CANAL DE SAVIÈRES, A CHANAZ
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chasse, aux banquets, aux rendez-vous des feudataires, quelques lieues à la ronde ; puis les visées se font plus ambitieuses, et les femmes sont des princesses lointaines, des fleurs cueillies aux bouquets de Flandre, de Bourgogne ou de France qui continuent à vivre aux jardins de Savoie. Elles portent des noms de légende et de rêve, Ancillie, Yolande ou Béatrix, Marguerite ou Passerose, qui expriment la soumission tendre, évoquent des personnes de drame, évoluant avec des gestes précieux dans un décor de mystère, ou semblent édos dans les champs, au bord des sentiers, et qui sont les uns et les autres tellement populaires, que les femmes du pays les adoptaient aussitôt, et qu'à feuilleter dans les registres des paroisses les actes de baptême, on pourrait dire à coup sûr les noms des reines. Ils nous parlent comme ces blasons grossièrement sculptés à l'angle d'une tour, contre les piliers des églises, et nous apprennent souvent ce que nous demanderions en vain aux historiens à gages.
Aucun n'est plus éloquent que celui de Humbert aux Blanches Mains, qui épousa Ancillie. Peut-être le rapprochement de ces deux mots précieux nous séduit-il à la manière des lettres ourlées au bas d'une tapisserie de Flandre; surtout il suffit de les prononcer pour que nous puissions leur rattacher avec certitude toute la dynastie. Descend-elle d'Italie ou de Bourgogne ? Les villes du quinzième siècle aimaient à s'attribuer des ancêtres fabuleux; l'évêque Charles- Auguste de Sales prétendait que le cri de sa famille, « m'amourî m'amour! », ne signifiait point « mon amour! mon