CHAPITRE PREMIER L’acide carbonique
Ce gaz, produit par la combustion du charbon, est' exhalé constamment par les poumons et par la peau des animaux, et nous avons vu que l’air expiré renferme toujours plusieurs centièmes d’acide carbonique, tandis que Tair pur inspiré ne renferme que trois dix-millièmes de ce gaz. C’est à Paul Bert que revient tout le mérite d’avoir étudié systématiquement la toxicité de l’acide carbonique. Voici, par exemple, une de ses plus belles expériences [la Pression barométrique, p. 992) :
Pour étudier l’action de l’acide carbonique, P. Bert a fixé dans la trachée d’un chien un tube qui a été mis en communication avec un sac de caoutchouc contenant 82 pour 100 d’oxygène; ce gaz était absorbé peu à peu dans les poumons, et il était remplacé par de l’acide carbonique dont la proportion centésimale allait toujours en augmentant; l’expérience a duré cinq heures et demie, et l’animal est mort quand la proportion de l’acide carbonique devint égale, dans le mélange gazeux, à 45,7 pour 100, la proportion de l’oxygène étant encore égale à 31,8 pour 100. Plusieurs échantillons de sang furent pris dans l’artère carotide et furent introduits dans l’appareil à extraction des gaz, et l’on reconnut que la proportion de l’oxygène dans le sang se maintenait à peu près la
même dans les premières heures, tandis que la proportion de l’acide carbonique allait toujours en augmentant jusqu’au moment de la mort. On obtint alors, de 100 centimètres cubes de sang artériel, 2 d’acide carbo-
nique.
La température rectale s’abaissa beaucoup; de 37°, 6, température normale du chien, elle descendit à 27 degrés; la différence est égale à 10°, 6.
Les mouvements respiratoires diminuèrent de 21 à 8 par minute; de même, le nombre des battements du cœur alla en diminuant.
La pression du sang dans l’artère carotide descendit notablement, et l’animal mourut.
Cette expérience démontre bien la toxicité de l’acide carbonique, puisque, à la mort, il y avait encore 31,8 pour 100 d’oxygène dans ce sac.
Paul Bert ne s’est pas contenté de mesurer la dose toxique de l’acide carbonique dans le sang, il a déterminé la quantité de ce gaz qui s’accumule dans les tissus, en les faisant dissoudre dans une solution de potasse caustique.
. Des recherches nouvelles ont été faites dans mon laboratoire et sous ma direction par mon fils Stéphane Gréhant, avec l’aide du docteur Nicloux, sur la détermination de la dose toxique de l’acide carbonique chez les vertébrés, en 1895 (thèse de la Faculté des sciences de Paris). Il m’est impossible de résumer ce travail, que l’on trouvera facilement dans les bibliothèques publiques; je donnerai seulement un résumé des conclusions générales.
Une carpe résista 4 heures et demie dans une eau contenant par litre :