AUTOGRAPHE DE FRANÇOIS DE SALES
comme des villes italiennes, non plus un cloître ouvert sur le jardin des tombes, mais un promenoir en la mauvaise saison, adossé aux boutiques, ouvert sur la rue pavée. J'imagine que Stendhal, citoyen de Milan, aimerait à flâner sous ces arches trapues, pleines d'ombre et de fraîcheur, qui s'arrondissent comme des festons de dômes et laissent voir, en aperçus obliques, des fenêtres aux accolades géminées. Entre les piliers, les marchands des quatre saisons étalent leurs amoncellements de melons, leurs panerées d'oranges, leurs tas de tomates et d'aubergines. Au-dessus des portes on devine des emblèmes usés, salis, déchus, et que le velours de la fumée a tendus de noir. Elles s'ouvrent sur des allées obscures, au fond desquelles un rais de lumière brille d'une lueur étrange, ou sur un escalier qui monte en spirale, mystérieux et pareil à l'escalier du Philosophe de Rembrandt; et, comme la rue suit exactement le contour de la colline et les méandres des canaux, elle a des échappées sur le château qui surplombe la ville et sur l'eau qui paraît immobile, et cependant use et ronge sans répit les pierres branlantes des vieilles marches. On pressent en ces ruelles l'attrait délicieux d'un roman défendu; par une fenêtre entr'ou verte on aperçoit, derrière les rideaux de raz vert, des boiseries grises où parade en son cadre doré un portrait de juge à robe rouge et à perruque poudrée, une pendule religieuse qui sonne les mêmes heures qu'autrefois ; et, dans ces demeures silencieuses, sans qu'apparaisse jamais une silhouette animée, s'évoquent furtivement les existences douces et méritantes qui s'éteignirent là, candidement, toutes pareilles, ayant les mêmes