CHAPITRE III L’œil et la vision
L’œil est un merveilleux instrument d’optique que nous ne pouvons pas trop admirer, car il nous fait connaître et percevoir la lumière, tous les objets qui nous entourent, les astres qui brillent dans l’Univers immense dont il nous est impossible de comprendre l’étendue, et les corps qui réfléchissent les rayons émis par les corps lumineux. C’est l’œil qui nous fait connaître la forme et la structure de l’homme, des animaux, des plantes, des minéraux, des fossiles, etc., de tout ce que présente à notre examen la Nature si riche, si variée, si féconde, la Nature maîtresse de l’art [Natura artis magistra, inscription bien juste qui se trouve à la porte du magnifique jardin zoolologique et botanique d’Amsterdam).
L’illustre physicien et physiologiste Helmholtz a écrit un gros volume sur l’œil, \ Opthalmologie, qui a été traduit par mon savant collègue de l’Académie de médecine, M. le docteur Javal. C’est une œuvre considérable, qu’il est impossible de résumer. Je ne puis donner ici que des
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Motions succinctes sur uh organe dont l’activité est incessante et nous préserve, à Paris et dans les grandes villes, des accidents qui nous menacent à chaque instant.
Anatomie de l’œil. — L’œil est un globe presque sphérique (fîg. 81), formé d’une membrane blanche, résistante, la sclérotique, dans laquelle est enchâssée en avant la cornée transparente comme un verre de montre, dont la surface est peu différente de celle d’une sphère.
Fig. 80. — Euseiîible du système nerveux du chien.
H, liémisplières ; Ceo, cervelet; M, moelle épinière ; P h, plexus brachial ; Ps, plexus sacré ;
G.S, cordon sympathique.
En arrière de la cornée on voit un diaphragme vertical mobile, Viris, dont l’ouverture, appelée pupille, se dilate ou se rétrécit très facilement. Il suffit de passer de l’obscurité à la lumière pour voir le mouvement de rétrécissement; le passage inverse de la lumière à l’obscurité montre la dilatation. Le tissu de l’iris contient beaucoup de vaisseaux et de fibres musculaires lisses ; les unes forment un anneau autour de la pupille, les autres sont radiées; excitées par certains nerfs et par certains poisons, ces fibres dilatent ou resserrent la pupille : exemple, l’excitation électrique du filet cervical du grand sympa-
thique isolé chez le lapin, détermine la contraction des fibres radiées et la dilatation de la pupille, comme l’atropine, alcaloïde de la belladone. Les fibres nerveuses qui déterminent la contraction de la pupille appartiennent au nerf moteur oculaire commun. Derrière l’iris se
Fig. 81. — Coupe verticale de l’œil.
SC, sclérotique; ch, choroïde; ?•, rétine; mh, membrane liyaloïilc; no, nerf optique; et, cornée transparente; ?, iris; cr, cristallin; ha, humeur aqueuse; hc, humeur vitrée; tj, tache jaune; ps, paupière supérieure et paupière inférieure.
trouve une lentille biconvexe parfaitement transparente, le cristallin, dont la face postérieure est plus bombée que .la face antérieure; l’intervalle qui sépare la cornée de l’iris et du cristallin est rempli d’un liquide qui a reçu le nom à' humeur aqueuse.
Le globe de l’œil, en arrière du cristallin, contient un liquide gélatineux transparent qu’on appelle corps vitré et qui est renfermé dans la membrane hyaloïde.
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En dedans, l’œil est tapissé par une membrane mince très vasculaire, qui recouvre la face interne de la sclérotique, et qu’on appelle choroïde. Cette membrane offre des couches de cellules pigmentaires noires qui font de l’intérieur du globe une véritable chambre noire; les albinos ne possèdent pas ce pigment, leurs yeux sont rouges et la vision devient imparfaite. Autour du cristallin, on trouve au bord de la choroïde un muscle formé de libres lisses : le muscle ciliaire ou muscle de Brücke, qui a été étudié spécialement par le professeur Rouget et qui paraît jouer un rôle dans les déformations du cristallin qui produisent l’accommodation découverte par Helmholtz.
En arrière du corps vitré on trouve une membrane formée de plusieurs couches dont la structure est très compliquée; c’est la rétine, épanouissement du gros nerf optique (fîg. 82); la couche des bâtonnets et des cônes est appliquée sur la choroïde; c’est sur elle que se dessinent les images de tous les objets extérieurs; ainsi les éléments sensibles de la rétine ne sont pas tournés chez l’homme vers le cristallin, mais vers le fond de l’œil, de sorte que les rayons lumineux traversent les diverses couches translucides de la rétine avant d’impressionner les terminaisons des fibres du nerf optique.
Expérience de Magendie. — C’est une expérience très importante due à Magendie et que j’ai souvent répétée dans mes cours. On choisit un œil de bœuf blanc (albinos) ou de lapin blanc enlevé de l’orbite; on l’enchâsse dans un cylindre de carton noirci, de même diamètre, fixé par un support, et on tourne la cornée transparente vers une
source de lumière, la flamme d’une lampe, par exemple; l’observateur placé dans une chambre noire, derrière le globe oculaire, aperçoit, par transparence sur la rétine, une image plus petite et renversée de la flamme.
Construction géométrique dans l’œil de la marche des rayons envoyés par un point lumineux éloigné. — En appliquant les lois de la réfraction de la lumière si
Fig. 83. — Construction géoraétriqne de la marche des rayons qui, partis d’un point très éloigné, viennent frapper l’œil.
DI, GP, LS, rayons parallèles à l’axe; F, leur point de concours sur la réline (Gréhantl.
bien établies par l’illustre Descartes, et les indices de réfraction des divers milieux de l’œil sur l’œil schématique de Giraud-Teulon, j’ai obtenu la figure 83, qui démontre que les rayons parallèles venant d’un point lumineux situé au loin vont, après une série de réfractions, concourir en un seul point sur la rétine; cette figure est empruntée à mon Manuel de physique medicale (Germer-Baillière, 1869).
Accommodation. — L’œil est un organe actif qui diffère absolument de tous les appareils d’optique d invention
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humaine : en effet, il s’adapte facilement à la vue distincte des objets éloignés ou rapprochés : une expérience très simple le démontre; par une fenêtre ouverte, regardons attentivement des objets éloignés, nous les voyons nettement; mais une épingle tenue à 30 centimètres environ de la pupille nous apparaît comme une ligne noire, enveloppée d’une pénombre mal limitée; si, au contraire, nous fixons l’épingle, les objets éloignés sont vus confusément.
Fig. 84. — Positions et grandeurs des images de Purkinje données par une bougie placée devant l’œil.
A. dans la vision des objets éloignés ; B, dans la vision des objets rapprochés. — c, image cornéenne; a, image due à la face antérieuie du cristallin; /£, image produite par la face postérieure du cristallin.
Helmholtz, membre associé étranger de l’Académie des sciences, a mesuré, à l’aide d’un instrument spécial qu’il a nommé ophtalniomètre, les trois images de Purkinje (fig. 84) que l’on aperçoit dans l’œil quand on dirige obliquement les rayons lumineux sur l’œil d’une personne ou d’un animal, et qui sont dues à des réflexions sur les miroirs convexes formés par la cornée transparente et la face antérieure du cristallin et par le miroir concave formé par la face postérieure de cette lentille. Cet illustre savant a reconnu que, dans la vision au loin, la face antérieure du cristallin de l’homme vivant a un rayon de courbure
égala 9, tandis que dans la vision d’un objet rap-
])roché ce rayon est devenu plus petit, égal à ce
changement de forme du cristallin, dont la courbure antérieure augmente, rend compte de la déviation plus énergique des rayons incidents qui vont se réunir sur la rétine.
Œil normal. — L’œil normal à l’état de repos est accommodé, pour la vision des objets éloignés; l’organe ne fait alors aucun effort, et le muscle ciliaire n’agit pas. Si nous examinons des objets rapprochés, le muscle ciliaire se contracte, le cristallin change de forme, et les images se produisent nettement sur la rétine. Pour reconnaître quelle est la limite de cette accommodation, approchons l’œil de la page d’un livre et cherchons la plus petite distance à laquelle les caractères sont vus distinctement. L’œil est-il approché un peu plus, les caractères deviennent confus, par la formation de centres de diffusion sur la rétine. Pour un œil normal, bien constitué, le point le plus voisin que nous puissions voir distinctement se trouve à 11 centimètres environ [punctum proxinium).
L’appareil d’accommodation qui fonctionne bien régulièrement pendant la jeunesse et dans l’àge mûr diminue d’énergie quand l’homme avance en âge, et la distance du punctum proximum devient plus grande; on devient presbyte : il faut éloigner de l’œil la page que l’on veut lire; pour suppléer au défaut de convergence des rajmns, il faut faire choisir par un opticien une lentille convexe de rayons convenables.
Chez le myope, les rayons parallèles se réunissent en un foyer situé avant la rétine, se croisent en ce point et rencontrent la membrane nerveuse suivant des cercles de diffusion donnant une image confuse; pour remédier à ce défaut de l’œif, il faut employer des lunettes biconcaves, qui ramènent le foyer sur la rétine.
Hypermétropie. — L’œil peut présenter une anomalie inverse : si le diamètre antéro-postérieur du globe est trop court, dans l’état de repos, les rayons jiarallèles ne
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se rencontreraient que derrière la rétine; on emploie, pour remédier à ce défaut de l’œil, des verres convergents, biconvexes ou plan-convexes.
Une anomalie particulière de l’œil n’est soulagée ni par l’usage des lentilles convergentes ni par celui des lentilles divergentes. Si l’on présente à certaines personnes une surface quadrillée formée de lignes noires parallèles, horizontales ou verticales, elles ne voient nettement que
les unes ou les autres. Ce défaut de l’œil, qui a été désigné sous le nom ô.' astigmatisme, tient à ce que dans différents plans l’œil ne possède pas le même pouvoir réfringent.
On remédie à ce défaut par l’emploi de verres cylindriques.
Dans tous les cas d’anomalie de la vision il est indispensable de consulter un médecin oculiste, qui, par l’examen des yeux, indiquera exactement le numéro des verres le plus convenable pour remédier aux défauts de l’œil, et qui pourra reconnaître, en outre, si les yeux sont inégaux et exigent des verres de numéros dillérenls.
Une des plus grandes découvertes qui aient été faites est celle de V ophthalmoscope par Helmholtz (fig. 85) : cet instrument, qui sert à éclairer les milieux de l’œil et la rétine et à les observer avec une lentille convergente ou divergente, rend d’excellents services pour établir le diagnostic des maladies de l’œil (fig. 86).
Fig. 86. — Fond de Fœil gauche de l’homme vu à l’ophthalmoscope. Tj, tache jaune ; P, papille (lu nerf optique ; a, artères; V veines.
Composition de la lumière blanche : les couleurs.
La lumière solaire est composée de rayons diversement colorés. — Une expérience très simple, qui consiste à faire tomber un faisceau de rayons solaires sur un prisme horizontal de verre dans une chambre noire, nous montre sur un écran une image colorée qui a reçu le nom de spectre solaire, qui présente sept couleurs principales : violet, indigo, bleu, vert, jaune, orangé, rouge.
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Neivton a expliqué le phénomène du spectre en démontrant que la lumière blanche est formée de rayons inégalement réfrangibles, le violet étant plus dévié par le prisme que le rouge, et je renvoie le lecteur aux traités élémentaires de physique, qui donnent les détails de ces démonstrations.
Après avoir fait l’analyse de la lumière blanche, Newton en fit aussi la synthèse ; on prend un disque formé de secteurs de verres colorés, convenablement choisis, présentant la succession des couleurs du spectre; on fait tourner le disque rapidement, et l’œil reçoit l’impression de la lumière blanche.
Il existe dans le spectre solaire des raies obscures, qui ont été découvertes par Frauenhofer; les couleurs ne sont donc pas continues, et il y a dans l’étendue du spectre un certain nombre d’interruptions. Le spectroscope qui a été employé par Kirchoff et Bunsen à l’étude des raies brillantes des vapeurs métalliques et qui a permis de découvrir les métaux qui existent dans le soleil et dans les étoiles, a rendu aussi des services aux physiologistes, en faisant connaître les bandes d’absorption données par l’hémoglobine, dont j’ai parlé dans l’étude du sang.
On peut aussi avec le spectroscope étudier les couleurs émises par les corps colorés opaques ou transmises par les corps transparents. On appelle complémentaires deux couleurs qui en se réunissant donnent du blanc; par exemple, le rouge et le bleu verdâtre, le jaune et l’indigo, le vert et le pourpre, forment des couleurs qui donnent à l’œil l’impression de la couleur blanche.
Chevreul, qui a étudié avec beaucoup de soin les phénomènes de contraste des couleurs, le contraste successif et le contraste simultané des couleurs, et qui par ses bons conseils a rendu et continue à rendre aux peintres et aux artistes de la tapisserie de si grands services, a indiqué comment on trouve expérimentalement la couleur complémentaire d’une couleur donnée : on fixe sur un disque horizontal traversé par un axe vertical auquel
on peut imprimer une grande vitesse de rotation à l’aide d’une corde, comme dans une toupie, une feuille circulaire de papier blanc, sur laquelle on colle un cercle de papier rouge dont le diamètre est égal à la moitié du diamètre du cercle blanc : dès qu’on met le disque en mouvement, la zone blanche s’illumine de la couleur complémentaire cherchée, c’est une nuance bleu verdâtre.
C’est un fait d’observation que dans un tableau, le voisinage de couleurs complémentaires est agréable à la vue, tandis qu’il y a des couleurs dont le voisinage nous déplaît. Je me rappelle qu’un jour, dans une visite que je faisais au vénérable Chevreul, un dimanche, il me conduisit à la fenêtre, d’où nous vo}dons passer de nombreux visiteurs, et il me fit remarquer une jeune fille qui, sur une robe de couleur, portait de larges rubans jaunes.
« Quel manque dégoût chez la mère! me dit-il. C’est très rare à Paris. »
Daltonisme. — P y a des personnes qui ne distinguent pas une ou plusieurs couleurs fondamentales; ce défaut de la vision, la cécité partielle des couleurs qui, par exemple, ne permet pas de distinguer le rouge, peut être funeste dans la marine, à cause des signaux; aussi tous les candidats à l’Ecole navale et les matelots sont soumis d’abord à un examen médical, et si le daltonisme existe, la réforme est immédiate. Je connais un exemple remarquable de la puissance de la volonté, chez un candidat à l’Ecole navale qui s’était vu refuser l’entrée de cette belle carrière à laquelle il aspirait, parce qu’il ne distinguait pas les couleurs : pendant un an tout entier, il allait tous les soirs dans un magasin de laines de Brest et s’exerçait à en reconnaître les couleurs; à force de persévérance, il vit disparaître le daltonisme, il fut reçu à l’Ecole navale, et aujourd’hui il occupe une situation élevée dans la marine.
Précautions à prendre pour protéger les yeux. —
Les yeux sont très mobiles, car sur le globe de l’œil six
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muscles, quatre droits et deux obliques, viennent se fixer par leurs tendons et peuvent imprimer à l’œil toutes sortes de mouvements (fig. 87). En outre, les paupières, garnies de cils, peuvent empêcher les poussières et les corps étrangers de blesser la cornée ou la conjonctive, membrane qui revêt la sclérotique et la face profonde des paupières.
Quand on voyage en chemin de fer, par exemple, il faut
Fig. 87. — Coupe verticale de l’orbite.
C, cornee transparente et globe de l’œil ; G/, glande laerymale; muscles de l’œil.
éviter, pendant la marche des trains, de passer la tête à la portière, car on peut recevoir soit des poussières de charbon de la locomotive, soit des poussières déplacées par le train, et qui font rougir et congestionner la surface de l’œil. '
Les voyageurs en automobile emploient des lunettes teintées spéciales qui les protègent contre les poussières et contre la lumière trop brillante du soleil.
Nous vivons à une époque de lumières trop vives : lumière électrique, lampes à arc, bec Auer à gaz, bec à acétylène, lampes à incandescence; quand on fixe pen-
dant quelques instants Tune de ces lumières, si l’on ferme les paupières avec un doigt, on aperçoit sur la rétine une image persistante, qui peut durer ])lusieurs minutes, et celte persistance de l’image nous démontre l’énergie de l’impression faite sur la rétine.
L’illustre Newton, que l’on ne peut trop honorer, ayant lîxé le soleil pendant quelques instants avec son télescope, vit l’image persistante de l’astre sur la rétine durer un temps très long. Pendant plusieurs jours il se condamna à rester dans une chambre noire, et il revoyait souvent cette image inquiétante, qui aurait pu déterminer la cécité. Un phénomène plus extraordinaire encore se produisit : sur l’autre œil, qui n’avait pas servi à la vision directe de l’Etoile-Soleil (selon l’expression pittoresque et vraie de M. G. Flammarion], Newton percevait aussi l’image du soleil.
Je ne puis trop recommander à tous ceux qui sont exposés aux rayons lumineux de nos lumières artificielles de ne jamais fixer ces lumières, mais de se servir d’abatjour, ou de globes translucides, ou d’écrans atténuant l’intensité de la lumière. Nos aïeux travaillaient à la lueur d’une chandelle ou d’une lampe fumeuse; nous avons multiplié par 100 ou par 1,000 l’intensité de ces modes d’éclairage primitifs : défions-nous de produire des lésions incurables des éléments nerveux si délicats de l’œil, la merveille de la Nature.
L’usage du microscope, qui rend tant de services dans l’étude de l’histologie et de la bactériologie, demande aussi de la modération, et ceux qui travaillent devraient limiter à un petit nombre d’heures par jour l’emploi de cet instrument, qui nous a révélé tant de détails intéressants de structure et tant de raicroorganismes invisibles à l’œil nu, qui étaient complètement ignorés des anciens. C’est le microscope qui a permis à mon savant collègue le professeur Laveran la grande découverte des hématozoaires qui vivent dans le sang, et en particulier dans les globules du sang, et qui sont la cause des fièvres intermit-
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tentes si fréquentes et si dangereuses dans les pays marécageux (fig. 88). Les sels solubles de quinine provenant de la précieuse écorce de quinquina du Pérou (quinine découverte par Pelletier et Gaventou), doivent êt-re pris par précaution lorsqu’on arrive dans certains pays, pour lutter contre l’invasion des fièvres paludéennes. Il est certain que les germes des hématozoaires flottent dans l’air
Encyclopédie Léauté.)
a, hémalie normale; b, hématie avec un petit parasite non pigmenté.
au-dessus et autour des marais et peuvent pénétrer dans l’appareil respiratoire, où ils sont absorbés et entrent dans le sang; ces germes sont le plus souvent inoculés par les piqûres des moustiques. Tout récemment à Ismaïlia, ville située sur le canal de Suez, et qui était ravagée par les fièvres paludéennes, la Compagnie du Canal a fait disparaître le fléau en ordonnant le dessèchement des marais, et sur les pièces d’eau stagnante qui ont été conservées, on a eu soin de faire verser une légèr€ couche
de pétrole qui tue les larves des moustiques : c’est une démonstration éclatante du rôle prépondérant que jouent les Moustiques dans l’inoculation des fièvres intermittentes.
Nous ne devons rien négliger pour garantir les yeux contre les accidents qui peuvent les blesser : quand on frotte une allumette suédoise un peu brusquement sur la boîte qui porte le phosphore rouge, il arrive souvent qu’une parcelle enflammée est projetée et pourrait frapper l’œil et déterminer une inflammation locale; il faut donc fermer les paupières, au moment de la friction. Je recommande bien à ceux qui sont obligés de marcher à pied dans les rues de Paris, de quitter les trottoirs le moins possible et de ne pas lire en marchant : il faut, en effet, une vigilance extrême, toute l’attention doit être fixée par nous pour éviter les chocs ou la rencontre de corps étrangers. Il faut voir, à chaque instant, si aucun obstacle ne se présente sur le sol.
Il y a un animal curieux, le caméléon, qui présente une particularité intéressante : c’est l’indépendance des mouvements des yeux. Tandis que l’œil droit est tourné vers le nord, l’axe de l’œil gauche peut être dirigé vers le sud, à 180°; il en résulte que cet animal, qui est insectivore, peut apercevoir un insecte dans tous les points de l’horizon; il le saisit avec l’extrémité de sa langue, qu’il lance comme une flèche. Si nous avions des yeux semblables, ce ne serait pas esthétique, mais nous pourrions éviter bien des accidents ; chez nous, les yeux marchent d’accord, nous les levons ou les abaissons ensemble, tous deux sont dirigés vers la droite ou vers la gauche : cela résulte des dispositions anatomiques des cellules nerveuses motrices de l’encéphale et de la distribution des nerfs moteurs des muscles de l’œil.
Il faut se défier du cheval qui, lorsqu’il n’a point d’œillères, voit très bien ce qui se passe ou ce qui se présente du coté de sa croupe. Evitons les ruades; éloignons-nous de cet animal à certaine distance. J’ai vu un cheval menacé