‹ La salle à manger de Sainte-BeuveChapitre 40 sur 44 · SUR LES LETTRES DE LA PRINCESSE MATHILDE · texte numérisé non relu

SUR LES LETTRES DE LA PRINCESSE MATHILDE

(Se rapporte à la page 171)

A la mort de Sainte-Beuve, la princesse Mathilde voulut qu'on lui rendît les lettres qu'elle lui avait adressées, et elles lui furent rendues, moyennant échange, auquel, m'a-t-on dit depuis, elle n'était pas obligée, car il se pratique journellement des autodafés ou des restitutions obligatoires, quand l'un des deux correspondants décède, si le survivant exige la destruction ou la restitution des lettres qu'il a écrites. M» Cheramy^ qui me seconda dans l'échange des lettres, m'assura par la suite qu'elle aurait été dans son droit en réclamant les siennes et refusant de rendre celles de Sainte-Beuve. Elle eut l'intelligence de comprendre que les Lettres à la Princesse lui feraient honneur.

Je ne sais comment s'y prit M. Charles Dauzats, ou plutôt je m'en doute (car on ne refuse rien au Figsiro, et l'on a raison), pour avoir copie de celle qu'il

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publia dans son article du Figaro du 3 janvier 1904, au lendemain de la mort de la princesse. Elle avait dû l'écrire avant de se coucher, le soir même de la première du Lion amoureux de Ponsard. Sainte- Beuve en avait été tellement frappé, qu'il me la fit copier dans le moment même, en la recevant. Elle est caractéristique : on y sent le sang et la race :

Samedi 20 janvier 1866.

La pièce de Ponsard a réussi; elle m'a ravie — d'abord parce qu'on y parlefrançais,queles sentiments qu'elle fait naître sont français et qu'aile est jouée admirablement bien ; mes vieux sentiments républicains se sont tous réveillés ; je serais partie avec les républicains pour exterminer les royalistes, ces mauvais Français. — J'ai essayé de siffler lorsque le père de la jeune femme, qui se convertit à la jeunesse d'un général républicain et qu'elle épouse envers et contre tous, auquel Hoche vient de donner sa liberté, quand ce vieil émigré gracié lui dit : « Allons, ma fille, chez les Anglais. »

J'ai été contente de moi. Je puis encore sentir vivement et patriotiquement. Mais le public a été forcé d'applaudir malgré lui. Il y a des pensées fières et fortes, superbes. J'ai passé une bonne soirée. Les gens qui ne pouvaient critiquer disaient nonchalamment : « Pourquoi remuer tout cela ? » Quel esprit I quelle faiblesse ! quelle lâcheté I Quant à moi, comme je ne suis pas assez noble pour avoir eu des parents guillotinés^ je n'ai eu que les roses de la Révolution ; je

APPENDICE SUR LES LETTRES DE LA PRINCESSE MATHILDE 3o5

l'aime, je la comprends, sans excuser ses crimes ; mais je suis indulgente pour ses erreurs, et je voudrais voir tous les Français en sentir la grandeur et la défen-» dre...

On ne peut s'empêcher pourtant, en relisant cette lettre, de songer à ces pièces de monnaie d'or ou d'argent, des premières années du premier Empire, sur lesquelles on lisait d'un côté : République française, de l'autre : Napoléon empereur. J'en ai encore vu dépareilles dans majeunesse, qui ne remonte pas au premier Empire. (Vérifier au Cabinet des Médailles, de la Bibliothèque nationale). — Mon ami Gabriel Marcel, conservateur de la Section de Géographie, avait bien une pièce de cinq francs à l'effigie de Louis XVI, et au millésime de 1793. L'authenticité n'en fut pas contestée à la Monnaie, mais rexplication en resta énigmatique.

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