CO
12 Oxygène.
6,5 Azote.
Les muscles avaient fixé 44 pour 100 d’acide carbonique.
L’ACIDE CARBONIQUE
Les poissons différents (cyprins, barbeaux, goujons, anguilles) soumis à l’action de l’acide carbonique dissous dans l’eau à la pression ordinaire succombent à l’action de ce gaz dans des temps variables. Les amphibiens (grenouilles, crapauds) ont été placés dans une atmosphère d’acide carbonique et d’oxygène de composition déterminée, dans de l’air confiné, et dans l’eau non renouvelée ou tenant de l’acide carbonique dissous à la faveur d’une augmentation de pression. Dans toutes ces conditions, les grenouilles ont présenté une résistance remarquable; dans l’air humide en particulier, il faut atteindre la proportion d’environ 40 pour 100 pour voir apparaître des phénomènes mortels, et, au moment de la mort, la quantité d’acide carbonique fixée par le muscle est sensiblement constante; nous avons trouvé de 75 centimètres cubes à 82 centimètres cubes pour 100 grammes de muscle. L’expérience montre que les reptiles, tortues, lézards, couleuvres, sont très résistants. La tortue a fait l’objet principal de nos recherches. Au bout de 16 heures d’un séjour dans une atmosphère d’acide carbonique pur, la tortue ne perd pas sa sensibilité, et si, à la fin de l’expérience, l’animal est sérieusement malade, cet état ne subsiste pas, et il se trouve rétabli le lendemain. Ces animaux ne succombent que placés dans des mélanges sous pression, et, de fait, nous avons dû arriver jusqu’à des pressions de 5 et 6 atmos-, phères pour voir les animaux périr. A ce moment, la quantité d’acide carbonique fixée par le muscle est élevée; nous trouvons, par exemple, 193 centimètres cubes pour 100 grammes.
Pour les oiseaux (pigeons, canards), la résistance à l’acide carbonique est tout à fait diverse. Alors qu’un mélange à 35 pour 100 est fatal pour le pigeon en un temps relativement court ne dépassant pas 30 minutes, le canard peut respirer impunément ce mélange pendant une heure, et il faut atteindre la proportion de 70 à 75 pour 100 pour que les animaux succombent.
L’anesthésie n’a pas été constatée chez les oiseaux au cours de la respiration de mélanges même mortels.
Pour les mammifères (hérissons, lapins, cobayes, chèvre, chien) représentant les ordres des insectivores, rongeurs, ruminants, carnivores, l’expérience nous a conduits à des résultats tout à fait imprévus.
Le hérisson a présenté une résistance extraordinaire à l’action de l’acide carbonique. La proportion de 79 pour 100 de ce gaz et de 21 pour 100 d’oxygène respirée par cet animal pendant une heure amène l’anesthésie, mais l’animal remis à l’air se réveille au bout de deux minutes et ne présente aucun symptôme d’empoisonnement. Si on élève la proportion jusqu’à 95 pour 100 d’acide carbonique et 5 pour 100 d’oxygène, l’animal peut encore vivre trois quarts d’heure.
Sous une pression de deux atmosphères et avec un mélange de 79 pour 100 d’acide carbonique et de 21 pour 100 d’oxygène, la mort arrive en 40 minutes.
Le lapin résiste également bien à l’action de l’acide carbonique, mais sans toutefois pouvoir être comparé au hérisson.
’ La proportion de 50 pour 100 n’est mortelle qu’en une heure. On constate l’anesthésie dès les premières minutes de respiration du mélange gazeux; on sait d’ailleurs que le professeur N. Gréhant (1887) a proposé comme teneur optime du mélange anesthésique pour le lapin 45 pour 100 d’acide carbonique, 20,8 d’oxygène, 34,2 d’azote. Le cobaye, quoique faisant partie du même ordre (rongeurs) que le lapin, est beaucoup plus sensible. La proportion de 25 pour 100 est mortelle en quarante minutes.
La chèvre résiste bien, et il a fallu un mélange à 60 pour 100 pour amener la mort de l’animal. L’animal, fait curieux, n’a pas été anesthésié, et l’œil est resté sensible jusqu’au moment de la mort. Les dosages dans 100 centimètres cubes de sang et dans 100 grammes de muscle ont donné les chilfres de 97 centimètres cubes et de 92 centimètres cubes.
L’ACIDE CARBONIQUE
Chez le chien, la résistance est assez grande. La proportion de 50 pour 100 n’amène pas l’anesthésie, est respirée sans grand danger, mais des convulsions au moment ilu retour de la respiration à l’air pur ont été signalées par Paul Bert et par le docteur Banes. Un mélange à 60 pour 100 peut être respiré pendant une demi-heure et produit l’anesthésie.
Le mélange à 70 pour 100 est mortel en une minute {thèse citée).
Sur ce sujet intéressant, qui montre que chez quelques animaux vertébrés la dose toxique de l’acide carbonique est très variable, il reste encore un grand nombre d’expériences à faire sur des vertébrés et sur le groupe immense des invertébrés; je ne doute pas que des expérimentateurs se livreront à ces recherches comparatives en utilisant la technique exacte qui a été employée dans mon laboratoire.
« Il est maintenant admis que l’acide carbonique du sang a une grande utilité, en excitant le centre bulbaire des mouvements respiratoires (Korpeit, 1899 ; H. Winterstein, 1900).
Le professeur Mosso, de Turin, a décrit (1898), sous le nom d’acapnie, les phénomènes de malaise consécutifs à la diminution de l’acide carbonique du sang, a Pour se sentir mieux il n’est pas nécessaire de respirer l’air pur et froid du dehors, il suffit de se mouvoir, de faire quelques pas. La contraction musculaire, en jiroduisant de l’acide carbonique, rétablit en partie l’équilibre du sang. » (Citation de S. Gréhant.)
Nouvelles recherches du professeur N. Gréhant. —
Dans cet ordre d’idées, en continuant les recherches que j’ai commencées il y a plusieurs années, j’ai été conduit à me demander comment se comporte un animal qui respire des mélanges titrés d’air et d’acide carbonique à 5 et à 10 pour 100, et j’ai fait tout récemment une lecture à l’Académie des sciences sur celte question (comptes rendus, juillet 1906); je ne puis que la résumer :
expérience. — J’introduis dans un gazomètre à rainure de laiton (système du docteur de Saint- Martin) 150 litres d’air pur, que je fais respirer à un chien du poids de 17 k. 600 grammes, à l’aide d’une muselière de caoutchouc et de soupapes hydrauliques : l’animal res- ]jire dans le gazomètre, et en 23 minutes et 30 secondes les 150 litres ont circulé dans les poumons.
Je fais passer 15 litres d’acide carbonique et 135 litres d’air, mélange à 10 pour 100, dans le même gazomètre, et je fais respirer à l’animal ce volume de 150 litres : les mouvements d’inspiration et d’expiration augmentent beaucoup d’amplitude et de fréquence, l’animal s’agite à plusieurs reprises : en 8 minutes 50 secondes, le gazomètre est vide.
Donc le chien met 2,7 fois plus de temps pour faire circuler dans les poumons 150 litres d’air pur que pour faire circuler 150 litres d’air renfermant 10 pour 100 d’acide carbonique. Ce résultat devait être complété par le dosage des gaz du sang.
,2® expérience. — A un petit chien du poids de 4 k. 800, on fait respirer d’abord 150 litres d’air pur; au bout de 45 minutes, on fait dans une artère carotide une prise de 16 centimètres cubes de sang dont on extrait les gaz : il a fallu 52 minutes pour que le gazomètre soit vidé.
On fait respirer à l’animal un mélange d’air et d’acide carbonique à 5 pour 100; les respirations sont plus amples et plus fréquentes, et le mélange a circulé dans les poumons en 35 minutes; j’ai fait une nouvelle prise de sang, 5 minutes avant la lin de l’expérience, et voici les résultats que j’ai obtenus :
Pour 100 centimètres cubes de sang, gaz secs à 0 et à 760 millimètres de pression ;