LAVOISIER
Le savant éminent que l’on appelle avec raison le père de la chimie et de la physiologie est connu du monde entier; il fallait un volume pour célébrer ses louanges, c’est fait : le beau livre qui a été publié par le professeur Grimaux est bien instructif, bien intéressant, bien émouvant.
Je ne puis mieux faire pour rester dans mon sujet, dans les questions de physiologie et d’hygiène, que de citer textuellement une partie du Mémoire de Lavoisier sur la viciation de l’air, sur les altérations qu’éprouve l’air respiré, Mémoire qui se trouve dans les œuvres complètes de Lavoisier publiées en quatre volumes par l’illustre chimiste Jean-Baptiste Dumas.
C’est un fait bien anciennement connu, que les animaux qui respirent ne peuvent vivre qu’un temps limité dans une quantité donnée d’air de l’atmosphère; bientôt ils y languissent, ils s’y assoupissent; ce sommeil, d’abord paisible, est suivi d’une grande agitation ; la respiration devient pénible et précipitée, et les anim aux meurent dans des mouvements convulsifs.
Ces accidents se succèdent plus ou moins rapidement, suivant que la quantité d’air dans laquelle les animaux sont renfermés est plus ou moins grande, relativement à leur volume et à celui de leurs poumons; la vigueur de l’animal contribue aussi à prolonger un peu plus longtemps son existence...
On a observé qu’un homme ne pouvait pas subsister plus d’une heure dans un volume d’air de cinq pieds cubes ou 1 mètre cube 638 litres...
Puisque l’air de l’atmosphère ne peut entretenir que pendant un certain temps la vie des animaux qui le respirent, puisqu’il s’altère à mesure qu’il est respiré, on peut en conclure que la salubrité de l’air doit être plus ou moins diminuée dans les salles de spectacle, dans les lieux d’assemblées publiques, dans les salles des hôpitaux, dans tous les endroits où un grand nombre de personnes se rassemblent, surtout si l’air y circule lentement et diflicilement.
Dans un dortoir de l’hôpital général, dans une salle basse et encombrée de malades, Lavoisier a recueilli le matin, avant l’ouverture des fenêtres, deux flacons, l’un d’air pris au bas de la salle, l’autre d’air pris au plafond, et il a trouvé :
Pour l’air vital ou oxygène 23'“'5 et 22'®'
Pour l’acide carbonique 1 5 3
Pour l’azote 7r> 75
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Dans la salle du Théâtre-Français, établi alors aux Tuileries, Lavoisier, un jour où l’alTluence des spectateurs était très grande, a trouvé 2,5 p. 100 d’acide carbonique.
On est effrayé, dit Lavoisier, quand on pense que, dans une assemblée nombreuse, l’air que chaque individu respire a passé et repassé un grand nombre de fois, soit en tout, soit en partie, par le poumon de tous les assistants, et qu’il a dû se charger d’exhalaisons plus ou moins putrides ; mais de quelle nature sont ces émanations ? Jusqu’à quel point dilfèreut-elles dans un sujet ou dans un autre, dans la vieillesse ou dans la jeunesse, dans l’état de maladie ou de santé ? Quelles sont les lualadies susceptibles de se gagner par ce genre de communication? Quelles précautions pourrait-on prendre pour neutraliser ou pour détruire l’influence dangereuse de ces émanations ?
Il n’est peut-être aucun de ces points dont l’examen ne puisse donner prise à l’expérience, et il n’en est pas de plus important pour la conservation de l’espèce humaine. Tous les arts marchent rapidement vers leur état de perfection; celui de vivre en société, de conserver dans leur état de force et de santé un grand nombre d’individus réunis ensemble, de rendre les grandes villes plus salubres, la communication des maladies contagieuses moins facile, est encore dans son enfance. (Lavoisier.)