‹ La sandale ailée, 1903-1905Chapitre 17 sur 52 · L'HEURE HEUREUSE · texte numérisé non relu

L'HEURE HEUREUSE

L'Heure heureuse m*a dit : Chante-moi. Je suis morte.

Effeuille entre mes bras les roses que j'emporte,

Car, vivante, j'ai vu fleurir leur pourpre en feu.

Mes yeux se sont fermés sous la bouche d'un Dieu ;

L'amour a pris mon souffle et me laisse son ombre ;

Je la retrouverai sur le rivag^e sombre

Et j'aurai, pour payer son baiser souterrain,

Ces roses que tes doig-ts effeuillent sur mon sein.

Adieu, mais souviens-toi que brève, je fus bonne. M

Mes sœurs sont là, dehors, qui t'attendent. L'automne

A couronné leurs fronts et doré leurs cheveux ;

LA SANDALE AII.ÉE Oi

Elles peuvent offrir à ton cœur org-ueilleux, Selon que la Sagesse ou la Gloire l'attire, Leur silence savant ou leur noble sourire Et la branche du chêne ou celle du laurier. Mais souviens-toi encore avant de m'oublier Que moi seule, — qui dors sous ces roses mortelles, Éphémère, embaumée et divine comme elles, — Je suis, dans ton passé comme moi sans retour, L'Heure mystérieuse et vaine de l'Amour.

LA SANDALK AILIiE

GOiNFIDENCE

Elle disait : « L'Amour fut à mon cœur troublé Ce frisson qu'on éprouve en la nuit incertaine Lorsqu'au souffle imprévu d'une brise soudaine Un feuillag-e frémit sous le ciel étoile. »

Elle disait encore ; « Ensuite, il m'a parlé. Sa voix à mon oreille était g'rave et lointaine Et douce comme un bruit de source et de fontaine Si son visage obscur restait toujours voilé. »

Elle m'a dit : « Et toi, comment est-il venu A ta rencontre ? Était-il ivre, chaste ou nu? Mais tu ne réponds pas et semblés interdite.,. »

Et je pensais, Amour, à ce bois ténébreux

Où vers toi, pas à pas, dans l'ombre m'a conduite

Ton image secrète et vivante en mes yeux !

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