SAISONS
Le Printemps, dans les fleurs, monte vers la lumière Et frappe au palais rouge où rit le jeune Été, Et l'Automne, au pas lourd, qui reg-arde en arrière Descend avec lenteur vers l'Hiver redouté.
Les laines où, jadis, on tissa vos visages. Sont brillantes toujours et vives, ô Saisons, Et chacune de vous, parmi son paysage, Ajoute son emblème au mur de la maison.
Mais faut-il que debout dans la tapisserie Votre imag-e se dresse en le tissu savant Et que votre quadruple et vaine allégorie Me rappelle la fuite et le cercle du temps?
Je sais bien que l'année est faite de fleurs douces, De lumière, d'azur, de soleil et de fruits, Et que le vent emporte, un jour, les feuilles rousses Et suspend leur couronne au tombeau de la nuit.
Je sais bien que ma vie a vécu, riche ou tendre, Son Avril délicat et son Juillet joyeux. Et que mes mains ont pu s'élever et se tendre Vers la grappe d'Automne éclatante à mes yeux,
Et que l'heure après l'heure a conduit jusqu'en l'ombre Mon destin qui bientôt n'aura plus d'horizon... Mais pourquoi, m.aintenant que tout me somble sombre, Demeurez-vous toujours les mômes, ô Saisons?
LA SANDALE AILÉE ^l
Gomme celle de vous qui reg-arde en arrière, Je descends vers le soir et crois avoir été Ce Printemps qui jadis montait dans la lumière Vers ce palais d'or rouge où lui riait l'Été 1
MÎDI
Il est midi... Ce chemin blanc va vers la mer.
Un rayon de soleil par la fenêtre, clair,
Passe et, sur le plancher de la chambre en cor fraîche,
Fait luire la poussière étincelante et sèche
Du sable qu'en rentrant les pas ont apporté.
L'air est doux d'un parfum de dimanche et d'été ;^
Odeur de toile chaude, arôme de résine,
Car, sur le store écru, en ombre se dessine,
Suspendue à la branche, une pomme de pin ;
Et le silence est tel qu'il en semble lointain
LA SANDALE AILEE /{Z
Et qu'on se croit soi-même absent de sa pensée, Tandis que, mollement mouvante et balancée, La Paresse, aux doux yeux baissés et qu'elle a clos Pour mieux de sa lang-ueur savourer le repos, Sur le fauteuil d'osier longuement étendue, Sourit d'être invisible et de se sentir nue.