‹ La Scandinavie vengʹee de l'accusationChapitre 2 sur 7 · DE WETTERSTEDT · texte numérisé non relu

DE WETTERSTEDT

L'an des Seignears da royanme de Saède , Ghancelier de la Goar , Chef da Département des Affaires coloniales , Chevalier et Gommandear des Ordres da Roi , Ghevalier de l'Ordre royal de l'Aigle roage de Prosse première classe. Chevalier grand'croix de l'Ordre impérial de saint Léopold d'Autriche , l'aa des dix-bait de l'Académie suédoise , Membre de l'Académie royale des Sciences de Stockholm , Membre d'bonnear de la Société royale des Sciences d'Upsala y de l'Académie royale des Belles-Lettres , Histoire et Antiquités de Stockh<Jm , et de celles d'Agriculture et de Musiqae de la même ville , de la Société royale patriotique suédoise , de la Société italienne des Sciences , Littérature et Beaux-Arts , etc. etc.

Monsieur le COMTE,

Une partie de TOuvrage que j*aî rhonneur de présenter à Votre Excellence, a déjà été soumise à Texamen du Public à différentes époques. Si je reviens aujourd'hui sur le même sujet, c'est parce que le temps m*a convaincu que pour le traiter pertinemment il ne suffisait pas d*avoir dirigé, depuis longtemps , vers ce but et mes études et mes recherches ; mais qu'il fallait partir

de principes certains , lumineux et féconds en grandes conséquences , et resserrer, dans un cadre circonscrit, tous les témoignages que l'Histoire me fournissait , les inductions que Ton pouvait en tirer, et les résultats qui m'ont paru en être les conséquences.

C est principalement sur ces résultats , exposés ici pour la première fois , que j'ose aujourd'hui appeler l'examen de Votre Excellence , et de tous les amis et protecteurs des antiquités de la patrie et des études historiques.

Ce ne sera pas , j'en suis sûr , devant Votre Excellence que j'aurai besoin de m'excuser d'avoir osé me livrer à une entreprise aussi hardie que. celle de renverser un système généralement adopté par les meilleurs antiquaires Scandinaves.. Les résultats que je présente ici , avec déférence et respect , aux lumières dçs ^ véritables amis de l'histoire du Nord , n'ont pas échappé

à la pénétration des historiens plus modernes de la Suède , à qui , ce me semble , il ne fallait qu'un peu de cou-^ rage pour les mettre en œuvre. Personne ne peut aimer plus que moi sa patrie ; personne , jose le dire, n'est plus animé que moi de zèle poui^ Il gloire ancienne et moderne de la Scandinavie; mais jamais je ne saurai donner le nom de patriotisme à la fureur de Élire sortir du pays qui m'a vu naître , des essaims de Barbares qui ont déâolé la terre. Cependant , j'avouerai que l'engouement pour Roîne , puisé , dès ma première jeunesse, chez des auteurs latins qui m'apprirent que la monarchie romaine fut anéantie par les Goths , m'a long-temps fait suivre ce même courant , où un patriotisme peu réfléchi avait entraîné les Pères de l'histoire Scandinave. Ce fiit dans l'Italie , cette terre classique , jadis tant ravagée par de prétendus Barbares du Nord , que ,

( 10 ) lassé denlendre toujours répéter les reproches faits à la Scandinavie de les avoir produits 9 j'eus le désir d'examiner si et jusqu'à quel point ces reproches étaient fondés sur la raison et sur l'hts* toire. Je trouvai cette tâche plus labo* rieuse que difficile»

: Constamment soutenu par le senti^ inent de la vérité , et certain qu'on lie la trouve pure qu'à la source, et que ce n'est point à la surface qu'on la rencontre , mon premier soin fut de lirQ et.de méditer, avec la plus grande attention, tous les auteurs que j'ai cités dans le cours de l'Ouvrage qui parait maintenant sous les auspices de Votre Excellence. J'ose me croire bien payé de mes peines , puisque je suis arrivé à des résultats qui font raison de la véritable gloire de ma patrie. Les nia^ tériaux rassemblés pour ce petit Ouvrage auraient pu composer un énorme volume j mais j'ai dû m'at tacher à les

resserrer et k dire , soit dans la refonte de ce que )'ai déjà publié , soit dans l'exposition des aperçus nouveaujc , le plus de choses dans le moins de mots possibles. Voïre Excellence et le Public jugeront si j'ai trop présumé dé mes forces.

A regard de Tépoque du dernier Odin, je n'ai pas été le premier qui ait entrepris de la rabaisser au-dessous de Tère vulgaire. Il y a plus de deux siècles que le saxon Pierre Weias entrevit qu'il n'y avait que ce moyep pour asseoir l'hiatoire du Nord sur d^s bases plausibles* Le savant polygrapbe suédois, Olof de Dalin y adopta , dans sa grande Histoire , le système de Weiss , maissans l'appuyer de preuves suffisantes. Tbunmann , Gatterer , Spittler et Hilllmann , 'se' sont successivement rapprochés, plus on moins , de l'époque qui parait la plus probable j et c'est d'après la lecture de leurs ouvrages , comparée à celle de*

auteurs anciens, que je me suis fortifié dans mon opinion , que Tunique moyen dé résoudre ce gran,d problème histo* rique, est de mettre les généalogies Scandinaves sur la même ligne que celles des Anglo-Saxons et des autres^ nations du moyen âge , mais sans con*fondre ces généalogies avec les séries dés règnes. Je sais que des écrivains, d'ailleurs estimables, mais qui ne connaissaient pas même le nomi de Sigge Fridulfson, ont nié et les exploits et les voyages , en un ttiot , Texistençe de ce dernier Odin. A des savans de cette force je n'ai rien à dire. Mais lorsque un historien danois , M. Kierrulf , soutenant ce pyrrhonisme , proclame Terreur dans un ouvrage destiné à l'instruction de la jeunesse , c'est un caprice que je ne saurai que déplorer. Il est arrivé au sujet d'Odin, comme, à celui de tant d'autres personnages de l'histoire : on en a tant dit et écrit de balourdises et

de rêveries ; on s^est tant efforcé d'en faire un prince dllion , un magicien , un imposteur /de l'identifier avec Priam, avec Ulysse, avec An ténor , etc., que les savans , à qui ces discussions devaient paraître au moins ridicules , ont fini par douter de son existence, conime on a douté et qu'on doute encore de celle d'Hercule et d'Homère.

J'aurais dû peut-être revenir, dans cet Ouvrage, sur Timputatioti de barbarie dirigée contre les anciens habitans de la Scandinavie , par des écrivains pour le moins inconsidérés. Ce nom de Barbares a souvent été appliqué à un peuple non civilisé, que les conjectures rapprochaient d'un peuple civilisé, de manière à faire ressortir le contraste de leurs conditions. Mais avec quels peuples a-t-on pu comparer les Scandi-^ naves des premiers siècles du moyen âge, pour les nommer Barbares? Est-ce avec ces Romains abrutis , auxquels le

grand Théodorik eut à dire : Imitez mes Goths^ dont la valeur dans les batailles ne peut être égalée que par la douceur de leurs mœurs dans la vie domestique i ou avec ces Grecs qui ensanglantaient le monde pour des querelles de théologie scolastique , et qui voyaient , avec volupté , leurs souverains faire dévorer par des bêtes féroces , dans les jeux du cirque, les chefs de leurs ennemis faits prisonniers à la guerre f Ce n*est donc ni la réflexion , ni le raisonnement qui ont commis Tinjustice.

Un poète latin , exilé vers les bouches du Danube , appela Barbares du Nord les peuples qui l'entouraient ; et ce trait de mauvaise humeur , ou de licence poétique , a passé en proverbe. C'est la pauyreté des langues du midi de l'Europe 5 dans lesquelles furent écrites nos premières histoires , qui a fait donner à des hordes sauvages, féroces, vivant sans lois ni politesse, le même nom qu'à

des peuples pacifiques , industrieax , sages^ mais dont la civilisation , par fois étonnante, n'était pas athénienne ou romaine , ou h des étrangers qui ne parlaient pas la langue grecque ou latine* Pour rhonneur de l'Histoire et de ceux qui Tout écrite , il faut croire que c'est dans cette dernière acception que le nom de Barbares a été donné aux anciens habitans de ma patrie.

Je me flatte d'avoir démontré , dans un autre ouvrage, que dans le premier sens ce nom de Barbares ne peut , pour le temps des grandes migrations des peuples , être appliqué aux habitans de la Scandinavie. C'était , daias ce tempsla, Tempire romain qui présentait un véritable état dû barbarie , puisque la corruption l'avait précipité dans un état dé dissolution qui 6init entre les mains des prétendus Barbares , beau* coup moins barbares que les descendaiis dégénéré)» des cooquérans du monde.

Heuredsemçnt les siècles sont passés où les nations de TËnrope se distribuaient ]ës unes aux autres la dénomina* tion de Barbares. Toutefois il se trouve encore des écrivains sans pudeur qui osent, dans des libelles impertinens , ravaler la civilisation actuelle de notre belle Scandinavie au niveau de celle des Maures et des Caraïbes. J'en ai dit quel^ que chose dans le cours de l'Ouvrage que j'ai maintenant l'honneur de présenter à VoTBE Excellence i j'eusse peut-être mieux fait d'abandonner ces écrivassiers à tout le mépris dont ils sont dignes.

' Mais comment réprimer son indignation dans des occasions pareilles ? Je vous avoue , Monsieur le Comte , que mon cœur est saisi quand je vois l'Histoire déshonorée à ce point; mais aussi, que Votre bienveillance et l'état florissant des bonnes études dans ma patrie me consolent ! Eloigné depuis vingt-huit ans des lieux de ma naissance , et fix4

dans

(17) dans nn pays vraiment barbare, je puis bien dire , avec le chevalier romain relégué à Tomi, que

Per tantum terrœ , tôt açuas , pix credere possim Jndicîum stuâii transiluisse mei;

Mais cela n'empêche pas que je ne m'instruise de ce qui se passe sur les bords du Maelar. Et comment ne saurais-je pas combien Votre Excellence y est aimée et considérée, soit du meilleur des Rois^ soit des deux peuples qu'il gouverne, soit enfin des sociétés savantes et littéraires qui , bien que la jeunesse ne soit pas un âge à ofacle , Vous comptèrent entre les oracles de la langue suédoise, lorsque Vous n'étiez encore que dans la fleur de vos années ? Comme j'aurais mauvaise grâce de vouloir faire ici le panégyrique de Votre Excellence ! je me bornerai , Monsieur le Comte , à vous assurer que ce que j'admire le plus en Vous , c'est le Citoyen vertueux et le

Fonctionnaire public loyal et infatigable.

Ce cœur si bien fait et si généreux, ces soins zélés et assidus pour le bonheur de vos concitoyens , me charment bien plus que votre savoir et votre éloquence.

Mais il faut laisser cette matière à ceux qui travailleront à faire Téloge de Votre Excellence; pour moi mon seul but est de Vous rendre un témoignage public de ma gratitude et du profond respect avec lequel je suis ,

Monsieur le COMTE,

De Votre Excellence,

Le très-hamble et très-obéîssant serviteur , Jacques GRABERG DE HEMSO.

Tanger , ,ce i5 Fihrrier i8ai.

LA

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