve qui permettra de rectifier des erreurs, s'il y en a eu... — Je ne dis pas qu'il y ait eu des erreurs, mais nous aurions aimé que notre ami-Monselet fût décoré... > J'ajoutai alors :
— On vous a refusé ces jours derniers l'instruction primaire, gratuite et obligatoire? (Il ne pouvait être question encore, en ce temps-là, d'instruction laïque.)
— Oui, me répondit-il; on préfère encourager les canons rayés et les frégates cuirassées ; on trouve que ces engins portent plus loin que rinstruclion...
Là-dessus, Sainte-Beuve entra, et je remontai au plus vite, me rendant compte alors seulement de ma hardiesse et me demandant ce qu'il allait en advenir. Je me remis avec acharnement au travail ; c'était le moment où Sainte- Beuve préparait ses articles sur Proudhon, dont j'avais un monceau de lettres à copier devant moi. La conversation se prolongeait au-dessous; le bruit m'en arrivait confusément par la cheminée. Enfin un roulement de voiture annonça le départ du ministre. Sainte-Beuve
LA SALLE A MANGER DE SAINTK-BFUVi:
remonta, et lira la langue en rentrant dans sa chambre. C'était un signe de contentement de sa part, un reste de malice du xviir siècle, à qui ce signe était familier.
— Vous lui avez donc demandé la croix pour Monselet? me dit-il; vous avez bien fait...
— Mais qu'est-ce qu'il vous a dit ?
— Quand vous êtes remonté, il m'a demandé: quel est ce jeune homme '^ {Comme dans Faust,)
— C'est mon secrétaire, ai-je répondu.
— 11 m'a demandé la croix pour...
— Pour Champfleury ? avait interrompu Sainte - Beuve.
— Non, pour Monselet.
— Ah ! je comprends ; Champfleury l'avait demandée pour Monselet, au Comité des Gens de Lettres ; et moi, je vous la demande pour Champfleury et pour Monselet...
Le ministre lui exposa alors le but de sa visite matinale ; il venait lui proposer de se charger d'un Rapport sur l'état des Lettres, dont il écrirait la Préface, et pour lequel il s'adjoindrait des collaborateurs spéciaux. Champfleury fut tout de suite adopté pour le Roman ; Monselet, pour le Théâtre ; dans la même matinée, M. Germain, doyen de la faculté des Lettres de Montpellier et professeur d'histoire, de passage à
Paris, et qui était venu rendre visite à Sainte- Beuve, accepta de faire le Rapport sur l'Histoire.
A quelque temps de là, Sainte-Beuve lut dans le Journal des Débals que le Rapport projeté tendrait à la démonstration de la fameuse formule. — M. Duruy avait rencontré M. Cousin, qui l'avait complètement retourné. — « Écrivez », me dit Sainte-Beuve, et il me dicta une lettre, qu'on peut lire dans sa Correspondance à la date du 9 décembre 1865, et qui remit les choses à leur vrai point :
h^beàUj le hien^ le vrai, y disait-il, est une belle devise et surtout spécieuse. C'est celle de l'Enseignement, celle de M. Cousin dans son fameux livre : ce n'est pas la mienne, oserai-je l'avouer? Si j'avais une devise, ce serait le vrai, le vrai seul. — Et que le beau et le bien s'en tirent ensuite comme ils pourront !
C'est aussi celle qu'on a mise sur le piédestal de son buste dans le jardin du Luxembourg : Le Vrai seul.
Je me suis fait l'historiographe de sa salle à manger, et j'y rentre. Quand il fut nommé sénateur, en 1865, le curé de la paroisse de Notre- Dame-des-Champs, l'abbé Du Chesne, lui envoya
un magnifique brochet, qui provenait de ses étangs de Sologne. Sainte-Beuve, en recevant ce cadeau, me dicta une lettre, dont je n'ai retenu que la fin. Après un rappel des pêches miraculeuses et de la multiplication des poissons^ dont parle TÉcriture, il ajoutait :
Quel dommage, monsieur le curé, que nous ne soyons plus au temps où l'on pouvait faire sa partie de whist avec son curé, sans que cela tirât à conséquence! Aujourd'hui les chemins de fer ont rapproché les distances: Rome est trop près; dès qu'on a son curé en face de soi, à sa table, il semble que le pape soit derrière... Excusez-moi donc, monsieur le curé, si je ne puis avoir l'honneur de vous prier de venir prendre votre part de ce magnifique brochet...
Et il lui envoya les Causeries du Lundi au jour de l'an.
Le brochet fut mangé en compagnie de M. Niéard et de M. de Sacy; et, comme on n'avait pas de fourneau assez grand dans la maison, on l'envoya chez Magny pour le faire cuire.
A mesure que sa santé déclinait, Sainte-Beuve recevait davantage ; il n'allait plus dans le monde, mais il avait quelquefois à dîner Mérimée et VioUet-le-Duc ; d'autres fois, c'était une tablée
de critiques, J.-J. Weiss, Sarcey, Edmond Scherer...
Nous eûmes un soir Faimable et charmant Alcide Dusolier, en habit bleu, à boutons d'or, qui avait écrit dans le Figaro un article dans lequel Sainte-Beuve avait senti un ami qui le piquait au jeu.
Jean Aicard,Glaretie,Goppée, Verlaine furent aussi de ses visiteurs intermittents.
Je ne puis les énumérer tous, ma mémoire aurait eu besoin, dès ce moment-là, que j'y ajoutasse une rallonge.
Jules Glaretie a raconté, dans le Livre d'or de Sainte-Beuve, la joie qui fut donnée au poète critique, par la Comédie-Française, le 21 décembre 1868. L'illustre tragédienne. M"" Favart, avait déclamé une pièce de vers de Sainte-Beuve, les Larmes de Racine , pour l'anniversaire de la naissance du grand poète. Sainte-Beuve, à ce moment-là, ne sortait plus du tout: la maladie le clouait chez lui : à peine faisait-il une courte promenade dans son quartier. L^administrateur du Théâtre-Français, M. Edouard Thierry, lui offrit de venir lui faire entendre ses propres vers chez lui par la tragédienne. Un grand dîner fut donné à cette occasion dans le salon, transformé en salle à manger, pour la circons-
tance. Sainte-Beuve avait à sa table ce soir-là, outre M'^' Favart et M. Edouard Thierry, l'ami intime de ce dernier, Tauteur de la Fille de Roland, Henri de Bornier ; le sculpteur Mathieu- Meusnier, auteur du buste si soigné de Sainte- Beuve qui fait pendant à celui de Daunou à la Bibliothèque de Boulogne-sur-Mer, ami également d'une autre glorieuse interprète de l'art, Sarah Bernhardt ; Paul Ghéron, le docteur Veyne et son propre secrétaire, pour qui cette soirée, cette fête de Tart est demeurée inoubliable. A la fin de sa vie, Sainte-Beuve avait loué et annexé à sa maison une maison mitoyenne d'à côté, afin qu'il n'y vînt pas des locataires bruyants, qui Teussent dérangé. Il n'avait fait qu'une maison et un jardin des deux. Gela lui permit un jour de donner un magnifique concert. Son amie Marie Sasse, dont j'ai conservé une photographie plantureuse avec ces mots : « A mon bon ami M. de Sainte-Beuve, Marie Sasse », était venue lui demander de faire entendre chez lui des morceaux de Sigiird, par un auditoire qu'elle désigna, Camille Doucet, Arsène et Henri Houssaye, et de les inviter à dîner avec elle, ainsi que le compositeur Ernest Reyer, qui devait tenir le piano, et le baryton Maurel, qui lui donnait la réplique à elle-même. — On loua
un piano... pour avoir Tair, me dit Ghampfleury (car il n'y en avait pas, même pour avoir Tair, chez Sainte-Beuve) ; et Paul Ghéron fut encore de la fête. Sainte-Beuve estima qu'il faisait pendant, par sa mine réjouie, à la grande cantatrice. Ce n'était plus la Comédie-Française, c'était rOpéra qui dînait ce soir-là chez Sainte- Beuve, et chacun y apporta sa note diverse. Après le dîner, on passa au salon d'à côté dans la maison annexée, et dont il fallut tout de suite ouvrir les portes-fenêtres donnant sur le jardin, parce que le plafond fut jugé trop bas pour le volume de voix qui allaient s'y faire entendre. Reyer se mit au piano, et le concert commença. Toutes les fenêtres de la rue Notre-Dame-des- Ghamps, pourtant assez éloignée, se garnirent bientôt d'habitants des maisons voisines, très intrigués de cette aubaine qui leur arrivait à heure tardive. Ils ne se savaient pas si voisins de rOpéra que cela. La mode n'était pas venue encore des fils conducteurs qui mettent toute oreille en communication directe avec les grandes scènes ni de ces horribles instruments qui emmagasinent les voix.
Quand on fut rassasié de musique. M"* Sasse vida sa fio!e homéopathique qu'elle portait sur elle, et se mit en demeure de rassembler tous
LA SALLE A MANGEll DR SAINTE-BEUVE 193
ses cahiers épars de papiers de musique. — « Eh ! quoi, vous partez?... lui dit Arsène Houssaye. — Eh bien, qu'est-ce qu'on va faire à présent ? répondit-elle ; est-ce qu'on va faire des crêpes?... » Sainte-Beuve ne l'entendit pas, et on ne le lui répéta pas. Il s'était mis en quatre pour être agréable ; il souffrait horriblement, cela se voyait sur son visage crispé, et il prenait encore la peine de mettre des bûches dans la cheminée. Il ne sut jamais le mot de la cantatrice : après tout, elle avait parlé sa langue naturelle ; il ne fallait pas lui en demander davantage. Elle était toujours du beuglant»
Autre cantatrice.
Un soir, Sainte-Beuve alla entendre Thérésa aux Champs-Elysées ; il s'était mis exprès au fond du jardin. Le lendemain il me dit : « J'ai cru qu'elle ne chantait que pour moi... je n'ai pas perdu un mot de ce qu'elle disait... » Et il aimait à comprendre, même à TOpéra, ce qui faisait qu'il n'y allait pas souvent. Il n'en revenait jam ais complètement satisfait. Il payait par là sa rançon d'esprit critique, voulant tout d'abord se rendre compte de ce qu'il voyait et de ce qu'il entendait. C'était trop de curiosité à la fois sur la grande scène de l'Académie impériale ou nationale de musique.
Le dernier article, qu'il ait essayé de me dicter et qu'il ne put continuer (la plume lui tomba des mains au onzième feuillet en le relisant et Tamorçant de quelques lignes), était consacré aux Mémoires de son ami et cousin, le comte d'Alton Shée, ancien pair de France, — né pair de France par hérédité. — Une figure originale entre tous ses visiteurs et amis de la fin. Le comte d'Alton Shée ne manquait pas un mardi de venir le voir, et cela dura quelques années, au cours desquelles il nous racontait ses Mémoires, qu'il allait publier en volumes. Il était aveugle et se faisait accompagner par son secrétaire. Rien de plus intéressant que ces récits rétrospectifs de la vie la plus échevelée qui se puisse, où la politique avait autant de part que le plaisir, qui avait connu toutes les folies et les orgies du règne de Louis-Philippe, où l'on s'amusait ferme. D'Alton Shée avait été page de Charles X, puis il avait siégé parmi les pairs par droit de naissance ; il avait contribué avec Morny à la fondation du Jockey-Club. La savate, en laquelle la jeunesse dorée excellait en ces années-là, et les descentes de la Courtille lui étaient familières. Un mercredi des Cendres qu'il rentrait de bonne heure pour se coucher, son domestique lui demanda : « A quelle heure
faut-il réveiller monsieur ? — Vendredi », lui criat-il. — Berryer était le tuteur de d'Alton Shée, frère lui-même « du plus blond des clercs », M"' Jaubert, amie et conûdente d'Alfred de Musset. — Sa parenté avec Sainte-Beuve remontait à Boulogne-sur-Mer, où il y a une place Dalton, — D'où lui venait le sang plébéien et révolté qu'il portait en lui et qui se manifesta de bonne heure au Luxembourg, dès qu'il eut l'âge de réfléchir? Seul, il vota la m.ort,lors de la comparution de Louis Bonaparte devant la Chambre des pairs, après Téchauffourée de Boulogne. Il était républicain et libre penseur de la veille, — la révolution de février le trouva tel. — En 1869, un comité radical le porta contre Thiers, ce qui le fit calomnier ; on dit de lui qu'il était le candidat du « socialisme gouvernemental ». Nous étions tenus au courant de sa campagne électorale parle docteur Veyne, qui faisait partie de son comité. M, Galichon, marchand de vins à Bercy et directeur de la Gazette des Beaux-ArtSy qui était du comité Thiers, me prit moi-même véhémentement à partie à l'imprimerie Glaye, rue Saint-Benoît, à cause de mes relations sainte-beuviennes avec d'Alton Shée. « Je reconnais bien en vous, à vos paroles et à votre ton, un membre du parti modéré »,
lui répondis-je. Je ne croyais pas pouvoir le qualifier mieux.
Sainte-Beuve, dans Tarticle qu'il avait commencé à me dicter sur son parent et ami, a tracé de lui le portrait suivant :
... 11 est à mes yeux l'un des plus frappants exemples du courage et de l'effort qu'il a fallu à un homme entraîné dans sa jeunesse par la fureur de la dissipation et la fièvre du plaisir, pour se ravoir à temps et ressaisir possession de lui, pour devenir un esprit sérieux, conséquent, philosophique, un citoyen convaincu, ferme et inflexible, ayant réfléchi à toutes les grandes questions sociales et s'étant formé sur toutes une opinion radicale sans doute et absolue, mais qui, j'en suis certain, se rapproche fort de ce qui prévaudra dans l'avenir. C'est à deux générations de distance quelque chose d'assez analogue à ce qu'était, sous la Restauration, cet autre radical également sorti des rangs de l'aristocratie, M.d'Argenson K
C'est d'Alton Shée qui appelait Proudhon «le grand presbyte », parce que le père du socialisme, qui prévaut quarante ans après sa mort, tenant peu de compte du présent, voyait plus de loin que de près.