MADRIGAL
Viens écouter les fontaines Derrière les buis égaux ; Versailles aux vasques pleines Est bien la Cité des Eaux.
Une onde noble et diverse L'enchante encor de ses jeux, Et ces bosquets qu'on traverse Sont habités par des Dieux !
LA SANDALE AILEE iBq
Mais, des bassins qu'on admire, Nul ne me semble plus beau Que ton miroir, quand il mire Ton visage dans son eau.
UACGUEIL
Tous deux étaient beaux de corps et de visag'es,
L'air francs et sages
Avec un clair sourire dans les yeux,
Et, devant eux,
Debout en leur jeunesse svelte et prompte,
Je me sentais courbé et j'avais presque honte
D'être si vieux.
Les ans
Sont lourds aux épaules et pèseùt
Aux plus fortes
De tout le poids des heures mortes,
Les ans
Sont durs, et brève
La vie et l'on a vite des cheveux blancs ;
Et j'ai déjà vécu beaucoup de jours.
Les ans sont lourds....
Et tous deux me reg-ardaient, surpris de voir
Celui qu'ils croyaient autre en leur pensée
Se lever pour les recevoir
Vêtu de bure et le front nu
Et non pas, comme en leur pensée,
Drapé de pourpre et lauré d'or
Et je leur dis : « Soyez tous deux les bienvenus. »
Ce fut alors
Que je leur dis :
« Mes fils, quoi vous avez monté la côte
Sous ce soleil cuisant d'août
Jusqu'à ma maison haute,
O vous
LA SANDALE AILÉE i65
Qu'attend là-bas peut-être au terme du chemin
Le salut amoureux de quelque blanche main!
Si vous avez pour moi allongé votre route
Peut-être, au moins mes chants vous auront-ils aidés,
De leurs rythmes présents en vos mémoires,
A marcher d'un jeune pas scandé ?
Je n'ai jamais désiré d'autre gloire
Sinon que les vers du poète
Plussent à la voix qui les répète.
Si les miens vous ont plu : merci,
Car c'est pour cela que, chantant
Mon rêve, après l'avoir conçu en mon esprit,
Depuis vingt ans,
J'habile ici. »
h]t, d'un geste, je leur montrai la chambre vide Avec son mur de pierre et sa lampe d'argile Et le lit où je dors et le sol où, du pied, Je frappe pour apprendre au vers estropié A marcher droit, et le calame de roseau Dont la pointe subtile aide à fixer le mot
l66 LA SANDALE AIL^E
Sur la tablette lisse et couverte de cire
Dont la divine odeur le retient et l'attire
Et le fait, dans la strophe en fleurs qu'il ensoleille,
Mystérieusement vibrer comme une abeille.
Et je repris :
(( Mes fils,
Les ans
Sont lourds aux épaules et pèsent
Aux plus fortes
De tout le poids des heures mortes.
Les ans
Sont durs, la vie est brève
Et l'on a vite des cheveux blancs..
Si quelque jour.
En revenant d'où vous allez,
Vous rencontriez sur cette même route,
Entre les orges et les blés,
Des g'ens en troupe
Montant ici avec des palmes à la main,
Dites- vous bien
Que si VOUS les suiviez vous ne me verriez pas Comme aujourd'hui debout en ma robe de laine Qui se troue à l'épaule et se déchire au bras, Mais drapé de pourpre hautaine Peut-être — et mort Et lauré d'or ! »
Je leur ai dit cela, pour qu'ils le sachent,
Car ils sont beaux tous deux de corps et de visages.
L'air francs et sages
Avec un clair sourire aux yeux,
Parce qu'en eux
Peut-être vit quelque désir de gloire,
Je leur ai parlé ainsi pour qu'ils sachent
Ce qu'est la gloire,
Ce qu'elle donne,
Ce qu'il faut croire
De son vain jeu,
Et que son dur laurier ne pose sa couronne
Que sur le front inerte et qui n'est plus qu'un peu
Déjà d'argile humaine où vient de vivre un Dieu.
Mais qu'importe sa vie à qui peut par son rêve Disposer de l'espace et disposer du temps ! Qu'importe, puisque j'ai, d'une illusion brève, Satisfait à jamais mon désir d'un instant,
Et qu'à travers Stamboul et dans la verte Brousse J'ai ressenti l'attrait du pays musulman Où s'allonge, le soir, sur la terre âpre et douce, L'ombre du cyprès noir et du minaret blanc !
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Î^Ô l'^ SANDALÏ AILÉE