‹ La Salle de théâtre de Molière au port Saint-PaulChapitre 1 sur 5 · M DCCC LXXVI · texte numérisé non relu

M DCCC LXXVI

Li Marais, ce vaste coin de Paris, si riche en souvenirs historiques, a été jusqu'il ce jour respecté par la pioche des démolisseurs; c'est même à peu près le seul de nos quartiers qui n'ait pas été atteint par les percements de toutes ces rues et de tous ces boulevards qui, sous le régime précédent, ont si profondément bouleversé le vieux Paris de nos pères.

Loin de se rejouir, du reste, d'être ainsi favorisés, les hahitants des IIIe et IV° arrondissements se sont plaints d'être laissés de côté par l'administration municipale. L'attachement mêlé d'un certain orgueil qu'ils affichaient pour leurs antiques maisons à tourelles devenues si rares à Paris, pour leurs anciens hôtels princiers occupés aujourd'hui par des ateliers et des magasins, pour leurs rues étroites et tortueuses où l'on retrouve encore, bien qu'avec peine, l'aspect pittoresque du Paris d'il y a cent ans, était-il donc purement platonique? Ou bien, emportés par le courant du siècle, ont-ils sacrifié leur goût pour le passé aux nécessités pratiques qui donnent au présent la vie et le mouvement avec une jeunesse trop souvent factice? Toujours est-il qu'ils ont fréquemment réclamé pour qu'on leur fît leur part d'air et de soleil comme on l'avait faite aux autres arrondissements.

Il faut dire aussi que les percements des voies nouvelles et les démolitions des anciennes maisons ont souvent amené d'intéressantes découvertes historiques et archéologiques ; quelquefois ils ont mis en lumière des monuments qui seraient encore longtemps restés peu connus derrière les sombres bâtisses qui les masquaient, si le passage inopiné d'un nouveau tracé ne les avait signalés au Parisien indifférent. N'est-il pas a craindre

cependant qu'on soit allé trop loin dans ces dégagements de monuments? Certains d'entre eux n'auraient-ils pas gagné a conserver quelque point d'appui qui les eût laissés moins seuls, moins dépaysés, pour ainsi dire, au milieu du nouveau Paris ? Il semble que ces pauvres monuments doivent être tout étonnés de se trouver subitement en façade sur les artères les plus fréquentées, en contact immédiat avec cette population bruyante et affairée, si différente de celles qui les avaient édifiés, et l'observateur lui-même a quelque peine à reporter sa pensée au temps de Nicolas Flamel ou de Julien l'Apostat, au milieu de cette activité incessante du dix-neuvième siècle.

N'a-t-on pas été et ne veut-on pas encore aller trop vite dans ces embellissements de la capitale des arts et du goût, sans songer qu'aucune époque d'architecture n'a jamais dit son dernier mot, que ce qui paraît superbe aujourd'hui sera peut-être abandonné avant un demi-siècle et qu'en faisant trop à la fois on court le risque de n'engendrer que l'uniformité !

Sans vouloir apprécier ici ce qui a été fait, il nous sera bien permis de nous féliciter de ce qu'un coin de Paris ait été pendant longtemps épargné, comme si l'on avait voulu laisser à une autre époque, à d'autres hommes, le soin de faire mieux en profitant de l'expérience acquise. Mais voici que l'heure de la démolition est également arrivée pour ce quartier : le boulevard Henri IV va s'ouvrir à travers l'ancien hôtel Saint-Paul, sur l'emplacement duquel a été bâti en partie l'Arsenal, et un marché sera prochainement construit entre le quai des Célestins et les terrains occupés naguère par une caserne et plus anciennement par le couvent de l'Ave-Maria, non loin du pont Marie. La construction de ce marché nécessite la disparition de tout un pâté d'anciennes maisons, parmi lesquelles il en est une qui porte, écrits sur ses deux pignons moyen âge, ces mots : Hôtel de l'Etoile. C'est sur ce point si restreint que nous allons nous arrêter, attirés par la grande et populaire figure de Molière.

LA

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