PORTAIL DE L EGLISE UE SAMOENS
pur amour. Chacune de leurs rencontres était pour eux comme une fenêtre ouverte sur le monde, chacun de leurs départs un nouveau renoncement. Ainsi, tout les éloignait de leur but; les pays qu'ils traversaient déployaient pour les retenir toutes leurs séductions. Thomas de Celano rapporte que François d'Assise et ses compagnons, revenant de Rome où ils avaient obtenu du pape la consécration solennelle de leurs
'^'^^'^^^' projets, se reposèrent une quin-
zaine de jours dans une vallée
montueuse qu'arrosaient les eaux rapides, gris verdâtre, de la Nera et, ajoute-t-il, le lieu
était si beau, qu'ils faillirent abandonner leurs plans de vie. Ponce de Faucigny, se rendant
à Sixt et passant par le vallon de Morzine, a connu les mêmes hésitations...
La route n'a qu'à suivre le ravin que le torrent a creusé, elle tourne en faisant des
coudes, et passe sous un pont couvert de planches disjointes. Dans un pli du terrain un
petit aqueduc fait de troncs creux,
soutenu par des pieux croisés, dérive
l'eau en rigoles miroitantes. Un
mulet tire un traîneau chargé d'ardoises. A l'assaut des montagnes
encapuchonnées de nuages zinzolin,
les forêts conduisent leurs bataillons
serrés de mélèzes et de sapins en
uniforme bleu et vert. Les grands
arbres se dressent inflexibles, et dans
les profondeurs du sous-bois leurs
troncs dorés ressemblent à des mâts
de galère ; quelques-uns sont marqués d'une croix et ils continuent,
ignorants de leur destinée, à étendre
leurs effilés de soie verte, qui se
poudrent de diamants au saut des
cascades. L'odeur de la résine se
mêle au parfum des fleurs, on marche sur un tapis feutré et craquant
d'aiguilles de pins, tandis que l'eau
dégringole en nappes majestueuses
dont les degrés sont inégaux comme
les escaliers dans les jardins, que sur
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L ABBAYE DE MELAN