LES BRASSES SUR BOGEVE
pratiquant la régie de saint Benoît, partageait son temps entre la prière et le défrichement des terres. Il y donna de tels exemples d'austérité, que Robert le choisit, avec deux ou trois compagnons, pour aller fonder une colonie en Savoie, sur les limites des diocèses de Sion et de Genève. « Ils prirent congé de leur abbé, raconte une vieille chronique, passèrent oultre le lac de Lausanne et tendirent contre les haultes montagnes tant qu'ils vinrent en un lieu appelé les Arpes, lequel leur sembla moult dévotieux, et là ils se mirent à faire deux petits abitacles d'ermitage, au plus prés d'un ruisseau courant, et firent l'un des abitacles pour adorer et l'autre pour leur estre demeure. » Vivant disséminés sous des abris de branches, ils partageaient leur temps entre la prière et la culture des champs. Chacun d'eux, tout au long du jour, éprouvait le besoin d'avoir, au milieu des occupations de Marthe, les heures que se réservait Marie : prosternés à terre, ils touchaient à l'idéal de Marie ; labourant et bêchant les prés, ils se rapprochaient de celui de Marthe. Ainsi se répandait dans les Alpes le bienfait pacifique des monastères ; les moines, libérés de craintes puériles, de superstitions grossières, découvraient pour les hommes dr nouvelles vallées et, frayant de nouvelles routes, leur apportaient un peu plus de bien-être. Nous avons oublié leurs aventures, dont on méconnaît le mérite parce qu'on n'en connaît plus les dangers, pour ne nous rappeler que la corruption et le fanatisme de ceux qui en ont compromis la mémoire.
Peu à peu, la cella des Alpes se transforma en monastère, reçut des donations du comte Humbert de Savoie, s'affranchit de la maison de Molesmes où la discipline se relâchait, s'affilia, sous la direction de l'abbé Guérin, à l'ordre de Cîteaux où saint Bernard venait de restaurer la régie sévère que saint Benoît avait établie au montCassin. Alors les moines quittèrent la robe brune pour la robe blanche et les chalets où ils