‹ La Savoie (volume 3)Chapitre 32 sur 63 · LE CHATEAU DE SAINT-JEOIRE · texte numérisé non relu

LE CHATEAU DE SAINT-JEOIRE

aujourd'hui les ruines, ait vu se lever, dans le désert qu'il avait élu, la cathédrale de ses rêves, et la tradition veut qu'il soit mort avant d'avoir réalisé complètement sa grande pensée. J'aime à croire cependant que, si une âme voltige encore autour des murs qui retournent dans la poussière, c'est vraiment l'âme de Guérin qui, suivant la parole de saint Bernard, « s'élève du désert comme une vapeur d'aromates, de myrrhe, d'encens et de parfums de toutes sortes ». Une ancienne inscription, composée par Nicolas de Liège, résume sa vie dans le style qui convient aux épitaphes :

Pont à Mousson natus, Pâtre clarus, maire beatus.

La mélancolie de ce gentilhomme lorrain, qui avait ouvert ses yeux aux paysages riants de la Moselle, et précocement désabusé par les mots du Christ : « Malheur aux riches ! », quitta ses parents, ses amis, sa fortune pour écarter l'effet de cette malédiction, révèle un état d'esprit semblable à celui qui inspire tant d'autres fondateurs d'ordres. Il y a, dans cette retraite volontaire, des motifs humains de nous émouvoir, et je ne puis songer à un monastère sans le considérer comme un rempart de la tristesse humaine. Mon souvenir rapproche, sans distinguer entre eux, ces parents de la déception, Benoît de Nursie dans sa grotte de Subiaco, Ignace de Loyola dans sa caverne de Manrèse, saint Bernard à Clairvaux et la belle Rosamonde qui vint se repentir et trouver un tombeau en l'abbaye de Godstow, sur les bords lointains de la Tamise.

Guérin se réfugia dans la sohtude de Molesmes, où le noble Robert de Champagne,

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