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CHAPITRE I

Notions Générales.

L'âme est lé souffle de Dieu.

Quand l'homme formé d'un peu de limon reposait encore, comme une statue inerte devant son artiste, la majesté souveraine de Dieu se courba sur ce qui n'était encore que poussière : " il lui inspira sur la face un souffle de vie, et l'homme fut âme vivante." Voilà l'âme, voilà l'homme !

L'homme est toute âme !

L'âme n'est pas seulement une partie de son être comme le veulent certains savants, ce n'est pas une faculté soumise au cerveau, son organe, comme le

veulent d'autres savants ; non, l'âme n'a pas d'organô, si elle avait un organe elle serait son esclave — et l'âme est notre maîtresse ! C'est elle qui commande à tous les actes de notre vie, c'est-à-dire qu'elle est nous-mêmes, et nous faisons ce que nous voulons bien faire.

Mais je ne veux pas ici faire un traité de philosophie sur cette grande question. Il est vrai que nous ne sommes plus au temps où une dame demandant ce que c'est que la métaphysique, il lui était répondu : " Lorsqu'un homme qui ne s'entend pas dit à un autre homme une chose qu'il ne comprend pas cela s'appelle de la métaphysique." Dieu merci, nous nous comprenons un peu mieux aujourd'hui que du temps de ce philosophe du commencement du dix-huitième siècle. Non ; ce que je veux faire comprendre c'est l'influence des 'différentes facultés de notre intelligence sur ce que nous sommes, l'influence de l'âme sur le corps. Je veux essayer de prouver que notre santé vient beaucoup de notre volonté, que celle-ci est bien son meilleur gardien et son meilleur préservatif; que notre imagination nous enivre de bonheur, comme elle nous abreuve de fiel selon la direction que nous lui donnons ; que l'avenir est sombre que parceque nous le voulons bien; enfin qu'il n'y a rien de plus puissant que l'homme, parceque selon l'expression divine l'homme est toute âme, que son âme lui vient de Dieu !

Si le cerveau n'est pas l'organe de l'âme, il en est au moins l'instrument. Il semble que l'âme se sert de notre cerveau pour nous communiquer l'intelligence que nous possédons, que c'est par son intermédiaire que les facultés intellectuelles plus parti-

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culièrement se développent, puisque l'intelligence appartient à l'homme dans toute sa plénitude, et que l'homme seul 'a un cerveau développé, complet.

Le cerveau est placé dans le crâne à sa partie antérieure ; sa partie postérieure est occupée par le cervelet, organe du mouvement qui, avec son pro^ longement inférieur appelé protubérance cérébrale, donne lieu à l'organe des nerfs. Ceux-ci prennent origine par deux racines, l'une antérieure chargée de transmettre le mouvement, et l'autre postérieure affectée à la sensibilité. Ainsi il y a dans un môme nerf deux courants : l'un qui envoie les impressions éprouvées par les organes jusqu'au cerveau, où elles se transforment en sensations, l'autre émanant du centre nerveux et qui transmet aux organes de la locomotion l'ordre et la faculté de se contracter pour exécuter les différents mouvements commandés par la volonté : les premiers s'appellent nerfs sensitifs et les autres nerfs moteurs.

A part ces deux ordres de nerfs, il y en a un troisième qui présente à son origine des renflements nommés ganglions et communiquant avec les centres nerveux : c'est le système nerveux ganglionnaire ou de nutrition ; les autres, comme on peut le comprendre, sont des nerfs de la vie de relation, c'est-àdire soumis à la volonté.

Ces notions étant connues, on comprendra mieux les phénomènes intellectuels que je veux étudier, pour démontrer toute l'influence qu'ils ont sur notre vie (1).

(1) Je donne crédit d'avance aux auteurs suivants, qui ont été les sources principales où j'ai puisé les études qui sont contenues dans cette partie : Kanbossom, Les Lois de ta Vie ; Hufe- Jand. l'Art de prolonger sa Vie; Goethe, Bonnet, Belouino, Les Passions ; Cabani, Bourgeois et Feuchtersleben qui, surtout, a été mon auxiliaire et mon maître.

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Les plaisirs et les douleurs sont 'les roses et les ronces du chemin de la vie. Il semble que cette variété gaie et triste tour à tour soit une loi inflexible à laquelle toute créature raisonnable doit être soumise. Oui, joie et tristesse, c'est là une oscillation constante dans les jours comptés de l'homme ! Sourire doux, ou bien ironie amère t vous passez également sur nos lèvres ! Suave mélancolie, nos yeux se nourrissent de toi^ tandis qu'ils sont bien souvent empoisonnés par vous, ô larmes de fiel ! La pendule et son tic-tac régulier marquent le tempsj les rires et les pleurs, la crainte et l'espérance, tous les contrastes physiques et moraux sont les jalons indispensables du sentier du voyageur de ce monde ; c'est là une des premières lois de la nature, loi sacrée, comme une parole de Dieu I

Or si l'homme a contre lui des habitudes imposées par une autorité la même pour tous, il a pour lui une raison puissante, une force d'âme, de volonté qui, s'agrandissant par la révolte, peut s'opposer énergiquement à tout ce qui lui est contraire, tellement que ce qui semble être fait pour l'abaisser, doit contribuer à la grandir et à l'élever. Je m'explique.

Une foule de malheurs, je suppose, m'ont assiégé dans les premières années de ma vie : de rudes coups m'ont souvent brisé le cœur. Dois-je rester triste de ces premiers chocs quelque violants qu'ils aient été? Non. L'arbre, en jeune poussée, battu par la tempête, ne doit pas craindre de relever sa tête et de s'élancer de nouveau avec orgueil vers le ciel I Tel le cœur de l'homme. Ainsi je prends une ferme résolution de noyer dans l'oubli tout le noir de mes jeunes ans ; et les quelques éclairs de bonheur qui ont lui par

moment, je les médite, je les embellis de toute la richesse d'une imagination en verve, et de triste que je devais être je suis gai, et pour toujours!

Aux hommes d'affaires, je dirai que toute l'impression que je conserve d'une mauvaise affaire, c'est une impression de plaisir d'en être sorti.

Ce qui se passe autour de nous bien souvent nous aide à comprendre des vérités qui semblent difficiles à admettre de prime abord. Comprenez ceci. Je rencontre un misérable qu'un choc moral trop fort a rendu fou ; il n'a pas d'autre pensée que celle de sa folie ; c'est-à-dire de ce qui en a été la cause ; et dans sa fixité d'idée, il s'amuse à pratiquer sur lui les supplices les plus atroces, dont il ne ressent nullement la douleur.

Combien d'autres je vois dont l'âme est également plongée dans les ténèbres de la démence et qui résistent aux maux qui assiègent les autres hommes ! Or quand une idée constante et non raisonnée produit de semblables effets, est-ce qu'une ferme volonté, basée sur une saine raison, ne peut amener les mêmes résultats chez moi? Oui, et en désirant uniquement la gaieté et le bonheur, je puis me rendre insensible aux mauvais coups des revers.

La volonté, répétons-nous, cette faculté qui résume tout ce que l'âme a de fort et de grand, la volonté est la pierre angulaire de l'édifice du bonheur.

" Pour être délivréde tout mal, il suffit de vouloir," dit Don Carlos. Nous entendons la volonté qui prend ses racines dans une raison à l'abri de toute passion mauvaise.

Elle doit aussi contrôler l'imagination, cette folle du logis, quand elle est laissée à elle-même, ¥ï\ \\

faut apprendre que dès l'âge le plus tendre, cette dernière commençant à germer doit être strictement cultivée, de manière à ce qu'elle suive une direction heureuse. Voulez-vous voir avec moi le premier germe, suivez-moi. J'entre dans celle de vos chambres où est toute votre affection ; j'approche du berceau que l'amour maternel embellit et parfume. Elle dort, votre petite Maria... ou plutôt non ; le sommeil est trop souvent le synonyme des cauchemars, de l'épouvante, pour y supposer l'enfant... C'est donc un doux et paisible repos qui l'enivre... C'est une heure de l'heureuse éternité qui la retient captive, n'est-ce pas ? Penchez-vous et regardez : sa douce figure est illuminée de joie ; ses lèvres entr'ouvertes s'épanouissent dans le plus doux sourire qui puisse se rencontrer sur les lèvres des anges, comme si son âme était bercée dans un songe d'une céleste béatitude! Qu'est-ce donc? Elle rêve donc, votre petite Maria ? Oui, elle rêve comme rêvent tous les enfants, et peut-être mieux....; car ce qui fait le rêve c'est l'imagination et cette faculté est le premier joyau que Dieu met au diadème de l'intelligence enfantine ! Et le sommeil et la veille des hommes seraient toujours comme un rêve d'enfant si une volonté et une raison bien saines laissaient l'imagination telle que Dieu l'a faite !

L'imagination soumise à la volonté, voilà toute la science du bonheur. C'est une science toute évangélique ; mais l'évangile est toute science aussi. C'était là l'état primitif de l'homme avant sa chute dans les délices de l'Eden ! Dieu lui avait donné l'empire sur tout; et si l'homme a été soumis après son péché à traîner après lui une chaîne doulou-

reuse, Dieu ne lui a pas ôté ce pouvoir presque divin.

C'est parcequ'ils avaient compris cela que de la Rome des Césars à la Rome de Victor-Emmanuel, que de Saint Pierre à Léon XIII il y a eu tant de saints dans les hommes et tant de grands hommes dans les saints ! C'est parcequ'elles le comprennent tous les jours que les maisons religieuses de nos villes sont inondées par la marée montante de la foi qui les remplit, comme autrefois elle remplissait des mêmes âmes fortes les déserts de la Thébaïde ! Et qu'on n'aille pas supposer qu'en rappelant ces faits, je veuille faire croire, ou seulement croire moi-môme, que la magnanimité surhumaine des martyrs primitifs comme des martyrs aussi héroïques de nos prêtres et de nos sœurs, n'est que le résultat d'une volonté énergique et que la grâce et la force d'en haut n'y sont pour rien ! Non ; seulement je veux établir que la volonté y est pour beaucoup, et que si Dieu vient à nous à la fin, c'est parce que nous allons à lui d'abord.— " C'est en soi que l'homme puise ou consolation ou découragement ; c'est en soi qu'il porte et le paradis et l'enfer." Mais les théories, quelles qu'admissibles qu'elles puissent paraître, doivent être appuyées sur de nombreux faits. C'est pourquoi au lieu de développer plus longuement les idées précédentes j'en établis la vérité au moyen de preuves sensibles. Je commence par l'imagination. C'est commencer par le premier âge de la vie ; les autres facultés viendront avec d'autres âges.

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