‹ La sarabandeChapitre 10 sur 20 · V. Hugo · texte numérisé non relu

V. Hugo

« QucHes sont vos opinions politiques ? » demandait-on à Mory. « Mon Dieu, dit-il, cela dépend de Thomme avec lequel je cause. »

Sur Rénnusal, à propos de son groupe, les Doctrinaires

Le parti s'était attroupé.

Toute là fraction pensante Tenait sur un canapé.

« Guizot, un homme d*État ! — C'est la surface d'un homme d'État. »

Royer-Collard.

Un député, à la tribune, feuilletait son dossier, et le président Dupin, à mi-voix : « Tu as beau battre tes caries, tu ne trouveras pas d'atout. »

M. Thiers, c'est M. de la Palice, ayant le courage de son

opinion.

Malitourne.

Le vieux conventionnel Barrère, mort en 1832, disait : « Ne me parlez pas de M. Thiers ; cet homme là, c'est bien peu de chose C'est un Girondin. »

Je me trouvais Taulre jour debout au coin d'une rue qui aboutit à la place du Panthéon et j'étais, comme à l'ordinaire, tombé dans la rêverie en contemplant ce bel édifice, quand un petit auvergnat vint me demander un sou. Je lui donnai une pièce de dix sous pour en finir plus promptement. Mais il s'approche alors avec plus de familiarité en me disant : « Est-ce que vous connaissez le général La Fayette ? » Et comme j'eus ré|>oii<hi affirmativement à celte singulière question, la satisfaction la plus orgueilleuse se peignit sur la naïve et sale figure du joli petit drôle et il me dit avec un sérieux fort comique : « Il est do mon pays. » Il croyait à n'en pas douter qu'un homme capable de lui donner dix sous devait aussi être un admirateur de La Fayette et il jugeait alors que j'étais digne qu'il se présentât à moi comme un compatriote.

Heine (1831).

Sur Thiers :

De Victor Hugo. « J'ai toujours éprouvé pour ce célèbre homme d'Ëtat, pour cet éminent orateur, pour cet écrivain médiocre, pour ce cœur étroit et petit, un sentiment indéfinissable d'admiration, d'aversion et de dédain. »

Le roi contait à Victor Hugo que Talleyrand lui avait dit un jour : « Vous ne ferez jamais rien de Thiers qui serait pourtant un excellent instrument. Mais c'est un de ces hommes dont on ne peut se servir qu'à la condition de les satisfaire. Or, il ne sera jamais satisfait. Le malheur, pour lui comme pour vous, c'est que de notre temps il ne puisse plus être cardinal. »

Un jour d'émeute, M. Thiers disait à Garnier-Pagès l'aîné : a Je verserai s'il le faut mon sang pour la liberté. — Toi, répondit Garnier-Pagès, tu ne mourras que d'un coup de pied au c... »

Ce Garnier-Pagès là était celui auquel faisait allusion un homme du peuple lorsque, le 24 février 1848, entendant le nom de Garnier-Pagès le jeune, parmi les membres du gouvernement provisoire, il s'écria : « Il est mort, le bon î »

Dupin aîné, dans une de ses querelles avec Thiers. « Arrive ce qu'on voudra, je me moque du tiers... et du quarL »

De Dupin :

Après une séance de la Chambre, il dit : « On peut comparer ■la tribune à un puits. Un seau ne peut monter sans que l'autre descende, mais la vérité n'en sort jamais. »

C'est à Dupin qu'on attribue le mot suivant, à la suite de la confiscation des biens des d'Orléans : « C'est le premier vol do l'aigle. »

Ceci a paru en 1857 :

Tout pouvoir, à son lour, peut dire : il est des nôtres. Aux proscrits, Dupin dur et Dupin tendre aux autres. Pour prendre son siège, il n'est pas indécis, A soixante-quinze ans, c'est bien Dupin rassis. Jadis, à Saint-Acheul, ce fut Dupin béni. A la fleur de ses ans, sur ses pieds voiture, Ses souliers l'annonçaient, c'était Dupin ferré. Etc..

El on terminait par :

Oui, l'empereur, sans aucun doute.

S'est bien trompé l'autre matin.

Croyant avoir l'ami Dupin, Il n'a pris qu'une vieille croûte.

A propos de la fulminade de M. Dupin contre le luxe des femmes :

Vieux Dupin, en vain tu fulmines Dans ton petit livre à deux sous ; Tu tapes sur les crinolines.

Ne pouvant plus taper dessous.

Barthélémy.

Sur les duels de la chambre :

Ces beaux messieurs que Dieu protège Ne se sont pas blessés. Merci !

Les pistolels venaient de Liège Les balles en étaient aussi.

« Sire, disait cavalièrement Dupin au roi Louis-Philippe, nous ne serons jamais d'accord sur cette question-là. — Je le pensais, monsieur Dupin, mais je n'osais vous le dire. »

On disait devant Dupin : « Ce projet vio-le la loi. — Non, répondit-il, seulement il la trousse aussi haut que possible. »

Sur Dupin :

« C'est le caméléon de la politique. »

Lorsque Lamartine écrivit son Histoire des Girondins, il alla trouver un conventionnel qui vivait dans une retraite profonde et dont le nom échappe. Il lui exposa sa requête. L'autre le regarda et se contenta de lui dire : « Vous, vous ne serez jamais f.... de rien comprendre à ces gens-là ! » C'est tout ce que Lamartine en put tirer.

En 1832, Lamartine, nommé à la Chambre, se disait du parti social. Comme on lui faisait remarquer qu'il n'y avait point de banc. « Je siégerai au plafond, » répondait-il.

Vers 1849, les réactionnaires lisaient sur le nouveau modèle de pièces de cinq francs, dû à Oudiné : « à la face. Détresse partout — où dîner sous la République Française ? — à la belle étoile, cl au revers : Liberté, point, — Égalité, point, — Fraternité, point. ))

Sous TEmpire, les républicains affectaient de masquer avec le doigt, une partie de la pièce de Napoléon III du même format, le cou figurant, tant bien que mal, une tête de cochon. On prétend que ce fut une des raisons qui fit frapper une monnaie à couronne de laurier.

Trouvé, en 1848, sur un arbre de la Liberté :

J'aurais peut-être désiré Que ce bel arbre fût un chêne.

Avec les glands qu'il eût porté, Il aurait pu nourrir sans peine Tous les cochons qui l'ont planté.

De Napoléon III sur Dupin, au Deux décembre : « Et le président de la Chambre ! Ne pensez-vous pas à le faire arrêter ? — M. Dupin ! il s'arrêtera tout seul. »

On prête à Napoléon III, à qui Jérôme, dans une scène, disait : « Vous n'avez rien de Napoléon ! — Si, j'ai la famille. »

De Villemessant, sur le comte de Chainbord :

« C'est un terre-neuve qui n'ose pas se jeter à Teau. »

Vous qui taxez les carrosses Et les chevaux d'apparat, Ménagez le char de TÉtat, Il n'est traîné que par des rosses

Le maire d'Eu :

L'ambition, c'est des bêtises, Ça nous rend toujours soucieux ; Mais dans le vieux manoir des Guises Qui ne sérail ambitieux ?

Tourmenté du besoin de faire...

Quelque chose en ce beau lieu, J'ai brigué l'hr.nncur d'ôlrc maire Et l'on m'a nommé maire d'Eu.

Je me complais dans mon empire ; Je ne me cause aucun souci, J'aime l'air qu'on y respire, On voit, on sent la mer d'ici ; Partout l'aisance et le bien-être ; Ma vie est un bouquet de fleurs ; Aussi j'aime beaucoup mieux être Maire d'Eu que maire d'ailleurs.

Vieux château bâti par les Guises Je suis à vous jusqu'à la mort !

Je veux, sous Fécharpe française.

Mourir, en sénateur romain, Calme et tranquille sur ma chaise Tenant mes papiers à la main.

Vatoul.

Mon masque ne vaut plus rien, Se dit le Roi Citoyen ; Je le vois bien

Il faut en changer, Le moment est propice.

Qu'on m'aille chercher Mon Préfet de Police.

Ah ! le voici.

Ohé ! à la chienlit !

A la chienlit !

« Vous pourriez vous déguiser, Sire, sans rien dépenser.

— Viens m'cmbrasser, Dis-tu vrai ? — Pardieu, Empruntez un visage

Au Juste Milieu, Vingt sont à son usage,

Au vôtre aussi.

Ohé !...

Dites à chacun de nous Qu'il se cotise pour vous.

Moi je m'en fous.

V'ià mon bras manchot, Que Talleyrand vous fasse

Don de son pied bot Surtout, prenez la face

De Kéralry »

Ohé !...

Tout ainsi dit fut fail, Le roi garde son toupet ; Montalivet Lui prêta sa voix Et Barthe son œil louche,

El la sœur du roi Fit une fausse couche,

Voyant ceci Ohé !...

Le roi sur cet accident Jugea son déguisement Et fut content.

« Puisque je fais peur Sur la place publique, Montrons-nous, ma sœur,

Pour que la République

Avorte aussi. »

Ohc !...

Urr cheval blanc comme un lys.

Porta le roi dans Paris Coiffé de gris, L'escorte suivait En grande mascarade,

On y remarquait Thiers et sa camarade, Mam*zelle Bouzy.

Ohé !...

D'un air triste et débraillé Vient la charte Vérité ; A son côlé, Poulol ricanant Lui pince le derrière,

Elle honnêtement, Bonne fille et pas fîère,

Lui dit... Merci.

Ohé !...

La Fayette le suivait En paysanne de Juillet ; Il se disait :

« Je vois bien déjà

Que Philippe m'attrape.

Eût-on cru cela D'un soldat de Jemmape

Et de Valmy ? »

Ohé !...

En paillasse Talleyrand, Arrive, clopin-clopant,

Bleu, rouge, blanc.

« Messieurs, me voici, Mes couleurs sont les vôtres,

J'ai du fil aussi, Pour en coudre bien d'autres

A mon habit.

Ohé !...

A chaque gouvernement.

On m'a vu prêter serment Complaisamment, Je me fous de tous, Empire ou République,

Charles X ou vous.

Cœur, carreau, trèfle ou pique.

De tout je vis.

Ohé!...

Cent mille assassins adroits Tirent sur le Roi Bourgeois,

Tous à la fois, Sabres et canons, Un millier de cartouches,

Fusils, mousquetons.

Dont l'un pluma deux mouches

Auprès de lui.

Ohé !...

Le roi satisfait rentra, Sa famille Tentoura, En bon papa.

Comme chaque enfant, Est vraiment de son père.

Le portrait vivant, La foule tout entière, Ne fit qu'un cri :

Ohé ! à la chienlit !

A la chienlit î

G. Cavaignac.

A Tépoque du plébiscite impérial quelqu'un écrivit sur son bulletin :

« Je pourrais répondre par le mol de Cambronne, Il est fort odorant, mais ce n'est pas couronne.

Le prince Napoléon reçut dans la mer du Nord, où il naviguait, la nouvelle de la déclaration de la guerre, en 1870. Au commandant qui lui demandait pour où il fallait appareiller : « Pour Charenton ! »

On veut que M. de Morny ait dit à Napoléon III, la veille du Coup d'État : « Que vous réussissiez ou non, demain, vous êtes sûr d'avoir une sentinelle à votre porte. » Plus authentique son mot dans la loge de Mme de Liadières, à TOpéra-Comiquc : « Madame, s'il y a un coup de balai, je tâcherai de me mettre du côté du manche. »

Lorsque le duc de Morny se mit dans la politique, il fît venir ses fournisseurs et eut de longues conférences avec eux. Je ne sais pas ce qu'il dit à son tailleur, mais, on m'a conté la réponse que lui fit son chapelier : « J'ai compris, monsieur le duc, il vous faut un chapeau sérieux avec de la gaîté dans les bords. »

Un journal avait comparé l'Impératrice Eugénie à Blanche de Castille, d'où le quatrain :

Voire impératrice est gentille ; Elle est môme Blanche, dit-on.

Elle est Blanche, elle est de Caslille ; Mais Blanche de Castille : Non.

Variante attribuant la comparaison au cardinal de Bonnechose :

Notre impératrice est gentille, Pourquoi, monsieur le Cardinal, L'appeler Blanche de Caslille ?

C'est fort et presque original.

Moi, je dis d'une voix plus franche, Et sans l'affubler d'un surnom, Elle est de Caslille, elle est blanche. Mais, Blanche de Castille ! oh non !

Lorsque l'Empereur Guillaume II conféra, en le congédiant, au prince de Bismarck le titre de duc de Lauenbourg, on prè Imd que celui-ci dit : « Que veul-il que je fasse de son titrecroil-il que je vais m'en servir pour voyager incognito ? »

M. de Boissy portait un vieil habit Louis XV, dans un bal de Cour. « Quel singulier habit », lui dit-on. « C'est celui de mon grand-père ; si tout le monde ici faisait comme moi, on en verrait de drôles. »

En Toscane, le cri de ralliement des Italiens était : « ^i^'* Verdi. » Cela voulait dire : « Viva Emmanuel Re D'Italia, »

Ferdinand de Naples disait : « Les Napolitains se gouvernent avec trois F : Força, Festa, Farina — Fourche, Fête, Farine. »

« Vous étiez démocrate autrefois, vous avez donc changé d'avis ? disait-on à Alfîeri. — Quand j*étais démocrate, j'avais approché des grands ; je ne connaissais pas encore les petits. »

Jules Favre vint plaider à Carcassonne et on lui présenta un avocat lui disant qu'il était neveu de Barbes. Jules Favre dit : « Barbes, grand cœur, mais pauvre tête. » Et l'avocat de répondre: « Oh f Jules Favre, quel talent ! mais pauvre cœur. »

La France est bleue, disait-on devant le duc d'Aumale. « Oui, dit le prince, et dès qu'on lui montre du blanc, elle devient rouge. f>

T. Il — 33

TABLE DES AUTEURS

About. I, 339. Bertaud. I, 6.

.Vïssti (M"*). 1, 420, 432. Bertrand. I, 155, 156.

Alembert (d'). 1, 143, 152. II, 277, 391. Blanchard de la Musse. I, 140, 325.

Andrieux. 1, 27, 431. II, 42. Blot. 1, 214.

Argenson (marquis d'}. I, 95, 389. II, Bodard. I, 122.

111, 112, 116, 445. Boileau. I, 56, 380, II, 294, 378.

Arnaud (abbé). I, 10. Bologne (P. de). I, 366.

Arnauld. 1, 270, 398. Bonavenlure des Périers. I, 193.

Amould (Sophie). I, 288. II, 199. Bonnard (de). I, 257. II, 247, 412.

Auber. 1, 30. Bonnaud (marquis de). I, 148.

Aubigné (A. d'). I, 41, 214. Bonnechose (cardinal de). Il, 512.

Auger. I, 171. Hoimeval. II, 386, 402.

Augier. II, 428. Borde. I, 212, 219.

Autreau (d'). I, 206. Boucher (Guillaume). I, 365.

Auvergne (Martial d*). I, 4. II, 214. Boudier. I, 159.

Auvray (Jean). 1, 195, 208. Boufflers. I, 57, 124, 258, 259, 260, 261,

Bachaumont. 1, 95. II, 469. 263, 265, 267, 271, 277. II, 156, 195,

Baïf. 1, 152, 153, 214. 197, 356.

Balzac. II, 373. Bouju. I, 376.

Banville (Th. de). I, 331. Boulard. 1, 166.

Baour. II, 410. Boursault. I, 205, 409, 448. II, 243, 382. Baraton. I, 58, 310, 4a4. II, 232, 233, Brantôme. 1, 193, 439. II, 8, 89, 136, 275.

Page 1