CRIS DE TOUS
Hosannah! Gloire au Christ!... Viens dans la ville!... Viens!
JÉSUS
Ai-je eu tort de venir, Pierre, chez ces païens?
P H O T I N E , montrant le crépuscule.
Le soir tombe. Elle veut mourir, cette journée. Mais elle ne peut pas. Pour toujours elle est née. Quand l'olivier sera de la poussière, avec Le figuier, quand le puits de Jacob sera sec. Toujours, sortant du val, passant mont et colline, L'Eau Vive inondera le monde !
JÉSUS
Et toi, Photine, Toi, toujours, lentement, les siècles te verront Descendre le sentier, ta cruche sur ton front. Lorsqu'on évoquera ma figure lointaine.
Toujours la Madeleine ou la Samaritaine, La femme de Sichem ou bien de Magdala, Toujours une de vous, près de moi, sera là!... Et ce sera ta gloire encor que l'on confonde Parfois ta tresse rousse avec sa tresse blonde.
LE PRÊTRE
Soit! C'est le Fils de Dieu! J'y veux bien consentir! Mais notre Temple, alors, il va le rebâtir?
JÉSUS Non!
LE PRÊTRE
Mais tu vas nommer des prêtres.
JÉSUS
Pas encore.
LE PRÊTRE
Un grand-prêtre du moins!
Non.
LE PRÊTRE
Tu veux qu'on t'honore Toi-même de ce titre?
JÉSUS
Oh! non.
LE PRÊTRE
Mais cependant On pourrait embelHr ta robe, en la brodant!
JÉSUS
Non.
LE PRÊTRE
Et lu n'auras pas l'insigne aux feux multiples,
(Montrant sa poitrine.)
Les douze pierres, là?
JÉSUS
J'ai mes douze disciples.
UN JEUNE HOMME
Quel temple élirons-nous, pourtant, nous qui l'aimons?
PHOTINE
La berge en fleur des lacs, le versant bleu des monts!
UN AUTRE
Quel trône prendra-t-il pour parler, ce Monarque?
PHOTINE
La margelle d'un puits, la planche d'une barque.
LE PRÊTRE
Mais pour plaire au Seigneur?...
JÉSUS
L'acte seul plaît à Dieu !
LE PRÊTRE
Mais enfin on prîra tout de même?
JÉSUS
Très peu.
— N'imitez pas ceux-là qui trouvent excellentes Leurs prières sans fin, monotones et lentes : Car ils sont une meule et ne sont pas un luth! Ils partent pour prier, mais, oublieux du but, Ils s'endorment bientôt au rythme des formules. Gomme les cavaliers au pas berceur des mules!
Priez dans le secret. Ne priez pas longtemps. C'est être des grossiers qu'être des insistants. La meilleure prière est la plus clandestine. Priez... comme j'appris à prier à Photine.
(En parlant, de sa main qui peso doucement sur l'épaule de Photine il la fait agenojiller.)
Oui, d'où que vous soyez, de Sichem, de Sion,
Quand vous voudrez prier, sans ostentation.
Sans inutiles cris, sans vaine mélopée.
Sans qu'avec votre front la terre soit frappée,
Et sans plus vous tourner, pour plaire à l'Elohim,
Ni vers Jérusalem, ni vers le Garizim,
Puisque c'est en tous lieux qu'est le Père Suprême...
PHOTINE
Mais en fermant les yeux, tout bas, presque en vous-même
Puisque c'est là surtout qu'il est à tout moment.
Quand vous voudrez prier, dites tout simplement :
(( Père que nous avons dans les deux, que l'on fête
Ton Nom; qu'advienne ton Royaume; que soit faite
Ta Volonté sur terre ainsi que dans le ciel ;
Notre pain, aujourd'hui, supra-substantiel.
Donne-le-nous; acquitte-nous des dettes nôtres,
Comme envers nous, des leurs, nous acquittons les autres:
Ne laisse pas nos cœurs tentés être en péril ; \
Mais nous libère du Malin. »
LA FOULE
Ainsi soit-ii!
hiilcau.
PQ Rostand, Edmond
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