‹ La santé par l'hygièneChapitre 79 sur 83 · CLAUDE BERNARD ET PASTEUR · texte numérisé non relu

CLAUDE BERNARD ET PASTEUR

mais, si complètement guéris que nous soyons de notre présomption, ce mal dont nous avons souffert, nous ne saurions oublier que si les découvertes de nos grands hommes appartiennent au monde entier, leur héritage de gloire fait partie de ce patrimoine sain qu’on appelle la patrie. {Elogede Claude Bernard, par J. Béclard, secrétaire perpétuel de l’Académie de médecine.)

Pendant l’année 1866, Claude Bernard souffrit d’une maladie d’estomac si grave que les médecins qui le soignaient, Rayer et Davaine, durent avouer leur impuissance. Obligé de quitter son laboratoire, il alla s’enfermer près de Villefranche, dans sa maison de Saint-Julien. Il aimait cette demeure natale qu’il a pris plaisir à décrire et d’où il apercevait les cimes blanches des Alpes. « En tout temps, disait-il, je vois se dérouler à deux lieues devant moi les prairies de la vallée de la Saône. Sur les coteaux où je demeure je suis noyé, à la letti’e, dans des étendues sans bornes de vignes, qui donneraient au pays un aspect monotone, s’il n’était coupé par les vallées ombragées et par des ruisseaux qui descendent des montagnes vers la Saône. Ma maison, quoique située sur une hauteur, est comme un nid de verdure, grâce à un petit bois qui l’ombrage sur la droite et à un verger qui s’y appuie sur la gauche. »

Mais le charme de ses souvenirs d’enfance était assombri par de douloureuses pensées. L’esprit plein de projets, sur le point d’être frappé dans toute sa force, il eut le plus difficile des courages pour ceux qui n’ont pas la préoccupation d’euxmêmes : il se soigna. Livré à cet unique souci de surveiller méthodiquement son régime de chaque jour devenu son propre sujet d’expériences, il était envahi d’une profonde mélancolie.

Pasteur, sachant à quel point les influences morales sont un puissant secret de réconfort, eut l’idée de relire, la plume en main, l’œuvre de Claude Bernard, et ht paraître dans le Moniteur universel du 7 novembre 1866 un article intitulé : Claude Bernard. Idée de Viniportance de ses travaux, de son enseignement et de sa méthode. Il commençait ainsi :

« Des circonstances particulières m’ont offert l’occasion toute récente de relire les principaux mémoires qui ont fondé la réputation de notre grand physiologiste Claude Bernard.

« J’en ai ressenti une satisfaction si vive et si vraie, mon admiration pour son talent s’en est trouvée conhrmée et ac-

crue de telle sorte, que je ne puis résister au désir, quelque téméraire qu’il soit, de communiquer ces impressions. Oh! la bienfaisante lecture que celle des travaux des inventeurs de génie ! En voyant se dérouler sous mes yeux tant de progrès durables, accomplis avec une telle sûreté de méthode qu’on ne saurait présentement eu imaginer de plus parfaite, je sentais à chaque instant le feu sacré de la science s’attiser dans mon cœur. » — « Lorsque M. Bernard, écrivait Pasteur, se présenta en 1854 pour occuper l’une des places vacantes de l’Académie des sciences, sa découverte de la fonction glycogénique du foie n’était ni la première ni la dernière en date parmi celles qui déjà l’avaient placé si haut dans l’estime des savants. Ce fut néanmoins par elle qu’il commeuça l’exposé dos titres scieutifiques qui le recommandaient aux suffi’ages de l’illustre compagnie. Celte préférence du maître décide de la mienne... »

Pasteur citait la réponse de J. -B. Dumas à Duruy qui lui demandait : « Que pensez-vous de ce grand physiologiste? ^ — Ce n’est pas un grand physiologiste, c’est la physiologie elle-même. » « J’ai parlé du savant, concluait Pasteur ; j’aurais pu faire connaître l’homme de tous les jours, le confrère qui a su inspirer tant de solides amitiés, car je cherche dans M. Bernard le côté faible, et je ne le trouve pas. La distinction de sa personne, la beauté noble de sa physionomie empreinte d’une grande douceur, d’une bonté aimable, séduisent au premier abord; nul pédantisme, nul travers de savant, une simplicité antique, la conversation la plus naturelle, la plus éloignée de toute affectation, mais la plus nourrie d’idées justes et profondes. (Extrait du volume de M. Yallery-Radot, La Vie de Pasteur.)

Si nous rendons les plus grands hommages à deux savants comme Claude Bernard et Pasteur, qui ont révolutionné la science médicale, nous devons admirer en même temps la beauté et la générosité de leurs caractères; quand on avait été assez heureux pour mériter leur estime par un travail acharné et fécond en résultats, ils vous soutenaient et vous patronnaient dans toutes les circonstances môme les plus difficiles delà vie, et dans la Lutte ils remportaient presque toujours la victoire.

EDOUARD DESAINS

ÉDOUARD DESAINS

Né à Saint-Quentin (Aisne).

Elève de l’Ecole normale supérieure dans la section des sciences, Edouard Desains, frère aîné de Paul Desains, fut nommé d’abord professeur de physique au lycée de Metz. Le baron Thénard, chancelier de l’Université, dans une tournée d’inspection, admira le talent de professeur, la clarté et l’habileté expérimentale d’E. Desains et le fit nommer professeur à Paris au lycée Napoléon. C’est là que j’ai été assez heureux pour le connaître, pour profiter de son enseignement et de ses bons conseils et pour suivre les recherches très exactes qu’il fit sur la capillarité.

J’écoutais avec grande attention les leçons si claires de mes maîtres et je prenais part avec eux aux expériences dont les difficultés étaient toujours vaincues. C’est en préparant l’hydrogène que j’ai découvert le procédé de mesure du volume d’air contenu dans les poumons parce gaz, en appliquant la loi des mélanges et l’analyse eudiométrique; procédé qui commence à rendre des services aux médecins en permettant de diagnostiquer la tuberculose au début. Edouard Desains était un expérimentateur habile et d’une exactitude scrupuleuse, en même temps qu’un excellent mathématicien; il répétait devant ses élèves de mathématiques spéciales des calculs empruntés à l’illustre Newton et démontrait, par exemj)le, que notre satellite la lune tombe à chaque instant sur la terre, mais est entraînée par suite de l’impulsion première qu’elle a reçue et suit son orbite autour de notre planète.

Jamais je n’ai vu E. Desains donner un signe d’impatience; ses élèves admiraient comme moi son exquise bonté, et tous avaient pour lui autant d’estime que d’affection. Il a été victime de son dévouement : sa vieille servante ayant été atteinte de la variole, le médecin ordonna son transport à l’hôpital; au bout de quelques

jours, Desains ne put résister au désir d’aller visiter et consoler la femme malade qui lui avait rendu de bons services; il prit le germe d’une variole à forme hémorragique qui l’enleva en quelques jours à ses parents, à ses nombreux amis et à ses élèves reconnaissants.

Nous devons donc, pour sauvegarder notre santé contre une maladie toujours redoutable, éviter avec le plus grand soin d’aller visiter les malades atteints de variole, ou bien il faut immédiatement se faire revacciner et attendre au moins huit jours (M. Kelsch), car ce n’est qu’après ce laps de temps que, la vaccine ayant évolué normalement, on peut être préservé des atteintes d’une maladie qui est souvent très grave.

Actuellement, lorsqu’un cas de variole est signalé à l’administration, et en particulier au service d’assainissement dirigé par l’inspecteur général A. -J. Martin, on donne par téléphone l’ordre d’envoyer dans la maison une génisse dont les mamelles sont couvertes de pustules vaccinales; les locataires sont invités à se faire revacciner : presque tous y consentent. Si l’un des locataires qui a refusé la revaccination est atteint de variole, on envoie de nouveau une génisse, et cette fois tout le monde accepte le vaccin, qui arrête l’épidémie à son début.

Je ne puis trop recommander aux voyageurs naturalistes et à tous les voyageurs qui s’éloignent de la France de se faire revacciner avant leur départ.

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