COMPOSITION DU LAIT
Eau
Beurre
Sucre de lait et sels solubles
Caséunj (fromage) et sels insolubles
la femme.
la vache.
la chèvre.
l'ânesse.
L'après ce tableau, qui représente l'analyse de cent parties de lait de femme, de vache, de chèvre et d'âuesse, nous tirons la conclusion suivante ; le lait
le plus riche en eau et en sucçe est celui d'ânesse ; en beurre et en fromage celui de chèvre.
" Or, dit le Dr. Gyoux, comme le beurre et le caséum sont les éléments les plus recherchés on dit que le lait le plus riche est celui de la chèvre, et le moins riche celui d'ânesse. Le lait de femme et celui de vache tiennent le milieu, le lait de vache se rapprochant de celui de la chèvre, et le lait de femme ayant beaucoup d'analogie avec celui d'ânesse. "
Ce serait donc une bonne habitude si nous tenions quelques chèvres à la disposition de nos enfants : leur entretien est moins dispendieux que celui des vaches, et la nourriture qu'elles nous donneraient serait plus avantageuse. Il n'y a pas de famille qui ne puisse faire ce sacrifice ; aussi ne rencontre-t-on que chez le pauvre cet animal si utile.
Il convient d'autant plus d'insister sur les avantages que peut avoir chaque famille en se servant de chèvres pour procurer aux enfants le lait qui leur est nécessaire, que le lait de mauvaise qualité est très-répandu dans le commerce et contribue pour beaucoup à la mortalité des nouveaux-nés.
Il est vrai que la surveillance publique pourrait être plus active et empêcher d'altérer la composition du lait, et prévenir ainsi des accidents dont le mauvais génie du commerce est seul responsable ; mais ce résultat étant difficile d'exécution, il vaut aussi bien en prendre son parti et contrôler nous-mêmes une marchandise dont la qualité ne peut souffrir sans que nos enfants et nous-mêmes en souffrions également.
Je suppose cependant que ma suggestion ne devra pas être prise immédiatement en sérieuse considés
ration (il en coûte tant de laisser de côté la vieille routine- quelque coupable qu'elle puisse être), je conseillerai donc la méthode suivante pour reconnaître si le lait, que chaque matin on nous sert, possède bien les qualités principales qui lui sont indispensables ; c'est la méthode suivie à la direction générale des nourrices de Paris :
On prend une goutte de lait avec l'ongle du pouce dont on tourne en bas la face dorsale. Si la gVitte reste adhérente à l'ongle c'est que le lait est bon, est gras ; si elle tombe au contraire immédiatement, c'est que le lait est pauvre, chargé d'eau. Cette méthode simple nous permettra d'exercer une surveillance que l'auterité nous refuse.
Si on est obligé de recourir à un lait étranger, dès les premiers jours de la vie, on le coupera avec de l'eau pure dans la proportion de f d'eau et J de lait. Peu à peu on modifiera cette proportion de manière qu'au bout de quelques mois on pourra donner le lait pur ; on pourra ainsi employer ce dernier à l'époque du sevrage.
Le lait devra être ainsi coupé avec de l'eau quand l'allaitement est partagé entre le lait de mère et un lait étranger, c'est-à-dire dans l'allaitement mixte. Dans les cas où la mère ne peut nourrir son enfant, le lait qu'on lui fera boire ne sera que légèrement coupé avec de l'eau ; ainsi, alors, on mettra J d'eau dans | de lait.
L'habitude de faire bouillir le lait repose sur une erreur nuisible à la santé de l'enfant : l'ébullition sépare les éléments qui composent le lait, et fait de ce dernier un liquide qui ne se digère pas facilement ; on ne Je chauffera donc que légèrement,
Il ne faut pas non plus écrémer le lait ; la matière grasse de la crème est une partie qui n'est pas la moins nutritive.
L'allaitement artificiel, je l'ai déjà dit, se fait particulièrement au moyeu du biberon. Celui-ci doit être entretenu dans une propreté scrupuleuse ; on le lavera chaque fois qu'on s'en sert, et on le chauffera avant d'y mettre le lait. Le tube du biberon, de préférence en caoutchouc noir, sera mis dans l'eau au moins pendant une demi heure toutes les fois qu'on s'en sera servi.
Régime de vie. — Après ces considérations que j'ai dû faire immédiatement au sujet de l'allaitement du nouveau-né, je reviens à lui. La matrone bienveillante vient de finir sa toilette ; mais ses petits cris souvent répétés nous disent que c'est sa mère qu'il lui faut. Celle-ci d'ailleurs est impatiente ; elle veut contempler, dévorer de ses yeux le prix de tant de douleurs : portons-lui donc sans plus tarder celui pour lequel elle n'eut pas craint de mourir ! Une heure en effet s'est écoulée depuis le moment solennel de la délivrance ; la mère, reposée déjà, est en état de commencer à donner une seconde vie à son enfant !...
L'habitude que l'on a d'attendre 24, 36 et même 48 heures avant de donner à l'enfant le sein maternel ne repose sur aucune raison sérieuse : il faut le lui donner une heure ou deux au plus après l'accouchement.
Le premier lait de la mère n'a pas les mêmes propriétés qu'il aura plus tard : il est irritant et agit à la manière d'un léser purgatif ; et, hevu^use coin-
cidence ! c'est un purgatif léger que l'enfant réclame pournettoyer toutle canal alimentaire qui est tapissé d'un enduit noirâtre, appelé meconium, et dont la présence trop longtemps continuée peut être trèsnuisible. Que la mère se hâte donc de donner à son enfant un lait qui, dans ces circonstances, est un doux remède préparé par la nature et l'amour !
Ce premier lait, pour cette môme raison, qui est avantageux à l'enfant, est nuisible à la mère : ses seins ont besoin de s'en débarrasser au plus vite ; sans cela le gonflement survient et l'inflammation avec son cortège de douleurs se déclare pour ne disparaître que lentement. La nature ici, comme souvent ailleurs, est intelligente, et en suivant ses indications cela fait notre profit.
Le premier repas de notre nouveau convive ne sera pas très-copieux, quelques minutes seulement suffisent. Le deuxième, qui se fera deux heures après, comme tous les autres qui suivront, pourra être plus long, de sorte que je conseille de faire boire l'enfant toutes les deux heures pendant dix minutes, ayant soin d'arrêter de temps en temps le festin que l'amour sert à l'amour, la mère à l'enfant.
Après deux ou trois mois on donne à boire plus copieusement et moins souvent : ainsi, alors, toutes les quatre heures est suffisant.
. La nuit, on se contentera de faire boire une fois : en prenant immédiatement cette habitude on ménage bien des fatigues de part et d'autre.
Il n'est pas toujours facile de faire prendre immédiatement le sein à l'enfant : je connais même des mères qui prétendent que c'est impossible avant deux jours et qui se conduisent en conséquence,
comme si on n'augmentait pas les difficultés en retardant. En effet, en faisant boire le nouveau-né à la cuillère c'est un premier lien qu'on lui fait contracter et qu'il ne brise ensuite que difficilement : qu'on soit convaincu de cette vérité, c'est que dès les premiers jours de notre existence on devient esclave de nos habitudes quelles qu'elles soient.
Mères, souvenez-vous de cette vérité dans les plus petits détails de l'éducation de votre enfant et vous vous éviterez bien des misères !
Notre jeune nourrisson vient d'atteindre sa quinzième journée ; c'est bien court cet espace de temps et néanmoins il s'est opéré de grands changements dans son organisation. Les vaisseaux du sang ont acquis déjà une vigueur surprenante qui porte la vie à toutes les parties du corps ; toutes les sécrétions se font à merveille et la peau, de jaune et duvetée qu'elle était, offre une apparence rosée et luisante 1 ; là vue supporte la lumière avec résistance, et les bruits sont déjà perçus. Il faut donc se hâter et aller au-devant de cette poussée active, de cette exubérance de vie et favoriser ses élans.
Notre nouveau-né ne connait en effet que l'atmosphère tiède de la chambre, et plus tiède encore des bras de sa mère ; et pourtant la saison est belle, la brise est douce, la nature est embaumée, pleine de sèv», pleine de vie ! Quand la quinzième journée a sonné, il convient donc de transporter l'enfant dehors. L'après-midi sera pour lui comme pour ses aînés, l'heure de la promenade. Cette promenade se répétera tous les jours vers la même heure, en autant que la température le permettra. Si le temps est incertain, sujet à des changements brusques, on
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devra s'abstenir : l'enfant, plus que le vieillard peutêtre, est un baromètre vivant qui est très-sensible aux moindres variations de l'atmosplière.
Vaccination. — Je fixe l'époque de la vaccination au quatrième mois, et j'avancerai môme cette époque si il y a épidémie variolique. Cette question est étudiée dans la dernière partie au sujet du traitement de la variole. i
Alimentation nouvelle. — Vers le huitième mois l'enfant a qcquis une force relative déjà puissante ; ses glandes salivaires se sont développées, et son appétit rend le lait de la mère insuffisant à son entretien : le lait seul, en quelque grande quantité qu'on puisse le donner, ne réussit pas à calmer sa faim ; il faut donc avoir recours à une nourriture plus substantielle. Je fixe cette époque pour la nouvelle alimentation ; néanmoins ce changement important ne devra se faire que sur consultation du médecin, car il peut arriver souvent qu'il soit nécessaire de tarder davantage.
Les précautions étant donc prises, avis étant donné, je conseille d'ajouter au premier régime de l'enfant, par quantités croissantes, de légers potages au tapioca, à la farine de riz, au pain, préparés d'abord avec du lait, puis avec du bouillon dégraissé. On excluera les bouillies épaisses préparées avec de la farine mal cuite. Quand l'enfant aura passé un mois ou deux à ce régime fortifiant, on pourra y ajouter de l'œuf et du jus de viande, de la pomme de terre ; les sucreries et les pâtisseries seront exceptées.
Vers 14 à 15 mois l'enfant, pourvu d'ordinaire de
10 à 12 dents, peut manger des viandes hachées, râpées, sucer des parcelles d'aliments solides, mais il faut encore lui interdire les légumes verts et les fruits, parce que ceux-ci ont besoin d'une mastication parfaite pour ne pas être nuisibles.
Sevrage. — Les modifications que l'alimentation de l'enfant a subi depuis le huitième mois l'ont préparé insensiblement au pénible sacrifice du sevrage : celuici en effet, pour être redoutable, ne doit pas moins se faire à l'époque où nous sommes rendus, c'est-à-dire vers le quinzième mois ; la mère qui dépasse ce temps, parce qu'elle a peine à se décider à une tâche aussi pénible pour elle que pour son enfant, obéit souvent à un caprice que l'amour maternel doit se refuser. " M. Baffos racontait autrefois à ses élèves l'histoire d'une dame qui redoutait beaucoup l'époque du sevrage pour son fils. Elle continuait de l'allaiter ; mais un jour qu'elle l'appelait pour lui donner à têter, ce fut le petit bonhomme qui répondit : "Ma foi, maman, je n'en veux plus."
On commence par cesser l'allaitement la nuit, puis le jour, " et si, nous dit le Dr. Simon, le bébé persiste à ne pas vouloir renoncer aux tétées, enduisez le mamelon d'extrait de gentiane délayé, et vous ne tarderez pas à voir cette intelligence encore endormie saisir à merveille cet argument facile mais sans réplique."
Le sevrage est entouré de mille difficultés et surtout de mille et un danger : c'est alors que la surveillance maternelle doit être continuellement au guet. Les voies digestives sont surtout le théâtre r)(!s accidents ; aussi faudra-t-il bien faire attention
LÀ SANTÉ POUIl TOUS I i!)
à la nature des garde-robes. Dès que celles-ci cessent de présenter la même consistance, l'alimentation sera plus sévère, et si cette altération persiste on se hâtera d'avoir recours aux eaux alcalines, aux lavements émollients, aux purgatifs légers, enfin au traitement que je donne plus loin pour la diarrhée bénigne des enfants.
La régularité dans les repas est le meilleur préservatif des accidents du sevrage. " L'enfant fera quatre- repas par jour, dirai-je avec le Dr. Simon : le matin un premier déjeuner composé de bouillie ou de soupe ; vers onze heures un second déjeuner, comprenant un potage, un œuf, un peu de viande en purée ou un plat sucré ; à trois heures, un goûter de lait avec un biscuit ; enfin, le soir à six ou sept heures, un potage gras ou maigre."
Dentition. — Longtemps avant le sevrage l'enfant est soumis à un travail tantôt régulier, tantôt irrégulier, qui produit une grande influence sur sa santé : c'est le travail de la dentition. " Il y a chez l'homme, nous dit un auteur, deux dentitions : l'une temporaire, l'autre permanente ; l'une qui s'achève en deux ans, l'autre en vingt ans. Les premières dents apparaissent à l'âge de six mois ; elles sont au nombre de vingt, et elles tombent vers la septième année. Les dents permanentes sont au nombre de trente-deux. L'homme possède donc dans le cours de sa vie cinquante-deux dents."
La première dentition a plus de retentissement que la seconde sur l'organisation enfantine. Voici de quelle manière se fait la première dentition : Les incisives moyennes de la mâchoire inférieure se
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montrent en premier lieu ; elles sont suivies de celles de la mâchoire supérieure ; viennent ensuite les incisives latérales inférieures et les incisives latérales supérieures ; en troisième ordre apparaissent les premières molaires inférieures et supérieures ; les canines inférieures et supérieures sortent vers deux ans et demi ; enfin les deuxièmes molaires complètent vers la quatrième année cet appareil transitoire de mastication. (Michel Lévy.) Cet ordre d'éruption des dents est le plus ordinaire mais il n'est pas toujours le même.
Comme je l'ai déjà dit, ce travail assez prompt ne se fait pas sans effet sur l'organisation de l'enfant. L'éruption des dents est quelquefois difficile ; les gencives tuméfiées offrent une résistance opiniâtre ; leur inflammation irrite le système nerveux déjà si irritable de l'enfant. Cette irritation du système nerveux s'exprime par des maladies du cerveau et des intestins. Convient-il quand la gencive présente une dureté presqu'invincible, et que l'état général de la santé de l'enfant semble en souffrir, convient-il, disje, de venir au secours d'une nature impuissante et d'ouvrir un chemin à la dent qui, toute petite qu'elle soit, est cause de tant de ravages ? Les auteurs sont partagés sur cette question, et cependant je crois qu'il ne faut pas hésiter et que le médecin doit être demandé en toute hâte, et devra avec la lancette faire le travail que la nature hésite trop à accomplir; la lancette alors, comme l'épée d'Achille, éloignera le danger.
Ce dernier remède est extrême, il est vrai, mais il ne faut pas craindre de s'en servir et, faite avec précaution, cette petite opération n'est jamais suivie de
rhémorrhagie que certains auteurs redoutent au point de s'en abstenir complètement.
L'usage des hochets en caoutchouc, comme outils de dentition, au lieu d'être avantageux est nuisible ; ces diverses petites inventions que le commerce ignorant nous offre, ne sert qu'à durcir davantage les gencives : je demande donc qu'on s'en abstienne. La racine de guimauve et encore mieux la racine de réglisse, seront données de préférence à l'enfant; leur propriété émolliente agit bien sur la dentition, et pour l'enfant racine est un hochet.
Bouchut recommande la préparation suivante que je conseille :
Sirop de guimauve 2 onces*
Sirop de codéine £ once.
Borax 60 grains.
On frictionne les gencives avec cette liqueur trois ou quatre fois par jour, et de cette manière on évite les accidents de la dentition.
Poids du nouveau-nê. — Nous avons suivi le nôuveau-né depuis le premier jour, depuis le premier instant de sa vie jusqu'à l'âge quasi raisonnable du sevrage et de la dentition complète ; nous l'avons vu au milieu des périls et des caresses multipliés, souffreteux et pétillant de joie tour à tour, nous avons couru sans crainte à son secours au moment du danger, comme nous avons partagé avec un charme indicible ses moments de gaieté angélique. Avant de l'étudier sur une scène plus vaste^ à un point da.
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vue plus élevé, il ne me reste plus qu'à dire un mot d'un moyen assez usité ailleurs, complètement méconnu parmi nous, et qui a pour but d'apprécier exactement l'état de santé de l'enfant. Je veux parler de l'application de la balance au poids des nourrissons.
C'est à Natalis Guillot à qui on doit cette méthode nouvelle qui permet à la mère de suivre de près les progrès de la santé comme ceux de la maladie de son enfant.
L'enfant qui vient de naître présente les deux premiers jours une diminution d'environ cinq onces du poids de sa naissance ; l'excrétion du meconium et l'inflammation du cordon expliquent cette diminution. Le troisième jour l'enfant reprend ce qu'il avait perdu, en sorte que, au sixième ou septième jour, il a repris le poids de sa naissance. A partir de ce moment l'enfant doit augmenter d'une demi once par jour pendant les quatre premiers mois.
Ces notions étant connues, si vers le sixième ou le septième jour le poids de l'enfant n'est pas revenu à ce qu'il était au moment de sa naissance, on s'en préoccupera, et il faudra conclure qu'il y a là un défaut de nutrition par manque de lait.
De même si l'enfant, cette première période passée, n'augmente pas d'une demi once à un once par jour, surtout s'il diminue de poids, il y a là une indice de dénutrition, et des mesures seront à prendre. Ainsi donc l'augmentation graduelle de poids sera un indice de santé, et la diminution ou môme l'état stationnaire, une menace de maladie.
" Quel doux passe-temps, dit en terminant le Dr. Gyoux, à qui j'ai emprunté les notions précédentes
— quel doux passe-temps pour une mère que de surveiller la balance à la main, la santé de son nouveauné et de s'assurer par un moyen aussi sûr que commode que cette santé est bien réelle, puisqu'elle est basée sur le phénomène le plus important de la vie, la nutrition ! "
2° hygiène de la deuxième enfance. — Graduellement, et d'essai en essai, l'enfant parvient à se tenir debout, et la première fois que ses petits efforts ont amené ce résultat est une fête dans la famille. La masse graisseuse disparait, les muscles se forment, les os vers lesquels se portent plus de nutrition résistent, et les premiers pas viennent prouver la force acquise.
Aux dents de lait succèdent les dents permanentes ; à la première dentition succède la deuxième. " De sept à dix ans, selon M. le docteur Michel Lévy, paraissent les incisives, puis les petites molaires, ensuite la canine ; vers onze ou douze ans la seconde grosse molaire. La première grosse molaire sort dans le cours de la première dentition, et c'est vers vingt ans seulement que se produit la cinquième molaire. Ces dents ne sont qu'ébauchées dans leur racine au moment de leur apparition ; elles ne se perfectionnent que dans un espace de deux à trois ans."
La deuxième dentition n'est complète qu'à un âge plus avancé, la dernière molaire, ou dent de sagesse, ne paraissant qu'à vingt ans et plus. La croissance de l'enfant a besoin d'être surveillée avec soin et d'être aidée par une éducation physique intelligente. Celle-ci a été comprise de différentes manières. Les
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systèmes d'éducation physique sont comme ceux d'éducation intellectuelle ; on les discute depuis longtemps, on les modifie, on les change même quelquefois complètement.
Pour ne pas tomber dans les longueurs historiques qui ne sont pas autre chose bien souvent qu'une répétition ennuyeuse, je dirai que l'Angleterre, la France et l'Allemagne possèdent chacune leur mode particulier d'éducation physiquequ'il convientdeconnaître. Locke, J. J. Rousseau et Frobel sont les trois chefs de ces écoles ; consacrons-leur quelques lignes. .Le système de Locke repose sur la doctrine de l'endurcissement déjà prônée si finement par Montaigne : Que les gens de qualité traitent leurs enfants comme les bons paysans traitent les leurs ; telle est la base du système de Locke.
Cette théorie a le tort de bien des théories, c'est d'être trop exclusive : et si quelques enfants vigoureux y trouvent leur profit, la masse de nos enfants, frêle, chétive, a besoin des douceurs multipliées avant de pouvoir être soumise à Y endurcissement.
Notre philosophe commence de bonne heure l'application de son système, qui aurait plus sa raison d'être à un âge plus avancé : "Je suis très-persuadé, dit-il, que si un homme avait été accoutumé dès le berceau à aller nu pieds, et qu'il eut eu les main-s toujours enveloppées de bonnes fourrures, il serait aussi dangereux pour cet homme de se mouiller les mains qu'il l'est présentement à plusieurs autres personnes de se mouiller les pieds. " Puis pour remédier à cette impressionnabilité, Locke recommande les bains de pieds froids, les souliers mouillés, etc,
Il est difficile de supposer qu'une doctrine semblable eut pu jamais faire école. Néanmoins elle a. eu ses adeptes, en miniature il est vrai, mais qui ne se disent pas moins les fidèles imitateurs de Locke, tellement que l'Angleterre l'a adoptée comme système d'éducation physique de ses enfants, marchant en cela sur les traces de l'antiquité qui aimait à recevoir ses enfants à leur naissance, sur un bouclier rude et grossier, plutôt que dans des berceaux moelleux. •
Rousseau a copié la nature. " Tout est bien sortant des mains de l'auteur des choses, dit le philosophe de Genève, tout dégénère entre les mains de l'homme. Il force une terre à nourrir les productions d'une autre, un arbre à porter les fruits d'un autre ; il mêle et confond les climats, les éléments, les saisons ; il mutile son chien, son cheval, son esclave ; il bouleverse tout, il aime la difformité, les monstres ; il ne veut rien tel que l'a faitlanature, pasmôme l'homme; il le faut dresser pour lui comme un cheval de manège ; il le faut contourner à sa mode, comme un arbre de son jardin. "
"Entré dans cette voie de glorification de l'état de nature, dit Fonssagrives, Rousseau ne s'arrête pas et il reporte sur la vie sauvage toute l'irritation que lui cause la vie civilisée. Il proclame que l'homme naît bon et sain, que l'éducation seule le rend débile et méchant et que le type de l'éducation physique est celle qui se pratiquer Taïti ou chez les Caraïbes. "
Avec des idées semblables Rousseau va loin, aussi loin que Lycurgue, et l'enfant qui naît faible ne mérite pas ses soins : comme le législateur antique
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il le laisse mourir sans lui porter secours ! "• Que ferais-je en lui prodiguant vainement mes soins, ditil, sinon doubler la perte de la société et lui ùter deux hommes pour un ; d'ailleurs, ajoute-t-il, je ne sais point apprendre à vivre à qui ne songe qu'à s'empêcher de mourir. " Le philosophe a voulu être sophiste partout, dans les questions d'éducation physique, comme on l'a vu ailleurs au sujet de l'éducation morale. L'enfant en effet, dois-je répéter, n'est pas toujours l'idéal de J. J. Rousseau ; si c'était là le cas, l'hygiène n'aurait pas sa raison d'être. Celle-ci est nécessaire parce qu'elle est destinée à venir au secours de l'enfance qui est faible, pleine de tendance à la maladie comme à tout mal.
Dieu merci le système pédagogique de Rousseau n'a guère fait école en France : Emile a eu bien peu d'imitateurs, au moins ils n'ont pas vécu longtemps. Rousseau comme Lycurgue, protecteurs tous les deux de la force, contempteurs de la faiblesse, méritaient le mépris de ceux qui croient que l'enfant chétif et faible, devenu grand et fort, doit être l'orgueil de l'humanité !
Nulle part plus qu'en Allemagne l'enfance est l'objet de plus de dévouement et de sacrifices. Aussi ne craint-on pas de dire que Sadowa comme Sedan, ces deux grandes victoires ont été remportées par ses instituteurs. L'Allemagne orgueilleuse attribue sa force à son système d'éducation.
Frobel dit : " L'instituteur est le grand prêtre de la nature. " Il suit la route qui lui a été tracée par ses deux prédécesseurs Hufeland et Pestalozzi. Les Kindergarten ou Jardins d'enfants sont son système d'éducation. Néanmoins la mère, dans les trois pre^
mières années de la vie de son enfant, le préparera à l'éducation qu'il recevra au Kindergarten en agissant sur son intelligence continuellement.
" Le Kindergarten se compose de jardins communs généralement au nombre de quatre, consacrés les uns à la culture des fleurs, d'autres à la culture des légumes ou des plantes fourragères, et qui interceptent entre eux deux immenses carrés subdivisés en petits carrés secondaires, en nombre correspondant à celui des élèves, et dont chacun est un jardin particulier. Au centre d'une grande cour se trouve une pelouse ombragée, sur laquelle les enfants peuvent se livrer à des exercices circulaires, tels que promenades, rondes. Cette cour est munie latéralement de cabanes destinées à loger des animaux domestiques ou des instruments de jardinage, et en avant, comme en une sorte de vestibule, on trouve des vestiaires, une salle de gymnastique en cas de mauvais temps, des bureaux, la loge du concierge et des salles à ouvrage qui servent en même temps aux cours qui se font le soir pour initier les mères et les futures institutrices à l'enseignement spécial du système.
" La superficie de l'établissement est de trente pieds carrés par élève, soit 3,600 pieds pour un Kindergarten destiné à recevoir cent vingt écoliers.
" Les Jardins d'enfants sont ouverts aux deux sexes et destinés à toutes les classes de la société dans les limites de trois ans à sept ans. Depuis, ces limites ont été étendues de deux à huit ans, et les enfants sont divisés en trois catégories : la première comprend les enfants de huit à six ans ; la seconde, ceux de quatre à six ; la troisième, ceux de deux à quatre.
" Ils séjournent dans le Kindergaften quatre heures.
seulement par jour : de neuf à onze heures du matin et de deux à quatre heures du soir, ou de dix heures à midi et de trois à cinq heures. On les accompagne à l'établissement et on les en ramène ; ils sont soumis à une surveillance de tous les instants. Une surveillante suffit généralement pour vingt élèves.
" L'éducation inaugurée dès les premiers instants de la vie, le respect des besoins originels, des attractions et des inspirations innées, le développement simultané de l'activité physique et intellectuelle, la variété dans les occupations, la courte durée des séances de travail, la démonstration matérielle substituée à l'enseignement abstrait et théorique, telles sont les bases de ce système qui s'est fait des adeptes passionnés, non-seulement parmi les philosophes, mais aussi parmi les mères. " (Fonssagrives.)
On a vu au sujet de l'étude de la musique la part que l'on donne à celle-ci dans les jardins de Frobel. Aucune nation n'a montré pour un système d'éducation plus d'enthousiasme que l'Allemagne pour Frobel : aussi y trouve-t-on plus de soixante Jardins d'enfants aujourd'hui. La doctrine de notre philantrope allemand a également fait école ailleurs et l'Angleterre, la France comptent déjà plusieurs Kinderg'arten.
. Tels sont les trois systèmes d'éducation pédagogique que trois grandes nations ont voulu établir ; sans être parfaits tous les trois, nous pouvons puiser dans chacun d'eux des leçons utiles.
Locke, s'adressant plus particulièrement aux classes élevées de la société quand il bâtissait son système, donne un conseil pratique qui peut se donner partout, dans tous lus pays : c'est que l'enfant du riche
devrait être élevé un peu plus qu'on ne le fait, comme l'enfant du pauvre, c'est-à-dire que si les petits soins ne lui étaient pas aussi prodigués, sa santé y gagnerait beaucoup.
Rousseau blâme le travail contre nature qui se fait dans l'éducation physique des enfants, et ses tirades contre le maillot, l'allaitement mercenaire, etc., ont bien leur raison d'être.
Les Kindergarten de Frobel méritent une attention particulière, et rien d'extraordinaire qu'ils s'introduisent à l'étranger. Aussi la part que je fais plus loin à l'éducation morale et intellectuelle peut être considérée comme étant consacrée à ce système qui certainement est destinée à se généraliser davantage. Les Kindergarten me paraissent la plus belle alliance du physique et du moral que nous puissions faire dans l'éducation de l'enfance.
Je reviens aux considérations que j'étais à faire sur la croissance de l'enfant, avant de faire connaître les trois systèmes que nous venons d'étudier rapidement.
Quelques enfants se développent avec tant de rapidité que l'amaigrissement survient. L'alimentation alors a besoin d'être fortement réparatrice. Dans ce dernier cas il faut modérer le mouvement et l'activité de l'enfant qui augmentent l'amaigrissement. Je conseillerai même les toniques, les fortifiants de toute sorte, et l'huile de foie de morue, ce tonique si puissant de l'enfance.
Si les fonctions physiques se développent avec une poussée surprenante, les fonctions intellectuelles ne leur en cèdent en rien ; et nous les voyons briller chaque jour de plus en plus comme par enchante
ment : la mémoire et l'imagination sont dans toute leur verve, et le cœur s'ouvre encore jeune à toutes les impressions.
L'intelligence et le cœur, qui ne demandent qu'à s'épanouir, s'épanouiront réellement selon la direction qui leur sera donnée. Mères, au secours ! Ce n'est pas assez d'avoir formé le corps de votre enfant, penchez-vous vers lui avec amour; que ses premiers sentiments, que les premières lueurs intellectuelles soient germes sous l'attentive culture maternelle ! Devoir sacré s'il en fut un ! Si vous le négligez, mieux eut valu cent fois n'avoir jamais donné la vie à l'être qui le réclame ! C'est donc pour venir à votre secours dans la noble mais difficile tâche qu'il vous faut remplir, que j'écris avec la plus douce satisfaction les pages suivantes, heureux, mille fois heureux si, vous pénétrant bien de leur vérité comme de leur nécessité, vous en faites la base de l'éducation morale et intellectuelle de vos enfants !
Education morale et inldlccluclk de Venfant. — Cette partie importante contient un résumé d'un petit traité intitulé UEducation maternelle d'après les indications de la nature, par J. Rambosson. J'ai cru que la méthode nouvelle du grand auteur, qui vient d'être introduite en France, devait être accueillie parmi nous avec reconnaissance.
La première éducation de l'enfance est nulle parmi nous. Rien d'extraordinaire que nous en souffrions comme nation : car l'avenir des peuples comme celui des individus dépend d'elle entièrement. Malheureuse routine que celle qui consiste à se reposer absolument sur d'autres personnes qui sont particu
lièrement chargées de ce travail important de l'éducation, et de perdre ainsi les précieux instants des premières années de la vie !
" Ce que l'on appelle l'homme, nous dit Xavier de Maistre, c'est-à-dire l'homme moral, est peut-être formé à dix ans ; et s'il ne l'a pas été sur les genoux de sa mère, ce sera toujours un grand malheur. Rien ne peut remplacer cette éducation. Si la mère surtout s'est fait un devoir d'imprimer sur le front de son fils le caractère divin, on peut être à peu près sûr que la main du vice ne l'effacera jamais. Le jeune homme pourra s'écarter sans doute ; mais il décrira, si vous voulez me permettre cette expression, une courbe rentrante qui le ramènera au point d'où il était parti." Et qu'on n'aille pas croire que les sentiments seuls creusent un sillon ineffaçable dans la première partie de notre existence, et que l'intelligence ne peut développer des germes durables qu'à une époque plus avancée ! Non; l'intelligence et le cœur reçoivent également, dès l'âge le plus tendre, une impulsion à laquelle il est difficile de résister. " Lorsqu'une idée, nous dit un savant, a traversé le cerveau dans un certain temps, elle s'y grave, s'y creuse un centre et devient comme une idée innée. Les idées comme les habitudes sont enracinées, et nous ne sommes plus maîtres ni de faire disparaître immédiatement les empreintes anciennes, ni d'eu former de nouvelles. "
Tant de nos premiers ans l'habitude a de force.
(Virgile.)
La société est remplie d'ignorants et de dépravé3 qui eussent été des savants et des hommes droits si
l'éducation première ne leur eut pas fait défaut. Il faut donc instituer pour les jeunes années un système d'éducation méthodique qui aura pour double but de former l'intelligence et le cœur, de développer les facultés qui commencent à briller et de créer le caractère si prompt à se former.
L'éducation méthodique est inutile, si en dehors d'elle nous ne veillons scrupuleusement sur toutes nos habitudes et sur notre conduite vis-à-vis de nos enfants. Quelle légèreté dans nos actions devant ces jeunes témoins qui attendent avec anxiété le moment, l'occasion d'imiter ce qu'on ne soupçonnait pas avoir été remarqué par eux ! Notre âme devient leur âme, notre cœur leur cœur !
" Il y a des personnes, dit Rambosson, pour lesquelles on a spontanément de la sympathie ; on dirait qu'on les a toujours connues ; elles sont naturellement ouvertes, gracieuses, bonnes, serviables ; il semble qu'un rayon de Dieu les anime, et que comme lui elles ne demandent qu'à plaire et à répandre des bienfaits. Soyez persuadés que dès leur enfance elles ont été entourées de soins bienveillants, de physionomies avenantes, bonnes et sympathiques, qui ont fait naître chez elles des sentiments réciproques, sentiments qui se sont développés avec les années et qui sont devenus naturels et inséparables de leur être. Plantes gracieuses et parfumées, leur présence seule vous fait du bien !
" Il y a des personnes, au contraire, qui peuvent être bonnes au fond, mais qui de prime abord n'inspirent pas de sympathie ; leur regard ne part pas du cœur et ne va pas an cœur ; elles ne sont ni gracieuses pi bienveillantes. Tout en elle produit de la froideur,
quelquefois de la répulsion — soyez bien sûrs que la bonté, la douceur, les gracieux sourires n'ont pas présidé à leur première enfance. La morosité, la sévérité, les réprimandes ont habituellement comprimé tout ce qui demandait à être épanoui. Si ces personnes ont un bon fond, elles auraient été bien meilleures encore élevées sous d'autres influences."
Tout ce qui entoure l'enfance doit donc être empreint d'un cachet particulier qui ne fasse jamais une impression désagréable sur elle. Si l'enfant reconnaît toujours l'onction divine des caresses, des regards, des sourires de sa mère, si la mère n'oubliait pas quelquefois qu'elle doit toujours être la môme, si le père ettousceuxqui donnent leurs soins à l'enfant copiaient la mère dans ses précautions affectueuses, nul doute que son caractère et ses habitudes, se modelant de la manière la plus heureuse, il en recevrait toute sa vie la bienfaisante et salutaire influence !
La plupart des auteurs qui ont consacré leurs études à l'éducation de l'enfant sont d'opinion que cette éducation doit commencer dès les premières années.
Quintilien, qui a été l'inspiration de tous ceux qui ont écrit sur ce sujet, dit ceci : " Quelques-uns ont pensé que les études de l'enfant ne devaient commencer qu'à sept ans, parce que ce n'est guère qu'à cet âge qu'on a le degré d'intelligence et la force d'application convenables pour apprendre... Mais ceuxlà pensent plus sagement qui ne veulent qu'aucun âge ne soit privé de soins. De ce nombre est Chrysiope qui, tout en accordant trois ans aux nourrices, gst d'avis qu'elle» s'appliquent àfatre germer dès cet
âge les meilleurs principes dans le cœur des enfants. Or, pourquoi la culture de l'esprit ne trouverait-elle pas place dans un âge qui appartient déjà à la morale ? "
Les sentiments qui durent toujours, nous dit M. Aimé Martin, sont ceux qui naissent autour de notre berceau, et la voix des vieillards nous répète que nos premières émotions sont aussi nos derniers souvenirs. Et Fénélon : " Avant même que les enfants sachent entièrement parler, on peut les préparer à l'instruction. Ou trouvera peut-être que j'en dis trop, mais on n'a qu"à considérer ce que fait l'enfant qui ne parle pas encore." Telle est l'opinion de l'auguste prélat, dont la voix certes a toujours fait autorité sur cette question importante.
Mais il est inutile d'essayer à prouver que l'instruction primaire ne doit pas tarder : c'est un fait admis. Un a toujours reconnu en effet que rien n'était plus raisonnable et plus avantageux pour l'enfant qu'une éducation précoce ; aussi s'est-on mis à l'œuvre de tous côtés pour découvrir un système qui put convenir, convaincu qu'on était de la difficulté de la chose, et malgré les travaux immenses qu'on ait faits dans ce but, on n'est guère plus avancé que nos ancêtres. " Aucune question n'a été plus souvent agitée que celle de l'instruction primaire, s'écrie M. Reybaud ; aucune ne mérite plus de l'être. Elle reste à l'état d'étude dans. tous les états civilisés, quelque soin que l'on ait mis à l'éclaircir et à la résoudre." Rambosson nous en donne la raison :
' ; C'est la méthode qui a fait défaut jusqu'à ce jour, car lorsque l'on a voulu commencer l'éduca-
tion dès l'âge le plus tendre, on a rencontré des difficultés presque insurmontables, et souvent au lieu d'un développement régulier de toutes les facultés, on est arrivé au plus triste, an plus douloureux résultat en les étouffant dans leur essor." (Rambosson.)
Rien d'extraordinaire que ce malheureux résultat soit produit quelquefois, quand on voit la manière ignorante dont on se sert dès le commencement d'une tâche aussi délicate. On oublie que l'enfant est plus facilement impressionnable, parce que la substance de son cerveau est molle comme la cire dont le moindre toucher modifie la forme, et que si c'est là un avantage, c'est aussi un danger qui doit nous mettre sur nos gardes. Pour quelle raison ainsi débuter par la lecture et l'écriture dans l'instruction primaire ? Croit-on que ce soit là les deux opérations les plus faciles? Au contraire ne devraiton pas être convaincu que ce premier travail nécessite une attention trop énergique, trop continue, et que les facultés comme les organes doivent suivre un développement naturel, insensible, sans fatigues!
Il faut ici avoir continuellement présent à l'esprit cette grande vérité, qui a été dite plus haut : l'instituteur est le grand prêtre de la nature. Il faut de toute nécessité en effet interroger la nature, sans relâche et avec intelligence, pour donner à l'éducation première une direction judicieuse. Interrogeonsla donc, ou tout simplement sachons la comprendre, et ses leçons seront la base du système d'éducation que nous devons suivre pour nos enfants.
A peine l'enfant commence-t-il à balbutier quelques mots, à peine est-il en état de se faire comprendre, qu'il nous assaille de mille et une questions. Et que faisons-nous alors ? Au lieu d'aller au-devant de sa pétillante curiosité, au lieu de la satisfaire à chaque fois qu'elle se manifeste, on n'écoute pas, on est indifférent au verbiage si intelligent déjà de notre petit enfant, plus que cela on s'impatiente, on s'indigne, et l'on force à se taire le plus beau type de l'intelligence, on oblige à se clore la lleur qui voudrait s'épanouir et révéler ses charmes avec ses couleurs ! Or voici ce qui arrive alors. La nature ne peut être oisive, surtout la nature enfantine ; elle est tout mouvement et toute activité ; aussi ses tendances naturelles étant repoussées, ces tendances qui ne demandaient que la connaissance de choses utiles, du beau et du bien, elle dirige ses investigations d'un autre côté, au hasard quelquefois, " mais se laissant entraîner presque toujours à ce qui flatte le plus ses sens.''
Ignorant le bien qu'on a refusé de lui apprendre, comme un préservatif puissant contre le mal, l'enfant se livre tout entier à celui-ci. Quelle responsabilité souvent coupable que celle de ceux qui voient un enfant grandir sous leurs yeux 1 Soyons donc au guet, épions constamment la curiosité native de nos enfants, saisissons au vol chaque occasion, et surtout les premières, afin de lui faire connaître ce qu'il y a de beau dans la nature et de bon dans la société !
" La Providence, dit Rollin, a mis dans les enfants une grande curiosité pour tout ce qui est nouveau, une facilité merveilleuse à apprendre, une infinité
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de choses dont ils entendent parler, un penchant naturel à imiter les grandes personnes et à se mouler sur leurs exemples et sur leurs discours. En différant la culture de ces jeunes esprits, on renonce à toutes ces heureuses dispositions que la nature leur a données en naissant. Et comme la nature ne peut être oisive, on les ohlige à tourner vers le mal ces premières dispositions destinées à faciliter le bien."
L'enfant éprouvant sans cesse le besoin d'apprendre, il faut l'instruire, et cette première instruction c'est la première instruction de Frobel, celle qu'il veut être donnée par le père, par la mère surtout. Cette première instruction, faite au foyer de la famille, par l'amour et le dévouement le plus désintéressé, doit être considérée comme un devoir sacré pour tous, puisqu'elle est la première base et aussi la base la plus féconde de l'éducation qui doit être donnée à l'enfant.
L'enfant recevant une réponse à ses questions apprend beaucoup ; mais ce travail ornant sa mé-< moire produit un effet bien supérieur encore en développant sa raison, son jugement. En effet, il compare continuellement sans effort et perfectionne ainsi tout naturellement une intelligence que l'on tue à un travail trop systématique. Aussi étendrat-on le flfamp de ses observations afin de produire ce résultat merveilleux, mais ayant soin de revenir de temps en temps sur les sujets connus afin d'éviter la confusion qui survient dans une étude incomplète. La confusion se produit facilement dans l'intelligence de l'enfant, on y trouve rarement l'ordre ; il faut donc l'aider à en avoir, afin que ses efforts intellectuels ne soient pas inutiles. Ici le dessin viendra à
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notr.e secours, " le dessin, ce langage naturel que l'enfant comprend spontanément, sans l'avoir jamais étudié et qui a tant de charme pour lui " car, nous dit Horace, " c'est par les yeux plus que par les oreilles que l'on arrive à l'intelligence."
Nous aurons donc une collection de gravures à la disposition de nos enfants, où les plantes, les arbres, les animaux, les principaux phénomènesdela science, qui ne sont pas autre chose que ce qui nous entoure, seront représentés avec clarté, de manière à former un véritable petit cours d'histoire naturelle et de science générale.
" Lorsque le moment du recueillement sera venu, dit alors Rambosson, comme récompense, comme amusement et comme leçon, nous ferons voir à notre enfant la première page de son livre classique ; cette première page, de môme que la deuxième, la troisième et celles qui suivent, c'est une grande image.
" L'enfant, à cette vue, tout joyeux, tout content, commence à débiter son petit jargon, il raconte, il interroge. On applaudit à ce qu'il dit de bien, on rectifie ce qui est faux et on lui explique ce qu'il est capable de comprendre. La même gravure peut servir pour plusieurs séances, mais on ne passera à la suivante que lorsqu'il aura bien saisi ce qui est à sa portée dans celle qui précède. En lid»faisant repasser sur ces gravures les phénomènes qu'il aura remarqué sur les réalités, non-seulement l'ordre s'établira daus ses idées, mais il fera aussi un exercice de comparaison et de rapprochement des plus agréables pour lui, et dont il n'est pas nécessaire de faire remarquer ici l'immense avantage.
" On peut également changer les rôles, c'est-à-dire
la sANTi potm toL'9 iG9
faire observer, étudier d'abord sur la gravure, et comparer ensuite sur la nature lorsque cela est possible. Cet exercice ne produit pas moins de fruits que l'autre. Les analogies, les rapprochements entre les réalités et l'image que l'enfant peut découvrir dans ce genre de travail piquent sa curiosité, l'intéresse au suprême degré, et sans le fatiguer exercent toutes ses puissances, toutes ses facultés.
" Lorsque l'on aura ainsi expliqué toute une collection de gravures, on les repassera une fois, deux fois, trois fois et davantage, comme l'élève de nos collèges repasse les ouvrages classiques ; à chaque fois l'enfant, ayant plus de connaissances, fera des questions plus avancées, et on lui donnera des explications plus étendues.
" De cette manière son intelligence se développera progressivement sans effort et sans peine.
" On aura également en tableaux les principaux arts, les principaux métiers, les principales industries par lesquels on tire partie des plantes, des dépouilles des animaux, etc. L'enfant fera ainsi un petit cours d'arts et métiers qu'il complétera dans ses promenades, qui auront toujours un but utile ; il expliquera dans le champ que l'on cultive, dans l'atelier où il voit travailler, dans l'usine en activité, ce qu'il aura appris sur la gravure."
Comme on le voit, l'instruction se fait avec cette méthode sans effort, sans fatigue, et se fait rapidé*ment. " Le moins que l'on peut faire de leçons en forme, dit Fénélon, c'est le meilleur. On peut insinuer une foule d'instructions plus utiles que les leçons mêmes dans des conversations gaies."
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Autre avantage de Rambosson que j'expose ici, c'est que l'enfant apprend ainsi à s'exprimer avec clarté, et à prononcer bien les mots dont il se sert pour exprimer sa pensée. " Pour qu'un enfant s'énonce bien, il suffit de bien s'exprimer devant lui, il ne peut répéter que ce qu'il entend." Le dernier avantage en vaut bien d'autres, quand on constate surtout parmi nous le peu d'aptitude que nous avons pour bien énoncer notre opinion. Souvent le jeune homme qui a passé huit longues années sur les bancs du collège peut à peine faire comprendre sa pensée; les mots qu'il emploie ne servent pour ainsi dire qu'à masquer celle-ci.
Au moyen des gravures on fera plus qu'apprendre à l'enfant les notions principales de tout ce qui nous entoure, on lui enseignera aussi l'histoire. Supposons une série de tableaux représentant les grandes et sublimes actions de l'histoire de l'Eglise, comme de chaque nation où seront groupés ceux qui ont mérité les honneurs du souvenir par leur mérite, par leur courage, par leur dévouement, et il est facile de voir de suite qu'une semblable société doit exercer une influence merveilleuse sur le cœur de l'enfant. Rien de plus magique que l'exemple, rien de plus puissant que son action! "Je regarde l'histoire, ifous dit le bon Rollin, comme le premier maître qu'il faut donner aux enfants, également propre à les amuser et à les instruire, à leur former l'esprit et le cœur, à leur enrichir la mémoire d'une infinité de faits aussi agréables qu'utiles. "
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Les tableaux de l'histoire seront étudiés comme les tableaux de la science ; on expliquera les détails de chaque scène et on en tirera la morale qu'on fera remarquer particulièrement. Nul doute que l'histoire apprise de cette manière ne pourra être oubliée que difficilement, et que les leçons de morale qu'elle enseignera formeront le cœur de l'enfant de manière à ce qu'il ne s'éloigne jamais du droit chemin. Familiarisons donc de bonne heure nos enfants avec les héros de notre histoire, avec le dévouement et la grandeur d'âme qui en sont inséparables, et nos enfants à leur tour deviendront des héros, quelque modeste que soit le rôle qu'ils soient appelés à remplir dans la société, parce que en copiant d'aussi beaux modèles, ils feront leur devoir et parce qu'on est grand quand on accomplit noblement ses devoirs respectifs !
Rien de plus aride que l'étude de la géographie ; et cependant, avec notre méthode, rien de plus simple que de l'enseigner à l'enfant. Celui-ci comprendra sans difficulté, au moyen de comparaisons qu'on peut représenter en petit, une grande étendue de pays : ainsi, sur un tableau on lui représentera par des lignes l'étendue du champ cultivé ou du jardin situé derrière la maison, il pourra désigner luimême les parties ensemencées et celles qui ne le sont pas.
Or, si on peut restreindre la ferme paternelle à la dimension d'un petit tableau, on fera de la même manière pour l'intelligence du globe terrestre : les
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cinq parties du monde seront exposées aux regards ébahis de l'enfant, chacune avec quelques-uns de leurs produits particuliers, avec leurs plantes, leurs animaux, leurs habitants respectifs. " A la place d'une nomenclature sèche, aride, rebutante, s'écrie M. Blanchard, s'offre alors une étude pleine d'attraits, qui procurera des 7iotions ineffaçables, parce qu'ici mille incidents de la vie ramènent au sujet qui a captivé l'attention. "
Ainsi l'enfant saura les notions principales de la géographie avant d'en avoir ouvert un volume, avant même de savoir lire.
Comme on le voit notre enfant, qui commence à peine à parler, est rempli déjà d'une foule de connaissances qui élèvent son âme et ennoblissent son cœur, et se trouve continuellement dans la contemplation du beau. On n'admettra peut-être pas immédiatement la possibilité d'un résultat aussi surprenant : qu'on fasse l'essai et l'on se convaincra.
" L'éducation, dans ce qu'elle a de durable et de tout à fait invincible, dit M. de Montégut, ne se compose guère que d'influences de ce genre... Ce n'est pas indifféremment que l'œil d'un enfant contemple dès ses premiers jours de belles et nobles images, et c'est ainsi que l'os a judicieusement expliqué l'aptitude naturelle des Italiens à saisir la beauté pittoresque. "
M. d'Henriet dit également : " Les hommes dont l'esprit est le moins disposé à se laisser toucher par l'idée de beauté morale, intellectuelle et physique,
subissent à la longue et à leur insu l'influence des spectacles qui ont frappé leurs jeux dès l'enfance. " L'enfant a l'esprit d'imitation. Il cherche à imiter tout ; on le guidera dans ce travail, on prendra la tâche incomplète qu'il a essayé de remplir et on s'efforcera de la lui perfectionner afin qu'il la finisse lui-môme en la commençant de nouveau. De cette manière il se formera la main et l'œil. En effet, voyez l'enfant avec un crayon, penché sur l'ardoise ou sur le papier faisant les efforts les plus inouïs ! Que fait-il ? il ne le sait peut-être pas lui-même d'abord. Mais son ouvrage fini, il s'imaginera qu'il a fait quelque chose, ce sera un oiseau, une poupée, un bonhomme quelconque ; voyez-le, comme il est fier de son chef-d'œuvre ! N'allez pas rire. Ajoutez plutôt foi à son mérite et aidez le jeune artiste en l'encourageant, car le travail qu'il fait en jouant perfectionne des facultés dont il aura besoin et lui donne des notions qui lui seront d'une grande utilité. Ces petits exercices sont des plus avantageux, car c'est déjà un cours de dessin appris... Non, ce n'est pas un cours de dessin, mais c'est de l'habileté dans le coup d'œil et dans la main qui est d'une importance qu'on ne comprend peut-être pas assez. " Ces opérations élémentaires sont la base d'un grand nombre d'arts et d'industries, et viennent en aide dans une foule de circonstances. Que l'on soit artiste ou simple manœuvre, ingénieur ou capitaine, ils permettent de trouver dans soi-même des ressources que rien ne saurait remplacer." (Rambosson.) " Les industries qui appellent le concours du dessin, dit le Dr. Henriet, sont si nombreuses, qu'on aurait plus vite f(iit d'énumérer celles qui peuve# à la rigueur s'en
passer, que de mentionner celles qui ont un besoin constant du sentiment de l'art. "
Mais notre jeune savant sait une foule de choses et n'a pas encore appris à écrire ni à lire. Le temps est arrivé de le mettre à ce double travail sérieux. Qu'on ne craigne pas ! Ne redoutez rien, mère sensible, la tâche n'est plus si difficile avec la méthode Rambosson ; votre enfant même a déjà fait un grand pas vers ce but ! Ecoutez le savant si dévoué ;
" Les" éléments du dessin, dit-il, sont également ceux de l'écriture ; ils se résument en quelques lignes droites et courbes, unies et disposées de différentes façons. On amènera facilement notre enfant à tracer sur le tableau l'o, les jambages de Vu et le j, éléments de toutes les autres lettres. Il suffit de rapprocher ces éléments ou de les modifier tant soit peu pour constituer une lettre quelconque.
" Ou lui fera ensuite rassembler les lettres qui forment les noms de son père, de sa mère, des personnes et des choses qu'il préfère. Il apprendra ainsi à lire en apprenant à écrire, et avant même qu'il sache nommer et tracer toutes les lettres, il saura lire et écrire quelques noms. En peu de temps.il est familiarisé avec ces exercices et sait à peu près au même moment former les premières figures de dessin, écrire et lire. "
Comme on le voit, les premiers travaux que l'enfant a faits ont contribué puissamment à développer des facultés qui le mettent aujourd'hui promptement en état de surmoi^r ce qui e^t une si grande diffi-
culte pour le plus grand nombre : les premiers éléments du dessin ont tout fait.
Passons à l'orthographe.
On doit supposer que le soin qu'on a apporté à bien prononcer tout ce qu'on a dit à notre jeune élève, que les corrections que l'on a faites à sa propre prononciation vont nous être d'une grande utilité pour lui enseigner l'orthographe : s'exprimer par l'écriture est d'autant plus facile que l'on sait déjà bien prononcer chaque mot. Ici comme auparavant pas de méthode systématique.
" Rappelez-vous, dit Locke, qu'on ne doit pas instruire les enfants par des règles qui toujours sortiront de leur mémoire. Ce que vous jugez nécessaire do leur apprendre fixez-le par une pratique indispensable aussi souvent que l'occasion se présentera et, s'il est possible, faites naître les occasions. "
Enseignons le nombre dans le substantif et dans l'adjectif. Pour bien faire comprendre la différence entre le pluriel et le singulier, on laisse réfléchir l'enfant quelque temps sur quelques phrases écrites sur le tableau, afin qu'il comprenne bien ce que l'on veut lui apprendre.
Ainsi on écrira ;
La pomme. Les pommes.
La table. Les tables.
De suite il saute aux yeux de l'élève qu'il y a une règle générale pour la formation du pluriel,
La différence dans le nombre de l'adjectif se reconnaîtra de la môme manière :
La pomme bonne. Les pommes bonnes.
La table petite. Les tables petites.
On se servira de cette méthode pour enseigner toutes les règles générales de la grammaire, les exceptions ne s'apprendront qu'en deuxième lieu.
Pour faire connaître les verbes on enseignera deux temps d'abord : le présent et le passé. La conjugaison se fera, accompagnée d'un membre de phrase quelconque, afin d'en faciliter la mémoire. Ainsi on écrira sur le tableau, puis on fera lire comme suit par un élève qui touche un livre :
Je touche un livre.
Par un deuxième : Tu touches un livre.
Par un troisième : Il touche un livre.
Par les trois ensemble : Nous touchons un livre.
Cette action facilite l'étude, et les temps principaux des verbes s'apprendront promptement.
Telle est la méthode que l'on devra suivre pour enseigner à l'enfant l'orthographe. " Par les méthodes ordinaires, dit en concluant Rambosson, pauvres enfants, ils restent souvent des mois entiers devant les lettres ingrates de l'alphabet, et des années sur les règles les plus élémentaires de la grammaire ! Le dégoût de l'étude les pénètre par tous les pores ; l'école est souvent pour eux la coupe amère de la vie où s'étiole toutes leurs facultés et meurent toutes leurs aptitudes, "
Le calcul s'apprendra en jouant, avant de s'apprendre dans les livres. L'enfant aime à jouer, c'est sa nature que le jeu : souvenons-nous que c'est au milieu du jeu que, les choses les plus difficiles de prime abord lui deviendront familières. On lui donnera des petits cailloux, des billes, des noix qu'on l'habituera à compter, à additionner, à soustraire, à multiplier, à diviser ; puis quand les quatre premières règles lui seront faciles, on l'initiera graduellement aux autres difficultés de la numération.
Cette étude, comme les autres, se fera toujours au moyen du tableau ; sur celui-ci on lui fera répéter les opérations qu'il aura faites avec ses jouets. " En allant ainsi des réalités aux expressions du connu à l'inconnu, du simple au composé, les difficultés disparaissent, tout devient amusement et développement de l'intelligence."
Les opérations mathématiques se feront sur des choses pratiques, sur les choses de la vie, afin d'inculquer à l'enfant un goût qu'il n'a pas toujours; on le fera jouer au marchand, on l'intéressera de cette manière, et cette branche si aride des études sera pour lui un agrément.
" Vous enseignerez aux enfants, nous dit Fénélon, comment se font toutes les choses qui servent à l'homme, et sur lesquelles roule le commerce. Peu à peu, sans étude particulière, ils connaîtront la bonne manière de faire toutes ces choses qui sont de leur usage et le juste prix de chacune, ce qui est le vrai fond de 1 économie. Ces connaissances qui ne doivent être méprisées de personne, puisque tout le monde a besoin de ne pas se laisser tromper dans sa dépense, sont principalement nécessaires aux filles,
" On sait, ajoute-t-il, que l'exactitude à compter souvent fait le bon ordre dans la maison,"
Le système d'éducation morale et intellectuelle de l'enfance tel que je viens de l'exposer, tel que nous l'expose plutôt Rambosson, repose comme "bn peut le voir, comme on doit le conclure, sur la vérité suivante : les sciences et les arts aident au développement de l'intelligence enfantine, et celle-ci ne doit pas attendre qu'elle soit vieillie pour s'initier à elles. La curiosité de l'enfant a besoin d'être alimentée sans cesse ; les objets de sa curiosité sont tout ce qui nous entoure, c'est-à-dire tous les éléments des arts et des sciences; ne lui refusons pas une nourriture aussi agréable et aussi utile. On pourra croire que c'est là un travail trop prématuré et que c'est nuire à l'enfance que de l'y soumettre. Erreur grave. L'éducation comprise telle que je viens de l'expliquer est un amusement continuel, et c'est à cause qu'elle est un amusement continuel qu'elle est facile et sans fatigues. Voyez l'enfant que l'on soumet à une éducation semblable, son ambition n'a plus de bornes, son intelligence voyant tous les jours des horizons nouveaux qui se déroulent devant elfe tout en trouvant le repos dans la variété, y trouve aussi tout ce qu'il faut pour se développer, se perfectionner !
Nul doute que les talents que Dieu distribue à chacun de nous sont déposés dans notre organisation avec notre vie. Avec cette nouvelle méthode d'éducation on les découvre de bonne heure, et ou en aide le développement par une culture attentive,
Retarder alors c'est bien souvent la perte d'une grande intelligence.
Quintilien dit avec raison : " On voit briller dans les enfants des lueurs très-vives d'espérance, qui s'évanouissent avec l'âge ; d'où il faut conclure que ce n'est pas la nature qui leur a manqué mais les soins."
J'insisterai en finissant sur un point qui doit être le plus important, et que notre auteur n'a peut-être pas assez développé : c'est le point de vue moral.
Dans l'hygiène de l'âme, j'ai essayé de démontrer que notre volonté et notre imagination étaient la source du bonheur et du malheur de l'homme, que nous étions ce que nous voulions bien être. Or ces deux facultés se manifestent dès l'âge le plus tendre ; il faut aussi dès le premier âge leur donner une attention particulière, une direction sage. Il faut se hâter d'apprendre à l'enfant que tout est beau, que tout est bon dans le bien, et lui enseigner ce qu'est le bien ; négliger une occasion de lui donner une petite leçon à ce sujet c'est se rendre coupable d'une négligence impardonnable. Ici je m'adresse particulièrement aux mères, dont la vie et celles de leurs enfants ne doivent faire qu'une seule et même vie. Vous ne voudriez pas être coupables d'un accident qui arriverait à l'objet de toute votre affection ! Toute votre sollicitude s'exerce à le tenir à l'abri de tout danger, à le protéger contre la plus légère atteinte de la maladie. Quoi de plus beau que ce travail incessant auquel vous vous livrez avec tant de grandeur d'âme ! Mais là ne doit pas se borner votre tâche maternelle. De même que vous voulez assurer à votre enfant une santé à toute épreuve.
vous devez aussi travailler à ce qu'il soit toujours heureux ; et le bonheur ne se trouve pas seulement dans une bonne santé. Or, c'est en formant le cœur de l'enfant qu'on prépare son avenir ; c'est en lui faisant goûter de bonne heure les douces joies de tous les bons sentiments, les satisfactions indicibles qu'ils nous donnent, que l'enfant se convaincra qu'il ne peut, qu'il ne doit jamais chercher ailleurs un bonheur qu"il trouve avec eux ! L'habitude du bien contractée dès les premières années de la vie, quelle garantie de bonheur pour toujours! On apprendra à l'enfant les notions que j'ai essayé de développer à ce sujet dans la deuxième partie de mon ouvrage ; on lui montrera les faits nombreux que j'y ai accumulés spécialement pour lui. Ces notions et les faits surtout qui frappent si facilement l'intelligence du jeune âge étant connues intimement, l'enfant s'en convaincra. Ils deviendront pour lui une croyance qu'on ne pourra lui ôter par aucun raisonnement, et c'est ainsi que l'éducation peut être le moyen le plus puissant que l'hygiène puisse enseigner à l'homme pour assurer son bonheur et sa santé.
Il est évident cependant que nous apportons avec nous en venant au monde une foule de mauvaises inclinations, de dispositions pour le mal ; or c'est ici que l'hygiène morale doit jouer un rôle efficace, car ce n'est pas tout de cultiver le bien. L'expérience nous apprend que pour le cultiver avec fruit il faut lutter sans cesse contre le mal qui nous envahit, et que ce n'est qu'après une lutte longtemps continuée qu'on jouit du repos et de la victoire. Puisqu'une force d'attraction attire sans cesse l'enfant dans le mauvais chemin, dirigeons-le avec bienveillance,
Coupons à leur naissance tous les mauvais germes dès qu'on peut les découvrir : c'est là la partie importante de l'éducation et que la mère ne peut confier à d'autres.
L'enfartt est capricieux, et pour peu qu'on lui laisse toute liberté d'action, il deviendra insupportable, ce sera même l'autorité qui commande et à laquelle il faut obéir. Il faut donc l'habituer au doux contrôle de sa mère dès que les premières lueurs de son intelligence commencent à paraître. Que de malheurs sont prévenus quand l'autorité du père ou de la mère est toujours respectée ! L'enfant est sur le bord d'une fenêtre qui se penche, le vertige commence à s'emparer de lui, il va êïre précipité bientôt si on ne vient à son secours ; la mère apparaît et lui ordonne de descendre ; si elle a déjà habitué son enfant à se soumettre à sa volonté, il obéira à l'ordre maternel et quittera la position dangereuse où il était ; si au contraire une coupable faiblesse a fait de l'autorité un jouet pour l'enfant, celui-ci résistera cette fois-ci comme toujours et tombera sur un pavé qui lui donnera la mort. J'ai connu un père sans énergie qui, un jour apercevant son enfant penché au bord de la croisée, à la partie supérieure de sa maison, n'osa lui parler, convaincu que le premier mouvement du malheureux petit serait un mouvement de résistance et serait peut-être cause d'une chute mortelle. Il fut obligé d'attendre que l'enfant quittât de lui-même une place où sa vie était en danger. Quelle cruelle angoisse a dû être celle
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du trop tendre père attendant, épiant le premier mouvement de son enfant, sans pouvoir l'arracher par une volonté ferme au péril qui le menaçait !
Mais c'est surtout quand la maladie vient faire ses ravages dans la famille que l'on peut constater les bons résultats d'une autorité respectée et de l'obéissance filiale. Voyez le petit enfant agité au milieu d'une fièvre ardente ; il se roule sans cesse sur son petit lit, repoussant ses couvertures, refusant tout ce qu'on lui présente. Sans secours contre la maladie, celle-ci fait ses ravages, est maîtresse de sa victime jusqu'à ce que la mort vienne s'en emparer. On a fait demander le médecin : sa présence a été inutile là où l'autorité des parents ne valait rien. Voyez au contraire l'enfant habitué à écouter sans cesse la volonté de ceux qui le commandent, à s'y soumettre sans aucune résistance ; il est malade lui aussi, mais malade résigné, acceptant tout ce que lui présente la main tremblante de sa mère, la remerciant d'un sourire plein d'amour; et cependant le breuvage est amer, repoussant 1 Le médecin est presque toujours à ses côtés ; le petit malade a fait son meilleur ami de celui que tant d'autres ne peuvent voir sans frayeur. Son obéissance est récompensée, grâce au bon traitement qu'il a suivi avec résignation, la santé ne tarde pas à venir : la volonté, douce malgré son énergie, de la mère et du père ont sauvé l'enfant qui allait mourir !...
La jalousie est un malheureux penchant du jeune âge. " J'ai vu, ditSaint Augustin, un enfant jaloux,
il ne savait pas encore prononcer une seule parole, et regardait déjà un enfant qui tétait avec lui avec un visage pâle et des yeux irrités."
La jalousie est un peu au fond de tous les actes de l'homme : seulement celui-ci sait dissimuler et cache ce qu'il n'est pas avantageux de montrer. L'enfant, au contraire, qui ne connaît pas la dissimulation, montre tous ses instincts quels qu'ils soient, et sa jalousie ne tarde pas à paraître. Il faut combattre promptement cette malheureuse passion, d'autant plus qu'elle est difficile à déraciner du coeur de l'enfant. On enseignera à l'enfant que la plus belle des qualités est bien la charité, plus que cela, on lui répétera souvent que la vie n'est pas autre chose qu'un échange de services, de témoignages d'amitié, et que la plus grande satisfaction, le plus grand bonheur de l'homme se trouvent dans le dévouement. L'enfant convaincu de ces idées, les regardant comme des vérités dont il ne lui est pas permis de douter, puisqu'elles lui viennent de ceux à qui il obéit toujours, pratiquera jeune encore la charité et l'amour du bien ; il mettra son bonheur à faire plaisir à ceux que la misère maltraite ; les douces impressions qu'il recevra d'habitudes semblables rendront celles-ci toutes naturelles, et son plus grand bonheur sera toujours de rendre les autres heureux.
Le traitement de l'égoïsme sera à peu près le même que celui de la jalousie. Ces deux mauvais penchants ont plus d'un point de ressemblance)
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L'égoïsme se développe quand on accorde à l'enfant tout ce qu'il désire. On lui fera comprendre qu'il n'a droit à quelque chose que parce qu'on le veut bien, et pour lui faire sentir davantage la leçon, on ne lui donnera un objet quelconque que comme récompense due à son obéissance. En prenant cette habitude vis-à-vis l'enfant, on lui apprend à obéir, en l'y invitant par des promesses d'objets convoités, et on empêche de se développer chez lui l'égoïsme, puisqu'il est obligé de conclure, jeune encore, que par lui-même il n'est rien. L'égoïsme se rencontre dans la maison du riche plus que dans celle du pauvre : il s'abrite dans les palais et non sous le chaume.
Enseignons à l'enfant du riche l'inconstance de la fortune et l'égalité des hommes devant Dieu ; que l'enfant du pauvre ne soit pas l'objet de son dédain, qu'au contraire il soit considéré comme le meilleur ami, le plus dévoué qu'il puisse trouver.
Toutes les nations de la grande famille humaine sont les mêmes, on ne l'entretiendra pas dans les haines contre celle-ci ou contre telle autre. " Lorsqu'on demandait à Socrate de quel pays il était, il répondait : du monde, montrant ainsi l'étendue de son cœur qui pouvait renfermer tout le genre humain."
Egoïsme et jalousie, quelles plantes empoisonnées on laisse pousser dans le cœur de l'enfant ! Faisons tous les efforts pour en arracher jusqu'au moindre germe, convaincus que nous devons être que le secret du bonheur que l'on cherche dans l'égalité ne peut se trouver tant que ces deux mauvaises passions feront partie de la nature de l'homme !
L'enfant qui connaîtra l'obéissance et la pratiquera telle qu'elle doit l'être, n'a besoin que d'une sage direction pour acquérir toutes les qualités et se débarrasser de tous les mauvais penchants. Il est donc inutile de prolonger davantage cette étude; l'intelligence du lecteur, de la mère surtout la complétera. Tout ce que j'ai voulu faire, c'est d'attirer l'attention de la société sur cette partie importante de l'éducation, qui est tout l'avenir de l'enfant.
J'ai entendu nos tribuns populaires, nos grands hommes d'Etat, nos journalistes distingués pousser des cris de détresse sur l'avenir de notre nation et lui prédire une fin prochaine !
J'ai vu la France, reine du monde, fouler sous les pieds des soldats et chevaux allemands !
J'ai vu les Etats-Unis de l'Allemagne, comme les Etats-Unis de l'Amérique, fiers et puissants !
J'ai vu un pays de montagnes et de brouillards donner au monde une nation si intelligente, qu'on a dit de chacun de ses membres une phrase devenue proverbiale : là où pousse un chardon un Ecossais peut vivre !...
J'ai vu tout cela et je me suis demandé pourquoi tant de deuil d'un côté et tant de joie de l'autre, et je me suis dit : pour que le Canada devienne un grand peuple il lui faut un système d'éducation perfectionné, comme à la France il lui faut soigner davantage l'éducation de la première enfance pour pouvoir dire un jour à l'Allemagne : je suis prête ! je veux une revanche ! Mais ici, comme dans la mèrepatrie, c'est la femme qui doit faire la plus grande partie de ce travail sublime 1 Au nom de la patrie, mères à l'œuvre !..,
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Virilité.
L'enfant a traversé une période de sa vie qui â opéré chez lui des modifications sérieuses : l'adolescence l'a fait homme comme la loi le fait maintenant citoyen. Le double amour de la famille et.de la patrie est toute la passion dont son cœur est enivré.
L'âge viril est caractérisé par le développement complet des facultés intellectuelles et physiques. A quel âge devient-on homme, à quel âge finit-on de Wétre ? Inutile de fixer ici des lignes de démarcation. Tout ce qu'il convient de dire, c'est que les lois de l'hygiène ont pour but le développement prompt de l'homme et le prolongement de sa virilité jusqu'aux dernières limites de la vie.
Ces lois j'ai commencé à les enseigner dans tout ce que j'ai écrit, et je vais continuer à les faire connaître dans ce qui me reste à étudier au sujet des tempéraments, des professions, etc.
Il est une maladie particulière à l'homme adulte : c'est la goutte. L'enfant est rarement atteint de cette maladie, et voici pourquoi :
A l'âge viril les mouvements de composition et de décomposition ne se font pas comme dans les jeunes années : l'homme prend trop, consomme trop pour ce qu'il dépense ; trop de nutrition et pas assez d'exercice. Il arrive alors que l'acide urique se produit dans le sang et la goutte est déclarée.
Un jeune homme, d'un tempérament vigoureux, qui aura dépensé beaucoup d'activité avec ses compagnons d'enfance, qui semble né plus pour la vie physique que pour la vie intellectuelle, entre dans un bureau quelconque et prend un régime de vie,
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sédentaire. Si dans ses heures de loisir il ne donne pas à son corps l'exercice dont il a besoin, il deviendra victime de la goutte ou de maladies plus graves encore. Qu'il se souvienne donc que la santé n'est parfaite qu'en autant que la vie est partagée en proportions égales entre le travail du corps et le travail de la pensée.
Vieillesse.
La vieillesse, cette grande infirmité de l'homme, caractérisée par la perte de toutes les facultés, mouvement graduel de dé composition, la vieillesse, dis-je, ne devrait pas exister ; et comme je l'ai déjà donné à entendre, elle n'existe pas pour l'homme qui a suivi les lois de l'hygiène. Mais malheureusement ces lois sont méprisées ou méconnues et la société est remplie de vieillards. Le mépris des lois d'hygiène fait des vieillards de vingt ans !
Que doit donc faire le vieillard, celui que les années ou le mépris de la vie ont brisé, ont rendu méconnaissable ? Se laissera-t-il mourir comme l'Indien qui a décidé sa mort ? Non ; il n'est jamais trop tard pour faire ce que doit, et l'homme peut et doit commencer à tout âge à observer des leçons qu'il a méconnues toute sa vie.
Le vieillard qui s'entoure de toutes les précautions hygiéniques, qui ne s'expose pas avec légèreté aux variations de l'atmosphère, aux abaissements subits de la température, qui se donne la nourriture stimulante qui lui est nécessaire, qui ne dépense aucune grande activité, dont la raison est celle que nous devons avoir toute la vie, c'est-à-dire maîtresse de
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Hotre imagination et de notre volonté, ce vieillard, dis-je, goûtera aux dernières limites de la vie des heures de bonheur. Il pourra contempler son passé comme une vaste scène où il fut acteur, recueillera avec, enivrement les souvenirs doux à son cœur et fermera la porte aux noirs soucis. Quel triste spectacle que celui des vieillards de nos jours !
Débiles, chancelants, privés de la jouissance des facultés physiques et intellectuelles, puisqu'ils remuent à peine et ne pensent plus ou ne pensent que pour gémir et regretter, ils sont la plus triste expression de la dégradation et de l'affaiblissement de l'humanité ! Oui, l'âme ne peut être que remplie de tristesse à la vue de ce que nous devenons volontairement, comme aussi elle devient toute hère, toute orgueilleuse, en contemplant ce que nous pouvons être ! Allons ! pensons à notre vieillesse, et l'hygiène et ses lois seront notre guide, et si nous ne vivons pas plus que notre vie, nous vivrons au moins toute notre vie ! Ce n'est pas toujours ce qui arrive, puisque le plus souvent l'homme se tue.
Mirabeau s'écria \ui jour : " Mes jeunes années comme des ancêtres prodigues ont déshérité mes premières. " Ne nous exposons pas à être victimes plus tard du désespoir de Mirabeau.