L'HEURE HEUREUSE
L'Heure heureuse m*a dit : Chante-moi. Je suis morte.
Effeuille entre mes bras les roses que j'emporte,
Car, vivante, j'ai vu fleurir leur pourpre en feu.
Mes yeux se sont fermés sous la bouche d'un Dieu ;
L'amour a pris mon souffle et me laisse son ombre ;
Je la retrouverai sur le rivag^e sombre
Et j'aurai, pour payer son baiser souterrain,
Ces roses que tes doig-ts effeuillent sur mon sein.
Adieu, mais souviens-toi que brève, je fus bonne. M
Mes sœurs sont là, dehors, qui t'attendent. L'automne
A couronné leurs fronts et doré leurs cheveux ;
LA SANDALE AII.ÉE Oi
Elles peuvent offrir à ton cœur org-ueilleux, Selon que la Sagesse ou la Gloire l'attire, Leur silence savant ou leur noble sourire Et la branche du chêne ou celle du laurier. Mais souviens-toi encore avant de m'oublier Que moi seule, — qui dors sous ces roses mortelles, Éphémère, embaumée et divine comme elles, — Je suis, dans ton passé comme moi sans retour, L'Heure mystérieuse et vaine de l'Amour.
LA SANDALK AILIiE
GOiNFIDENCE
Elle disait : « L'Amour fut à mon cœur troublé Ce frisson qu'on éprouve en la nuit incertaine Lorsqu'au souffle imprévu d'une brise soudaine Un feuillag-e frémit sous le ciel étoile. »
Elle disait encore ; « Ensuite, il m'a parlé. Sa voix à mon oreille était g'rave et lointaine Et douce comme un bruit de source et de fontaine Si son visage obscur restait toujours voilé. »
Elle m'a dit : « Et toi, comment est-il venu A ta rencontre ? Était-il ivre, chaste ou nu? Mais tu ne réponds pas et semblés interdite.,. »
Et je pensais, Amour, à ce bois ténébreux
Où vers toi, pas à pas, dans l'ombre m'a conduite
Ton image secrète et vivante en mes yeux !
64 LA. SANOALK AU.î;iS