PARIS
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A un créancier :
Ribaud, ribard, en raale eslrcine Voire colère est bien soudaine De vous prendre à mon revenu, Aussitôt le ternie venu Sans attendre jour ni semaine.
Si vous voyez à la fontaine Quelque jeune Samaritaine, Y courriez-vous bien si menu, Ribaud ?
Tous moutons n'ont pas longue laine.
Chacun n'a pas sa bourse pleine, Cela cent fois m'est advenu ; Mais si jamais m'estes tenu, Vous payerez ribon, ribaine, Ribaud.
Mellin de Saint-Gelais,
« Dans le besoin pressant qui vous menace Sire, il faudrait recourir aux impôts.
— Ah ! des impôts, laissons cela, de grâce, Mon pauvre peuple a besoin de repos.
Le voulez-vous sucer jusqu'à la moelle ? Je prétends, moi, qu'il n'en soit pas ainsi.
— Sire, songez quel est en tout ceci Mon embarras ; songez que de la poêle
Qui tient la queue est le plus mal loti,
— Qui dit cela ? — Qui î le proverbe, Sire
— Ventre Saint-Gris, le proverbe a menti, Car, de par Dieu, c'est celui qu'on fait frire. »
Mellin de Saint-Gelais.
Argent prend villes et châteaux Sans coup férir quand il frissonne ; Argent fait courir grands bateaux Tant que la mer cercle et vironne ; D'une mauvaise cause bonne Argent corrompt lois et édits.
Reste sans plus qu'argent ne donne Santé, jeunesse et paradis,
« Dis moi, amy, que vaut-il mieux avoir. Beaucoup de bien ou beaucoup de savoir ? Je n'en scay rien, mais les scavants je voi Faire la cour à ceux qui ont de quoi, n
En tout honneur et excellence Quiconque veut aller avant Quierre l'argent, non la science.
Les lettres n'aille poursuivant !
Pour faire un scavant la ressource La plus certaine, c'est l'argent ; Aujourd'hui, l'homme est fort scavant Qui scait force écus en sa bourse.
Fontaine.
Un pauvre demande l'aumône à un soldat en disant qu'il priera Dieu pour lui. L'autre lui donna un réal. « Tiens, dit-il, et prie-le pour toi. Je ne prête pas à usure. »
Brantôme.
Puymorin, frère de Boileau, étant invité à un grand repas par deux juifs forts riches, alla chercher Boileau et le pria ae l'accompagner, l'assurant que ces messieurs seraient charmés de le connaître. Boileau qui le voyait pressé et qui avait des affaires, lui répondit d'un ton colère : « Je ne veux point manger avec des coquins qui ont crucifié Noire Seigneur. — Ah ! mon frère, s'écria Puymorin en frappant du pied contre terre, pourquoi m'en faites-vous souvenir lorsque le dîner est prêt et que ces bonnes gens m'attendent ? »
Un habitant de Pérouse se promenait par la ville triste et préoccupé. Quelqu'un le rencontra et lui demanda ce qui le tourmentait. « C'est que j'ai des dettes, répondit notre homme et pas de quoi les payer. — Basl, imbécile, répliqua l'autre, laisse donc cette inquiétude à tes créanciers. »
Pogge.
GENS ET CHOSES d' ARGENT. 9
Du maréchal Trivulce à Louis XII qui lui demandait ce qu'il fallait pour faire la guerre avec succès : « Trois choses sont absolument nécessaires, premièrement de l'argent, deuxièmement de l'argent, troisièmement de l'argent. »
Au mariage de sa fille, Zamet répondit au notaire qui lui demandait ses titres : « Mettez Seigneur suzerain de dix-sept cent mille écus d'or. »
L'argent, les beaux jours et ta femme
T'ont fait ensemble un mauvais tour,
Car tu pensais au premier jour
Que Jeannelon dcust rendre l'âme ;
Étant jeune et bien advenant
Tu tromperais incontinent,
Pour son argent, une autre dame ;
Mais, Jean, il va bien autrement.
Ta jeunesse s'est retirée,
Ton bien s'en va doucement
Et ta vieille t'est demeurée.
Régnier.
Quand on annonça au Maréchal de la Ferlé la visite des syndics de la communauté des Juifs de Metz, le maréchal de la Ferté s'écria : « Je ne veux pas voir ces coquins qui ont fait mourir notre Sauveur. — Mais, Monseigneur, ils apportent un présent
de quatre mille pisloles. — Alors faites entrer... après tout, quand ils Font fait mourir, ils ne le connaissaient pas. »
Sur une gravure du XVII* siècle, dans la bouche d'un mendiant :
« Les rentes des gueux sont assignées sur la marmite des riches. »
Un gentilhomme gascon, vieux garçon, en colère contre ses parents, sur le point de mourir, voyant de sa fenêtre une maison qui est à Roquelaure : « Je donne tout mon bien à M. de Roquelaurc, dil-il ; écrivez notaire. Sa terre m'a fait souvenir de lui. »
Tallemant.
Les provençaux sont grands rimeurs. Pour se venger ils font des chansons. Ils en firent d'atroces contre M. d'Espernon. Les gens l'excitaient à les châti'er. — « Hé, messieurs, leur disait-il, laissez-les chanter pour leur argent. »
Tallemant.
Un procureur du Châtelet disait que pour dix ans il avait tourné le dos à Dieu afin de faire sa fortune.
Tallemant.
Un riche marchand qui établissait son fils dans *lc négoce lui disait : « Gardez-vous bien de faire banqueroute ; mais si vous la faites, faites-la grosse, ou ne vous en mêlez pas. »
Un petit intéressé dans les affaires faisant l'éloge des maltotiers, disait qu'il n'y avait qu'eux qui soutenaient l'État : « Cela est vrai, dit une personne, les gens d'affaires soutiennent la France de môme qu'une corde soutient un pendu en l'étranglant. »
Carpenteriana.
Comme on demandait à Monsieur l'état de sa fortune : « Je n'ai rien, dit-il, mais je dois. »
Ménage.
Beauvalais, riche maltotier, demandait un jour à une personne d'esprit, ce que c'était que l'opulence : «C'est, lui. répondit-elle, l'avantage qu'un mîanant peut avoir sur un honnête homme. »
Carpenteriana.
Monsieur de Vaubecourt aimait si fort l'argent, qu'un peu avant de mourir il 6ô fil apporter tout son or sur son lit et disait en passant les mains dedans : « Hélas ! faut-il que je vous quitte ! »
12 GENS ET CHOSES d'aRGENT.
Mme de Niort voulut avoir un carrosse. La nuit elle entendait du bruit dans l'écurie, elle réveille son mari : « Ce sont, lui dit-il, les chevaux qui mangent. — Quoi, repril-elle, nourrir des animaux qui mangent la nuit ! Dieu m'en garde ! » Elle les vendit dès le lendemain.
Tallemant.
Tallemanl, le maître des requestes, dit au prieur Camus : « Vous priez longtemps Dieu. — C'est, répondit l'autre, que je le prie pour que vous me payiez. »
Tallemant.
Ruqueville n'avait pas été trop bon ménager et il disait : « Ah ! si feu mon bien était encore au monde, on ferait bien plus de cas de moi qu'on n'en fait. »
Tallemant.
Un pauvre homme aperçut dans sa chambre la nuit Un voleur, qui croyait trouver là quelque somme : Il fit un si grand cri que le voleur s'enfuit, Et laissa son marteau qui servit au pauvre homme.
Benserade,
Je vois d'illustres cavaliers Avec laquais, carrosse et pages ; Mais ils doivent leurs équipages Et je ne dois pas mes souliers.
Linières.
Si Charles par son crédit M'a fait un plaisir extrême, J'en suis quitte, il l'a tant dit Qu'il s'en est payé lui-môme.
Gombaud.
L'argent est un vrai séducteur.
Combien de désirs il fait naître I Mais, si c*est un bon serviteur, C'est souvent un fort méchant maître.
Cocquard.
Vous qui vivez dans l'indigence Vous serez toujours indigents.
Les biens ne se donnent qu'aux gens Qui vivent dans l'opulence.
Cocquard.
A M. de Souci, trésorier de l'épargne :
Mes vers, Monsieur, sont peu de chose Et, Dieu merci, je le sais bien ; Mais vous ferez beaucoup de rien Si les changez en votre prose.
Passerai.
14 GENS ET CHOSES d'aRGENT.
Jusles humains, me sera-t-il permis De ne rien prêter à personne ?
Ce que je prêle, je le donne ;
Et qui pis .est, j'en fais des ennemis.
Gombaud.
Harpan, intendant de To.ulouse, Priait le corps des trésoriers D'honorer sa défunte épouse • D'un beau service aux Cordeliers.
« Pardon, dirent ces officiers, L'usage chez nous, loi suprême, Refuse aux femmes cet honneur ; Mais, s'il s'agissait de vous-même.
Avec grand plaisir, monseigneur. »
Marvielles.
Tant qu'Aliidor fut laquais Il fut soumis, humble et docile.
Mais quand il eut fait force acquêts Il fut rogue, allier, difficile ; On l'eût pris pour un roitelet Tant l'orgueil le fit méconnaître !
Je vois bien que d'un bon laquais On ne saurait faire un bon maître •
Furetière.
Si Ton en croit Tavare Urbans, C'est un défaut de la nalure, Accru par le nombre des ans, Qui lui rend l'oreille si dure.
Erreur ; elle est, je le soutiens, Selon le cas, mauvaise ou bonne.
Il entend quand on lui dit : Tiens !
Il est sourd quand on lui dit : Donne !
Ponsardin Simon.
Dans le temps qu'on établit plusieurs impôts qui portaient sur les riches, un millionnaire se trouvant parmi des gens riches qui se plaignaient des malheurs du temps, dit : « Qui est-ce qui est heureux dans ces moments-ci ? Quelques misérables !... »
Un fermier des gabelles du nom de Mirant avait été taxé de conl mille écus. Comme on parlait de sa mésaventure devant le prince de Condé, il dit : « Ne le plaignez pas tant. Ces messieurs ne sont pas comme les oiseaux. Tant plus on les plume, et mieux ils volent. »
On disait que Ton faisait une nouvelle monnaie où l'on représentait le roi à cheval. « Hélas ! dit un homme ordinairement brouillé avec l'argent, j'ai bien de la peine à l'atteindre maintenant qu'il est à pied, comment l'atteindrai-jc s'il est à cheval ? »
16 GENS ET CHOSES d' ARGENT.
Jean qui, dans ce tombeau, repose entre les morts, Prenant de toutes mains, amassa des trésors Plus qu'il n'en espérait de sa bonne fortune. Il possédait beaucoup, mais il ne donnait rien Et n'était qu'il avait une femme commune. Jamais homme vivant n'eût eu part à son bien.
Maynard.
Bacon dit que l'argent est un bon serviteur et un mauvais maître.
Un bon compagnon qui mangeait tout son bien disait : « S'il me faut un jour montrer le derrière, je veux du moins le montrer gros et gras. »
Ménage.
Un financier mis à la retraite pour ses dilapidations, disait en partant : « On a grand tort de me chasser. J'avais fait mes affaires, j'allais faire celles du roi. »
A sa Judith, Boyer, par aventure.
Était assis près d'un riche caissier ; Bien aise était, car le bon financier S'attendrissait et pleurait sans mesure. « Bon gré, vous sais, lui dit le vieux rimeur. Le beau vous touche, et ne seriez d'humeur
A VOUS saisir pour une baliverne, »
Lors, le richard en larmoyant lui dit :
« Je pleure, hélas ! pour ce pauvre Holopherne,'
Si méchamment rais à mort par Judith. »
Racine.
La clef du coffre-fort el des cœurs c'est la môme ; Que si ce n'est celle des cœurs, C'est du moins celle des faveurs.
La Fontaine.
Certain avare, vieux satyre, A Lais faisait les doux yeux Et, dans l'espoir de la séduire.
Lui contait, avec son martyre, Les métamorphoses des dieux.
a Monsieur, dit-elle à l'amoureux, La forme que Jupin a prise Pour gagner la fille d'Acrise (1) Est celle qui me plaît le mieux. »
Un officier demande à Gramonl, le père du maréchal, un prêt de cent pistoles, qui les lui compte en disant : « Je ne vous les prête pas, je vous les donne. » A quelque temps, l'officier rem-
(1) Danaé.
bourse. El, lorsque plus tard, il revient avec une nouvelle demande. « Non, non, n'y comptez plus ; on ne me trompe pas deux fois. »
Thévenin disait au financier Bourvalais, dans une assemblée de créanciers : « Souviens-toi que tu as été mon laquais. — Si tu avais été le mien, tu le serais encore. »
« Marquis, ce drap d'Espagne est beau ; Que vous l'a vendu Bretonneau ?
— Quinze écus l'aune. — Comment diable. C'est bien cher. — Mais c'est à crédit.
— Oh, oh ! l'empiète est admirable.
Vous avez pour rien votre habit ! »
Sur les frères Paris :
Ilion gémit sous la cendre Pour avoir produit un Paris.
Que ne devons-nous pas attendre Nous qui avons quatre Paris ?
Noailles enfin s'est en allé.
Cela ne doit pas vous surprendre :
Il a tant pris et tant volé.
Qu'il ne trouvait plus rien à prendre.
GENS ET CHOSES d'aRGENT. 19
Un financier disait : « Il faut, je crois, une grande force d'esprit pour mépriser les richesses. — Vous vous trompez, lui répondit quelqu'un, il suffit de regarder entre les mains de qui elles passent. »
Pour être des fermes du roi
On se fait catholique ; Chaque fermier change de foi
Ou l'on leur fait la nique.