‹ La sandale ailée, 1903-1905Chapitre 21 sur 52 · LA FLUTE ET LA SOURCE · texte numérisé non relu

LA FLUTE ET LA SOURCE

J'ai retrouvé, ce soir, ma flûte d'autrefois.

Elle est lisse et lég'ère aux mains. Je me revois

Gomme jadis, debout et la tig-e à la bouche,

Le dos contre le tronc d'un pin, près de la source

Dont l'onde, en s'écoulant, g^uidait mon jeune jeu,

Si bien que ma chanson imitait peu à peu

Son rythme, ses frissons, son murmure, sa voix ;

Et mon regard suivait la gamme de mes doigts

Tandis que se mêlaient les bruits, à mon oreille.

D'une feuille, du vent, d'un oiseau, d'une abeille...

Jours heureux ! Mon désir voudrait entendre encore

Votre écho qui sommeille en la flûte sonore :

La voilà. Je l'appuie à ma lèvre ; c'est bien

Ainsi... mais où donc est le bruit aérien

De la feuille et l'oiseau et le vent et l'abeille

Et la source qui murmurait à mon oreille?

Où donc est tout cela qui jadis m'inspirait

Et le pin au tronc rouge, et la verte forêt,

Et les heures d'alors, et moi-même, et pourquoi

M'avoirfait,Dieux cruels, Dieuxméchants, Dieux sournois

Qui riez du vain souffle où mon soir s'évertue,

Retrouver le roseau, si la source est perdue?

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