‹ La Samaritaine, évangile en trois tableaux en vers. Représenté pour la premiere fois a Paris, sur le Théâtre de la Renaissance, le mercredi saintChapitre 36 sur 36 · CRIS DE TOUS · texte numérisé non relu

CRIS DE TOUS

Hosannah! Gloire au Christ!... Viens dans la ville!... Viens!

JÉSUS

Ai-je eu tort de venir, Pierre, chez ces païens?

P H O T I N E , montrant le crépuscule.

Le soir tombe. Elle veut mourir, cette journée. Mais elle ne peut pas. Pour toujours elle est née. Quand l'olivier sera de la poussière, avec Le figuier, quand le puits de Jacob sera sec. Toujours, sortant du val, passant mont et colline, L'Eau Vive inondera le monde !

JÉSUS

Et toi, Photine, Toi, toujours, lentement, les siècles te verront Descendre le sentier, ta cruche sur ton front. Lorsqu'on évoquera ma figure lointaine.

Toujours la Madeleine ou la Samaritaine, La femme de Sichem ou bien de Magdala, Toujours une de vous, près de moi, sera là!... Et ce sera ta gloire encor que l'on confonde Parfois ta tresse rousse avec sa tresse blonde.

LE PRÊTRE

Soit! C'est le Fils de Dieu! J'y veux bien consentir! Mais notre Temple, alors, il va le rebâtir?

JÉSUS Non!

LE PRÊTRE

Mais tu vas nommer des prêtres.

JÉSUS

Pas encore.

LE PRÊTRE

Un grand-prêtre du moins!

Non.

LE PRÊTRE

Tu veux qu'on t'honore Toi-même de ce titre?

JÉSUS

Oh! non.

LE PRÊTRE

Mais cependant On pourrait embelHr ta robe, en la brodant!

JÉSUS

Non.

LE PRÊTRE

Et lu n'auras pas l'insigne aux feux multiples,

(Montrant sa poitrine.)

Les douze pierres, là?

JÉSUS

J'ai mes douze disciples.

UN JEUNE HOMME

Quel temple élirons-nous, pourtant, nous qui l'aimons?

PHOTINE

La berge en fleur des lacs, le versant bleu des monts!

UN AUTRE

Quel trône prendra-t-il pour parler, ce Monarque?

PHOTINE

La margelle d'un puits, la planche d'une barque.

LE PRÊTRE

Mais pour plaire au Seigneur?...

JÉSUS

L'acte seul plaît à Dieu !

LE PRÊTRE

Mais enfin on prîra tout de même?

JÉSUS

Très peu.

— N'imitez pas ceux-là qui trouvent excellentes Leurs prières sans fin, monotones et lentes : Car ils sont une meule et ne sont pas un luth! Ils partent pour prier, mais, oublieux du but, Ils s'endorment bientôt au rythme des formules. Gomme les cavaliers au pas berceur des mules!

Priez dans le secret. Ne priez pas longtemps. C'est être des grossiers qu'être des insistants. La meilleure prière est la plus clandestine. Priez... comme j'appris à prier à Photine.

(En parlant, de sa main qui peso doucement sur l'épaule de Photine il la fait agenojiller.)

Oui, d'où que vous soyez, de Sichem, de Sion,

Quand vous voudrez prier, sans ostentation.

Sans inutiles cris, sans vaine mélopée.

Sans qu'avec votre front la terre soit frappée,

Et sans plus vous tourner, pour plaire à l'Elohim,

Ni vers Jérusalem, ni vers le Garizim,

Puisque c'est en tous lieux qu'est le Père Suprême...

PHOTINE

Mais en fermant les yeux, tout bas, presque en vous-même

Puisque c'est là surtout qu'il est à tout moment.

Quand vous voudrez prier, dites tout simplement :

(( Père que nous avons dans les deux, que l'on fête

Ton Nom; qu'advienne ton Royaume; que soit faite

Ta Volonté sur terre ainsi que dans le ciel ;

Notre pain, aujourd'hui, supra-substantiel.

Donne-le-nous; acquitte-nous des dettes nôtres,

Comme envers nous, des leurs, nous acquittons les autres:

Ne laisse pas nos cœurs tentés être en péril ; \

Mais nous libère du Malin. »

LA FOULE

Ainsi soit-ii!

hiilcau.

PQ Rostand, Edmond

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