‹ La Salle de théâtre de Molière au port Saint-PaulChapitre 4 sur 5 · PLAN DU JEU DE PAUME DE LA CROIX-NOIRE · texte numérisé non relu

PLAN DU JEU DE PAUME DE LA CROIX-NOIRE

Rue des Barres

HIC Pi(OX3U

rS

co

S*5 ->-*5 Va ^''l'ray* enb'&la.maiaoni et l&jajude,',

là m m

Maison de'1"-, MF Bouclier ou M5021 du| Paurmer

Salle

:.^ «ss^'

foc

;aay de l'Arche Bcaufils

— i7 — ainsi que nous l'avons vu plus haut, avait également une issue sur le quai. L'ensemble de la propriété comprenait le jeu

Je paume propremenl dit et la maison du maitre paumier ' i) ; cette dernière était en façade sur le quai et comprenait, en 1727, une cave, un rez-de-chaussée, trois étages et un

grenier. (Vovcz, sur le plan du jeu de paume, la maison indiquée comme appartenante M. Boucher.) Au rez-de-chaussée, du côté du levant, se trouvait une salle ; à côté de cette salle, une remise de voiture appartenant, en 1727, comme la maison de la rue des Barrés et tout le terrain situé au couchant du jeu de paume, à M. Pitoin (et avant lui à la famille Philippe de Billy), qui avait droit au passage pour communiquer avec la remise. A la façade sur le quai se balançait l'enseigne : A la Croix-Noire, qui avait donné son nom à l'établissement.

Nous avons vu que le jeu de paume de la Croix-Noire et la maison y attenant appartenaient, du temps de Molière, à une dame Denise Philippe, épouse de M. Philippe, ou Philipps de Parade. Cette propriété lui était échue en 1 63 5, dans le partage des biens de M. Vincent Philippe, sieur de Farcy et de Jeanne Targes, ses père et mère. Je dois à l'obligeance de Me Robineau et de Me Cocteau, notaires à Paris, la communication des actes qui établissent cette origine de propriété. Dans l'inventaire dressé, cette même année i635, après le

(1) « Il y a dans Paris une communauté de maîtres paumiers raquettiers, faiseurs d'esteufs, pelottes et balles; leurs statuts sont de l'année 1610, etc. » (Encyclopédie de Diderot et d'Alembert.).

Au dix-huitième siècle, les maîtres paumiers tenaient des billards. Je dois ici relever un léger oubli fait dans la reproduction du plan du jeu de paume. Dans la maison du paumier (à M. Boucher), la salle à droite est indiquée dans l'original par ces mots : salle de billard, et la place du billard est indiquée par un pointillé.

décès des sieurs et dame Philippe de Farcy, on trouve énoncé, sous la cote 19e, un titre plus ancien de propriété de la « maison et jeu de paume delà Croix-Noire, » et, sous la cote 42e, un bail passé devant Tolleron (1), notaire au Clidtelet et daté du 5 octobre 1626, fait par ledit défunt au nommé François Cornil, Maître paumier, dune maison de jeu de paume moyennant le prix de loyer et aux charges et conditions y relatées.

En i652, Madame de Parade fit don de la totalité de la maison et du jeu de paume à damoiselle Marguerite de Parade, sa belle-fille. Le Ier février 1686, les héritiers de Marguerite de Parade, décédée épouse de Jacques de Lhopital, contrôleur des gages de Messieurs du Parlement, procèdent au partage de ses biens, et la maison avec le jeu de paume échoit pour moitié à damoiselle Catherine de Lhopital et au sieur Jean de Lhopital. Ce dernier meurt en 1705, et l'héritage revient intégralement à sa cohéritière.

Enfin, le 26 avril 1727, Mademoiselle de Lhopital vend à M. Jean Baptiste Boucher, marchand joaillier, bourgeois de Paris, et à damoiselle Marie Elizabeth Boucher son épouse, la totalité d'une maison et jeu de paume se tenant ensemble, scis en cette ville de Paris, quai des Ormes, près le port Saint-Paul, et ayant deux issues et sorties, l'une sur le quai et Vautre sur la rue des Barrés, ladite maison alors vacante.

Nous ne pousserons pas plus loin la recherche des différents propriétaires qui se sont succédé dans l'immeuble. Disons seulement qu'en 1849, il était passé entre les mains

(1) Le nom du second notaire devant lequel cet acte a été passé doit être Me Duchesne. Le nom du maître paumier paraît écrit François Cognil dans l'acte de partage et François Cocuet dans une copie contenant d'ailleurs plusieurs fautes, faite en 1732, de ce dernier acte.

— i9 — .1 une dame veuve Musard, qui le céda quelque temps après .m I)' Pinel Grandchamp, et que ,""1 récemment la veuve ei Les héritiers de celui-ci le vendirenl à M. Bastard aine, négociant en vins à Bercy.

Si nous voulons maintenant nous représenter quel pouvait être autrefois l'aspect du jeu de paume, nous trouvons que les murs de côté en étaient élevés de quinze pieds et demi seulement (i), et qu'ils ne servaient pour ainsi dire que de clôture. Toutefois, à une certaine distance au-dessus de ces murs, se trouvait une grande toiture supportée par des piliers en bois et par une charpente compliquée, comme on les faisait à cette époque ; l'espace entre le toit et les murs était rempli par des nattes qui garantissaient les joueurs du soleil, et par des filets qui empêchaient les balles ou paumes d'aller se perdre au dehors (2). A l'intérieur, il y avait le petit toit que l'on retrouve dans toutes les salles de jeu de paume et sur lequel courait la balle. De fenêtres ou de châssis vitrés, il n'en est pas question ; en effet, il eût fallu garantir les vitres du choc des balles, et quant au froid, c'était aux joueurs à s'en

(1) En 1732, le sol du jeu de paume s'était trouvé exhaussé d'environ trois pieds par la construction des berceaux de caves que fit faire à cette époque le propriétaire, M. Boucher. Depuis, le sol a dû être élevé de nouveau, au moment de l'achèvement du quai.

(2) Dans une pièce de 1729, on voit le sieur Boucher cherchant à persuader à Jean Pitoin que, par suite de la construction des nouveaux bâtiments, les terrains de M. Pitoin « auroient moins d'incommodités, parce que, lorsque le jeu de paulme dudit Boucher subsistoit, ils avoient toute l'incommodité du bruit du jeu de paulme et d'avoir en perspective les toits, la charpente, la gallerie, les nattes et les fillets dudit jeu de paulme, au lieu que par la suitte ils auroient en perspective des bâtimens propres dont les égouts ne tombent sur eux et un jour plus libre qu'ils n'en avoient du temps du jeu de paulme. » On peut conclure de ces derniers mots que les toits étaient fort élevés.

préserver par l'action du jeu. Les titres parlent d'une seule fenêtre de cinq pieds de haut sur deux pieds de large qui se trouvait « dans le mur séparant le jeu de paume d'avec l'héritage du sieur Pitoin, au droit de la galerie où était la grille du jeu de paume et qui tire son jour sur l'héritage du sieur Pitoin.» Quant à la situation de cette grille, on trouve, dans le même titre, que le passage appartenant à M. Pitoin (voyez sur le plan du jeu de paume: passage à M. Pitoin), « se trouvait entre le bout de la galerie où était la grille du jeu de paume et la maison du sieur De Vaux. »

Cette disposition permettait aux voisins d'apercevoir facilement, de leur terrain, le développement de la galerie ainsi que le public qui s'y tenait pour regarder les joueurs. Cette galerie s'étendait sur l'un des côtés en prolongement de l'allée qui donne accès à la rue des Barrés, et peut-être même empiétait-elle sur la partie extrême de la salle, contre la maison du maître paumier (i). Elle était supportée par des montants en bois (ces montants sont indiqués sur le plan), à des intervalles irréguliers mais symétriques, et de telle sorte que les joueurs et le public pouvaient circuler sous la galerie. Le faîtage du toit devait évidemment être placé au-dessus de la ligne qui passait au milieu de la salle dans sa plus grande longueur, car le mur pignon était parallèle au quai et lié à la maison du paumier.

On comprend que la troupe de Molière ne put s'établir sans de grands frais dans cette sorte de hangar; aussi voyonsnous stipuler dans le traité passé le 20 décembre 1 644 avec le charpentier Girault (traité rapporté tout au long par

(1) Si le passage appartenant à M. Pitoin est marqué exactement sur le plan, ce qui vient d'être dit au sujet de la situation de la grille semblerait faire voir que la galerie, par un retour d'équerre, occupait aussi le fond de la salle, contre le mur la séparant du passage indiqué sur le plan comme allant à l'escalier de la maison.

M. Kudorc Soulié), qu'il v aura à faire : ■ dresser portes et barrières,... fermer le jour du dit jeu, de maçonnerie ou charpenterie, en sorte que lesditea fermeturea puissent subsister,

taire deux rangs de loges... de la façon de celles du Marais, lésais du plafond et (.levant desquelles loges établis à doubles joints; remonter le théâtre au dit jeu delà Croix-Noire et y taire la quantité des loges telles et semblables qu'elles étaient au jeu des Métayers; lesdites loges garnies de sièges et barres, » etc. La galerie, si elle existait alors, dut être utilisée pour l'établissement des loges. Bien entendu, il n'est pas question de sièges pour le parterre. L'aménagement d'un théâtre se bornait à cette époque à la construction de deux étages, superposés en ligne perpendiculaire, de loges malcommodes, sur les côtés et au fond de la salle.

Il n'est pas hors de propos de signaler au lecteur un article que nous trouvons dans le Magasin pittoresque (année 1848, p. 292), avec une gravure dite d'après Chauveau, et qui donne une idée très-exacte de la disposition intérieure d'une salle de spectacle au seizième et au dixseptième siècle. « Pendant plus de deux siècles, lisons-nous dans cet article, les théâtres, persistant par habitude dans une tradition incommode, se réglèrent sur le carré allongé de leur premier modèle, soit qu'ils s'établissent dans d'anciens jeux de paume, soit qu'ils se fissent construire des édifices particuliers. Parmi les nombreux théâtres affectant encore en France cette disposition intérieure, on peut signaler ceux de Metz, de Tours et du château de Fontainebleau. »

Il nous reste à établir ce qu'est devenu le jeu de paume de la Croix-Noire et quel est actuellement l'aspect de l'emplacement qu'il occupait.

Jusqu'en 1728, ce jeu de paume avait conservé sa destination primitive et la disposition intérieure qui lui avait été rendue après le départ de Molière. Mais, à cette époque, le sieur Boucher, qui l'avait acheté, ainsi qu'on l'a vu, de demoiselle Catherine de Lhopital, le fit démolir avec sa galerie, son immense toiture et sa charpente, pour construire en son lieu et place et en se servant des murs de clôture qui avaient été conservés, deux corps de bâtiment, avec une cour entre les deux et une autre cour qui séparait celui du fond de la maison voisine située rue des Barrés. La maison du paumier fut abattue et reconstruite la première ; l'un des deux nouveaux bâtiments y était adossé. Ces premiers changements ne furent terminés que vers 1733. Depuis, les murs de clôture et ces nouveaux bâtiments ont été surélevés et considérablement modifiés ; la maison bâtie à la place de celle du paumier et l'ancien mur pignon du jeu de paume ont disparu en i85o, lors de l'expropriation à laquelle procéda la ville de Paris pour élargir le quai Saint- Paul (1), et une nouvelle maison

(1) Le plan d'ensemble indique par un trait l'alignement actuel du quai. En le comparant avec le plan du jeu de paume, on se rendra fa-

Page 1