‹ La Savoie (volume 3)Chapitre 59 sur 63 · LE TOUR · texte numérisé non relu

LE TOUR

dans ce site d'une beauté majestueuse, mais où il se mêle toujours un peu de terreur, lui parut durer un siècle : ce lieu sauvage l'étonnait, mais ne la charmait pas.

Cependant elle arrivait prévenue en faveur de la nature à laquelle elle voulait donner toute son attention, toutes ses pensées. Mais elle choisissait dans ce chaos désordonné les spectacles qui s'accordaient le mieux à sa vision mesurée, et voulait traduire, non pas ce qui devait être plus tard le rêve robuste, vigoureux, volontaire de Segantini, mais la sensibilité de Rousseau, de Hubert Robert et du hameau de Marie- Antoinette. Peut-être a-t-elle découvert au village des Pèlerins un petit chalet tout seul, bien petit, la maison de bois où Jacques Balmat vécut, mais ne mourut pas, et peut-être l'a-t-elle rencontré lui-même au cours de ses promenades ; et, si on lui a raconté l'exploit

de ce rude montagnard qui avait conduit Monsieur de Saussure au sommet de la « taupinière blanche », elle n'a prêté à ce conte merveilleux qu'une oreille distraite, et n'a jamais demandé à un guide que de lui prêter son dos pour appuyer son portefeuille.

Sa conception de la nature ne dépassait pas le culte joli et délicat qu'on lui accordait alors comme à une déesse charmante qui sourit toujours. Elle dut s'attendrir au Montanvers devant ce temple octogone dédié à la nature par k un ami de la liberté », à l'endroit où il y a maintenant un disque de métal et une gare de chemin de fer, devant le miroir disposé sur la cheminée pour réfléchir la cascade du Nant- Blanc ; et peut-être a-t-elle écrit une aimable pensée en marge d'un croquis sur l'album où, deux ans plus tard, l'impératrice Joséphine, délaissée, devait écrire en paraphrasant les vers de Delille :

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