‹ La Salle de théâtre de Molière au port Saint-PaulChapitre 5 sur 5 · E PORT SAINT-PAUL · texte numérisé non relu

E PORT SAINT-PAUL

de dimensions toul autres fui élevée sur l'alignemenl de ce quai. Aussi, tout ce que l'on peut voir aujourd'hui de la salle où s'exerça pendanl une année la troupe de l' Illustre- Théâtre se borne au pied des murs (i) laissés à nu, du côte du levant, par la mise à l'alignement delà maison rue de l'Ave- Maria, n" i3, et, du côté du couchant, par les démolitions auxquelles on travaille en ce moment pour faire place au marché.

A l'exception de la petite partie emportée par l'élargissement du quai, remplacement de cette salle, dont les limites sont très nettement déterminées, est exactement le même que celui occupé actuellement par la propriété quai des Célestins, n° 32, laquelle a conservé une issue sur l'ancienne rue des Barrés, par l'allée qui existait déjà autrefois (2). (Sur le plan d'ensemble, les limites de la propriété du jeu de paume sont indiquées par des hachures plus noires.) Cette allée se trouve, comme autrefois, au rezde-chaussée de la maison rue de l'Ave-Maria, n° 1 5. Elle sera

cilement compte du retranchement opéré de ce côté. — Sur le plan de l'îlot, la maison du paumier n'a plus la largeur qu'elle avait sur le plan de 1728. Cette modification peut provenir d'une transaction intervenue entre le sieur Boucher et le sieur Pitoin, car ce dernier avait droit, comme on l'a vu, à une partie du rez-de-chaussée de cette maison.

(1) Les murs du jeu de paume n'ont pas été démolis, ils ont été utilisés dans la construction des nouveaux bâtiments, ainsi qu'il est dit plus haut.

(2) On remarquera une légère différence, entre les deux plans, dans la direction des murs de cette allée. C'est le plan d'ensemble qui a raison. Le plan du jeu de paume n'a évidemment pas été relevé avec beaucoup de soin, et le dessinateur a trouvé plus commode de faire une ligne droite là où se trouvait une ligne inclinée. Peut-être aussi la direction de cette allée a-t-elle été légèrement modifiée en 1 73 r , lors de la reconstruction de la maison sur la rue des Barrés, mais cela n'est pas probable.

elle aussi, détruite bientôt, car l'édification du marché de l'Ave-Maria forcera l'Administration à en faciliter l'accès et à en améliorer les abords par l'élargissement de la rue de l'Ave- Maria; les deux maisons portant, sur cette rue, les n° i5 et 17, sont donc destinées à être démolies dans un avenir peu éloigné.

Nous ne quitterons pas ces parages, où nous attirait le nom de Molière, sans parler brièvement de quelques maisons intéressantes, voisines du jeu de paume et appelées à s'écrouler bientôt sous la pioche officielle.

C'est bien le moins que l'on consacre quelques lignes à ces curieux débris d'une époque reculée, avant de les laisser disparaître pour toujours. N'est-il pas d'ailleurs passé en usage, chaque fois que l'on annonce la mort d'une célébrité quelconque, de faire suivre cette nouvelle d'une notice plus ou moins complète et plus ou moins véridique ? On a même pu voir quelques journaux trop empressés publier leur article nécrologique avant la mort du personnage, et celui-ci forcé de prendre la plume pour protester gaiement contre cette précipitation.

Si pareille mésaventure nous arrive et si ces lignes paraissent avant la chute des vieux logis qui les ont motivées, elles fourniront peut-être à quelques amis du temps passé l'occasion de leur faire une dernière visite.

Le jeu de paume de la Croix-Noire, ainsi que les maisons portant aujourd'hui, sur la rue de l'Ave-Maria, les nos i5, 17, 19, 21, 23, 25 et 27 (1) (voyez le plan de l'îlot), faisait partie, à la fin du treizième et encore au quinzième siècle, des

(1) On verra plus loin à qui a appartenu la maison contiguë au numéro 27, et formant l'angle de la rue de l'Etoile.

terrains occupés par L'hôtel de Barbeau, lequel était la propriété de 1 abbaye de Barbeau (i).

M au perche, dans son ouvrage sur Paris ancien et moderne iiSi |, tome I, page 14] et suivantes), nous donne les détails suivants sur cette abbaye : u Ce ne lut qu'en r 147 que Louis le Jeune fonda {Gallia christiana, tome XII, page 35 des instruments. Voyez aussi Ibid., tome II, page 236), a quelques lieues au sud de Melun, une abbaye sur une plùce appelée Saint-Port, Port us Sacer, et que, quelques années après, en 1 1 58, il crut devoir reporter à une légère distance au delà de sa première position, au lieu dit Barbeau : Barbcllum, ce qui fut cause que par la suite, le titre d'abbaye de Saint- Port fut converti en celui de l'abbaye de Barbeau, en 1279. Il y a cependant des exemples que les religieux de ce monastère ont encore, depuis cette époque, été nommés conventuels du saint monastère de Saint-Port. Religiosi conventus stl monasterii Sacri Portûs; c'est ainsi qu'ils sont qualifiés dans les lettres qu'ils obtinrent de Philippe le Hardi, sous la date de juin 1279, par lesquelles ce prince leur donna des places et rues vaines et vagues au bout delà rue de la Mortellerie, sur lesquelles ils ont, par la suite, élevé un hôtel et grand nombre de maisons. » Et Mauperché désigne

(1) « Barbeaux. Barbel ou Port sacré, Barbellum ou Barbellre de Sacro Portu, Abbaye d'homme et en commende, de l'ordre de Citeaux, dans la Brie française, diocèse de Sens, parlement et intendance de Paris, élection de Melun ; située sur la rive droite de la Seine, à deux lieues S.-E. de Melun, une lieue et demie N.-O. de Fontainebleau, neuf lieues N.-O. de Sens et neuf lieues un tiers S.-E. de Paris... Cette abbaye est très-bien bâtie et elle vaut 20,000 livres de rente au sujet qui en est pourvu par le roi. La taxe en cour de Rome est de 800 florins... Le roi Louis le Jeune y est inhumé devant le grand autel ; son tombeau est peu élevé et il a été restauré aux dépens du cardinal de Fustemberg qui était abbé de ce monastère. » (Abbé Expilly, Dictionnaire géographique des Gaules et de la France.)

ces maisons sous la dénomination d'hospice de Barbeau, parce qu'il traduit ainsi les mots hospitium Barbelli qu'il a trouvés sans doute dans Félibien rapportant un acte de 1406 'tome V, page 286), et qu'il aurait dû ou pu traduire par hôtel de Barbeau.

Ces maisons dont parle Mauperché, élevées sur des places et rues vaines au bout de la rue de la Mortellerie, sont précisément celles dont nous nous occupons en ce moment. Parmi ces maisons, celles qui portent, sur la rue de l'Ave- M aria, les nos i5, 17 et 19 avaient été achetées en 171 2 par Jean Pitoin, l'un des vingt-cinq marchands de vin du roi privilégiés, et bourgeois de Paris, des créanciers de défunt Messire Jean Julien Philippe, sieur de Billy, conseiller en la grande chambre du parlement, et de Messire Jacques René Philippe de Billy, son fils et unique héritier; ces derniers les tenaient par succession des sieurs Vincent Philippe de Farcy et dame Jeanne Targes, son épouse, que nous avons vus possédant le jeu de paume avant la dame Denise Philippe, épouse de Parade. Les religieux avaient, paraît-il, vendu leur hôtel pour payer le droit de subvention auquel ils avaient été taxés.

Les autres maisons, celles qui portent actuellement les nos 21, 2Z, 2 5 et 27, n'ont cessé d'appartenir aux religieux qu'à l'époque de la Révolution (1). Certains indices, ainsi que

(1) En décembre 1788, Pierre Pitoin, fils de Jean, conseiller du roi, ci-devant intendant des finances du duc d'Orléans, dans un projet de titre nouveau concernant la censive due aux prieurs et religieux de l'abbaye de Barbeau, projet qui a dû être réalisé devant le notaire de Melun, mentionne ces maisons voisines de la sienne comme appartenant encore à ces religieux. — Dans un acte sous signatures privées, daté de mai iy33, F. J. Michel Séladon, prieur de la maison de MM. les Religieux Bernardins de Barbeaux, convient avec M. Pitoin des travaux à faire aux murs mitoyens de ces maisons.

les ornements uniformes îles façades démontrent claire ment qu'elles Ont appartenu autrefois à un même propriétaire. Ces façades paraissent avoir été reconstruites au dix-septième siècle, mais le rez-de-chaussée tle la maison il" 27, la plus rapprochée de L'hôtel de Sens, et quelques murs sur Les ours sont incontestablement d'une époque très reculée.

La maison n° i5, attenant au jeu de paume, a été entièrement reconstruite en quatre étages par Jean Pitoin, en 1730 ou 173 1. La maison voisine (n° 17), qui jadis avait eu une entrée de porte cochère, était à l'état de masure et supportée par trois étais, lorsqu'elle tut achetée par le même Pitoin en 171 2.

De toutes ces constructions, la plus intéressante est celle qui porte le n° 19 et qui devait être, de toute évidence, l'ancien hôtel Barbeau proprement dit. On y arrive par une allée charretière, qui se trouvait jadis en face l'entrée du monastère de l'Ave-Maria. Dans la cour, à droite, se trouve un bâtiment élevé au-dessus du sol et des caves d'un rez-dechaussée et de trois étages, dans lequel on pénétrait par six grandes marches extérieures et par un large escalier intérieur (1). Plus à droite, une partie de cette construction, se trouvant en saillie, est surmontée d'un pignon à charpente cintrée; quelques-unes des grandes croisées donnant sur les cours des maisons voisines ont conservé les traces de meneaux et de croisillons de pierre. Quant au bâtiment même, il est construit en pierres de taille, et les murs, qui atteignent en un endroit 1 mètre 3o centimètres d'épaisseur, supportent des poutres carrées larges de 48 centimètres.

(1) Cet escalier a été supprimé il y a peu de temps et remplacé par un autre plus petit. Les bâtiments au fond de la cour et ceux du côté sauche en entrant sont modernes.

Aussi eût-il pu continuer à défier les siècles si le sort et le Conseil Municipal n'en eussent décidé autrement. La façade sur le quai est ornée de deux pignons anciens et d'un petit toit moins élevé. Bien qu'enjolivés, depuis peu, dune bordure en bois découpé qui a la prétention assez malheureuse de les rajeunir en leur prêtant un faux air de chalets, ces deux pignons, vus de l'île Saint-Louis, peuvent donner une idée de ce qu'était au quatorzième siècle l'aspect des rives de la Seine dans cette partie de Paris. A l'intérieur on retrouvait encore, il y a quelques années, dans les pièces éclairées sur le quai, les traces d'anciennes tentures et de riches décorations aux plafonds.

Sous une partie de cette maison, maintenant des plus modestes (i), existe une grande salle ayant l'apparence d'une cave. On y arrive par une cour qui donne sur la rue du Fauconnier, en passant par une porte basse pratiquée vraisemblablement dans une ancienne fenêtre, et aussi par une galerie en sous-sol communiquant avec l'intérieur de la maison. Cette salle est formée de quatre voûtes à arêtes croisées, supportées par quatre piliers carrés engagés dans les quatre angles de la muraille et par un pilier également carré, en pierre de roche, placé au milieu de la salle. Si vous demandez à un habitant delà maison ou du voisinage ce qu'était autrefois cette salle, il vous répondra, soit qu'il motive sa supposition sur la présence des piliers et des voûtes, soit qu'il s'en rapporte simplement à la tradition, que c'était une chapelle. Il est assez probable, en effet, que c'était la chapelle des religieux qui habitaient l'hôtel Barbeau. En tous cas, cette salle, qui sert aujourd'hui de magasin et où les meubles sont parfaitement à l'abri de l'humidité, ne semble pas avoir été bâtie

(i) La partie sur le quai est occupée par un hôtel de voyageurs, ou maison meublée, portant le titre d'Hôtel de l'Etoile.

pour servir de cave. Le sol en a été, jusqu'en 1 691, au niveau de la petite rue des Barrés (x), laquelle, comme toutes les

rues voisines du lleuve, elail beaucoup pins kisse avant la

construction du quai.

Dans un acte reçu, le [8 avril 1 689, par Lemoyne et un autre notaire au Châtelet de Paris, Le prévôï des marchands et

quatre échevins de cette ville disent que le roi, « par arrêt de son Conseil d'Etat du 12 août 1687, avait ordonné que le pavé des rues de la Mortellerie, des Nonnindiéres (sic) et ruelles adjacentes, ensemble celui de l'aisle du pont Marie allant vers l'hôtel de Sens, serait relevé, et que l'égout et fondrière (2), étant au bout de ladite aile, seraient supprimés. » Il est assez supposable que cette fondrière s'était formée parce que, la petite rue des Barrés n'ayant pas été exhaussée lorsqu'on avait procédé à l'établissement d'un

(1) Cette rue a depuis porté le nom de rue de l'Etoile; elle s'appelle aujourd'hui rue du Fauconnier. Dans les actes que j'ai eus sous les yeux, elle est dénommée comme la rue des Barrais ou des Barrés, dont elle était considérée comme faisant partie, ou encore rue Tillebarée, rue petite Barrée et ruelle des Barrés. Elle avait encore quelques autres noms qui ont été relevés par les historiens des rues de Paris.

(2) Il faut sans doute entendre par é goût le cloaque où se réunissaient les eaux descendant des rues voisines. Quant à la fondrière, elle existait probablement dans une petite rue parallèle au quai et se dirigeant vers le pont Marie, car il est parlé plus loin, dans l'acte dont il s'agit : « de la vente qui serait faite par lesdits prévost des marchands et échevins de l'emplacement de la rue basse qui est au-dessous de la ruelle des Barrés allant audit égout et du reste de ladite ruelle. »

Le plan qui est joint à l'acte de 1689 indique très clairement l'ancienne direction de la petite rue des Barrés, à laquelle, si les proportions en sont exactes, il ne donne que 2 mètres 40 centimètres environ de largeur. La partie haute de l'ancienne petite rue des Barrés est désignée par un pointillé, aussi exactement que possible, sur notre plan de l'îlot. Les indications nous ont manqué pour l'indication de la partie basse.

quai (i), les eaux d'égout des rues voisines s'étaient vu barrer leur chemin ; plusieurs de nos rues qui avoisinent la Seine sont encore aujourd'hui en contre-bas des quais, et il est facile de se rendre compte des cloaques qui s'y formeraient si l'on n'y avait paré par la construction de galeries d'égout. Par cet acte, un sieur Petit et une dame Regnault cèdent à la ville de Paris, pour l'ouverture d'une rue nouvelle, qui est devenue la rue de l'Etoile, une partie de la maison qui leur appartenait en commun sur la ruelle des Barrés, au coin de la rue des Barrés, à l'enseigne du Chaudron, et deviennent propriétaires : le sieur Petit, des constructions restant à l'angle de ces deux rues, soit l'emplacement exact de la maison portant aujourd'hui le n° 6 sur la rue du Fauconnier, — et la dame Regnault, du surplus de ces constructions et du terrain occupé par la ruelle supprimée ainsi que de celui au delà, au droit de son ancienne propriété, c'est-à-dire assez exactement de l'emplacement occupé actuellement par le n° 4, rue du Fauconnier (2).

Le 28 août 1691, à la requête de J. Julien Philippe de Billy (le même dont nous avons déjà eu occasion de parler), propriétaire d'une place et d'une maison en masure au bout de la culée du pont Marie faisant face à la nouvelle rue Tillebarrée, il fut procédé à l'alignement de cette rue. La propriété de M. Philippe de Billy occupait toute l'encoignure du quai et de la rue nouvelle; elle fut vendue à M. Pierre Pitoin et en très grande partie supprimée par suite de l'élargissement du quai, en i85o. Le n° 2 de la rue du Fauconnier

(1) Voyez la note plus loin, p. 27, pour les dates de l'établissement du quai.

(2) Les constructions qui existaient à cet endroit, en 1689, étaient ruinées en 1706; elles furent remplacées à cette époque par des écuries et remises occupées, comme on le verra, par les coches et diligences de Lyon.

(boutique du boulanger) a été bâti sur ce qui restait de Bon emplacement.

Ali moment OU la nouvelle rue prit le nom île nie de L'Etoile, les terrains que nous avons VU plus haut céder à

la Jame Regnault, appartenaient à la famille de L'Etoile de

Poussemothe de Monbriseuil, sou héritière. Je souligne le mot Etoile, bien que les personnages portant >-'c nom fussent de préférence désignes dans les actes sous celui de Montbriscuil, parce que je vois là l'origine probable du nom donné à la rue qui remplaça la ruelle des Barrés.

En 1729 et en 17^2, ces terrains appartenaient à une dame de cette famille, née de Montmorency et mariée à Emmanuel de Rousselet, chevalier, marquis de Château-Renault, comte de Crozon, etc., lieutenant général de la province de Bretagne, capitaine de vaisseau du roi, parent des deux marins de ce nom : l'un, le vainqueur de Ruyter, mort en 17 16; l'autre, neveu de ce dernier, mort en 1704.

Cette dame les vendit en 1742 à Pierre Pitoin.

Ces mêmes terrains, désignés à 1' I mage de Sainte-Catherine, furent loués, en 1 7 10, à Pierre Genthon, conseiller du roi, trésorier des ponts et chaussées de France, demeurant hôtel de Sens, et occupés, de 171 1 à 1742, par les écuries et remises d'André De Vouges, intéressé en la ferme des coches messageries et diligences de Lyon et autres lieux, demeurant aussi hôtel de Sens, de Jean Chiquet et autres associés.

Quant à l'hôtel Barbeau, il fut longtemps occupé (en 171 2 et avant 1788), dans une partie vers le quai, par les officiers metteurs à port (1). Dans la cour, non loin du jeu de paume,

(1) Les metteurs à port faisaient partie, avec les mouleurs de bois et eurs aides, les déchargeurs, les mesureurs, les débâcleurs, etc., des pe tits officiers de ville. Le prévôt des marchands, les échevins étaient les grands officiers de ville. {Encyclopédie de Diderot et d'Alembert .)

les titres constatent, à de longues années de distance, la présence d'un gros chêne, dernier vestige d'un jardin qui dut jadis fleurir en cet endroit.

Les limites de cet hôtel et de ses dépendances étaient donc : au nord, la rue des Barrés et, à l'ouest, l'ancienne ruelle des Barrés. Je n'ai pu constater jusqu'où elles s'étendaient, à l'est, au delà du jeu de paume. Au midi, elles étaient celles qu'avait la propriété portant aujourd'hui le n° 34, quai des Célestins avant l'élargissement du quai en i85o. — Les terrains, qui se trouvaient en 1849 (*)> entre les limites de l'hôtel et le quai, relevaient, avant 178g, delà censive directe du roi; ils étaient chargés de la recette du domaine de la ville, et l'hôtel avait conservé, au milieu, un passage qui donnait issue sur le quai. Ces terrains devaient auparavant faire partie des dépendances de la tour Barbeau et notamment de l'espace clos de murs nommé au quinzième siècle le chantier du roi (2). Ils

(1) Le quai des Ormes et le quai Saint-Paul furent établis, d'après Mauperché, en 1604, comme on le verra ci-après; M. Bonnardot parle d'une modification de l'alignement du quai Saint-Paul, en 1 83 5, et de la nouvelle modification en i85o. Cette dernière est indiquée sur notre plan de l'îlot.

(2) Voyez p. 74 de l'ouvrage déjà cité de M. Bonnardot.

Le plan de Truschet (i552) et celui attribué mal à propos à Du Cerceau (i555), qui se trouvent à la bibliothèque de l'hôtel Carnavalet, donnent une idée de ce qu'était la tour Barbeau. On la voit sur le bord même de la Seine, à un endroit où le fleuve fait un léger coude. Elle est protégée à une petite distance par un mur plus bas dont l'angle, s'avançant dans la rivière, forme une sorte de bastion. — Voyez, sur le plan de l'îlot, l'emplacement présumé de la tour Barbeau d'après M. Bonnardot, celui de la poterne des Béguines et celui du mur de Philippe- Auguste dans le couvent de PAve-Maria. Les restes de ce mur, que l'on voit aujourd'hui à cet endroit, ont une hauteur moyenne de 3 mètres au-dessus du sol actuel et une largeur d'environ 2 mètres. — Bien que la direction de l'enceinte de Philippe-Auguste, telle qu'elle est indiquée par M. Bonnardot, soit très-probablement la vraie, je n'ai pas vu de

oui dû être vendus, avec des terrains vagues non utilises pour lequai près delà ruede l'Etoile, par la Couronne et la Ville de

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qui explique pourquoi ils étaient chargés desdites censives et

recettes, a II est à présumer, dit Maupcrclié (page i |i et s.),

que la tOUr de Barbeau a subsiste jusqu'en [604 que le

quai tut établi, d'après les ordres que Sullv en avait reçu de Henri IV. «

En somme, les constructions, que les expropriations auxquelles il est procédé en ce moment vont taire disparaître, sont l'hôtel Barbeau et les logis qui en dépendaient; et si l'histoire de ces vieilles demeures était plus riche en souvenirs et aussi connue du public que celle du monastère de l'Ave- Maria,ce sont elles qui devraient donner leur nom au marché dont la construction est réclamée depuis longtemps par les habitants du quartier, comme elles l'avaient donné, à la fin du treizième siècle, à la fortification qui terminait sur ce point l'enceinte de Paris. Mais la notoriété modeste de l'hôtel de l'Abbaye royale de Barbeau pâlit à côté de celle du monastère voisin, lequel, du reste, est lui-même loin de rappeler au public littéraire d'aussi puissants souvenirs que les humbles fondations du jeu de paume de la Croix-Noire.

trace de cette antique muraille entre la poterne des Béguines et la tour Barbeau, mais les démolitions qui vont avoir lieu mettront sans doute au jour quelques parties de massif de maçonnerie qui nous renseigneront d'une manière certaine.

M. Bonnardot nous dit que plusieurs historiens ont donné, avec Sauvai (t. III, p. 40) et sans doute à tort, à la tour Barbeau le nom de Billy, qui appartint à une autre tour sise plus à l'est et élevée, vers 1 870, à l'embouchure du fossé delà Bastille. Cette erreur, signalée par M. Bonnardot, ou ce nouveau nom donné à la tour, s'il lui a été réellement donné, s'explique par ce fait que l'hôtel Barbeau a appartenu, de i635 a 1712, à la famille de Billv.

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