HISTORIQUE
C’est au début du xvi® siècle que. le bois de Gaïac
fut rapporté de l’île Hispaniola, actuellement Haïti,
par son gouverneur Gonzalve d”° Oviedo. :
Durant son séjour dans l'ile il avait observé que les indigènes se servaient avec succès de la décoction de ce bois, dans une maladie qui sévissait à l’état endé-
mique et qui ressemblait beaucoup à un mal terrible, | ù “apparu peu de temps avant en Europe, qu'un poète FES contemporain, Girolamo Frascator avait chanté en des
vers d’un ardent \yrisme et auquel il avait donné son
nom actuel de syphilis.
11 semble bien, en effet, que la grande vérole fut : rapportée d’ Amérique par les compagnons de Chris- :: ; tophe Colomb. Ceux-ci se retrouvèrent quelques -années plus tard, en 1492, au siège de Naples par les 2 Français, également répartis dans les deux camps. Ils ; propagèrent ainsi équitablement le mal français aux
2 assiégés, le mal de Naples aux autres.
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La maladie s’étendit très rapidement et avec une telle gravité que beaucoup crurent à une matérialisation de la colère divine contre une époque dépravée.
Dès son apparition, an traitement lui fut opposé ; ce fut la médication mercurielle ; mais elle était à ce point pénible que Jean Fernel écrira plus tard dans son livre De morbo gallico, «ce genre de médication est si pénible que beaucoup de malades aiment mieux mourir du mal que de chercher la guérison dans un traitement si dangereux et si cruel » plus loin il décrit ainsi la stomatite mercurielle que les médecins de l’époque cherchaient à obtenir, comme test de l'efficacité du traitement : « la gorge s’ulcère, la langue, le palais et les gencives se gonflent, les dents s’ébranlent, la salive coule de la
Lu
bouche sansinterruption, fétide au delà de toute idée,
lifiait de véritable « Carême de pénitence » ne ressem-
et tellement envenimée, qu à son contact les lèvres se 4
corrodent et l’intérieur de la bouche s’ulcère.…. : 4
Dans de telles conditions, le succès était assuré à à
; une thérapeutique, qui, bien que sévère par la diète 4 qui l’acompagnait et que Jacques de Béthencourt qua- ? ê
blait que de très loin aux supplices imposés par le traitement mercuriel, faisant de celui-ci un véritable / «enfer d’expiation ». Aussi la gloire de la nouvelle thérapeutique grandit-elle très rapidement, aidée en cela par la croyance que la sudation énergique provoquée par le médicament auquel on ajoutait souvent d’autres sudorifiques, tels que : Salsepareille, Squine et Sas À e | safras, faisait « sortir le mal ».
Nous tenons de G. Solente que Je premier qui
La
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parlé de ce traitement nouveau serait un'médecin'de Charles Quint, Nicolas Poll, qui en 1517, écrit son De cura morbi gallici per lignum guaiacum. Puis Léomard Schmaus et Jean Manard écrivent eux aussi sur
Je bois de Gaïac. ide Mais celui qui fit le plus pour sa renommée est. "à saus conteste le chevalier Ulrich von Hütten. Atteint par une syphilis très grave qui faisait de son corps une immense plaie et sur laquelle onze traitements mer-
curiels étaient restés sans résultats, il expose: dans
son livre De guioci medicina et morbo gallico liber sa gué-
* rison obtenue par la décoction de bois de Gaïac, n’hési- | tant pas à écrire : « S'il faut rapporter à Dieu la somme Le des biens et des maux qui nous arrivent, que d'actions de grâces ne lui devons-nous pas, pour la faveur de nous avoir accordé le Gaïac. » ÿ
Le Gaïac atteint alors l’apogée. de sa gloire, on le -considère comme un bienfait céleste, et la vénération populaire lui donne le nom dé Saint-Bois.
Les médecins eux-mêmes, émus par ce nouveau ‘raitement à la portée de tous, ne peuvent rien contre
sa popularité et après de vains efforts pour saper sa
| réputation, préfèrent composer avec lui en prétendant que pour avoir son plein succès le traitement par le bois. de Gaïac devait être donné « rationnellement Le Fe dire selon leur conseil » ce qui fait écrire à von Hütten : “je ne puis trop admirer cette assurance, dorsqu'il est bien constaté qu'il n'y eut jamais de médecin à Hispaniola, où de temps immémorial on
. administre le Gaïac Mers
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Enfin en 1597, un médecin d'Amiens Jean Fernel” déjà cité, soutiendra dans son livre. De morbo gal= ‘ ico la grande efficacité du Gaïac dans le traitement de la syphilis ; il reconnaîtra en outre au nouveau médicament deux autres actions : une sur la cicatri-. sation des ulcères, l’autre sur la goutte ; il écrit : « iF incise et rend plus déliées les matières épaisses, il déterge les viscosités, ouvre et rend libres les parties: obstruées, provoque les sueurs et les urines, facilite l’expectoration.:., il enlève à la bouche sa mauvaise odeur, guérit les obstructions du foie et de la rateainsi que l'ictère, l’hydropisie et les autres maladies. * quien procèdent. Il est d’un merveilleux secours dans l’angine bâtarde, la goutte des pieds et des mains et tout ce qui est rhumatisme... on comprend que des. propriétés aussi merveilleuses aient fait donner par beaucoup d’auteurs au bois de Gaïac le nom de « Saint- Bois ». Cette action sur les humeurs et sur la goutte - donnera au bois de Gaïac une nouvelle ère de pros périté car après Fernel son action antisyphilitiqueest discutée et il n’est plus guère employé contre cette maladie. Par contre, son action antigoutteuse 2. ‘affirme et vers la fin du xvrn siècle et au. début du xixe il sera même considéré comme D decette affection. NE
Pour comprendre comment, un spécifique de la syphilis ait pu être utilisé contre la podagre, il faut se rappeler qu’à cette époque, l° origine vénérienne de: Ja vérole était Join d'être universellement admise, mais que le rôle de Vénus dans la genèse . des: …