CHAPITRE II
Physiologie de la sécrétion rénale.
Comme l’ont démontré tout d’abord Prévost et Dumas dans leurs célèbres expériences, quand on enlève les reins à un animal, il meurt au bout de plusieurs jours, et
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on trouve dans le sang une quantité d’urée que l’on peut faire cristalliser parfaitement par l’addition d’acide nitrique, le nitrate d’urée étant peu soluble, surtout à froid.
Le docteur Quinquaud et moi, nous avons démontré que l’urée est toxique à haute dose.
Dans ma thèse pour le doctorat ès sciences c{ue j’ai soutenue en janvier 1870, et qui a nécessité beaucoup de travail dans le laboratoire de médecine du Collège
Fig. 65. — Formes cristallines que l’on peut rencontrer dans les sédiments urinaires.
U)', urée; au, aciile urique; ah, aeide liippuriqiie ; ph, pliospliate tribasif[iie de chaux;
ox, oxalate de chaux; ch, cholestérine.
de France, j’ai démontré que l’ablation des reins fnéphrotomie] ou la ligature des uretères sont suivies de l’accumulation de l’urée dans le sang et dans les tissus. Pour établir celte vérité qui était contestée, j’ai imaginé tout d’abord un procédé de dosage de l’urée aussi exact que possible, et qui consiste à faire un extrait alcoolique du sang ou d’un tissu, en soumettant à la presse le magma obtenu au bout de 24 heures; le liquide alcoolique qui renferme l’urée en solution est introduit dans un ballon de verre uni par un tube réfrigérant d’Allihn avec une pompe à mercure; on distille dans le vide à une basse
température de 40° environ; le résidu sec est dissous dans l’eau; il renferme l’urée que contenait le sang ou le tissu. L’analyse chimique montre que l’accroissement du chiffre de l’urée dans le sang est le même dans les heures qui suivent la ligature des deux uretères, ou l’ablation des reins; on voit donc que la ligature des conduits excréteurs produit exactement le même effet que l’enlèvement des reins.
Mesure de l’activité physiologique des reins par le dosage de l’urée dans le sang et dans l’urine. — Je
dissous 1 gramme d’urée dans 40 centimètres cubes d’eau distillée, et je fais pénétrer par aspiration cette solution dans mon appareil (fîg. 60) qui sert au dosage de l’urée; on fait le vide absolu à l’aide des manœuvres de la pompe à mercure, le tube de verre T étant immergé dans un litre d’étain rempli d’eau bouillante; on remplace l’eau chaude par l’eau froide; après 5 minutes, on fait pénétrer le réactif que j’obtiens en versant 8 décigrammes de mercure dans un tube à essai à demi rempli d’acide nitrique pur; on obtient dans deux cloches pleines de mercure 58^^^, 6 d’acide carbonique qui, ramenés à 0° et à la pression de 760 millimètres, se réduisent à 53^^^, 4; chaque centimètre cube d’acide carbonique, dans ces conditions, correspond à 2™&‘’,683 d’urée; le produit 53,4 X2, 683 = 143™S'’, 3 d’urée; on a donc décomposé 1/7 environ du gramme d’urée introduit dans l’appareil. Quand on dose l’urée contenue dans le sang ou dans 1 centimètre cube d’urine, et quand on obtient un chiffre d’acide carbonique inférieur à 53^=*^, 4, on peut être sûr que le réactif préparé avec 8 décigrammes de mercure a été suffisant.
Les fonctions des reins sont si essentielles pour la conservation de la santé, que si le moindre trouble apparaît, par exemple si, en conservant le même volume de liquide ingéré en potages et en boissons, on constate une diminution dans le volume d’urine excrété, ou une augmentation dans ce volume, dans certains cas, il est
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indispensable de consulter un médecin : car c’est au début d’une maladie qu’on a le plus de chances, parles moyensque la thérapeutique nousdonne, d’arrêter le développement de cette maladie et d’obtenir la guérison. Dans un sujet aussi vaste, je dois appeler l’attention de mes lecteurs sur les observations que j’ai faites et qui démontrent avec quelle activité travaillent les reins, dans l’état de santé, et combien baisse cette activité dans certains cas de maladie, dans l’urémie, par exemple.
Chez un animal carnassier, le chien, j’ai trouvé dans 100 centimètres cubes d’urine 6S>',6 d’urée, et dans 100 centimètres cubes de sang 0s*',053 d’urée;
Fig. 66. — Appareil de Gréhant pour le dosage de l’urée.
est égal à 124,5; il y a donc dans l’urine
cent vingt-quatre fois j)lus d’urée que dans le même volume de sang artériel; c’est pour moi la mesure de l’activité sécrétoire des reins.
Application pratique. — Mon collègue de l’Académie de médecine et de la Société de biologie, M. le docteur Widal, m’a envoyé un morceau de muscle et un échantillon d’urine d’un homme qui a succombé dans son service à des accidents urémiques. J’ai trouvé dans 100 grammes de muscle Os*', 155 d’urée, chiffre plus élevé que celui d’un muscle sain; 100 centimètres cubes d’urine renfermaient ls',55 d’urée; le rapport des poids
de cette substance est ^ = 10, chiffre bien inférieur
à celui qui a été trouvé chez le chien, douze fois moindre. Un champ nouveau est ouvert à l’expérimentation, et il est évident que le dosage de l’urée dans le sang pris avec une ventouse scarifiée (30 grammes environ) et le dosage de l’urée dans l’urine éclaireront les médecins dans l’avenir et leur permettront de diagnostiquer une insuffisance rénale, puis de la traiter.
Quelques conseils. — Plus on observe les hommes dans leurs habitudes, plus on reconnaît qu’ils font des excès fâcheux dans le régime alimentaire, surtout dans l’usage des boissons.
D’une manière générale, il faut de la régularité dans les repas, et il est le plus souvent inutile de consommer des boissons alcooliques ou autres dans l’intervalle des repas.
Dans nos départements du nord de la France, certains hommes consomment dans une journée de 15 à 20 bocks ou chopes de bière, et ils alternent souvent ces boissons avec des petits verres de genièvre, ayant remarqué que cette liqueur très alcoolique active le travail éliminatoire des reins.
Pourquoi imposer à ces organes une activité pareille, un véritable surmenage, et qui peut occasionner des maladies graves et mortelles? Les grands buveurs, en gé-
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néral, n’atteignent pas un âge avancé : l’homme sobre' prolonge sa vie.
Il faut se rationner. Je suis d’avis qu’à chacun des deux principaux repas un tiers de litre de vin ou un demi-litre au maximum est bien suffisant; encore faut-il l’additionner d’un volume d’eau égal.
Il me paraît nécessaire d’introduire dans l’estomac une quantité suffisante de liquide pour suffire à l’irrigation continuelle de nos tissus, aux besoins de la transpiration cutanée et aux fonctions des reins qui éliminent les déchets de la nutrition et certaines toxines qui se produisent dans nos tissus. Les expériences des professeurs Bouchard et Gharrin sont bien probantes et ont démontré que l’urine excrétée par l’homme ou par les animaux est toxique à une certaine dose pour un lapin (rongeur).
L’excrétion de l’urine est continue, mais le volume de ce liquide que les uretères conduisent à la vessie s’accroît beaucoup pendant et après les repas, et il est utile de ne pas laisser s’accumuler dans ce réservoir un liquide qu’il faut expulser, afin d’éviter la gêne et le malaise qui résultent d’une dilatation extrême de la vessie.