‹ La santé par l'hygièneChapitre 42 sur 83 · ALCOOL DANS 100 GRAMMES · texte numérisé non relu

ALCOOL DANS 100 GRAMMES

Cerveau 0,44

Muscles 0,33

Foie 0,325

Reins 0,39

Donc l’alcool est distribué par le sang et diffusé dans tous les tissus.

Toxicité de l’alcool éthylique. — Chez un chien, après

une injection d’alcool correspondant à 15 centimètres cubes d’alcool absolu introduit dans l’estomac sous forme d’alcool à 10 pour 100 et effectuée en trois fois, à 9 heures du matin, à une heure et à 5 heures, l’animal est mort pendant la nuit qui a suivi, et le sang aspiré dans les vaisseaux renfermait l‘^‘=,3 d’alcool dans 100 centimètres cubes, ou 1/76.

Il résulte de mes expériences que les hommes qui introduisent dans l’estomac de trop grandes quantités d’al = cool, par exemple au repas du soir, ont encore de l’alcool dans le sang le matin au moment du réveil ; s’ils prennent alors un petit verre d’eau-de-vie, la proportion de Talcool augmente dans le sang et peut être voisine de celle qui produit l’ivresse.

Défions-nous donc de l’alcool : il ne suffit pas de l’ingérer, il faut aussi l’éliminer ou le brûler. Tout est affaire de dose, et je dois insister sur un calcul basé sur mes expériences pour essayer de fixer la ration devin que l’on peut se permettre à chacun des deux principaux repas. Admettons, ce que je crois bien légilime, qu’un millième d’alcool dans le sang soit une dose utile et qui ne peut exercer qu’une bonne influence sur la santé; nous voyons

L’ALCOOL

par la courbe obtenue (fig. GO) que l’injeclion d’un centimètre cube d’alcool par kilogramme ne fait trouver dans le sang qu’un peu moins d’un millième d’alcool; j’en conclus qu’on pourrait se permettre un centimètre cube d’alcool par kilogramme.

Si le poids d’un homme adulte est égal à 70 kilogrammes, cela ferait 70 centimètres cubes d’alcool absolu, et si le vin que nous consommons contient 9 centimètres cubes d’alcool absolu pour 100 centimètres cubes ou 90 centimètres cubes d’alcool par litre, le volume de vin que nous pourrions nous jmrmettre serait égal à 777 centimètres cubes. Ce nombre me paraît encore excessif, et je crois que dans la pratique il est bon de le réduire à moitié, ce qui ferait 388 centimètres cubes de vin. Dans ces conditions, surtout en ajoutant de l’eau au vin, le chiffre de l’alcool dans le sang serait voisin de 1/2,000 et serait suffisant.

Dangers de l’ingestion d’une très grande quantité d’alcool. — L’un des plus grands malheurs qui puisse arriver à une famille, c’est de compter parmi ses membres un alcoolique, c’est-à-dire un homme qui perd volontairement toute énergie, qui devient incapable de tout travail, et qui fait naître des scènes continuelles troublant la vie de tous ceux qui sont obligés de le supporter; aussi devons-nous louer les médecins qui, par différents moyens ingénieux et par la suggestion, arrivent à l’amélioration ou à la guérison de cette dipsomanie, l’un des plus grands fléaux de l’humanité.

L’expérience prouve à chacun de nous, même à ceux qui sont tempérants d’habitude, qu’après un repas trop copieux où l’on a pris des vins variés et des liqueurs, le sommeil ne vient pas ; on reste éveillé et mal à l’aise : c’est la première période de l’ivresse, l’excitation du système nerveux.

J’admire beaucoup les congrès, et ils me paraissent très utiles, car ils nous permettent de connaître et d’estimer les savants de tous les pays et leurs travaux; j’ai

eu l’occasion de faire à Bruxelles la connaissance du célèbre professeur des Etats-Unis Atwater, qui a tant travaillé les questions d’alimentation et d’hygiène, et je lui ai demandé à brûle-pourpoint : « Quelle est votre opinion sur l’alcool comme aliment? » Il me répondit : « Mauvais aliment, monsieur Gréhant. »

Dans un de ces congrès, dans un banquet terminal, nous avions devant chacun de nous huit verres différents dans lesquels on nous versait des vins des crus les plus estimés. Ce qui nous a préservés de l’ivresse, c’est de laisser les verres pleins ou d’ajouter à un faible volume de vin des volumes beaucoup plus grands d’eaux minérales.

Je connais une observation inédite qui m’a été communiquée par le docteur Landragin, mon regretté beau-père : un jeune homme de ses amis avait fait le sot pari d’avaler une bouteille d’eau-de-vie. Aussitôt ingéré, l’alcool fut absorbé rapidement, et l’homme tomba sur le sol, où il restait étendu. Si on l’avait porté sur un lit, il y serait mort. Le docteur Landragin, qui avait beaucoup d’activité, fait atteler son cheval à un cabriolet et fait hisser le patient au milieu, lui du côté droit et un autre homme du côté gauche, puis il fait partir le cheval au grand trot dans la campagne; sous l’influence des mouvements communiqués (massage) et du grand air, l’alcoolique élimine le contenu de l’estomac et de l’intestin, et après plusieurs heures de voyage il est complètement rétabli. Voici un nouvel exemple des grands services que peut rendre un médecin instruit et prompt à la décision.

Dans une autre circonstance, il s’agissait d’un emj)oisonnement par le cyanure de potassium, poison presque toujours mortel : le même médecin fît avaler au malheureux qui avait voulu se suicider plusieurs litres d’eau froide, qui diluèrent le poison dans l’estomac et le rendirent inollensif; c’est aussi un procédé à recommander.

Mais actuellement nous avons encore d’autres moyens pour lutter contre une intoxication par forte dose d’al-

L’ALCOOL

cool. En expérimentant sur un chien fortement alcoolisé par une injection d’alcool à 10 p. 100 dans le sang, j’ai reconnu que si l’on injecte un demi-litre d’eau à plusieurs reprises dans l’estomac, et si l’on vide ce viscère avec une sonde œsophagienne toutes les demi-heures, on trouve dans le liquide de l’alcool que l’on sépare par distillation, et on obtient plusieurs centimètres cubes d’alcool absolu ; les glandes de l’estomac sécrètent cet alcool emprunte au sang; il en résulte que l’animal se rétablit beaucoup plus vite.

Si donc le médecin est appelé auprès d’un homme plongé dans le coma par suite de libations trop copieuses, la première chose à faire, comme l’a démontré le docteur Adrien Bianchi dans une thèse qu’il a faite dans mon laboratoire, c’est de vider l’estomac à l’aide d’une sonde de caoutchouc ou du tube du docteur F aucher ; puis on injecte avec un entonnoir un demi-litre ou un litre d’eau, qu’on laisse séjourner une demi-heure dans l’estomac : la portion d’eau absorbée dilue l’alcool dans le sang et dans les tissus, la portion d’eau enlevée par la sonde enlève de l’alcool : c’est un traitement rationnel que je ne puis trop recommander.

Une longue expérience a démontré en outre que l’addition de quelques gouttes d’ammoniaque ajoutées dans de l’eau sucrée ingérée dans l’estomac est utile pour dissiper l’ivresse; mais il faut se défier de l’action caustique de l’ammoniaque sur la muqueuse gastrique.

En Bretagne, lorsque la mer est agitée et lorsqu’il serait téméraire de s’embarquer, les marins pêcheurs, restant à terre quelquefois pendant plusieurs jours, font de longs séjours dans les cabarets et tombent dans l’ivresse qui anéantit l’énergie musculaire; mais si le calme de l’atmosphère revient, et s’il faut absolument profiter du flux pour reprendre la mer, les femmes des marins n’hésitent pas à faire prendre une bonne tasse de café noir avec une poignée de gros sel à leurs maris ivres ; l’effet ne se fait pas attendre : tout le contenu de l’estomac est

évacué; on conduit le patient tout titubant à sa barque, il se met aussitôt au cabestan, et les efforts musculaires considéral)les qu’il est obligé de faire contril)uent à l’élimination et à la disparition de l’alcool.

Il faudrait faire tous ses efforts pour changer les habitudes de nos marins pêcheurs, qui forment d’excellentes recrues pour la flotte qui défend notre j>atrie, et leur donner quand ils sont à terre des distractions et des occupations, le jardinage, le jeu de boules, la musique, les promenades, la lecture, etc., par exemple, et leur démontrer par des conférences les bienfaits de la tempérance.

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