CHATEAU D ALEX
ment invincible, il les conduisait peu à peu au havre de grâce et de consolation, par des chemins qu'il était seul à connaître, ordonnant les longues heures de leur nouvelle vie, s'ingéniant à les remplir de méditations, d'offices et d'oraisons, à diriger leur ardeur vers les dévouements qu'exige le service des malades, à faire en sorte que ces femmes, vraiment visitées de Dieu, fussent les visiteuses attendries et presque surnaturelles des souffrances humaines. S'attachant d'ailleurs à l'essence même plutôt qu'aux formes de la vertu, voulant qu'aucune minute ne s'enfuît sans laisser derrière elle un sillage de candeur, un bienfait accompli, que chaque instant fût occupé et profondément vécu, il révélait aux premières Visitandines le sens caché des choses au milieu desquelles elles vivaient, il les exaltait de toute la tendresse obscurément enfouie en elles-mêmes, et qu'à leur insu elles allaient déverser, comme François d'Assise, sur les objets inanimés, sur les plantes, sur tout ce qui les entourait.
Il arrivait par la ruelle de la Providence, de son pas lent et pesant, droit et robuste dans sa haute stature, dans ses épaules larges et, comme il était toujours attendu , il n'attendait jamais longtemps à la porte. Quand il faisait beau, il allait s'asseoir dans le verger de la fontaine, sous la treille, du côté de l'escalier qui mène au jardin et, quand la pluie survenait , on le conduisait dans une galerie supérieure.
De là, il voyait les arbres, ces arbres qui dans les couvents relient la terre au ciel; et, dégra-