‹ La salle à manger de Sainte-BeuveChapitre 39 sur 44 · Le petit buste, par Ghenillion · texte numérisé non relu

Le petit buste, par Ghenillion

que chose devant les yeux qui me rappelle cet homme illustre qui a été un homme si bon pour moi. Bonjour à votre petite famille.

Je vous serre la main,

Albert Glatigny.

Ce fut la dernière lettre que je reçus de Glatigny.

Champfleury, chef des collections du musée de Sèvres, m'écrivait le 20 avril 1873:

Mon cher Troubat,

J'avais cru qu'on vous avait envoyé une lettre pour la mort de ce pauvre Glatigny, car je vous avais écrit, même ne croyant pas que vous pussiez venir. Mais il y a eu tumulte, précipitation et bien des amis ont été oubliés, paraît-il. Cela est d'autant plus surprenant que votre volume, envoyé par moi à huit heures du matin, était sur la table de Glatigny qui rayonnait dans la journée, se faisait tailler la barbe et jouissait du soleil comme il n'en avait jamais joui. Il ne s'était jamais mieux porté, disait-il. Pour un rien, il eût dansé. Et puis dans la nuit un étouffement, une syncope, un crachement de sang pareil à celui de Molière, c'était fini. Sa femme, qui avait été réveiller à la hâte un voisin, l'a retrouvé mort en cinq minutes.

Poulet-Malassis, Téditeur regretté, m'envoya ces derniers détails, au retour d'un voyage à Londres :

22 avril 1873.

Mon cher Troubat,

Avant de quitter Paris, j'étais allé voir le pauvre Glatigny, et je doutais de le retrouver vivant à mon retour. Le premier journal français que j'ai déplié samedi à Boulogne m'a donné la nouvelle de sa mort. Ma femme m'a fait le récit de l'inhumation, qui a laissé à désirer comme cérémonie. On a empêché Carjat de parler, de peur qu'il allât trop loin ; Leconte de Liste et Meurice, sollicités de prononcer quelques mots, se sont récusés ; enfin Cladel a congédié l'assistance qui ne bougeait par un adieu insuffisant...

Le maire de Sèvres avait ordonné que l'enterrement civil de Glatigny prît par le plus court chemin de la maison mortuaire au cimetière.

« L'excellent Ghampfleury, ajoutait Malassis, s 'est tout de suite occupé de la veuve, charmante femme qui a épousé Glatigny, sans illusion sur son état de santé, et qui ne s'était pas démentie une minute dans le sacrifice de sa personne et de sa fortune. »

Elle ne tarda pas à mourir après lui.

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