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CHAPITRE I

Des Ages.

La vie peut se diviser en trois périodes, appelées les trois âges de la vie ; ce sont : l'enfance, la virilité et la vieillesse. Ces âges sont caractérisés par des changements qui font que nous ne sommes pas à l'âge mûr ce que nous étions enfants, et que dans la vieillesse nous n'avons plus les attributs de la virilité ; de sorte qu'il y a des lois particulières pour chacun de ces âges qu'il importe de connaître.

L'enfant croît, l'adulte ou l'homme mûr est dans toute son activité et sa force, et le vieillard décroît, se décompose graduellement jusqu'à ce que la tombe, décomposition complète, vienne se fermer sur lui.

Pour assurer sa santé et sa longévité, il faut savoir user des différents âges : nous allons les étudier tour à tour.

Enfance.

L'enfant est l'avenir, tout l'espoir de la patrie, l'objet de toute notre affection ! Jeunes mères, tout votre cœur est dans votre enfant ; j'y mets aussi le mien ! Que les lignes qui suivent soient pour vous un guide sûr. L'hygiène, vous éclairant de ses lumières, vous ne serez pas plongées si souvent dam;

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cette douleur et ce désespoir que la mort jette parmi vous, parce que souvent, hélas, vos enfants meurent ! Leibnitz disait : " Changez l'éducation et vous changerez la face du monde." On a compris ce mot mais à demi.

L'homme en effet concentre toutes les forces de son intelligence sur le perfectionnement de l'animalité par l'éducation et non pour se perfectionner luimême. Son cheval, son chien, passent avant son berceau : c'est une dure. vérité, mais elle doit être dite, parce qu'elle repose sur un fait évident. Voyez le travail de l'homme pétrissant les organismes à son gré !

Le cheval, par la puissance de ses muscles, devient un coursier infatigable ; le mouton n'est qu'une toison abondante, une laine précieuse ; le bœuf une masse de graisse inerte ; le chien est gardien de la la maison, du troupeau, chasseur, etc. L'éducation produit ces qualités nombreuses qui sont la fortune de l'homme. Pourquoi ne pas faire pour nos enfants les sacrifices que nous faisons tous les jours pour nos animaux domestiques !

L'éducation de nos enfants, faite avec un soin scrupuleux, devrait être le premier mot de la loi : celle-ci réglemente une foule de choses secondaires et ne s'occupe guère de cette première chose si importante.

Il semble que l'on veuille raisonner comme Jean Jacques Rousseau. Ce philosophe, qui était loin d'être physiologiste, dit au commencement de son fameux livre L'Éducation : " L'homme naît bon ; la société ne peut que le dépraver. Ce que l'on a de mieux à faire ce serait de laisser l'enfant, jusqu'à

l'âge de douze ans et plus, à lui-même, sans aucune éducation. A cet âge sa bonté native ne serait pas dévoyée et aurait pris assez de force pour résister au mal. " Tout le système du prétendu grand philosophe repose sur ce principe faux.

Ce principe est essentiellement faux, parce qu'il est l'expression d'une grave erreur scientifique. Estce que tout ne nous prouve pas en effet que nous naissons avec des tendances mauvaises, soit au physique, soit au moral ? L'éducation est donc nécessitée pour combattre les mauvais penchants et faciliter le développement des bons.

Il est donc temps de se mettre à l'œuvre et d'être convaincu que si nous voulons faire une nation puissante, c'est de commencer à nous former au berceau.

Nous avons à lutter ici, nous dit le Dr. Gyoux, contre la routine, cette force inerte qui paralyse les efforts de la science et le préjugé qui entretient les abus les plus nuisibles. Que le préjugé et la routine fassent place à la bonne tradition et au savoir, et la réforme s'opérera.

Nous étudierons l'hygiène de l'enfance au triple point de vue physique, intellectuel et moral ; l'éducation physique et l'éducation morale sont comme le corps et l'âme : on ne peut les diviser. Seulement, comme les facultés morales et intellectuelles ne se développent que dans la seconde enfance, cette dernière partie sera consacrée à l'hygiène intellectuelle et morale de l'enfant, et dans la première enfance nous étudierons surtout l'hygiène physique.

1° HYGIÈNE JUE LA PREMIÈRE ENFANCE, c — Une' expiration est le dernier signe apparent de vie j une

inspiration en est le premier : elle constitue souvent le premier cri. Ce cri demande secours ; courons et ne laissons pas à elle seule une existence aussi frêle !

Virilité. — L'enfant a traversé une période de sa vie qui a opéré chez lui des modifications sérieuses : l'adolescence l'a fait homme comme la loi citoyen. L'amour de la famille et de la patrie est toute la passion dont son cœur est enivré.

Les lois hygiéniques qui régissent l'âge viril, nous avons commencé à les apprendre et nous allons continuer avec l'étude des tempéraments, des professions, etc. La plus grande partie de La Santé Pour Tous contient ces lois : il est donc inutile de répéter ici ce que nous disons ailleurs.

Lavage de l'enfant. — L'enfant, au moment de sa naissance, doit être soumis à un lavage minutieux.

Le lavage de l'enfant se fait le plus souvent au moyen d'un savonnage plus nuisible qu'avantageux. Le savon en effet ne dissout pas la graisse aussi bien que les graisses elles-mêmes ; puis il est irritant pour la peau tendre du nouveau-né. Le premier nettoyage se fera donc au moyen d'huile ou de saindoux : l'huile d'un jaune d'œuf peut-être employée avec avantage. On frotte d'abord tout le corps avec un linge, une flanelle grasse, et quand l'enduit cérumineux est enlevé, on lave avec une éponge et de l'eau tiède.

Les cavités ne doivent pas être négligées ; les yeux, les oreilles, la bouche doivent être soumis à un examen minutieux, Quand l'enfant .est faible — ce

qu'on reconnaît à ses cris à demi formés et au peu de force de ses mouvements — on conseille le lavage dans le vin. (Hoffmann.) Je crois qu'un lavage longtemps continué est aussi avantageux : il a pour but d'amener à la surface du corps une circulation du sang plus active. Néanmoins l'eau pourra être coupée avec un peu d'alcool.

Le lavage de l'enfant doit se faire souvent et à une température assez ékvée : c'est une erreur de croire que l'eau froide est plus avantageuse. En hiver la température sera de 30° et en été de 27°.

Bains. — L'eau est à la peau ce que l'air est aux poumons. (Fonssagrives.) C'est une bonne coutume d'habituer les enfants au bain dès les premiers jours de leur existence : le bain prévient bien des accidents surtout aux intestins. La durée du bain doit être proportionnée à l'âge de l'enfant, c'est-à-dire de cinq à dix minutes dans les six premiers mois et, progressivement, de vingtà trente minutes dans la première et deuxième année. M. Donné recommande avec raison l'heure qui précède le repas du soir comme le plus favorable. D'après cet auteur l'enfant devant sortir tous les jours, il importe de ne pas le baigner le matin, afin que si le temps est mauvais, il ne se refroidisse pas à la suite du bain et ne soit pas exposé de la sorte à s'enrhumer. Je le répète le lavage, que ce soit au moyen de lotions ou du bain, ne sera jamais froid, quoiqu'on disent certains auteurs, Locke, Tardivel, J. J. Rousseau, etc. On attendra pour cela que l'enfant ait acquis une vigueur suffisante. L'abaissement de la température ne peut être que dommageable dans les premiers mois de la vie,

et l'habitude de certains peuples de plonger leurs enfants naissants dans l'eau froide ne me paraît pas digne d'imitation.

" Ilufeland a remarqué que les saisons influent sur la conservation des enfants comme sur celle des animaux, et qu'il meurt chez les uns comme chez les autres plus d'individus lorsqu'ils naissent en automne ou en hiver, que lorsqu'ils voient le jour au printemps ou en été. Cette observation a été confirmée par un hygiéniste français.

"D'une statistique de Villerme il résulte en effet que de tous les départements de France, ceux du Nord voient mourir le plus grand nombre de nouveaux-nés, et de toutes les saisons de l'année, c'est en hiver qu'il en meurt le plus. Le froid a donc sur ces petits êtres l'influence la plus funeste ; on doit les en préserver. " (Dr. Gyoux.)

Air froid. — L'air froid est aussi et plus nuisible que le bain froid. S'il y a des auteurs qui conseillent celui-ci tous s'accordent à proscrire celui-là. Il faut donc protéger l'enfant contre l'air froid, comme contre un ennemi très-redoutable.

Soins à donner à la tête. — L'hygiène de la tête mérite une attention particulière. Les maladies du cerveau sont les maladies de l'enfance, comme celles de la poitrine et des intestins appartiennent à l'âge mûr et à la vieillesse.

Les os de la tête sont réunis par des articulations bien molles au moment de la naissance, et qu'on appelle fontanelles. Ces articulations ne se durcissent que lentement. Or on doit comprendre combien

il est imprudent de ne soumettre à aucune pression la tête du nouveau-né comme le font certaines vieilles matrones, sous prétexte de réduire des bosses et de donner à la tête et à la face une conformation plus parfaite. Ces pressions sont le plus souvent dangereuses et amènent l'inflammation du cerveau, l'idiotie ou la mort.

Le lavage de la tête doit se faire avec beaucoup de précaution : ici le frottement en masse est dangereux, aussi dangereux qu'il est utile sur tout le corps. Après l'avoir lavée on la sèche le plus vite possible, pour prévenir tout refroidissement. La tête nettoyée on la couvre d'un léger bonnet de manière à conserver à la tête sa température normale.

Les croûtes qui se trouvent quelquefois à la tête de l'enfant qui vient de naître, comme ces autres croûtes, appelées croûtes de lait, qui surviennent plus tard, au lieu d'être considérées comme une crasse sacrée à laquelle il est défendu de toucher, doivent disparaître le plus vite possible en multipliant les soins de propreté.

Voici la manière dont le Dr. E. Maurin explique la formation de ces croûtes et le traitement que je conseille avec lui :

" Les poils follets qui tombent se brisent et se feutrent sous l'influence du frottement de la calotte contre le crâne ; ils irritent les glandes sébacées déjà excitées par le travail actif de la pousse des cheveux. Lorsque les glandes sébacées sont irritées, leur produit, au lieu d'être huileux, devient plus gras, analogue à du beurre. Les poils follets tombés et feutrés s'encrassent de ce produit glutineux. Les

glandes sébacées obstruées ne peuvent plus jeter au dehors leur sécrétion ; elles se gonflent, s'enflamment, crèvent sous l'épidémie. La peau se congestionne sous l'influence du corps étranger, suppure : il se forme des boutons ; ces boutons crèvent à l'extérieur et répandent un liquide qui se concrète en croûtes brunes ou jaunâtres.

" Tel est le mécanisme de la formation des croûtes de lait.

" Ajoutez que les poussières répandues dans l'air, contenant toujours des germes organiques de végétaux ou d'animaux microscopiques, ces germes se déposent sur les croûtes de lait, y trouvent un terrain préparé pour leur ponte et s'y développent. Dès lors les croûtes deviennent parasitaires et essentiellement contagieuses.

" Enfin, comme le plus grand mouvement de la poussée des cheveux et de la mue des poils follets a lieu vers le second mois après la naissance, c'est alors que se rencontrent les plus nombreuses, les plus larges, les plus épaisses croûtes de lait, considérées par beaucoup de mères comme un signe de santé, tandis qu'elles sont au contraire pour le s hygiénistes la marque du défaut de soins ou de l'ignorance maternelle. Car un enfant bien soigné ne peut pas avoir des croûtes à la tête.

" Dès la naissance donc, je le répète, lavez et brossez tous les jours la tête de l'enfant. Voyez-vous les petits poils s'agglutiner, frictionnez-les avec de l'huile d'amandes douces. Apercevez -vous quelques rougeurs sur lê" : .cuir chevelu, quelques boutons, lotionnez avec une^^c'ôction de feuilles de noyer- Plus les sympt'ôgsïy ! d'inflammation s'aggravent,

plus les soins de propreté, les onctions huileuses, les lotions déLersives doivent être fréquents. Ne laissez jamais les croûtes s'établir sur le crâne de votre enfant ; elles se multiplient à l'infini quand on leur donne droit de domicile.

" Il importe de lutter contre les croûtes de lait parce qu'elles peuvent occasionner de sérieuses indispositions, déterminer des maladies des yeux et môme des affections cérébrales. "

J'ajouterai que si on tenait à sa disposition un savon de camphre et d'acide carholique, pour s'en servir dès qu'on s'aperçoit de la formation des croûtes, celles-ci ne se développeraient pas aussi souvent.

Vêlements. — L'enfant est net, il nous faut l'habiller, car, nous dit. Pline, " l'homme vient au monde tout nu. Entre tous les animaux il est le seul que la nature semble avoir traité en marâtre. Tous les autres ont, en naissant, les moyens de se garantir des injures des éléments et de pourvoir à leur subsistance."

J'ai fait la guerre à l'eau froide, au sujet du lavage de l'enfant, je parlerai de la même manière du vêtement léger et réclamerai fortement pour la flanelle, conduit par une même idée hygiénique. En effet, on habille l'enfant pour le protéger contre le froid, ou pour parler plus physiologiquement afin d'empêcher la déperdition trop grande de la chaleur qu'il produit. Or la flanelle est seule capable d'obtenir ce but ; servons-nous en donc toujours.

!Si le vêtement n'a pour but que de conserver à l'enfant la chaleur qu'il a apporté en venant au monde, il convient donc bien peu de l'assujettir immédiatement à une toilette sévère, à un maillot sérieux qui devient pour lui une véritable prison.

Le maillot est à la mode, et le maillot héréditaire, pour conserver au corps ou plutôt pour lui donner une élégance qu'il ne peut acquérir, parait-il, sans lui ! Et la plus élégante taille sera celle qui aura subi plus durement les étreintes du maillot ! Erreur que cette croyance, erreur grave, puisqu'on ne produit nullement cet effet si désiré et qu'on compromet sérieusement la santé de' l'enfant !

De la Loubère, en effet, nous apprend que les Siamois n'emmaillottent pas leurs enfants, et que ceux-ci ont le corps bien fait. Les Lacédémoniens n'emmaillottaient pas non plus les leurs, nous dit Lycurgue ; les nourrices les élevaient avec une adresse et une application toute particulière sans les envelopper de langes et, par ce moyen, elles les rendaient plus dispos de leurs membres, mieux formés et de plus belle et gentille corpulence.

Néanmoins il ne faut pas donner trop de liberté aux mouvements de l'enfant, un vôtementtrop grand laisse pénétrer l'air et le refroidit.

Nous avons dit que le maillot trop serré est nuisible à la santé de l'enfant. En effet il porte sur la poitrine et le ventre, qui contiennent les organes les plus importants à la vie et nuit à la respiration, la circulation et la digestion.

Mais le maillot antique est peu en vogue parmi nous ; il est inutile d'insister sur la manière dont on doit s'en servir. Néanmoins, la ceinture dont on se sert dans la layette produit le même effet quand elle est trop serrée, et est compromettante pour le bon fonctionnement de la vie ; il faudra donc oublier l'élégance future pour la santé présente, et ne, serrer la ceinture que légèrement.

Que la flanelle ne soit pas acceptée par la jeune mère comme une humiliation et que le vêtement un peu flottant ne lui donne pas de crainte pour l'avenir ; que la layette soit duveté comme un nid d'oiseau.

La flanelle que je conseille pour vêtement à l'enfant, malgré que la plupart des auteurs la proscrivent, est surtout nécessaire pour nos climats ; ce qui veut dire que dans la saison chaude elle ne sera pas autant de rigueur. En outre, si la flanelle est nécessaire au début de la vie, à mesure que la constitution de l'enfant s'accentue, et que ses forces se développent, elle peut faire place à d'autres vêtements.

Pour vêtement de n»it, je conseille une longue chemise de flanelle qu'on pourra lier à une certaine distance des pieds et des mains. Le refroidissement nocturne, si fréquent chez les enfants et si grave, survient parce que l'enfant est à découvert la plupart du temps. Avec la chemise que je conseille, on évite le refroidissement et ses mauvais effets.

Sommeil. — La seule habitude qu'on doit laisser prendre à l'enfant est de n'en contracter aucune." (J. J. Rousseau, Emile, livre i.)

Elles sont nombreuses les mères qui, se pliant aux caprices de leurs enfants, leur laissent partager leur lit ! Il suffit de leur avoir donné cette liberté une fois ou deux, pour être ensuite dans l'obligation de toujours la leur accorder ; la faiblesse même devient le plus despotique des tyrans.

La mère ne doit garder son enfant avec elle que pour lui donner à boire ; aussitôt le banquet maternel fini, elle doit placer le jeune convive dans son berceau, quelqu'énergique que soit la résistance qu'il

puisse offrir. L'Eglise, prudente, s'unit ici avec l'hygiène pour faire à la mère sans énergie la stricte défense d'une habitude qui bien souvent a été cause d'une mort prématurée.

Le berceau de l'enfant sera en fer ; le fer offre moins d'avantage aux insectes que le bois ou l'osier. On ne le placera pas près d'une cheminée qui donne trop d'air, ni dans un coin où l'air ne se renouvelle pas assez ; sa place sera dans la partie de l'appartement le plus confortable, comme la chambre à coucher doit être elle-même le meilleur appartetement de la maison, puisque l'enfant y passe presque tout son temps. L'enfant dort presque toujours, en effet, dans les premières semaines de sa vie. Il a peine à sortir du sommeil si doux du sein maternel. Il faut le laisser faire, et lui préparer une couche soyeuse qui l'invite à y prolonger à son gré un sommeil qui est sa vie. Voici de quelle manière on pourra faire son petit lit : une ou deux paillasses faite avec un sac de toile rempli de balle d'avoine bien sèche, ou de feuilles de fougère, dont l'arôme est fort agréable, recouvertes d'un feutre absorbant au lieu d'une toile cirée ; voilà la litière du nouveauné. Le feutre absorbe les liquides et empêche ceuxci de blesser la peau. L'oreiller sera fait comme la paillasse que l'on placera sur un plan légèrement incliné. Les draps qui servent à envelopper l'enfant devront être légèrement chauffés chaque fois, la chaleur seule lui fera oublier la douce captivité des bras de sa mère.

L'enfant doit être couché sur le dos et non sur le côté • ,c.eux quj conseillent pe.tte position-ci prétendent qu'elle es.t avantageuse pour l'écoulement. gg

la salive à l'extérieur ; il vaut mieux que le peu de salive que sécrète alors la bouche de l'enfant soit avalée que rejetée au dehors.

Il est bon de tenir le berceau couvert au moyen de rideaux d'une couleur toujours sombre afin de ne pas fatiguer la vue si sensible alors. L'hiver on mettra des rideaux de laine, pour empêcher l'atmosphère du berceau de se refroidir ; en été on se contentera d'une étoffe légère pour préserver l'enfant des insectes.

Je viens de dire que l'enfant dort presque toujours dans les premiers jours de sa vie, et qu'il faut le laisser dans son sommeil qui contribue autant que le lait qu'il prend, au développement rapide de ses forces. Pour faciliter le sommeil de l'enfant, et faire en sorte qu'il ne soit pas une difficulté, une fatigue pour la mère, il faut s'y prendre de bonne heure, c'est-à-dire qu'il ne faut donner à l'enfant aucune habitude dans les premiers jours afin de provoquer plus facilement ce sommeil. A peine l'enfant vient de naître en effet, que la matrone à qui on le confie le berce dans ses bras,' au son d'un refrain accoutumé. Voilà comment il se fait que plus tard, si on ne berce notre jeune élève et si on ne lui fredonne aucune chansonnette, il refusera le sommeil avec un entêtement bien connu. Qu'on se garde donc de donner si vite au nouveau-né des caprices dont il serait toujours ignorant si 011 ne lui faisait pas connaître si aisément !

Le bercement n'est pas seulement une mauvaise habitude, c'est une habitude très-nuisible à la sauté. En ellèt, lieu de pis que les exigences du jeune âge ; l'enfant qui d'abord se contentait d'un bercement

léger, demande bientût à être bercé avec violence, et c'est ici que naissent les dangers ; c'est moins un vrai sommeil que l'on procure alors qu'un état comateux déterminé par la grande quantité de sang qui se porte au cerveau. Voici ce que nous dit le Dr. Gardien : " Une secousse considérable imprimée au berceau est dangereuse surtout dans le temps de la dentition, car elle expose encore davantage les enfants aux convulsions et aux affections comateuses en augmentant la congestion du sang vers le cerveau où il est déjà naturellement attiré pendant cette crise."

Je suis convaincu que l'enfant peut s'endormir de lui-même et qu'il suffit de l'y habituer dès les premiers jours, avec un peu de volonté et d'énergie on parvient à ce résultat si satisfaisant.

Les Romains plaçaient le berceau de leurs enfants sous l'invocation d'une divinité (Cunina dea), qui devait les préserver de tous maux et de tous maléfices. Mères, vous avez cette divinité à votre disposition : c'est la fermeté, invoquez-la et votre enfant fera tout à votre gré !

Alimentation. — " Le lait de femme est le seul qui convienne parfaitement au nouveau-né ; tout autre dans les premiers mois de la vie lui fait courir des dangers tels que. l'allaitement maternel ne peut pas être considéré comme une affaire de choix, mais comme une impérieuse nécessité. "

L'enfant après avoir vécu si intimement avec sa mère, n'est pas séparé brusquement d'elle au moment de sa naissance : ses lèvres, suspendues à son sein, sont comme une greffe mobile qui semble dire encore

que le sang et la vie de la mère sont le sang et la vie de l'enfant !

Dans les pays où les nourrices sont substituées à la mère, la mortalité des nouveaux-nés acquiert un chiffre très-élevé, tellement qu'on commence à comprendre que la nation, dont les mères voudraient s'abstenir de nourrir leurs enfants, ne saurait vivre longtemps et disparaîtrait bientôt de la face de ce monde.

La nature est notre guide et l'homme reçoit souvent de grandes leçons d'elle. Voyons les habitudes des animaux et nous apprendrons d'eux à ne pas séparer l'enfant de sa mère : " Chez les animaux, la mère porte avec elle la nourriture de ses petits ; c'est avec son sang qu'elle les a nourris pendant la gestation, c'est encore avec son sang qu'elle les nourrira tout le temps que doit durer la première enfance ; seulement ce sang a acquis par le travail des mamelles un aspect, une consistance toute particulière. Elaboration unique, sans analogue dans l'économie, qui commence au moment de la naissance, pour ne finir que lorsque le développement des petits est complet! C'est la seule nourriture qu'elle leur donne ; voyez son nid comme il est propre ; vous n'y trouverez ni os rongé, ni débris d'aucune sorte ! Si elle chasse, si elle dérobe un morceau, elle le mange sur place, loin de ses petits dont elle semble se cacher. Aussi, comme tous viennent bien, quelqu'en soit le nombre ! comme ils se développent sans accidents ! En avez-vous vu avec de gros ventres, des convulsions, des glandes engorgées ? Succombent-ils souvent à la diarrhée, à la dentition ? Tous ils sont bien portants, tous ils sont gras ; ils ont les yeux clairs et

vifs, le poil luisant, les mouvements rapides, éveillés, ils sont toujours gais, toujours jouant !

C'est que loin de chercher à troubler les différentes phases que doit parcourir cette période de la vie de leurs petits, les animaux n'obéissent qu'aux lois du Créateur et ne leur donnent que la nourriture qu'il leur a fournie, la seule qui soit en rapport avec la faiblesse de leurs organes.

Telles sont les lois de la nature et ce que nous apprend l'observation attentive des faits qui se passent autour de nous. " (Ganneau, Education physique et morale des Nouveaux-Nés.)

Je ne puis m'empôcher de citer ici un passage d'un auteur antique, qui offre un résumé de tout le côté moral de la question, si bien que depuis plus de seize siècles qu'il fut écrit, on n'y a encore rien ajouté. C'est Aulu-Gelle qui parle :

" Un jour en ma présence, dit-il, on vint annoncer " au philosophe Fauvinus que la femme d'un séna- " teur, admis au nombre de ses élèves, venait d'ac- " coucher d'un fils. Allons, me dit Fauvinus, voir " l'enfant et féliciter le père.

" J'obéis; nous arrivons et nous entrons ensemble " chez le sénateur dont la famille était comptée " parmi les plus illustres.

" Je ne doute point, dit Fauvinus à son disciple, " que votre épouse n'allaite son fils. Mais la mère " de la jeune femme ayant répondu qu'il fallait res- " pecter la santé de sa fille, et qu'une nourrice déjà " retenue et préparée devait la soustraire à l'ennui " et aux soins pénibles de l'allaitement : alors Fau- " vinus :

" Femme, dites-moi, je vous prie, est-on entière-

136 LA SANT^ POUR TOÎJis

" ment la mère de son enfant en suivant la conduite "que vous conseillez? Mettre au jour un fils et " l'exiler ensuite, le repousser loin du sein maternel, " c'est outrager la nature, c'est remplir à demi les " devoirs sacrés de la maternité !

" Une femme porte, nourrit de son propre sang un " être qu'elle ne voit pas encore, et le chasse, lui " refuse son lait lorsqu'elle jouit du bonheur de le " voir, lorsque son fils plus vivant, et déjà compté " parmi les hommes, réclame les soins et la tendresse " de sa mère! Pensez-vous donc que le sein de la " femme n'est pas destiné pour nourrir l'enfant, et le " regarderiez-vous comme un ornement stérile, une " beauté sans résultats ?

" Ainsi pour conserver leurs charmes, les dames " romaines osent tarir avec danger les premières " sources où le nouveau-né doit puiser sa vie !...

" Mais, direz-vous, qu'importe que l'enfant soit " allaité par sa mère ou par une autre nourrice ? " Ah ! que vous savez mal observer les actes et les " lois de la nature !...

" Le sang qu'elle employait pour le développe- " ment du germe, vous le méconnaissez dans les " mamelles parce qu'il a changé de couleur, et vous " n'apercevez pas que dès l'approche de l'accouche- " ment, ce sang est déjà porté dans le sein de la " mère, afin que l'enfant y trouve aussitôt après sa " naissance un aliment auquel il est accoutumé ?...

" De plus, si dès la conception, le père donne une " empreinte primitive au moral et au physique de " son enfant, pourquoi la mère à son tour n'aurait- " elle point par l'allaitement l'influence la plus " active et la mieux prononcée ?

" En effet, les modifications importantes que pro- " duit l'allaitement s'observent chez les animaux " comme dans l'homme ; si la jeune brebis est nour- " rie du lait de la chèvre, sa laine devient plus dure " et la toison de la chèvre devient plus simple e " s'adoucit par l'influence de la brebis qui lui donna " son lait.

" Les plantes elles-mêmes ne préfèrent-elles pas " un sol particulier, ne paraissent-elles pas adopter " une patrie ! Souvent un arbre qui brillait de tout " l'éclat de la vie et de la santé se dessèche et meurt " si on l'arrache de la terre natale pour le transpor- " ter dans une terre étrangère.

" Quel mal ne ferez-vous donc pas au rejeton " d'une famille illustre si, par l'influence d'un u aliment dégénéré et impur, vous dégradez à la fois " son corps et son esprit ? Quelles altérations prou fondes, quelles déformations n'auront pas lieu, si " la nourrice est une vile esclave ou, comme il arrive i; si souvent, une femme aussi repoussante par ses " formes physiques que par les vices de son âme ? " Cependant on choisit à peine, on accepte la pre- " mière mercenaire dont les mamelles sont remplies " de lait et l'enfant se trouve exposé à la double " contagion de la dépravation morale et des diffor- " mités de la nourrice ; alors, si sous aucun rapport " les enfants ne ressemblent à leurs parents, devons- " nous en être surpris puisqu'ils reçoivent avec un ". lait étranger des formes et un caractère dont le " type se chercherait en vain dans leur famille ?

" Mais si tous ces motifs ne sont pas encore assez " puissants, que la mère qui veut éloigner son fils et " le confier aux soins d'une étrangère pense au

1 3i5 LA SANTÉ POUR Toi S

" moins qu'elle use et détruit pour jamais les nœuds " sacrés d'amour et de tendresse qui unissent l'en- " fant à ses parents, lorsque les lois de la nature " n'ont pas été violées !

" En effet, lorsqu'un enfant n'est plus près de sa " mère, la tendresse maternelle décroît insensible- " ment, le murmure d'une inquiétante sollicitude se " fait à peine entendre, et si la mort venaitmoissonner " l'enfant dans son exil, la mère serait peut-être plus " prompte à se consoler que la nourrice !

" L'enfant, de son côté, fait de celle qui la nourrit " l'objet de ses premières affections, et n'ayant pas " le besoin de la mère qui le délaisse, il ne sait ni la " désirer, ni la chérir.

" Ainsi par le mépris et l'oubli des devoirs de la " maternité, la tendresse et la piété filiale sontrefou- " lées, et on met à leur place des sentiments factices " que déterminent l'usage et l'opinion. "

S'il est des peines corporelles réservées à la femme qui veut s'affranchir complètement du grand et noble devoir de la maternité, il en est aussi pour celles qui, ne voulant être mères qu'à moitié, refusent à l'enfant la coupe maternelle dont il approche ses lèvres : la mère en effet qui s'abstient de l'allaitement, qui veut s'en débarrasser comme d'un joug, voit sa santé bien plus compromise que celle qui se dévoue généreusement à cette noble tâche.

Voici comment s'exprime à ce sujet un auteur distingué :

" 11 faut convenir aussi, dit-il, et l'expérience apprend tous les jours, que la femme qui accomplit entièrement le devoir de mère est sujette à moins d'accidents que celle qui s'en affranchit sous de fri-

Voles prétextes, et si l'on trouve beaucoup de femmes qui aient coutume de se bien porter, quoiqu'elles aient été sourdes aux vœux de la nature, on pourrait en citer un plus grand nombre parmi celles qui y ont été fidèles.

" D'ailleurs l'observation atteste que l'allaitement pallie pour l'ordinaire et quelquefois guérit tout à fait des maladies antérieures, même celles qui dépendent des couches précédentes. On rapporte que des femmes qui, malgré leur faiblesse apparente, ont eu le courage de nourrir leurs enfants, ont été dédommagées de leur dévouement par une meilleure santé et par une constitution plus robuste; on ajoute même qu'elles ont pris de l'embonpoint et de la fraîcheur. En un mot la sécrétion du lait excitée par l'enfant entretient l'harmonie dans toutes les fonctions de la nouvelle accouchée.

" Mais faut-il s'étonner que l'allaitement produise de si grands avantages, quand on connait l'influence qu'il peut exercer sur le système utérin et sur l'organisme en général ?

" L'enfant qui suce les mamelles les chatouille avec ses lèvres et y détermine une légère irritation. Ces organes ainsi titillés deviennent un centre d'action vers lequel se dirige une portion des propriétés vitales et surtout de la sensibilité.

" Il en reste donc moins à se porter vers les autres organes, surtout vers les plus faibles, et à y produire ces congestions tumultueuses qui ne sont jamais sans danger. "

L'allaitement est une immunité pour la santé de la mère et aussi pour son affection. Quelle froideur dans l'amour de la mère qui confie son enfant à une

nourriae étrangère ! J'en ai connu plus d'une chez qui l'indifférence avait pris la place de l'enthousiaste affection qui éclate à tout moment chez la mère véritable !...

L'allaitement mercenaire est nuisible à la mère et plus encore à l'enfant. Je l'ai déjà dit plus haut, c'est là la cause principale de la mortalité considérable des nouveaux-nés en certains pays. Et qu'advient-il de l'enfant qui ne succombe pas promptement à l'allaitement mercenaire ?

Tel sang, tel lait. La nourrice passe donc à son nourrisson tous les germes de maladie que sa constitution peut receler. C'est un fait établi.

On a parlé beaucoup de la transmission par le lait des défauts ou des qualités de la nourrice : c'est ainsi qu'on attribue l'ivrognerie de Tibère à sa nourrice qui était passionnée elle-même pour le vin. C'est ainsi encore que l'on suppose que les mœurs assez répréhensibles de Romulus et de Rémus leur avaient été transmises avec le lait par leur nourrice Laurentia, surnommée La Louve, à raison de ses désordres. Je crois peu à l'hérédité morale par le lait, mais l'exemple est évidemment contagieuse chez l'enfant ; et l'enfant, pour peu qu'il est quelque temps confié à une étrangère, copie des habitudes qu'il conserve longtemps.

L'allaitement mercenaire est peu en vogue parmi nous, et l'on ne connait guère les crèches ; mais il est une coutume que nous possédons, et qui est comme celle-ci, nuisible aux enfants: c'est le service des bonnes. Ce ne sont pas nos femmes qui élèvent nos enfants, ce sont nos bonnes, ce sont même nos servantes de cuisine, que nous connaissons à peine,

à qui nous confions la plus grande partie de la journée ce que nous avons de plus cher ! Mères, veillez, le danger est grand ! Ou plutôt ne vous exposez pas au danger, et nourrissez votre enfant de tout votre cœur, comme de votre lait. Le service étranger est toujours malheureux : il gâtera votre enfant, on vous enlèvera son affection ; dans les deux cas c'est votre malheur à tous !

Allaitement artificiel. — Si l'allaitement mercenaire n'est pas à la mode dans notre pays, nous sommes comme partout ailleurs exposés à la nécessité de l'allaitement artificiel. Celui-ci se fait au moyen du hiberon, quelquefois aussi au moyen de la chèvre qui se soumet avec une complaisance intelligente et affectueuse à cette exigence que l'on réclame d'elle.

La nécessité de recourir à un lait étranger m'oblige de faire connaître les différentes qualités de lait qui sont à notre disposition. J'emprunte le tableau suivant au Dr. Gyoux :

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