‹ La sarabandeChapitre 9 sur 20 · V. Hugo · texte numérisé non relu

V. Hugo

D'Ennery faisait visiter à un ministre la collection qu'il se proposait de léguer à l'État : « N'cst-elle pas digne du Louvre ? » dit-il. En sortant, le ministre dit à un secrétaire : « Du Louvre ou du Bon Marché ! »

Augicr disait de Louis Veuillot :

« C'est le bâtonniste devant l'arche, chantant le Dies irae avec un mirliton. »

Quelqu'un disait un jour devant Roger CoUard : <c Salvandv est un sot. — Non pas, répondit l'autre philosophe ; ce n'est pas I un sot mais bien le sot. »

Un bibliomane achète un livre : « C\-sl bien cher, lui dit-on. - Oui, mais il est fort rare. — Mais si on venait à le réimprimera — Le réimprimer, fi donc ! personne ne l'achèterait. »

M. de Polignac disait en parlant de M. de Chateaubriand : « C'est un grand esprit, mais il a une singulière infinité, il ne peut pas se tenir tranquille en présence d'une feuille de papier blanc. »

Y' avait une fois cinq, six gendarmes Qu'avaient des bons rhum's de cerveau.

Il s'en va chez des épiciers Pour avoir de la bonn' réglisse.

L'épicier donne des morceaux d'bois Qu'étaient pas sucreses du tout, Puis il leur dit : « sucez-moi ça Vous m'en direz de bonn's nouvelles. »

Les bons gendarm's suce et reçucent Les morceaux d* bois qu'est pas sucrés. Il s'en va chez les épiciers :

« Épicier tu nous a trompés. »

L'épicier prend les morceaux d' bois, Il les fourr' dans la castonade.

Les bons gendarm's n'a plus eu d'rhume, Ils ont vécu en bonne intelligence.

Odry.

Sur Odry :

Je le salue, homme étonnant, Toi qui reçus du ciel l'esprit de la bêtise,

Toi qui de l'admirer n*eus jamais la sottise. Dans ce siècle orgueilleux, mérite surprenant J ■ Acteur original, tu nous fis rire aux larmes ;

Auteur bouffon tu répands la gaîté.

Oui tu chéris la douce obscurité

Et, malgré toi, les Bons gendarmes,

Te conduiront à l'immortalité.

Roqueplan.

A Gustave Nadaud, qui devant dîner chez M. de Lamartine, s'en était excusé sur une invitation ultérieure de la princesse M.

Hier, un vaincu de Pharsale M'offrait un dîner d'un écu:

Le vin est bleu, la nappe est sale, Je n'irai pas chez le vaincu.

Mais que la cousine d'Auguste M'invite en sa riche maison, J'accours, j'arrive à l'heure juste.

— Chansonnier vous avez raison.

Alphonse Coquenard (Lamartine).

La princesse de Bagration disait en parlant de Charles Dupin : « Cet homme a étendu pour moi les bornes de l'ennui. »

Chez Mme A. les dîners étaient des séances littéraires que la maîtresse de maison présidait et dirigeait : chacun parlait à son tour. Un jour que Jules Simon développait une théorie sociale, Renan ouvrit la bouche comme pour parler. Mme A. s'en aperçut et dit : «c Un moment, Monsieur Renan, tout à l'heure nous serons heureux de vous entendre. » Quand Simon eut fini : « Je crois, Monsieur Renan, que vous vouliez dire quelque chose ? » interrogea alors Mme A. — « Moi, Madame ?... je voulais redemander des haricot?. »

« Mon cher maître, votre dernier roman est un pur chefd'œuvre. — Oh ! Madame, le prochain sera encore bien mieux. »

<Y Ce gigot est incuit », disait à son hôte un homme qui faisait le beau parleur. — « Monsieur, répondit l'hôte, c'est par l'insoin de la cuisinière. »

De Concourt: « Quand j'entends Sainte-Beuve avec ses petites phrases toucher à un mort, il me semble voir des fourmis envahir un cadavre ; il vous nettoie une gloire en dix minutes et laisse du monsieur illustre un squelette bien net. »

De Concourt sur Sainte-Beuve : « C'est un terrible empoisonneur d'éloges. »

De Concourt sur Renan : « C'est le type de la disgrâce physi que de la grâce morale ; il y a, chez cet apôtre du doute, la haute et intelligente amabilité d'un prêtre de la science. »

D'Aurélien SchoU :

A l'enterrement d'im homme politique : <c Son meilleur discours est celui qu'on a prononcé sur sa tombe. »

« C'est un écrivain qui s'est fait dans les lettres un nom obscur. »

ScholL

A l'époque où on disait que Dumas signait les ouvrages de Maquet, Dumas invite Scholl à déjeûner et fait la mayonnaise : « Est-elle bonne ? — Entre nous, répond Scholl, je crois qu'elle est de Maquet. »

Dans la bohème :

« Ou dînes-tu ce soir ? — Je ne sais pas ; n'importe où. — Combien dépenseras-tu pour ton dîner ? — ? — Tu dépenseras toujours bien trois francs. — Sans doute. — Eh bien, viens avec moi, nous aurons dîné tous les deux et ça ne te coûtera pas plus cher. »

Baudelaire se plaisait a à épater le bourgeois ». Il avait accepté un jour d'être rédacteur en chef d'un journal conservateur de

province. Les commanditaires lui offrirenl un banquet à la fin duquel il leur dit : « Je suis venu pour être le domestique de vos inlelligences. » Le lendemain, sa première question à la vieille dame qui possédait Timprimerie fut pour lui demander où était Teau-de-vie de la rédaction.

C'est Baudelaire qui, invité à dîner par un riche parvenu qui lui présentait sa famille, lui dit : a Vous avez. Monsieur, de belles filles. Pourquoi n'en faites-vous pas des courtisanes ? »

Maupertuis est le premier géomètre qui, après Fontenelle, ai^ été bel esprit. Il souhaita d'être admis chez Mme de Lambert qui assemblait chez elle des gens de lettres. Fontenelle, en le présentant dit : « J'ai l'honneur de vous présenter M. de Mau pertuis qui est un grand géomètre, et qui cependant n'est pas un sot. )> Maupertuis fut autrement flatté de ce compliment.

Vous savez que Scaliger a écrit un gros volume pour prouver qu'un homme d'esprit ne pouvait pas être géomètre. Maupertuis est un homme singulier et qui a des propos aussi singuliers que son maintien et sa figure. L'abbé de Vatry l'entendant déraisonner un jour plus que d'habitude, lui dit: « Je croyais que pour être géomètre, il fallait une tête de bœuf, mais je vois bien qu'une tète de linotte suffit. »

On disait devant Franklin : « A quoi sert le globe aérostatique ? » Il répondit : « A quoi sert l'enfant qui vient de naître ? »

Voyez-vous celte lampe où, munie d*un cristal, Brille un cercle de feu qu'anime l'air vital ? Tranquille avec éclat, ardente sans fumée ? Argand la mit au jour et Quinquet l'a nommée.

Rouelle disait de son antagoniste Macquer : « C'est un plagiaire, Messieurs, comme le savent Paris, l'univers et autres! »

En ce temps-là, l'École polytechnique sortait dans Paris, avec tambours. Un jour qu'elle passait. Ampère courut à sa fenêtre et appela sa femme : « Madame Ampère ! — Eh ! oui, je les connais vos jeunes gens. — Madame Ampère, savez-vous à quoi je pense ? Je pense que tous ces jeunes gens-là savent intégrer comme moi et que je n'ai jamais pu \ ous apprendre à vous ! »

Ampère était distrait ou absorbé. On connaît son histoire d'un calcul commencé par lui à la craie sur un fiacre qui stationnait et, le fiacrè étant parti. Ampère courant après lui pour continuer son calcul.

Lorsqu'il eut trouvé sa théorie des Solénoïdes, il l'expliquait à rinstitut à ses voisins. L'expérience ne réussissait jamais grâce à un aimant qu'Arago cachait dans sa manche. Et ce bonhonune d'Ampère, toujours de s'étonner ; cela réussissait si bien dans le laboratoire !

Un mathématicien disait, lorsqu'on lisait devant lui quelque poésie de son goût : « Cela est beau comme une équation ! »

On soumettait à quelqu'un un travail de mathématiques dans lequel les nombres étaient calculés à un grand nombre de décimales : « Monsieur, dit-il en le rendant, j'ai lu votre travail. Je ne doute pas que les décimales ne soient justes, mais les entiers sont certainement faux. »

Un bon mathématicien discutait avec un ignorant qui voulait iivoir raison: « Vous verrez, dit quelqu'un, qu'il y a deux mathématiques. »

Lorsque, dans son cours, le mathématicien Sturm exposait son théorème, il disait en rougissant de modestie : « J'arrive, Messieurs, au théorème dont j'ai l'honneur de porter le nom. »

Gerhardt alla soumettre à un membre de l'Institut sa théorie atomique ; celui-ci lui répondit : « Vous avez peut-être raison, mais à ce compte-là, je ne saurais plus la chimie, moi ! » Et il ne voulut pas en entendre davantage.

Michel-Ange avait demandé qu'on inscrivît sur son tombeau : <( Ëlève du torse antique. »

La petite vérole avait si fort défiguré Pélisson, que Mme de Sévigné disait de lui, qu'il abusait de la permission que les hommes ont d'être laids. Une dame le prit un jour par la main et le conduisit chez un peintre, en disant au dernier : « Tout comme cela, trait pour trait. » Le peintre le fixa et le pria de se tenir en place. Pélisson demanda l'explication de ravenlure : « Monsieur, lui répondit le peintre, j'ai entrepris de représenter pour cette dame la tentation de Jésus-Christ dans le désert ; nous contestons depuis une heure, sur la forme qu'il faut donnei au diable ; elle vous fait l'honneur de vous prendre pour modèle. »

Péronneau, devant La Tour, accusait Chardin d'être ivrogne. Celui-ci s'écria : « Dites-moi tout de suite le vin qu'il boit, que j'aille m'enivrer à sa bouteille. »

On a fait un crime à Bouchardon de ce que son cheval a le pied gauche levé au lieu du pied droit ; on a dit qu'il parlait du pied gauche, mais c'est qu'il marche et qu'il ne part point, et Cochin a répondu bien finement à ces critiques : « Messieurs, si vous étiez arrivés un moment plus tôt, vous Teussiez trouvé sur son pied gauche, et le pied droit levé. »

On demanda à Pigalle ce qu'il fallait pour s'y connaître en sculpture, il répondit : « Tout le monde s'y connaît, excepté Ic?^ amateurs. »

Chardin avait bien raison de dire à un de ses confrères, peintre de routine : « Est-ce qu'on peint avec des couleurs ! — Avec quoi donc ? — Avec quoi ? avec le sentiment. »

Diderot.

Vous connnaissez Timmense et riche collection du vieux Cayeux. Nous l'avons couchée en joue mais inutilement. Le bonhonune me dit : « Monsieur, je ne mets point de prix à mon bonheur. Quand vous auriez rempli ma chambre de louis, il n'y en aurait qu'un. Celui-là vu, j'aurais vu tous les autres. Au lieu que, sur mes soixante mille estampes, il n'y en a pas deux qui se ressemblent. »

Diderot.

En nous peignant in naturalibus Et Tatius et Romulus Et de jeunes beautés, sans iichus et sans cottes, David ne nous apprend que ce que l'on savait. Depuis longtemps Paris le proclamait Le Raphaôl des Sans culottes.

« Pradier part tous les jours pour Athènes, et s'arrête rue Bréda. »

Préault.

Corot, dans sa vieillesse, était resté comme un enfant devant la nature ; on l'entendait se dire, tout en peignant : « Mais, animal, tu n'es qu'un âne, tu ne sais rien, vas donc à l'école. »

De Ingres à Delacroix : « Monsieur, le dessin, c'est la probité. — Monsieur, le dessin, c'est Thonneur. »

De la façon dont le professeur Boulangier (de l'Institut) comprenait l'enseignement du dessin : « Il vaut mieux mal dessiner la tête de Jules César que bien celle de son concierge. » Un jour que le modèle vivant était un gros auvergnat, d'une musculature énorme, il disait en corrigeant : « Et vous appelez cela des jambes ; vous n'avez donc jamais vu les jambes de la Renaissance ? »

« Des anges, des madones. Qui est-ce qui en a vu ? Auguste, arrive ici ! As-tu jamais vu un ange, toi ? — Non, Monsieur Courbet. — Eh bien ! ni moi non plus ! La première fois qu'il en viendra un, n'oublie pas de m'averlir. »

On disait devant Courbet : un tel est à Rome, un tel est en Hollande, etc. Et Courbet : a Ils n'ont donc pas de pays ? »

Un particulier demandait à M. Chardin un tableau. Il voulait surtout que les couleurs fussent très vives et très brillantes : « Et qui vous a dit, s'écria l'artiste avec vivacité, que l'on fait des tableaux avec des couleurs ? »

Sur les serments de quatre rois (Louis XI. Charles VIII, Louis XII, François I**) •

Quand la Pasque Di«u décéda, Par le Jour Dieu lui succéda, Le Diable m'emporte s'en tint près, Foy de gentilhomme vint après.

Les Génois offrirent de se donner au roi Lohuis XI qui répondit: « Vous vous donnez à moi, et moi, je vous donne au diable. »

Après son expédition d'Afrique Charles-Quint envoya à l'Arétin ime chaîne d'or pour acheter son silence. Arétin dit en la pesant : « Elle est bien légère pour une si grosse sottise. »

Charles-Quint ne voulut point permettre que l'on démolît le tombeau de Martin Luther, et il défendit, sous peine du dernier supplice, d'attenter rien de cette nature. Les Espagnols le sollicitèrent instamment de le faire abattre, et ils eussent bien voulu

déterrer ses os et les brûler, mais l'empereur répondit forl sagement : « Je n'ai plus rien à démêler avec Luther ; il a désormais un autre juge, dont il ne m'est pas permis d'usurper la juridiction ; sachez que je fais la guerre, non pas aux morts, mais aux vivants, qui ont encore les armes en mains contre moi. »

Bayle.

Duprat fit construire à THôtel-Dieu de Paris, la salle qu'oD nomme salle du Légat. « Elle sera bien grande, dit François I", si elle peut contenir tous les pauvres qu'il a faits. »

Semblançai fut condamné à être pendu et exécuté le 14 d'août 1523, à l'&ge de 62 ans. Il fut conduit au gibet de Monfaucon, à une heure de l'après-midi, et il chicana sa vie jusqu'à sept heures du soir, dans l'espérance que le roi lui enverrait sa grâce sur «réchelle, comme Sa Majesté l'avait envoyée à Saint- Vallier, sur l'échafaud ; mais, celui qui l'assistait à la mort, lui ayant enfin déclaré qu'elle ne viendrait point, il s'abandonna au bourreau, après avoir dit qu'il connaissait trop tard qu'il fallait mieux servir le maître du Ciel que ceux de la terre et que, s'il avait fait pour Dieu ce qu'il avait fait pour le Roi, il serait mieux récompensé.

Bayle.

Sur Catherine de Médicis :

Par une vengeance divine.

Les chiens mangèrent Jézabel ; La charogne de Catherine Sera différente en ce point : Que les chiens n'en voudront point.

Henri III avait dit de Brissac : « Il ne vaut ni sur terre ni sur mer. » A la journée des Barricades, Brissac prit parti pour Guise : « Pour le moins, le roi saura que j*ai trouvé mon élément^ et que je suis bon sur le pavé. »

De quatre choses Dieu nous garde

Des patenostres du vieillard (1),

De la grand main du Cardinal (2),

Du curedent de l'Amiral (3)

Et de la messe de l'Hôpital (4).

Noël du Fail.

François, duc d'Alençon, frère de Henri III, avait le nez partagé en deux. D'où :

Flamands, ne soyez étonnés Si, à François, voyez deux nez

(1) Anne de Montmorency.

H) Cardinal de Guise.

(3) Goligny.

14) L'Hôpital.

Car, par droit, raison et usage, Faut deux nez à double visage.

L'Esloile.

De Mathieu Mole :

« Quand vous m'aurez tué, il ne me faudra que six pieds de terre. »

Henri IV, voyant défiler la garnison espagnole qui évacuait Paris. « Mes baise-mains à votre maître. Allez-vous-en, à 4a bonne heure, mais n'y revenez plus. »

Un paysan de la Beauce, étant venu à Paris, avait visité le Louvre. De retour, il se glorifiait de ce que le roi Henri IV lui eût parlé. « Et que t'a-t-il dit ? — Comme je me trouvais sur son chemin, il m'a dit : « Range-toi, grosse bête ! »

On dit à Henri IV que M. de Guise était amoureux de Mme de Verneuil ; il ne s'en tourmenta pas autrement, et répondit : « Encore faut-il leur laisser le pain et les putains ; on leur a tant ôté d'autres choses. »

Comme on disait devant Henri IV, à propos de la reddition de Paris : « Rends à César ce qui est à César, et à Dieu, ce qui est à

Dieu ». « Ventre saint gris, répliqua le roi ; on ne m'a point fait commô à César ; à moi, on me Ta bien vendu. »

Crom,well faisait son entrée dans Londres. Un flatteur lui fît observer Taffluence du peuple accouru pour le voir. « Il y en aurait bien davantage, répondit-il, si l'on me menait pendre. »

<c Gomme la passion obligea Mme de Longueville à ne mettre la politique qu'au second rang dans sa conduite, d'héroïne d'un urand parti, elle en devint l'aventurière. »

Cardinal de Retz.

Un jour que le cardinal de Retz, archevêque de Paris, vint prendre séance au parlenient, avec un poignard dans sa poche, quelqu'un, qui en aperçut la poignée, s'écria : « Voilà le bréviaire de notre archevêque. »

On disait : « Je voudrais bien voir comment s'en tirerait le .cardinal de Richelieu. » Et quelqu'un, vieux politique expérimenté, répondit : « C'est qu'il ne s'y serait pas mis. »

D'Argenson.

Le cardinal de Richelieu avait pris pour une de ses devises, une autruche, avec ces mots : « forlis dura coquil », il n'est rien de si dur que le fort ne digère.

Si la reine allait avoir Un enfant dans le ventre, Il serait bien noir Car il serait d'Ancre.

0 guéridon, guéridon dondaine 0 guéridon, guéridon, dondon.

Quelque temps après, la résolution fut prise de se saisir de la personne de M. de Harlay et de sept ou huit autres seulement. Le Olerc fut l'entrepreneur qui prit le commandement de les aller prendre au Palais, où il entra en pleine Grand Chambre. Mais, peu avant cela, M. du Vair, qui avait été averti de ce dessein par M. Louet, auteur des Arrêts, père de l'un des Seize, envoya un de ses clercs audienciers, confident, dire à M. de Harlay de se retirer pour telle occasion. A quoi, le dit sieur de Harlay répondit : « Dites à un tel que je le remercie de l'avis ; mais, que de m'ôter d'ici, je n'en ferai rien parce que s'ils me veulent aller chercher, ils me trouveront bien où que ce fût que je voulusse aller et qu'ils ne me sauraient prendre en un plus digne lieu qu'en mon siège. » Le Clerc entra donc, la cour séante, suivi de la grande caterve (troupe) et le dit Président lui dit tout haut : « Où allez-vous. Le Clerc ? est-ce le respect que vous devez à la cour ? » Le Clerc répondit : « Monsieur, je vous supplie de ne pas trouver mam^aise ma procédure ; je ne suis ici que pour exercer les mandements de Messieurs de la Ville qui m'ont baillé un rôle

de ceux qu'il faut mener en prison. » El le lisant, commença par le dit premier Président, lequel se tournant à Messieurs, leur dit : « \'ous voyez, Mesieurs, la violence qui nous est aujourd'hui faite. Pour moi je suis tout résolu qu'on ne me tire de cette place, <|iic mort. » Lors, Le Clerc, rehaussant la voix, dit : « Messieurs, vous serez cause d*un grand scandale, car voilà tout le peuple en armes ; il est meilleur que vous me suiviez. — Non, disait le premier Président, il ne se présentera jamais de si honorable occasion de finir nos jours. » Mais la plupart de Messieurs lui remontrèrent qu'en ce désordre, il fallait mieux fléchir tant soit peu à cet orage, qu'ils étaient résolus trelous de le suivre au corps. )) Alors, il dit : « Bien, Messieurs, puisque vous le trouvez bon ainsi, bien que ce soit contre mon avis, j'en suis content, allons ! » El lous furent menés à la Bastille.

Sur de Thou et Cinq-Mars :

Tous deux pour môme crime ont le chef abattu : Cinq-Mars pour l'avoir dit, de Thou pour l'avoir tu.

De Colbert, à son lit de mort, comme on lui disait que le roi avait fait prendre plusieurs fois de ses nouvelles. « Qu'on ne me parle plus de cet homme-là ! si j'avais fait pour Dieu ce que j'ai fait pour lui, je ne serais pas si inquiet pour le salut de mon àme. »

Acrostiche sur Louis XIV :

Louis est un héros sans peur et sans reproche. On désire le voir. Aussitôt qu'on l'approche Un sentiment d'amour anime tous les cœurs. Il ne trouve chez nous que des admirateurs. Son image est partout, excepté dans ma poche.

Sur Louis XIV :

Louis, plus digne du trône Qu'aucun roi que Ton ail vu, Enseigne l'art à Bellone De faire des impromptu.

C'est une chose facile Aux disciples d'Apollon ; Mais ce conquérant habile A plus tôt pris une ville Qu'ils n'ont fait une chanson.

Au Dauphin, irrité de voir comme tout va :

« Mon fils, disait Louis, que rien ne vous étonne,

Nous maintiendrons notre couronne. »

Le dauphin répondit : « Sire, Mainlenon l'a. »

Sur Louis XIV :

« Je me sus gré d'avoir jugé, depuis longtemps, que le roi n'aimait et ne comptait que lui, et était à soi-même sa fin dernière. »

Saint-Simon.

Sur Mme de La Vallière :

Soyez boiteuse, ayez quinze ans,

Point de gorge, fort peu de sens, Des parents. Dieu le sait ! Faites, en fille neuve.

Dans Tantichambre, vos enfants.

Sur ma foi, vous aurez le premier des amants,

El la Lavallière en est la preuve.

Du maréchal de Villars à Louis XIV :

« Sire, je vais combattre les ennemis de Votre Majesté ! et je la laisse au milieu des miens. »

Créole abominable, Infâme Maintenon, Quand la Parque implacable T'enverra chez Pluton 0 jour digne d'envie !

Heureux moment !.

S'il en coule la vie A ton amant.

Sur Louis XIV et Mme de Mainlenon :

Peut-on, sans être satirique, Rire d'un règne si comique ?

Voyez cette sainte putain ; Comme elle gouverne l'empire !

Si nous ne mourions de faim Il faudrait en crever de rire.

Sur le Régent :

L'on dit qu'il ne crut pas à la divinité ; C'est lui faire une injure insigne.

Plutus, Vénus et le dieu de la vigne Lui tinrent lieu de Trinité.

Pourvu que Choisciil détale La jésuitique cabale Dit que le roi, sans scandale.

Peut vivre avec Dubarri ; Que le ciel choisit l'impure Pour montrer à la nature Qu'il n'est vile créature Dont il ne tire parti.

La Dubarry passait pour être fille d'un moine. Un jour qu'il élail question des ordres religieux à la table de Choiseul, alors ministre, et qu'on les maltraitait de propos. « Ne parlons point mal des moines, dit le duc ; ils nous font de beaux enfants. »

On dit que Choiseul et Barri,

Animaux très antipathiques.

Partagent la cour aujourd'hui Et suspendent les vœux de tous nos poliliquqs. Il faut opter des deux. C'est le tout pour le tout,

Car de leur sort dépend le nôtre.

Moi, j'ai pris mon parti : Messieurs, prenez le vôtre

Je me suis dit : « Le roi la f...

Hé donc ! que l'Aze f... l'autre. »

La Dubarry prenait souvent deux oranges ; elle les serrait dans chacune de ses mains et les jetant en l'air, s'écriait en riant : « Saute, Choiseul I saute Praslin ! »

Du temps de la faveur de Mme Dubarry, le comte de Lauraguais prit une fille chez la Gourdan, la mit sur un grand pied et la produisit dans le monde sous le nom de comtesse du Tonneau.

Si la main des rois et des prêtres Ëbranle le monde en tout temps, Et si nos coupables ancêtres Ont eu de coupables enfants, 0 triste muse de l'Histoire Ne grave plus à la mémoire Ce qui doit périr à jamais !

Tu n'as vu qu'horreur et délire.

Les annales de chaque empire Sont les archives des forfaits.

Voltaire (1775).

Sur Louis XV :

Le bien-aimé de TAImanac N'est pas le bien-aimé de France ; Il fait tout ab hoc et ab hac Le bien-aimé de l'Abnanac ; Il met tout dans un même sac Et la justice et la finance.

Le bien-aimé de TAlmanac N'est pas le bien-aimé de France,

A la mort du roi Louis XV, Sophie Arnould dit, faisant allusioD à la retraite de Dubarry : « Nous voilà orphelins de père et de mère. »

Sur l'exil de l'abbé Pucelle (1732) :

Le roi, pour plaire à Fleury

Et à sa séquelle, Vient d'exiler de Paris

Le zélé Pucelle.

Le peuple va murmurer Et les filles vont crier

Rendez-nous Pucelle Oh gai !

Rendez-nous Pucelle.

Après Œdipe^ le Régent fit sortir Voltaire de la Bastille. « Soyez sage, lui dit-il, et j'aurai soin de vous. — Que de reconnaissance ! répliqua Voltaire, mais je supplie Votre Altesse de ne plus se charger de mon logement. »

Sur Philippe d'Orléans, régent :

Vive noire Régent ; 11 est si débonnaire Qu'il est comme un enfant Qu'on lient par la lisière Toujours t La nuit comme le jour.

Sur le Régent et la duchesse de Berry :

Ce n'est pas le fils, c'est le père, C'est la fille et non pas la mère.

A cela près, tout est au mieux Ils ont déjà fait Etéocle, Et, s'il vient à perdre les yeux, C'est le vrai sujet de Sophocle.

Non, Monseigneur, en vérité.

Ma muse n'a jamais chanté Ammonites ni Moabites.

Brancas vous répondra de moi.

Un rimeur sorti des Jésuites Des peuples de l'Ancienne Loi Ne connaît que les Sodomitès.

Changer tous les jours de ministre, Pour négociateur, un cuistre.

Dont la fortune fait horreur ; Mépriser Testime publique, Chasser l'ami pour le flatteur :

C'est, du Régent, la politique.

Ne pas vouloir de remontrance.

Mettre tout l'argent de la France

Entre les mains d'un étranger, Et, pour un projet chimérique, Perdre l'État, tout hasarder :

C'est, du Régent, la politique.

Je fus bientôt conduit En coche clos vers le royal réduit Que près Saint-Paul ont vu bâtir nos pères Par Charles-Cinq. 0 gens de bien, mes pères. Que Dieu vous gard' a'un pareil logement ! J'arrive enfin dans mon appartement.

Certain croquant, avec douce manière.

Du nouveau gîte exaltait les beautés, Perfections, aises, commodités ; Jamais Phœbus, dit-il, dans sa carrière i\V fit briller sa trop vive lumière.

Voyez ces murs de dix pieds d'épaisseur ; Vous y serez avec plus de fraîcheur.

Puis me faisant admirer la clôture.

Triple la porte, et triple la serrure, Grilles, verroux, barreaux de tous côtés, C'est, me dit-il, pour votre sûreté.

Midi sonnant, un chaudeau Ton m'apporte ;

La chère n'est délicate ni forte ;

De ce beau mets je n'étais point tenté ;

Mais on me dit : c'est pour votre santé.

Mangez en paix ; ici rien ne vous presse.

Me voici donc en ce lieu de détresse

Embastillé, logé fort à l'étroit,

Ne dormant point, buvant chaud, mangeant froid,

Sans passe-temps, sans amis, sans maltresse.

0 Marc René (1) que Caton le Censeur

Jadis dans Rome eut pris pour successeur,

0 Marc René, de qui la faveur grande

Fait ici-bas tant de gens murmurer,

Vos beaux avis m'ont fait olaquemurer.

Que, quelque jour, le Bon Dieu vous le rende !

Voltaire (17J4).

Près du Louvre, j'étais un jour.

J'entendis dans un grand carrefour.

Quelqu'un qui venait à grand bruit.

C'était Monseigneur le Régent.

Je le vis passer à l'instant.

Son carossc m'éclaboussit,

La crotle est encore sur mon pourpoint. Mais je ne l'ôlerai point :

C'est tout ce que j 'avons de lui.

(1) Marc René de Voyer d'Argenson, lieutenant de police.

C'est un compère bien nourri.

Tétigné ! comme il est fleuri ; L'on voit bien qu'il a du pain cuit.

Prions le Bon Dieu tout-puissant Qu'il le rende un peu mieux faisant Et lui retourne son esprit.

Un jour, qu'en plein conseil et en présence du Régent, Rouillé du Coudray s'exprimait avec sa liberté ordinaire, le duc de Noailles lui dit : <c Monsieur RouiUé, il y a ici de la bouteille. Cela se peut, monsieur le duc, mais jamais de pot de vin. »

Sur Vendôme, le Grand Prieur :

Ne parlons plus de politique.

Qu'importe à moi, Qui gouverne la République

Lorsque je bois I A-t-on la paix ? A-t-on la guerre ?

Je n'en sais rien.

Mais j'ai ma bouteille et mon verre,

Tout ira bien.

M. de Marville disait qu'il ne pouvait y avoir d'honnête, $i la police, que le lieutenant de police, tout au plus.

Sur Voisenon et le maréchal de Richelieu :

« Ces deux hommes-là ne sont que des épluchures des grands vices. »

Mme Geoffrin.

Noél :

Un homme d'importance,

C*élait Monsieur Dubois,

Fort bouffi d'impudence.

Dit, en hausant la voix :

« De ma visite ici, Seigneur, tenez-moi compte,

Car, à ma porte, plus d'un grand,

Vient se morfondre en attendant,

Sans en rougir de honte. »

Dubois dont on faisait les cuistres Un cuistre, j'étais autrefois Et, je suis aujourd'hui du bois Dont on sait faire les ministres.

Dubois dit : « Ce qui m'embarrasse, C'est que l'Empereur veut l'Alsace.

Son envoyé me fait damner. »

Le Régent dit : « PlulcM mourir (|uc la donner ; Mais il faudra la laisser prendre. »

M. de Saint-Germain dit un jour au roi (Louis XV) : « Pour estimer les hommes, il ne faut être ni confesseur, ni ministre, ni lieutenant de police. » Le roi lui dit : « Ni roi. »

M' du Hausset.

Cette fameuse banqueroute Que fait Louis en sa déroute Remplit bien la barque à Caron !

Il est si pauvre en son vieux âge, Qu'on craint que la veuve Scarron N'ait fait un mauvais mariage.

(1771). Trouvé sur la statue de Louis XV :

Arrêt de la Cour des monnoyes qui ordonne qu'un Louis mal frappé soit refrappé.

Sur Louis XV

L'Espagnol trompé nous maudit, L'Anglais rusé s'en dédit, L'Empereur partout envahit, Le Pape en fureur interdit.

L'archevêque a bon appétit, D'Aguesseau, pour et contre, écrit, Chauvelin a tout le crédit.

L'inulile Ory dépéril,

Le magistrat tonne et faiblit,

Le fier avocat s'applaudit,

Le guerrier fainéant vieillit,

Le 3eul financier s'enrichit,

Le peuple languissant gémit,

Le royaume accablé péril,

Le bon Cardinal en rit,

F.e roi, rien ne fait, rien ne dit.

Ainsi l'a ce vieux prêtre instruit.

Lorsqu'on érigea, place de la Concorde, «la statue équeslre de Louis XV, on mit aux pieds les qualre vertus cardinalices, la Prudence, la Force, la Justice, la Tempérance. D'où Tépigramme :

Grotesque monument, infâme piédestal.

Les vertus sont à pied et le vice à cheval.

En se rendant à Choisy, le carrosse du roi s'arrêta subilemenl; un des chevaux, frappé d'une attaque, venait de tomber mort. On annonça l'accident au roi qui dit : « Tiens ! c'est comme ce pauvre Cliauvelin I »

Quand il arrivait un nouveau ministre, le roi Louis XV disait : «Ha étalé sa marchandise comme un autre et me promet les plus belles choses du monde, dont rien n'aura lieu. Il ne connaît pas ce pays-ci, il verra. » Quand on lui parlait du projet pour renforcer la marine, il disait : « Voilà vingt ans que j'entends parler de cela. Jamais la France n'aura de marine, je crois. »

De M. de Lauraguais à l'Académie des Sciences, en 1783 :

n J'ai coupé la tête à une demi-douzaine de canards qui nageaient dans mon vivier ; sur le champ, je les ai remis à l'eau sans tête, ils ont encore nagé longtemps. Le fait m'a paru d'autant plus curieux qu'il pouvait servir à expliquer comment vont une infinité de choses en France. — Mais, monsieur le comte, lui dit M. de Condorcet, ces canards, quoique sans tête, conservaient le mouvement de leurs pattes ? — Assurément. — Eh bien, ils pouvaient donc signer ; tout n'est-il pas éclairci ? »

Sur M. de Sartine qui avait été lieutenant de police avant d'être ministre de la marine et au moment de sa disgrâce :

J'ai balayé Paris avec un soin extrême Et voulant sur mer balayer les Anglais,

J'ai vendu si cher mes balais,

Que l'on m'a balayé moi-même.

Ci-glt Charles second, ce fameux roi d'Espagne, Qui, de ses jours, ne fît campagne.

Il ne fut pas même un enfant.

Qui donc le rend fameux ? — Il fit son testament

Sur la maladie du cardinal de Rohan, en 1786 : L'intrigant médecin Portai Nous a rendu le Cardinal ; Il l'a bourré de quinquina,

Alléluia.

Cliva dit qu'il est dindon, Lamotte dit qu'il est fripon, Lui se confesse en vrai bêta,

AUeluia.

Notre Saint-Père l'a rougi.

Le roi, la reine l'ont noirci.

Le Parlement le blanchira,

AUeluia.

A la cour, il est impuissant, A la ville il est indécent, A Saverne il végétera,

AUeluia.

De Frédéric de Prusse à Voltaire :

Mais notre état fait notre loi ; Il nous oblige et nous engage

A mesurer notre courage Sur ce qu'exige notre emploi.

Voltaire dans son ermitage, Dans un pays dont Thérilage Est son antique bonne foi, Peut, sur les lois d'une vertu sauvage, Vivre au gré de Platon et disposer de soi. Pour moi, menacé de naufrage, Je dois en affrontant l'orage Penser, vivre et mourir en roi.

Épigraphe de Diderot sur le manuscrit « Mélanges philoso phiques » adressé à l'impératrice Catherine :

Philosopho, seu puero ingenuo De re gravi leviter loquenti Majestas ejus subridebat Aliquendo bénigne.

De Catherine à Diderot :

ff Avec tous vos grands principes on ferait de beaux livres et de mauvaise besogne. Vous oubliez la différence de nos deux positions. Vous ne travaillez que sur le papier qui souffre tout, tandis que moi, pauvre impératrice, je travaille sur la peau humaine qui est bien autrement irritable et chatouilleuse. »

Du prince de Ligne :

L'impératrice, en quittant un des gouvernements qu'elle avait visités, faisait encore, en montant en voiture, des compliments, des remerciments, des présents. Je lui dis : « Votre Majesté paraît bien contente de tous ces gens-ci. — Point du tout, me répondit-elle, mais je loue tout haut et je gronde tout bas. »

Catherine disait souvent : « Il faut bien arranger son petit ménage. »

Le roi de Prusse, Frédéric le Grand, qui ne laisse pas que d'avoir employé son temps, dit : « Qu'il n'y a pas d'homme qui ait fait la moitié de ce qu'il aurait dû faire. »

On faisait l'éloge de Louis XIV devant le roi de Prusse. Il lui contestait toutes ses vertus et tous ses talents. « Au moins, Votre Majesté accordera qu'il faisait bien le roi. — Pas si bien que Baron », dit le roi avec humeur.

Lorsqu'on publia le sexe du chevalier d'Eon, Frédéric II d»^ ^ l'envoyé de France : « Voilà ce qui arrive avec vous autres Français ; on croit avoir affaire à un homme, et il se trouve à la fin que c'est une femme. »

En 1760, Mme de Pompadour traversa le pont d'Orléans qui venait d'être construit par Hugot ou Hupeau. On doutait de sa solidité. D'où :

Censeurs, Hupeau esl bien vengé ; Reconnaissez votre ignorance.

Son pont hardi a supporté Le plus lourd fardeau de France.

Lors de la disgrâce de Choiseul en 1771, on fabriqua des Tabatières ou il y avait d'un côté le buste de Sully et de l'autre celui de Choiseul : « Tiens, dit Sophie Arnould, on a mis la recette et la dépense ensemble. »

Sur Mme de Pompadour :

Fille d'une sangsue et sangsue elle-même,

Poisson d'une arrogance extrême, Ëtale en ce château, sans honte et sans effroi, La substance du peuple et la honte du roi.

Sur Mme Dubarry :

France, tel est ton destin D'être soumise à la femelle.

Ton salut vint d'une pucelle.

Tu périras par la catin !

Lisette, ta beauté séduit

Et charme tout le monde.

En vain la bourgeoise en gémit

Et la duchesse en gronde.

Chacun sait que Vénus naquit

De l'écume de Tonde.

Attribué au duc de Nivernais.

Notre Père qui êtes à Versailles ; votre nom soit glorifié ; voire règne est ébranlé, votre volonté n'est pas plus exécutée sur la terre que dans le Ciel ; rendez-nous notre pain quotidien que vous nous avez ôté, pardonnez à vos parlements qui ont soutenu vos intérêts, comme vous pardonnez à vos ministres qui les ont vendus ; ne succombez plus aux tentations de la Dubarry, mais délivrez-nous du diable de Chancelier.

Le roi, dans son Conseil dernier.

Dit à Monsieur le Chancelier :

« Choiseul fait briller ma couronne De la Baltique à l'Archipel :

C'est là l'emploi que je lui donne.

Vous, prenez soin de mon bordel. »

Le Chancelier lui répondit :

« Sire, que vous avez d'esprit !

D'un pauvre diable qui chancelle,

Vous affermissez le crédit, Que ne puis-je en votre ruelle Raffermir aussi votre ...»

Le mot Royalement, jadis était louange,

Tout ce qu'on faisait bien était fait comme un roi ;

On disait, comme un dieu, comme un roi, comme un ange.

Mais aujourd'hui ce mot est d'un tout autre aloi.

Juger royalement, c'est dire : n'y voir goutte

Et n'écouter jamais qu'un gueux de chancelier.

Payer royalement, c'est faire banqueroute ;

Vivre royalement, c'est être pulassier

M. de Constant demandait un jour à Voltaire de lui prêter son Histoire de Russie. « Vous êtes fou, lui dit-il; si vous voulez savoir quelque chose, prenez celle de Lacombe, il n'a reçu ni fourrures, ni médailles celui-là. » *

Voltaire dit un jour à Auber, au sujet des troubles politiques de Genève : « Ce sont des tignasses qui veulent devenir perruques. » L'aristocratie seule avait le droit de porter perruque.

IIlSTOIRt:.

L'abbé Baude, disait de M. de Turgot, que c'était un instrument d'une trempe excellente, mais qui n'avait pas de manche.

Chamfort.

Louis XVI disait assez plaisamment : « Je crois toujours entendre nommer des chiens de chasse, lorsqu'on parle de tous ces économistes, Turgot, Beaudeau, Mirabeau, etc. »

Prince de Ligne.

Sur le roi Louis XVI et ses frères :

Créqui, grand frondeur, me disait un jour : « Voulez-vous savoir ce que c'est que ces trois frères ? Un gros serrurier, un bel esprit de café de province, un faraud des boulevards. »

Prince de Ligne.

« On ne doit pas omettre dans la relation de ce qui s'est passé à la bonne réception que M. le Dauphin et Mme la Dauphine ont éprouvée des Parisiens, le compliment des poissardes, court et énergique, plus en gestes qu'en paroles. Ces dames, qui sont, de temps immémorial, en possession de haranguer les rois, reines, princes et princesses, aux cérémonies publiques, ont attendu le couple auguste au Cours, lorsqu'il est allé monter dans l'un de leurs carrosses de campagne, et là, après les avoir comblés de bénédictions l'un et l'autre, elles se sont retournées vers M. le Dauphin et, déployant leur avant-bras long, gros.

JilSTOlRC. 4CD

rond .et bien tendu : « Nous vous en souhaitons un comme cela» Monseigneur, lui ont-elles dit ; ce n'est pas trop pour une aussi jolie femme. Quand on en a une pareille, il faut bien la festoyer. » Et les heureux époux de rire à gorge déployée, ainsi que toute la suite.

Mais ce qui mérite surtout d'être retenu, c'est la manière fine et adroite dont Mme la Dauphine a prévenu la ja-lousie du roi, à l'occasion de cette réception flalteuse qui lui avait été faite ainsi qu'à son auguste époux ; contraste trop frappant avec la façon dont ce monarque est accueilli depuis longtemps, pour ne pas l'affliger cruellement : « Sire, lui a t-ellc dit, avant de lui raconter les détails de son entrée, il faut que Votre Majesté soit bien aimée des Parisiens, car, ils nous ont bien fôtés. »

Bachaumont (1753).

L'Assemblée nationale avait décidé que les retroussis des habits des gardes nationaux porteraient ces mots : « Liberté, Constitution ». D'où :

Nul Français maintenant ne sera constipé ;

Sur le cul de chacun, on lira : liberté.

Et la Constitution, pendue à la croupière,

Servira de chiffon pour torcher le derrière.

Après le 10 août 1787 :

Nous réformons tous les cordons ; Mais cependant nous prévenons

Que le cordon gris est des nôtres ; Car, un jour, ce charmant licou Pourra forl bien orner le cou D'un grand nombre d'entre nous autres.

Sur rAssemblée nationale de 1789 :

Dans cette Assemblée où l'on fauche Et le bon sens et le bon droit, Le côté droit est toujours gauche Et le gauche n'est jamais droit.

Dans une ville de Tx)uraine, Grand débat pour une fontaine.

Il n'était pourtant question Que d'y mettre une inscription.

Comme la fontaine est publique, On la voulait patriotique ; Que, surtout, le mot Nation, D'une manière bien civique En relevât l'inscription.

Pendant ce débat démocrate, Passe une femme aristocrate, Qui dit d'un ton doctoral . Et mêlé d'un peu de malice :

« Messieurs, mettez au frontispice :

Abreuvoir national, d

Sous la Révolution, la noblesse fil peindre un nuage sur les armoiries des carrosses avec la devise grecque suivante :

« Un coup de vent suffira »,

J'ai des assignats dans ma tabatière, J*ai des assignats qu'on ne paiera pas. J'en ai des bleus, des noirs, des blancs ; • Mîiis ce n'est pas de l'argent comptant. J'ai des assignats dans ma tabatière.

J'ai des assignats qu'on ne paiera pas.

La Beste.

Le Carillon national (17 juillet 1790) : Ah I ça ira, ça ira, ça ira.

Les aristocrates à la lanterne. Ah 1 ça ira, ça ira, ça ira.

Les aristocrates, on les pendra.

Le despotisme expirera.

L'égalité triomphera.

Ah ! ça ira, ça ira, ça ira.

Les aristocrates auront beau dire.

Ah ! ça ira, ça ira, ça ira, Les aristocrates, on les pendra.

Le brigand prussien tombera.

L'esclave autrichien le suivra.

Ah ! ça ira, ça ira, ça ira.

Les arislocrales à la lanterne.

Ah ! ça ira, ça ira, ça ira, Les aristocrates, on les pendra Et leur infernale clique Au diable s'envolera.

Si la potence, entre nous.

Est remise en usage,

Jacobins, gare les cous !

Au diable si quelqu'un de vous Dégage, dégage, dégage.

De Goethe, le soir de Valmy :

« Le plus grand nombre des personnes dont se composait le cercle gardait un morne silence ; quelques-unes exprimaient leurs craintes sur le résultat de cette journée, puis on finit par me demander ce que j'en pensais. « Je pense, dis-je, que, sur cette place et à partir de ce jour, commence une nouvelle époque pour l'histoire du monde ; et nous pourrons dire : J'étais là. »

Au théâtre Feydeau :

Naguère, on voyait dans la France Un régiment de scélérats, Portant pour habit d'ordonnance.

Le pantalon, les cheveux plats.

HiSTomi:. 473

Des crins qui garnissaient leur niKjuo, Ils choisissaient bien la coulqur :

Car, de leur âme, la noirceur Était peinte sur leur perruque.

Lorsque Ton voudra, dans la Franco, Peindre des monstres destrucleuis.

Il ne faut plus de réloquence Emprunter les vives couleurs.

On peut analyser le crime, Car tyran, voleur, assassin.

Par un seul mol cela s'exprime :

Et ce mol- là : c^est Jacobin.

Marin in ville.

La Carmagnole des Royalistes :

Madame Veto avait promis (bis) De faire égorger tout Paris (bis) ; Mais son coup a manqué Grûce i) nos canonniers.

Dansons la Carmagnole !

Vive le son, vive le son,

Dansons la Carmagnole !

Vive le son du tianon !

Monsieur Veto avait promis D'èlrc fidèle ii sa palrit.

Mais il y a manqué,

Ne faisons plus d'cjuarlior .

Antoinette avait résolu

De nous faire tomber sur le cul.

Mais son coup a manqué.

Elle a 'le nez cassé.

Son mari, se croyant vainqueur.

Connaissait peu notre valeur.

Va Louis, gros paour, Du Temple dans la Tour.

Les Suisses avaient tous promis Qu'ils feraient feu sur nos amis ;

Mais comme ils ont sauté !

Comme ils ont tous dansé !

Quand Antoinette vit la Tour Elle voulut faire demi-tour.

Elle avait mal au cœur De se voir sans honneurs.

Lorsque Louis vit fossoyer A ceux qu'il voyait travailler, Il disait que pour peu, II était dans ce lieu.

Le patriote a pour amis Toutes les bonnes gens du pays.

Mais ils se soutiendront

Tous au son du canon.

L'aristocrate a pour amis Tous les royalistes de Paris.

Ils vous les soutiendront Tous comme de vrais poltrons.

La gendarmerie avait promis Qu'elle soutiendrait la patrie.

Mais ils n'ont pas manqué

Au son du canonnier.

Amis, restons toujours unis.

Ne craignons pas nos ennemis :

S'ils viennent attaquer,

Nous les ferons sauter.

Oui, je suis sans culotte, moi î En dépit des amis du roi,

Vivent les Marseillais,

Les Bretons et les lois !

Oui, nous nous souviendrons toujours Des sans culottes des faubourgs.

A leur santé buvons !

Vivent les bons lurons !

Donnons un autre nom, mes frères, A nos bombes, à nos boulets Envoyés par nos volontaires Aux auteurs de tant de forfaits.

Ce fut pour eux un émélique, Ils ont rendu Longvvy, Verdun, Et ce remède peu commun C'est Tanis de la République (bis).

De notre Saint Père de Rome, Nous ne craignons plus les fureurs.

Les foudres lancées contre l'homme Maintenant ne sont que vapeur.

Donnons à cette ville antique Le catéchisme de nos lois, Pour la voir encore une fois Devenir une République !

Nous irons voir dans la Turquie Le disciple de Mahomet.

S'il veut être de la partie, Nous lui dirons notre secret.

S'il prête le serment civique Et s'il abjure l'Alcoran Je lui donne, au lieu d'un turban.

Le bonnet de la République !

Veillons au salut de TEmpire, Veillons au maintien de nos lois, Si rarislocrate conspire Conspirons la perte des rois !

Liberté ! liberté, que tout mortel te rende hommage. Plutôt la mort que l'esclavage :

C'est la devise de tout Français !

Renfermez dans vos culottes, Ce bout d'chemise' qui vous pend.

Qu'on n' dis' pas qu' les patriotes Ont arboré le drapeau blanc.

Bientôt le Français entrera Dans cette Rome antique ;

Notre Saint-Père enragera En ce moment critique, Malgré lui chantera,

La lira, Vive la République !

Champcenetz devant le tribunal révolutionnaire, après avoir entendu sa sentence de mort, demanda au Président, « s'il était permis de se faire remplacer ».

X. allant à Téchafaud trébuche sur une marche et dit à socompagnons : « Voilà qui est de mauvais augure. Un Romain rentrerait chez lui. »

Ah I le bon billet qu'a La Chaire !

Disait Ninon d'un air folâtre

Dans ses ébats.

Gardez-vous, détracteurs frivoles, D'appliquer jamais ces paroles

Aux assignats.

Sous la Terreur, le musicien italien Poppo, interrogé sur sa profession. « Ze zoue du violon. — Que faisais-tu sous Capet ? — Ze zouais du violon. — Veux-tu servir la Nation? — Ze zouerai du violon. »

L*aimable siècle où l'homme dit à J'homme : « Soyons frères, ou je t'assomme. »

Lebrun.

Chateaubriand raconte qu'en 1800, on lisait encore sur la porte d'un concierge : « Ici, on s'honore du titre de citoyen et on se tutoie. Ferme la porte, s*il vous plaît. »

Mirabeau ayant dit : <c Je sens monter les bouillons du palriolisme », quelqu'un des tribunes lui cria : « Trempez-en la soupe. »

Sur Rapinat, agent du Directoire en Lombardie

Ce Milanais que l'on ruine, Voudrait bien que Ton décidât Si Rapinat vient de rapine, Ou rapine de Rapinat.

On demandait à Siéyès, ce qu'il avait fait pendant la Terreur, il répondit : « J'ai vécu, »

L'abbé Maury n'a point l'air impudent.

L'abbé Maury n'a point le ton pédant, L'abbé Maury n'est point homme d'intrigue, L*abbé Maury n'aime l'or ni la brigue.

L'abbé Maury n'est point un envieux, L'abbé Maury n'est point im ennuyeux.

L'abbé Maury n'est cauteleux ni traître. L'abbé Maury n'est point un mauvais prêtre, L'abbé Maury du mal n'a jamais ri, Dieu soit en aide au bon abbé Maury.

Ëcouchard Le Brun.

On parlait de l'esprit profond de Siéyès : « Profond î répondil Talleyrand ; vous voulez dire creux. »

Quand Roland fut nommé ministre, il se rendit chez le roi, en cheveux plats, avec un habit noir et des souliers sans boucle?. Cet oubli de Tétiquelle fit scandale, et un gentilhomme s'approchant de Dumouriez qui était T introducteur du nouveau mînislre, lui dit : « Quoi, monsieur, point de boucles à ses souliers î » Dumouriez, spirituel et prompt à la repartie, prenant tout à coup le sérieux le plus comique, s'écria aussitôt : « ^'imonsieur, tout est perdu ! »

Rivarol, en 1792, disait des souverains coalisés contre la France : « Lis ont toujours été en retard d'une année, d'une armée, d'une idée. »

Au commencement de la Révolution, Rivarol se trouvant en société avec M. de Créqui et plusieurs autres grands seigneui-s, répétait à tout propos : « Nous avons perdu nos droits ; nous avons perdu notre fortune... » M. de Créqui, impatienté, répétai! à voix basse : « Nous... nous... — Eh ! bien, reprit Rivarol, que trouvez-vous de singulier à ce mot ? — Parbleu, s'écria Créqui, c'est votre pluriel (jue je trouve singulier. »

Le Président du Tribunal révolutionnaire aurait dit à Marlainville : « Approche, citoyen de Martainville. » Celui-ci riposte : « Mon nom est MartainviUe. Tu es ici pour me raccourcir et non pour m'allonger ! » Le magistrat : « Eh bien ! qu'on l'élargisse. »

Sur Philippe-Égalité, duc d'Orléans :

Un ci-devanl prince de Gaule, Mais qui n'est qu'un franc polisson, Fait rayer de son écusson Ce qui lui manque sur l'épaule.

Actes des Apôtres.

L'abbé Maury, poursuivi par la foule qui criait : « A la lan lerne ! » s'arrêta et riposta : « Eh ! bien, quand je serai à la lanterne, y verrez-vous plus clair ? »

Une autre fois, il passait près du marché. Des femmes de la halle le saluent de Tépithètc à la mode poissarde d'alors : « Bonjour, mon vigoureux î — Bonjour, mesdames. — Tu as bien de Tesprit, mais tu as beau te débattre, tu n'en seras pas moins f... — Oh ! mesdames, vous savez bien qu'on n'en meurt pas. » Et les voilà de rire !

Poursuivi, quelqu'un lui crie : « Nous allons te servir la messe. -- Voici les burettes », répond Maury, en tirant de sa poche deux pistolets.

On pourrait faire le pari Qu'ils sont nés dans la môme peau Car, retournez abbé Maury Vous retrouverez Mirabeau.

Charade de Coquelet sur Linguet :

Mon premier sert à pendre, Mon second mène pendre Et mon tout est à pendre.

Linguet était à la Bastille. Entre quelqu'un : « Qui êtes-vous: — Je suis le barbier de la Bastille. — Eh bien ! rasez-la. »

De Danton :

« Le tocsin qui va sonner n'est pas un signal d'alarme, c'est Il charge sur les ennemis de la patrie. Pour les vaincre, qu^^ faut-il ? de l'audace, de l'audace, et encore de l'audace ! »

De Danton :

« Fuir ! Est-ce qu'on emporte sa pairie à la semelle de so^ souliers ! »

De Danton :

Au bourreau : « Tu montreras ma tête au peuple, elle en vaut bien la peine. »

Le peintre David qui avait volé la mort du roi, jouait au whist avec une dame, sous la Restauration, et lui reprochait, avec aigreur, de ne pas avoir joué un roi. « Oh ! les rois, reprit-elle, on sait ce que vous en faites. » On dit que David jeta les cartes et sortit.

En 179?, Chamfort interprétait la devise : Fraternité ou la mort : « Sois mon frère ou je le tue ».

L'ancien conventionnel, Jean Bon Saint-André, était préfet de Maycnce depuis 1802. En 1813, pendant que Napoléon était à Maycnce, un bateau fut mis à sa disposition pour reconnaître la vallée du Rhin et les approches de la ville. Il y avait un jour pris place avec le prince de Nassau, le préfet et Beugnot. Un moment, pendant que TEmpereur, debout sur l'un des côtés, et ponché sur le fleuve, semblait abîmé dans sa rêverie, le préfet (lit à Beugnot : « Quelle étrange position ! le sort du monde dépend d'un coup de pied de plus ou de moins. » Et Beugnot : « Ail nom du ciel, taisez-vous ! » Mais l'autre impitoyable, haussa los épaules et répondit du même ton. « Soyez tranquille, les hommes de résolution sont trop rares. »

La promenade finie, quand on regagna la préfecture, derrière Napoléon, Beugnot revint sur cet incident et alors le préfet lui dit gravement : « Croyez que nous pleurerons un jour des larmes de î^ang (jue cette promenade d'aujourd'hui n'ait pas été sa dernière. »

Bon Saint-André mourut du typhus quelques semaines après en soignant les malades dans les hôpitaux de Mayence.

Mirabeau, discutant avec Cazalôs, lui crie, du haut de la tribune : « Je vais vous enfermer dans un cercle vicieux. — Eh, quoi ! riposte Cazalès, est-ce que vous voudriez m'embrasser ? »

A propos des bustes de Lepelletier et de Marat

Pour l'ami de la liberté Ces martyrs de TÉgalité Sont des dieux qu'on révère ; Mais les modérés dangereux, Les aristocrates peureux, Sans les aimer, les ont chez eux.

Comme un paratonnerre.

Anagramme sur : Révolution française (en enlevant vélo . Un corse la finira.

Connaissez-vous rien de plus sot Oue Merlin, Basire et Chariot ?

Non, je ne connais rien de pire Que Meriin, Chariot et Basire, Et personne n'est plus coquin Que Chariot, Basire et Merlin.

Comme on vantait devant lui Tancien régime, quelqu'un répondit : « Belle époque et si heureuse, que deux millions d'hommes se sont fait tuer pour ne pas y revenir. »

La phrase : « Le sang qui vient de couler était-il donc si pur » est de Barnave, à l'occasion de la mort de Foulon, le 23 juillet 1789.

A Bailly, au pied de Téchafaud : « Tu trembles, Bailly ! — Mon ami. c'est de froid. »

Sur Robespierre :

Passant, ne pleure point son sort Car, s'il vivait, tu serais mort.

« Votre mère ne m'aime pas, disait Napoléon à Narbonne, - Sire, elle n'en est encore qu'à l'admiration. »

Ceci est du temps :

Un jour le Sénat harangua

Le Roi de Rome dans sa couche.

« Messieurs, votre hommage me touche »,

Dit le prince, en faisant caca.

Cela passa de bouche en bouche.

Sur une estampe de Napoléon :

Par une faveur sans égale L'Empereur, me serrant la main, Me disait : « Vous aurez quelque chose demain. » Et le lendemain, j'eus la gale.

Refrain d'une chanson politique, sous Louis-Philippe Mais pour ne pas vous parler politique Dessus l'Ancien, versons tous un pleur, Car les Anglais l'ont mis à Sainte-Hélène Ous qu'il est mort, ce grand législateur.

A une revue, Xapoléon P' perd son chapeau. Un lieutenant le ramasse, et l'Empereur, sans regarder, dit : « Merci, capitaine. — Dans quel régiment, Sire ? »

La veille du mariage de Joséphine de Beauharnais, le notaire Roquideau disait encore à sa cliente : « Vous voulez donc encore épouser ce soldat qui n'a que la cape et l'épée ? » Bonaparte élai( dans la pièce à côté ; il entendit le mot. Plus tard, au couronnement, voyant Roquideau au milieu d'un groupe de courtisans, il alla à lui et lui montrant l'épée de Charlemagnc et le manteau impérial : « Voici la cape, lui dit-il à mi-voix, et voilà l'épée. »

A la Conférence de Vienne, Napoléon dit, en présence de plusieurs souverains : « Quand j'étais lieulenant d*arlillerie » ; connue on marquait de Tétonnement, il reprit : « Quand j'avais rhonneur d'être lieulenant d'artillerie. »

Au moment de son divorce avec Joséphine : Tyran, ne commets pas un forfait inutile ! Laisse au destin le soin d'alléger tes Étals. Le sein le plus fécond, pour toi serait stérile. Les molnslres ne reproduisent pas.

Un jour, à Fontainebleau, les comédiens français venaient de jouer le Mariage de Figaro devant l'Empereur. Lorsque le rideau fut baissé, le maréchal Lonnes s'écria : « Quand je pense <lu'aulrcfois j'ai failli me faire étouffer pour voir cette comédie ! Eh bien, aujourd'hui je n'y trouve plus rien d'amusant. — Voici pourquoi, lui répondit Napoléon, c'est qu'alors vous étiez au parterre et qu'à présent, vous êtes aux premières loges. »

A Tilsill, la reine de Prusse buvant à Napoléon : <( A la santé de Napoléon le Grand ! Il nous a pris nos Étals, il nous les rend. » L'Empereur se leva, salua et répondit : « A la reine ! Ne buvez pas tout, madame ! »

Sur la métamorphose de Bonaparte en canon :

En un canon se change sa statue.

Il eut Tàme de bronze, alors qu'il fut guerrier ; Empereur ou canon, il faut toujours qu'il lue : Il ne change pas de métier.

A Joséphine, lors de son installation aux Tuileries, après le consulat : « Allons, petite créole, venez vous mettre dans le lit de vos maîtres. »

Lors de la conspiration de Malet, on vint arrêter le duc de Rovigo. C'était la nuit. La duchesse épouvantée se jeta hors du lit. « Le duc, dit Montrond, a été faible, mais la duchesse s'est bien montrée. »

De Roquclte en son temps, Talleyrand dans le nôtre Furent tous deux prélats d'Aulun.

Tartufe est le portrait de l'un.

Ah ! si Molière eût connu l'autre !

Chevrier.

De Napoléon :

« Fouché était le Talleyrand des clubs ; Talleyrand, le Fouché des salons. »

De Mlle Raucourt, sur Talleyrand :

« Si vous le questionnez, c'est une boîte de fer blanc dont vous ne tirerez pas un mot ; si vous ne lui demandez rien, bientôt vous ne saurez comment l'arrêter, ce sera une véritable commère. »

Le visage de M. de Talleyrand est tellement impassible qu'on ne saurait jamais rien y lire ; aussi, Lannes et Murât disaient-ils plaisamment de lui que si, en vous parlant, son derrière venait

à recevoir un coup de pied, sa figure ne vous en dirait rien.

De Montrond sur Talleyrand :

« Oui ne l'aimerait, qui ne l'adorerait, ce cher prince ! il est si vicieux ! »

Il est du marquis de Lauderdale, ce mot sur Talleyrand : « C'est de la m... dans un bas de soie. »

Chateaubriand s'en esl emparé en transformant en... « de la boue ».

Une femme louche demandait à Talleyrand comment allaient les affaires. « Comme vous voyez, madame. »

Un jour, on annonça au prince de Condé, M. de Talleyrand- Périgord. Le prince se lève, reçoit le visiteur et reconnaît le

prince de Bénévenl. Il feinl de le prendre pour son oncle, rarchevêque de Reims, son compagnon d'exil, et alors grand aumônier de la maison du roi. « Ah ! monsieur Tarchevêque, que je suis heureux de vous voir ! » Puis, s'emparant de la conversation il parla du passé et, s'emportant en invectives contre la Révolulion. l'Empire cl tous ceux qui les avaient servis : « Il était fâché de le dire, ajoutait-il, mais, de tous ces coquins, le plus était, san^ contredit, le neveu de Tarchcvôque, qui, doublement apostat, comme gentilhomme et comme prêtre, se trouvait être un des principaux ministres de Bonaparte, lors de l'assassinat du duc d'Enghien. » M. de Talleyrand ne disait mot et gardait le plus imperturbable sang-froid. Enfin, il se lève pour se retirer : « Adieu, monsieur l'archevêque, lui dit le prince, revenez me voir, mais, je vous en conjure, ne m'amenez jamais le drôle que vous avez le malheur d'avoir pour neveu car, s'il paraissait ici, je serais obligé de le faire jeter par les fenêtres I »

De Talleyrand :

« Je ne connais qu'un homme plus bête que M. Maret, c'est M. le duc de Bassano. »

Comme on s'étonnait de la fortune laissée par le prince de Talleyrand : « Rien d'étonnant, dit quelqu'un ; il a vendu tous ceux qui l'ont acheté ! »

Carnol disait de Talleyrand : « S'il méprise tanl les hommes, c'est qu'il s'est beaucoup étudié. »

A Dresde, Napoléon dit à Talleyrand : « Que je vienne à manquer, vous croyez pcuï-ôlre devenir chef d'un conseil de régence?... Si j'étais malade dangereusement, vous seriez mort avant moi. — Mes vœux ardents pour la vie de Voire Majesté n'avaient pas besoin. Sire, d'un tel avertissement ! »

De M. Talleyrand quand on lui annonça la mort de Napoléon. « C'est une nouvelle, ce n'est plus un événement. »

Le 21 janvier 1827, anniversaire de la mort de Louis XVI, au moment où Talleyrand entrait dans la cathédrale de SainlDenis, le marquis de Maubreuil -lui donna un soufflet retentissant et Talleyrand de s'écrier : « Ouf ! quel soufflet ! »

Aux Tuileries, au retour de la guerre d'Espagne, l'empereur dans une scène de fureur dit à Talleyrand : « Je ne sais ce qui me retient de vous faire pendre ! » Puis. « Le duc de San Carlo est l'amant de votre femme ; vous ne me l'aviez pas dit ! — Je ne pensais pas. Sire, qu'une confidence de cette nature pût intéresser la gloire de Votre Majesté, ni la mienne. »

Dans un accès de fureur, comme il en était coutumier, l*empereur accablait Talleyrand des pires injures. Talleyrand écoulait avec son impassibilité ordinaire. En se retirant, il dit à rai-voix aux courtisans : « Quel dommage qu'un si grand homme soit si mal élevé. »

Talleyrand parlant de Tépoque qui avait précédé 1789 disait : « Tout le monde s'empressait de jeter de l'esprit, personne ne songeait à le ramasser. »

M. Brifaut de l'Académie française disait en parlant de la mort de Talleyrand : « Là-bas, en effet, quand le prince est arrivé le diable lui a dit : « Mon cher, je vous remercie, mais avouez que vous avez dépassé vos instructions. »

M. de Talleyrand disait de Koreff médecin prussien venu en France en 1815 et causeur inépuisable : <( Ce diable de Koreff; c'est un puits de science ; il sait tout, même un peu de médecine. »

« Que pense-t-on de moi dans les cours du Nord », demande Napoléon à Talleyrand, au retour d'une ambassade. — « Sire, les uns disent que vous êtes un dieu, les autres, un diable... mais personne ne vous croit un homme. »

A Londres, Talleyrand se voit pressé de questions par un Lord. au sortir d'une conférence. « Mais, enfin, que s'est-il passé? — Pas moins de trois heures, mylord. »

On disait que Fouché méprisait les hommes. « Cela se conçoit, (lit Talloyiand, cet homme s'est beaucoup étudié. »

« Quelle est votre opinion, demandait-on à Talleyrand, sur le règne de Louis-Philippe ? — Moi, j'ai une opinion le malin, j'en ai une autre Taprès-midi... mais Je soir... oh ! le soir, je n'en ai plus du tout. »

L'Empereur à Cambacérès s'excusant d'avoir été retenu par des dames : « Eh bien ! monsieur, quand on est attendu, on prie ces dames de prendre leurs cannes et de s'en aller. »

Du temps de la rivalité de Mlle Georges et de Mlle Duchesnois, Paris était divisé en Géorgiens et en Carcassiens. Un soir, au foyer, Talma demanda : « De quel côté s'est mis Cambacérès ? — Il est resté neutre », repartit Georges.

Regnault de Saint-Jean-d'Angély dit un jour au cardinal Maury : « Vous vous estimez donc beaucoup, monsieur ? » Le cardinal Maury lui répondit : « Très peu quand je me considère, beaucoup quand je me compare. »

On dit que Rocderer obtient le grand cordon. Vous qui le lui passez, serrez, mais serrez donc !

On fit paraître le quatrain suivant quand le comte de Provence et le comte d'Artois épousèrent les deux princesses de Savoie el que Ton fiança Mme Clotilde au prince de Piémont :

Ce bon savoyard qui réclame

Le prix de son double paiement,

En échange, reçut Madame ;

Ma foi, c'est payer grassement.

Comme on s'excusait de n'avoir pas changé les tapis semé? d'aigles des Tuileries. « Mais au contraire, j'ai plaisir à marcher dessus, dit Louis XVIIL »

La voilure du roi Louis XVIII, menait grand train, comme à son ordinaire. Il faisait de la boue et la vitre était abaissée. « l» tel, crie le roi, à l'officier qui galopait à la portière, vous me croltcz. » L'autre entend « vous trottez » ; c'était la mode nou velle. « Oui, Sire, répondil-il, à l'anglaise ! »

Louis XVIII dit à un gentleman de sa case, M. de Pasloul « Monsieur le marquis, je vous envoie un verre de vin de Toka}. — Sire, je ne bois pas de vin, répliqua le jeune homme. — Jt' ne vous dis pas de le boire, s'écria le roi de sa grosse voix. »

Louis XVIII, à un ancien sénateur de l'Empire, devenu pairdt France. « Eh ! eh ! avouez que vous avez été un peu léger en

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prêtant serment de fidélité à Napoléon. — Sire, je n'ai pas précisément juré, répond Tex-sénateur, en balbutiant. — J'entends, vous avez jurolé ; dam' à votre Age, on ne fait les choses qu'à demi. »

Un député dit à Roycr-Collard : « Que dites-vous de la campagne menée contre Ip ministère ? — Vous appelez ça une campagne, ce n'est qu'un siège de places. »

Charade sur Cubîère :

Quand son premier Sera dans son dernier, Qu'on jette au diable son entier.

Sur Mme de Feuchères qu'on continuait à voir aux Tuileries après la béatification du prince de Condé :

Je ne sais pourquoi l'on s'étonne Quand on voit certaine baronne En certain lieu si fréquemment ; La chose est facile à comprendre, Puisqu'elle a pendu son amant C'est qu'elle aime les gens à pendre.

Romey

On chantait sur un air de chasse :

Le duc de Bordeaux Ressemble à sa mère, Sa mère à son père Et son père à mon c...

De là je conclus :* Le duc de Bordeaux Ressemble à mon c... Comme deux gouttes d'eau, Taïaut, taïaut.

Élant ministre de rintéricur, M. de Martignac était sollicité par un émigré. Il refusait doucement, l'autre s'emporte. « Sachez. Monsieur le vicomte, que je suis du bois dont on fail les minisires. — Quand j'en ferai en bois, je vous promets de penser à vous, monsieur le marquis. »

De Nodier, pendant les Cent jours :

« Puisqu'on veut absolument pour la France un roi qui monle à cheval, je vote pour Franconi. »

Du prince de Ligne, au Congrès de Vienne :

« De quoi vous plaignez-vous ? Si le Congrès ne marche pa« il danse. )>

Monsieur d'Artois, comme un lion,

Saule de Paris à Lyon.

Mais l'aigle troublant ses esprits,

Il court de Lyon à Paris.

Monsieur d'Artois, dans les dangers,

Est un Achille... aux pieds légers.

A la prise du Louvre, en 1830, un quidam se promenait sous les coui)s de feu des Suisses, jugeant des coups et donnant des conseils. Il s'arrête derrière un insurgé ; celui-ci tirait mal et, à chaque coup manqué c'était une exclamation. « Essayez donc, dit l'insurgé, vous qui parlez ! » L'autre prend le fusil, tire, abat un Suisse et rend l'arme. « Mais continuez, vous vous en tirez Irop bien. — Non : moi je ne peux pas, ce n'est pas mon opinion. » Et il s'éloigne.

On a mis à tort celte anecdote sur le compte de Chodruc Duclos et fait passer la scène au Palais-Royal, en 1848.

In jour, à Eu, la reine d'Angleterre se promenant dans le jardin, admira un fruit. On s'empressa de le lui offrir. Il fallait un couteau et, on se disposait à en aller chercher un lorsque l.ouis Philippe se mit à dire : « Ce n'est pas la peine, lorsqu'on y élé comme moi un pauvre diable, vivant avec quarante sous par jour, on a toujours un couteau dans sa poche. » Et, effectivement, il prit son couteau, ouvrit le fruit, et l'offrit à la reine.

Sur le baron Trouvé, à propos de sa nominalion de sccrélairr de M. la Bourdonnays :

Ex Pindare de Robespierre Ex-imprimeur, ancien préfet.

De monseigneur il devient secrétaire.

Pourquoi pas ? Il est bon à mettre au cabinet. En tout temps on le trouve ; L'Empereur Ta trouvé, Palignac Ta retrouvé.

C'est le baron Trouvé.

Romey (1829).

Sur Martainville

Chez Tallicn, valet copiste, Valet paillasse à la Cité, Valet auteur à la Gaîté, Sous Collret, valet journaliste, Au temps jadis, valet Giton, En tout temps, valet espion, Ci-gît tombé sous le bûlon, Martin-vil-le Pied de Mouton.

Déranger.

Sur Louis-Philippe :

« Très prince de Sang, tant qu'il ne fut qu'AIlesse Sérénissime ; franc bourgeois, le jour où il fut Majesté. »

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