‹ La sandale ailée, 1903-1905Chapitre 18 sur 52 · LA MENACE · texte numérisé non relu

LA MENACE

Vous aimerez un jour peut-être ce visag'e Oui vous plaît auiourd'hui Par le trouble, le mal, l'angoisse et le ravage Que vous faites en lui.

Car vous aurez alors, pour Foeuvre de vos charmes,

Un douloureux regret, Et ce temps vous verra maudire avec des larmes

Ce que vous aurez fait.

A ces yeux détournés, à celle bouche lasse Vous chercherez en vain

Que l'amer souvenir disparaisse et s'eiTace De votre long- dédain,

A moins que, par orgueil, luttant contre vous-même,

Vous vous disiez tout bas :

Que m'importe qu'il souffre et qu'il pleure et qu'il m'aime,

Puisque je n'aime pas.

Et pour, de cette image importune et morose, Eloigner votre esprit,

Vous cueillerez l'odeur de la plus rouge rose, Que juin gonfle et mûrit ;

Vous penserez à vous et à votre jeunesse

Et à votre beauté, A la langueur, à la couleur, à la tendresse

De ce beau ciel d'été,

65 LA SANDALE AILli:fl

A des pays lointains, à des villes lointaines,

Au delà de la mer, A des palais, à des jardins, à des fontaines

Qui s*élcvent dans l'air.

Vous fermerez en vain sur ces beaux paysages Vos yeux, et, malgré vous,

Vos yeux se rouvriront pour revoir ce visage Qui vous sera plus doux,

Plus doux que le printemps et plus doux que l'automne,

Que la terre et le ciel, Plus doux que cette lune ardente, courbe et jaune,

Couleur d'ambre et de miel.

Page 1