JACQUES ET PIERRE
Du courage; (his.) La chicane est toujours là . . .
ROSAMBERT , les excitaiU
Du courage , [bis.) La chicane est toujours la. . .
rils opperçowent leurs avocats et se promèneni avec
eux, )
PIERRE, revenant et prenant à pari Rosa^iberî.
Pardon, mon cher monsieur , c'^st que j^Vais bien aise de vous expliquer un peu les choses en cachette de mon frèr*:'... Je sais bien cjuVous n'êles pas manchot et qu'voussavez vos cinqCodes -urThout d'vos dix doigts... Mais , c'est pas ça, voyez -vous, j'suis né avant \'s affaires mé , sous la colurfie de Normandie, cVst un' bonne cotume tout d'mênie , eiie véuL qu'les aînés aient îa plus grosse part dans les successions... par ainsi puisque j't,uis son aîné et qu'il vivrail cent ans , qu'il ne serait toujours qu'mon cadet , il est clair que dans Théiiiage de défunt not'pauvr' père, il m'a volé coinra dans un bois... suivant la coutum' d'Normandie... il faut qu'il m'rende c' qu'il m'a pris»..* {Jacques paraît dans le fond,) Hein ! n'oubliez pas la coutume d'Normandie... ( Ilsort , Jacques disparaît. )
ROSAîvtBERT , siir le devant de la scène.
Et de trois... qu'est-ce que je dis donc... et de quatre, car j'aperçois mcidame Bonnard, née Chauvin, bourgeoise acariâtre, ci devant giande plaideuse... nous nous entendrons parfaitement , et je me vois bientôt légataire universel , sans être de la famille. . .
SCmE YII.
ROSAMBERT , M"'% BONNARD.
M"^ BONNARD
Ah ! VOUS voilà , mon cher monsieur Rosambert. . . je ne me reconnxiissais plus dans le palais. . . il y a si long temps que je n'y suis venue. . . ( avec un soupir, ) depuis mon mariage avec monsieur Boimard. . . ila les procès en horreur , ce pauvre cher homme. . .
ROSVMBERT.
Et vous lui avez sacrifié votre penchant pour la procédure. . .
M°'^ BONNARD
Hélas ! oui. . . de son côté , il m'a sacrifié le jeu de boules, qu'il aimait à la fureur. {^Regardant ~de tous côtés, ) Je commence à m'orienter. . . je me retrouve. . .
la police correclîonnelle , à droite, au haut del'escaiier j le tribunal de première instance au milieu , aiais on a lait des changemens , la buvette était là. . . ce n'est pas que j'y alla^se au inoins. . . que de fois j'ai regarde l'heure à celle horloge , c'est que dans mon temp.^ j'étais une jiabiluc'e , je suivais loules les causes: les plaintes en calomnie , pour injures , pour voies de fait , pour vagabondage... le-) allaires conjugales surtout ni'amusaienl intn)iM)enl ; par exemple , jVtais au désespoir quand on jugeait à huit clos. . . mais daj.s ces cas-là... je rae faufilais avec une robe d'avocat... je venais ici , comme on \a au spectacle, on m'avait donné mes entrées , et j'avais toujours ma chaulTretle , et ma place gardée. . .
Air : Je loge au quatrième étage.
Lorsque j'ëlais fille mineure, J'alhiis voir juger au Palais.
Je plaidai quand je lus majeure , Mais , riiynicn vint bicntûl après.
Je négligeai tous les procès. . .
ROSAMBEKT.
C'est un malheur, mais c'est l'usage, Les demoiselles h présent Dès qu'elles entrent en ménage, P^cgligcnt les arls d'agrément.
Mra«. BONXARD.
Je me rapellerai toujours, aux assises, l'affaire de l'épicier droguiste et barbare. . . ah ! monsieur , quelle impression cela me fit! J'étais eccore petite fille alors , eh î bien , je m'évanouis trois fois. . . je pleurais si fbit , que monsieur le procureur du roi ne s'entendait plus , et que la sentinelle fut obligée de m'emporter dans les collidors... ce jour-là , ça ne finit qu'à minuit , et ma pauvre mère ne savait ce que j'étais devenue. . . que voulez-vous, c'était pour moi un délassement , une récréation. . . mais parlons de choses moins gaies, où en est mon procès avec mon mari '^. .
ROSAMBERT.
Comme je vous l'ai dit , madame, il sera jugé aujourd'hui même.
M'"^ BONNARD
Aujourd'hui. . . plus j'approche du moment fatal. . . €t plus je tremble. . .
ROSAMBERT.
Terreurs paniques. . . qui peut vous effrayer ainsi.''. .
M^e. BONNARD.
Moi , porter plainte contre mon e'poux... contre monsieur Bonnard, l'accuser de mauvais traitemens. .. lui qui est si bon. . . si bon. . . qu'il en est,., trop bon.
ROSAMBERT.
C'est lui rendre service. . .
M™^ BONNARD
Profiter de son absence , pour demander la séparation de corps , moi qui l'aime tant. . . enfin ^ monsieur, j'ai rêvé toute la nuit de mon mari. . .
ROSAMBERT.
Celait le cauchemar. . .
M""*. BONNARD
Je crois que oui. . . c'était le cauchemar. . . pauvre minet. . .
ROSAMBERT , froidement.
Ce n'est plus le moratnt de discuter ce point. . . le fait est, que par apathie, ignorance, ou incapacité, votre cher époux a déjà perdu la plus grande partie de sa fortune, qu'il vous écheoit en ce moment u^e portion assez majeure dans un riche héritage ; que vos droits , quoique certains, seront peut- être contestés. . ..qu'alors , il faudra plaider , que monsieur Bonnard vous reluserait toute autorisation. . . qu'enfin , il ne nous reste plus que le moyen que nous employons.
M""*". BONNARD
Mais au moins. . . êlcs-vous bien sûr?. .
ROSAMBERT.
Monsieur Bonnard a été as-sigué à son domicile , il sera condamné aujourd'hui par défaut ; la séparation de corps entraîne celle de biens. . .
M"'^ BONNARD, en souplraiit,
Dien ! la séparation de corps. . .
BOSAMBERT.
Nous touchons notre part de l'hérilage , monsieur JJonnarJ rerienl , il trouve ."-a pelile fortune arrondie. . . et il s'applaudil d'avoir pour épouse une femme de lête comme vous. , .
m"®, bonnard.
Air : De la Balançoire (Amédëe de Bcauplan.)
Je m'abandonne à votre expe'rience.
Et ne \eux pns discuter ] lut long-temps ; C'esi à midi , je crois, que l'on commence, Je reviendrai, monsieur, dans peu d'instans. Ce cher époux . . .
ROSAMEERT.
Eh ! madame, qu'importe \ C'est pour son bien ...
Mad. BONNAF.D.
Hélas ! . . . il en mourra , Nous séparer tous les diux de la sorte. . .
RO^JÀMBERT.
Quand je vous dis qrM \ ous remerciera.
ENSEMBLE
Mad. 150NNARD.
Je m'abandonne a votie expérience , etc. , etc.