‹ La Savoie (volume 2)Chapitre 19 sur 54 · ANNECY : RUE PERRIÈRE · texte numérisé non relu

ANNECY : RUE PERRIÈRE

ANNECY: LE CHATEAU

de la Philothée dont Madame de Charmoisy fut la marraine.

Une église nous attire par les prières, les implorations, les supplications qu'elle a entendues et par le résumé qu'elle nous offre de la vie humaine dans toutes ses infirmités, ses tourments, ses terreurs, ses tortures, plus encore que par les idées religieuses qu'elle symbolise ou les œuvres d'art qui les expriment. La plus humble comme la plus chargée d'architecture, la plus pauvre comme la plus riche, la plus simple comme la plus ampoulée nous touche moins par ce qu'elle contient de beauté ou de laideur que par ce qu'elle suppose de ^

misère : toutes se transfigurent de l'affliction qu'elles laissent deviner. Celle-ci, qui témoigne d'un goût douteux, est émouvante par les appels qu'elle a entendus. Le jour même où Jacques de Nemours et la nouvelle duchesse de Genevois se prosternaient devant le suaire apporté de Chambéry, il y avait beaucoup de jeunes femmes que la curiosité attirait dans cette église, mais qui se proposaient, en vénérant le suaire, « de faire révé-

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rence à la princesse » et de demander à Dieu les satisfactions d'un monde qu'il nous conseille de mépriser, mais qui nous sollicitent à chaque instant. L'une d'entre elles lui vouait déjà l'enfant qui viendrait à naître : c'était Françoise, fille de Melchior de Syonnaz, et mariée depuis six ans déjà au seigneur de Sales ; le lendemain, elle rentrait au château de Thorens où, l'année suivante, lui naissait un fils qui fut saint François de Sales.

Comme chacune de ses journées se situe dans un décor savoyard, qu'on retrouve sa trace à chaque clocher, à chaque maison et pour ainsi dire à chaque tournant de sentier, que les chemins de Savoie sont les étapes de ses tournées pastorales et les voies de son cœur vers la Providence, je suis bien obligé de croire que sa vie est le commentaire obligé de ce pays et qu'un voyage dans cette Savoie spirituelle et tendre n'est pas une randonnée autour des auberges, mais un pèlerinage salésien. *

De tous les endroits où il a passé, de tous ceux auxquels s'attache un épisode de sa vie, Thorens est encore, je crois, le plus significatif et le plus capable de nous initier à cette fréquentation. C'est là qu'il est né, qu'il a passé son enfance, qu'il est revenu chaque été après les années d'études à La Roche, Annecy, Paris et Padoue, de là qu'il est parti malgré les exhortations de son père pour évangéliser le Chablais, acquis à la Réforme, c'est là qu'il s'est recueilli avant d'être consacré évêque, qu'il en a reçu les dignités, c'est là, dans sa famille, auprès des siens, qu'il a exercé les premiers actes de son

' J'emploie le mot salésien, en m'autorisant de l'Académie salésienne, qui s'occupe — depuis longtemps déjà — de tout ce qui est relatif à l'œuvre et à la personne de François de Sales.

ministère pastoral, baptisant ses frères et sœurs, recevant les aveux, puis le dernier soupir de sa mère, c'est là qu'il se plaisait à revenir aux premiers jours du carême pour vivre quelques jours avec les vivants qu'il affectionnait, et lès morts dont il se souvenait, là qu'il conduisit Madame de Chantai et les femmes qui l'aimèrent plus qu'il ne les aima, comme s'il eût voulu se les mieux attacher en leur montrant le paysage où son âme s'était ouverte aux plus délicates sensations; et, si l'on voit ailleurs la châsse en vermeil qui contient ses restes mortels, c'est là qu'il faut venir chercher l'essence même de sa personnalité.

Le lieu est en accord parfait avec ce qui s'y est déroulé, il nous dispose à mieux comprendre l'origine des raisons qui ont déterminé plus tard François de Sales à agir. Nous y recueillons ses premières curiosités, l'horizon de ses jeux, puis de ses rêveries et, dans la familiarité de la vie rustique, l'éclosion lente de son esprit. C'est une vallée retirée, recueillie, ombreuse, avec des montées et des descentes dans un déploiement de verdure. De petits sentiers se cachent au creux du ravin en courant le long d'un torrent frais, la Filliére, qui bruit contre des rochers éboulés, se détourne pour passer sous un vieux pont, animer une scierie, baigner une maison, arracher aux vieux arbres la terre qui entoure leurs racines noueuses et tordues. Les digitales pourprées s'élancent audessus des fougères si vertes et si souples, les digitales qui eurent toujours la vertu de modérer les battements du cœur. Toute la vallée est profonde, moussue, et le village y semble perdu et comme écrasé sous les montagnes qui barrent toutes les issues. Il y a tant d'austérité dans les formes naturelles, qu'à les voir on comprend aussitôt pourquoi

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