Tome II, à la date du 12 mars
je me voilerais la face et je crierais ; s'il l'est à demi, je ne me couvrirai qu'une joue et je gémirai...
Bergmann ne fut que semonce ; on ne lui lit que la leçon, lui qui aurait pu la faire à tant d'autres, dont la chaire était un cours de haut enseignement; qui écrivait un jour à Sainte- Beuve : « L'allemand n'est obscur que pour ceux qui ne le savent pas », et qui expliquait à Tinstant à livre ouvert les prétendues obscurités dont Sainte-Beuve, qui ne se piquait pas de savoir Fallemand, lui demandait l'éclaircissement.
Les lettres de Sainte-Beuve lui épargnèrent la révocation, mais il partit ulcéré et ne pardonna pas l'indignité dont il avait souffert. Il opta pour l'Allemagne, après l'annexion.
Je ne lui cherche pas de circonstances atténuantes; ceux qui s'en étonnèrent alors et lui en firent un crime, avaient été les plus chauds partisans de la guerre qui nous faisait perdre TAlsace. Tout au plus, s'ils ne reprochèrent pas à Sainte-Beuve d'avoir protégé Bergmann auprès du Conseil supérieur !... Sainte-Beuve, mort avant la guerre, n'avait pas vu les désastres auxquels nous avaient entraînés l'incurie, l'insouciance et l'imprévoyance d'un régime dont il était dignitaire ; il criait casse-cou, on ne l'en-
tendait pas. « Ce n'est qu'un littérateur >, avait dit M. Rouher. Eh! oui, et c'est ce perpétuel souci, cette incessante préoccupation des Lettres, qui lui assigne, dans la postérité, sa place parmi les plus grands esprits de son temps et de son siècle.