LA BIBLIOTHÈQUE DE LA NATION GERMANIQUE
(Page 42 du texte.)
Quelques personnes ont confondu, à tort, la librairie ou bibliothèque de rUniversité, dont il 8*agit dans cette notice, avec la bibliothèque particulière de la corporation d'étudiants désignée sous le nom de Nation germanique : de là, en ce qui regarde la destination de la salle des Thèses^ diverses erreurs qu'il importe de rectifier.
La bibliothèque de la Nation germanique, complètement distincte de celle de l'Université, était à l'usage spécial des étudiants de cette Nation; elle avait été fondée par l'un d'eux, au cours du XVI* siècle ; elle était déposée dans un local à leur choix, et confiée à la surveillance de deux bibliothécaires, faisant partie de la Nation, élus par elle et confirmés par le recteur.
Les statuts de la corporation obligeaient son principal officier, le procurateur j à consacrer, à l'expiration de ses fonctions, une somme de cinq couronnes d'or à acheter des livres pour la bibliothèque : elle s'était ainsi progressivement accrue.
Le catalogue en a été dressé et imprimé.
Au XVII<^ siècle, le nombre des jeunes Allemands qui venaient suivre à Orléans les cours de l'Université ayant considérablement diminué, leur bibliothèque demeura à l'abandon, exposée au désordre et aux dilapidations.
Le 14 août 1684, ainsi que le constate un titre conservé aux archives départementales (1), le lieutenant-général au bailliage, conservateur des privilèges de l'Université, H. Gabriel Gurault, averti que quelques individus, étrangers à la Nation germanique, s'étaient permis de déplacer les livres composant la bibliothèque,
(i) Série D, Université.
de cette nation, et même avaient déjà disposé, par vente, d'une partie de ces livres, considérant que l'existence de cette bibliothèque résultait d'un privilège royal accordé à la dite nation et qu'elle constituait un dépôt public; après visite faite, laquelle fît reconnaître qu'elle ne s'élevait plus qu'à 400 volumes, défendit qu'aucun livre fût distrait de la maison particulière, sise au bas de la rue des Grandes-Écoles, où ils étaient déposés ; ordonna que les scellés y fussent mis et les clefs confiées aux mains du grefûer.
Le dépôt fut ensuite placé sous la garde du recteur et des régents de l'Université.
Plus tard, en 1721, la Nation germanique s'étant reconstituée, ses procurateurs et officiers obtinrent, du recteur et des docteurs -régents, remise des livres, registres, sceaux, médailles, etc., qui leur appartenaient, mais à la charge à eux imposée de déposer le tout dans une partie désignée de la salle haute du bâtiment des Grandes -Écoles^ de faire enclore cette portion d'une cloison en bois de chêne à panneaux, et pour tout prévoir, de remettre une des trois clefs de cette bibliothèque entre les mains du recteur, une autre entre celles du grand bedeau.
La bibliothèque particulière de la Nation germanique, fondée vers la fin du XVP siècle par les étudiants de cette nation^ pour leur usage spécial, administrée par leurs délégués, mise sous scellé, en 1684, par ordre du lieutenant-général au bailliage, déposée depuis 1721, par mesure de prévoyance du recteur, dans une portion fermée de la salle haute des Grandes-Écoles j ne peut donc être confondue avec la bibliothèque du corps universitaire, établie dès le XV* siècle et maintenue, depuis lors, dans la salle des Thèses ou lihrairie deVUniversitéy construite exprès pour la recevoir.
APPÉNDJGE.
PROJET D*ÉTABLIR UNE PLàCE DEYAMT LA PRÂFSCtURÉ OU LOtREt : PHASES ADMIVISTRATITES ME L*AFFAIRB, EN CE QUI CONCERNE LA SALLE
{Pages 8 et 65 du texte. — Voir PI. 11, fig. in.)
30 août 1860. — Le Conseil général du Loiret décide que le mur de clôture de la cour d'honneur de la préfecture sera remplacé par une grille, dans Tespérance que la ville construira une place devant Ventrée principale de Thôtel.
iSaoûtiSOi. — Le Conseil général vote, en principe, la restauration de Thôtel de la préfecture.
34 juin i862. — Lettre de M. le préfet du Loiret, exposant à Tautorité municipale d'Orléans que Tœuvre du Conseil général serait incomplète, si la ville n'ouvrait une place devant la façade principale de l'hôtel.
ii aiyàt i86S. — Le Conseil municipal, s'associant aux vues de M. le préfet, décide la création, en face de la préfecture, d'une place rectangulaire de 30 mètres de large sur 16°* iO environ de profondeur, à partir de la rue de Bourgogne.
La ville pourvoira à cette dépense sur ses ressources ordinaires. — Le maire est autorisé à acquérir, soit à l'amiable, soit par expropriation, les immeubles destinés à être démolis.
( La salle des Thèses se trouvant en partie comprise dans ce périmètre était, dès lors, condamnée à disparaître.)
i863, — Enquête administrative, en conséquence de ce projet. Nombreuses réclamations. La Société archéolof^que, par l'organe de son président et de son bureau, présente de vives et respectueuses observations. {Lettre adressée à Af. le préfet du Loiret et à M. le maire d'Orléans y au nom de la Société archéologique, par Af. P. Mantellier, son président,)
Cette phase importante de raffaire, dans laquelle, nous sommes heureux de le dire, Tadministration a montré une si honorsâ)le déférence pour les vœux des habitants d'Orléans, est exposée en ces termes, par M. Robert de Massy, dans un remarquable rapport au Conseil municipal (séance du 26 mai 1868), que nous mentionnons plus loin à sa date :
c La place adoptée par vous. Messieurs, le
c 11 août 1862, se trouvait comprendre, dans son emprise, la c salle des Thèses de notre vieille et célèbre Université, monuc ment rare du XV® siècle, non moins précieux par son élégante € ornementation intérieure que par les souvenirs qu'il rappelle, € et que la ville doit tenir à honneur de conserver. La Société c archéologique de l'Orléanais s'émut et protesta contre un € vandalisme dont nous n*avions pas eu conscience. M. le € préfet fut le premier à inviter le Conseil municipal à faire € droit aux légitimes réclamations des hommes qui sont le plus € autorisés à plaider la cause du goût et de l'érudition. Tous les « membres du Conseil voulurent connaître ou revoir cette salle c des Thèses, sous la conduite et la direction du président de « la Société archéologique ; et tous, comme M. le Préfet^ pro- € clamèrent quHl fallait sacrifier, non la salle des Thèses à la c place adoptée^ mais la place adoptée à la salle des Thèses,
« Ce noble et général élan nous a jeté et nous retient dans de « grandes perplexités. Depuis, que de projets différents étudiés c sans satisfaction, admis non sans répugnance, uniquement € dans le but de faire, au moins, quelque chose, puisque le seul c projet qui eût été bien (celui de 1862) devait être ahan- « donné, de l'avis de tous ! }i> (Rapport de M. de Massy, adopté par le conseil municipal. )
22 décembre i86i. — Le Conseil municipal décide que la profondeur de la place sera réduite à 9 mètres, au lieu de 14»> 40,
e s'arrêtera au mur méridional du monument, qui se trouvera ainsi conservé.
Cet élargissement de la rue de Bourgogne s'opérera par voie de rectification d'alignement.
i865. — Nouvelle enquête administrative, par suite
de ce second projet. — Réclamations des propriétaires intéressés contre le mode d'élargissement de la rue de Bourgc^ne, par voie de rectification d'alignement.
14 février i866. — Troisième projet. — Le Conseil municipal décide qu'il sera seulement fait^ à chacun des deux angles sud-est et sud-ouest de la rue Pothier, un évasement, d'un développement égal à retendue de la cour d'honneur de la préfecture. — Le maire est autorisé à acquérir, soit à l'amiable, soit par expropriation, les quatre maisons qu'atteindrait cet évasement.
Si août i866, — Le Conseil général, considérant que les pans coupés ne peuvent tenir lieu de la place, dont les délibérations du Conseil municipal des 11 août 1862 et 22 décembre 1864 avaient fait concevoir l'espérance, n'accepte pas le projet d* évasement et demande le retour au projet d'élargissement de la rue de Bourgogne, dans une longueur égale à celle de la préfecture, non plus par le moyen lent de la rectification par aligneinenJt, mais par la voie plus prompte de Va^quisition.
i4 et 21 aoiJU 1867. — Conformément au vœu du Conseil général, le Conseil municipal reprend le projet d'élargissement de la rue de Bourgogne, dans la longueur de l'hôtel de la Préfecture ; mais il demande que le Conseil général, aux frais du département, fasse procéder à la restauration et à l'embellissement du mur méridional de la salle des Thèses, en même temps que la ville démasquera ce mur, par la démolition des maisons.
Renvoi, pour l'étude préalable des voies et moyens, au budget de 1868.
28 août 1867. — Le Conseil général refuse de charger le département des frais de restauration du mur méridional du monument.
S6 mai i868. — Rapport (cité plus haut) de M. deMassy au Conseil municipal sur les incidents successifs et les difficultés de l'affaire. — Le conseil adopte le rapport et ses conclusions, et statue c ... qu'il n'y a lieu, tant qu'un projet plus satisEaiisant c ne sera pas produit, de donner suite aux délibérations concerc nant la création d'une place devant l'hôtel de la préfecture; « invite M. le maire à donner connaissance à M. le préfet et « prie M. le préfet de donner communication au Conseil géné- « rai du rapport et de la délibération. >
iw cLoût 1868. — M. le préfet, dans une pensée de conciliation, transmet au Conseil municipal un quatrième projet consistant en un simple dégagement.
La retraite, que fait la salle des Thèses, sur l'alignement de la rue Pothier, serait conservée; un pan coupé serait ensuite tracé, à partir de l'angle sud-ouest du monument, jusqu'à la rencontre de la rue de Bourgogne : cette disposition serait symétriquement reproduite à l'autre angle de la rue, l'angle sud-est.
20 août i868. — Le Conseil municipal, craignant que l'exécution de ce projet ne produise un effet peu satisfaisant, exprime son regret de ne pouvoir l'accepter.
S9 août 1868. — La commission des travaux publics du Conseil général, par l'organe de M. Greffier, expose, dans un rapport, < .... qu'elle ne croit pas, non plus, admissible f le dernier projet rejeté le 20 août par le Conseil municipal, c et qu'il n'y a pas lieu d'insister pour son exécution ; elle « est d'avis que, vraisemblablement, on sortirait des difficultés « que rencontre l'exécution d'une mesure désirable et néces- 4C saire, si la salle des Thèses, ou plutôt si les parties vraiment « intéressantes de ce petit monument étaient enlevées de la € place qu'elles occupent, et transportées, soit dans un lieu c déterminé par l'administration municipale, soit dans un des € musées de la ville....
« Le propriétaire serait, assure-t-on, de composition facile, c et rien ne serait perdu pour l'art et pour l'histoire, si les co- « lonnes et les sculptures qu'on révère, au moins autant qu'on
c les admire, étaient conservées par les soins pieux d'une c administration qui sait conserver tous les souvenirs.
c En conséquence, la commission propose le projet de délibéc ration suivant :
c Le Conseil général,
c Attendu que le bâtiment, appelé salle des Thèses, fait obsc tacle à rétablissement d'une place convenable devant l'hôtel c de la préfecture;
c Qu'il est désirable qu'il soit démoli, mais qu'il paraît bon c de conserver les parties essentiellement architecturales et arc tistiques de ce petit monument;
c Invite M. le préfet à se concerter avec M. le maire d'Orc léans, pour aviser préalablement au parti à prendre sur l'éta- € blissement de la place de la préfecture, et pour faciliter la so- € lution de la question, aux moyens d'enlever de la place qu'elles € occupent les parties de la salle des Thèses vraiment intéres- € santés pour l'art et Thistoire, et de les transporter, soit dans c les musées de la ville, soit dans tout autre lieu que l'adminisc tration municipale déterminera.
€ Le Conseil général a adopté ce rapport et ce projet de délic bération. >
Tel est, aujourd'hui, le dernier état de la question.
On sait quelle pénible surprise et quelle douloureuse émotion ce rapport et ce vote inattendus ont suscitées parmi les habitants d'Orléans.
Tous ceux qui attachent quelque prix aux glorieux souvenirs de notre ville ont voulu tenter de nouveaux efforts, pour soustraire à une déplorable destruction un monument historique précieux à tous les titres.
C'est dans ce but, et d'après le vœu de la Société archéol(^que, qu'ont été recueillis les faits consignés dans la notice qui précède.
Plusieurs de nos concitoyens, après avoir suivi, avec une sérieuse attention^ les incidents successifs qui viennent d'être exposés, se sont demandé :
Si c'est réellement embellir une ville que de la dépouiller, sans nécessité, des monuments qui honorent son nom, et témoignent des gloires de son passé....
Si le projet primitif d'une petite place quadrangulaire de 30 mètres de largeur sur 16 mètres de profondeur, encadrée à l'est par les façades peu élégantes de la rue des Grobelets, projet abandonné en 1863 de Vavis de touSj et auquel le Conseil général^ dans sa délibération du 29 août 1868, semblerait vouloir revenir, serait d'un effet aussi grandiose que quelques personnes se l'imaginent, et s'il ne produirait pas, au contraire, après l'exécution, de grandes déceptions et de tardifs regrets....
On s'est demandé encore si le projet municipal du 22 décembre 1864, accepté par le Conseil général en 1866, c'est-àdire l'élargissement de la rue de Bourgogne jusqu'à l'alignement du mur méridional de la salle des Thèses, entre la rue des Gobelets et la rue du Bœuf, également élargiey ne serait pas, à tout prendre, le projet le moins prétentieux, le mieux approprié au dégagement de l'hôtel, le plus satisfaisant pour la facilité de la circulation....
La solution la plus» patriotique et la meilleure ne serait-elle pas, dès lors, de chercher d'abord à s'assurer, par acquisition, de la propriété du monument; puis à l'aide du temps, qui aplanit bien des diCQcuités, et dans de mutuels sentiments de déférence pour les besoins du présent, et de respect pour les traditions du passé, de concourir par de communs efforts, dès qu'il se pourra, à la restauration extérieure d'un précieux édifice, qui ne se rattache pas seulement aux souvenirs de la ville, mais à ceux de la province entière, et qui, loin de gêner, alors, les abords de la préfecture, en deviendrait le plus digne et le plus convenable ornement?