‹ La Savoie (volume 3)Chapitre 13 sur 63 · E RI TAILLE · texte numérisé non relu

E RI TAILLE

la dernière courbe des Voirons ses murailles fauves de belles ruines. En cette atmosphère lumineuse, elles prennent l'aspect de ces fabriques que Claude Lorrain et Nicolas Poussin plaçaient dans leurs tableaux de la campagne romaine.

Il ne reste plus rien du château de Thonon, mais il prête son nom à une petite place silencieuse, ombragée de vieux tilleuls, qui est un des points les plus favorables pour embrasser la vue générale du Léman. Quand on s'approche du parapet, on aperçoit, à une profondeur presque vertigineuse, la cime arrondie des marronniers roses et les toits de la ville basse, recouverts de tuiles abaissées à l'italienne, chevauchant les uns sur les autres dans un entassement désordonné; et, par delà ce premier plan aux tons chauds, vigoureux et heurtés, que dépassent, effilant leurs pointes, des proues de barques, de grandes vergues carguées, le lac couleur de platine et, par delà le lac, les coteaux et les montagnes de Suisse se développant en forme de croissant dans un lointain vaporeux. Sur la droite du tableau, séparée par des vignobles disposés en hutins, lignes basses, sans fantaisie, tirées au cordeau, voici, accroupie dans sa carrure puissante comme pour marquer son empreinte et sa prise de possession, une silhouette féodale : Ripaille. Elle découpe, presque à fleur de terre, un profil amusant de tours carrées, de cheminées à

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