INTRODUCTION
(ysvithr math- lœfr opt qvethin Vvrri orth enn uilhi.
SiGUBDRiFu Mal.
r AR quelle fatalitë Terreur , une fois introduite dans quelque branche de l'Histoire , s'y main* tient el s'y perpétue-t-elle avec le cours des siècles? C'est que le demi-savoir, pire que l'ignorance , les préjugés nationaux, la routine et l'esprit de système ont de tout temps conspiré à obscurcir et embrouiller des faits historiques qui , discutés par des écrivains judicieux, eussent été susceptibles de solutions satisfaisantes.
La source de beaucoup d'erreurs de ce genre est , à mon avis , dans la paresse naturelle à l'esprit humain , toujours enclin à se reposer sur un guide, s'endormant, pour ainsi dire, jusqu'à courir le risque de s'égarer , au lieu de s'assiftr par des observations el des rapprochemens très-faciles à faire , si le chemin qu'il suit est celui qu'avouerait une saine critique. En fait d'histoire, comme en fait de géographie , une fois qu'on est parvenu à se former
des principes de critiqué sûrs , on doit avoir le courage de se diriger d'après ses propres lu- «dières plus que d aprèg celles des autres. On ne mërîte ni de trouver , ni de connaître la vériië, si Ton n'ose point soulever le voile qui la couvre.
C'est une erreur de cette sorte , existante depuis treize siècles, que )'ose entreprendre de relever , en démontrant , dans cet écrit » que JOBBANES ou J amandes , goth, ou plutôc alain, prétendu évéque de Ravenne^ rêvait ^ s'il n'était pas en délire , lorsqu'il avança , dans son Histoire des Gètes» qtie les Scythes ou Goths étaient originaires de la Scandinavie , à laquelle ce savant prélat donna le nom de Scanzie*
Cette opinion, toute absurde qu'elle est^ a été adoptée aveuglément par tous les historiens qui sont venus après Jordanes ; c'est qu'ils trouvèrent plus commode de marcher sur ses traces , qtie de se frayer eux-knémes une route nouvelle. Aussi l'histoire générale de l'Europe a-t-elle été assise , par ces écrivains iflbonsi^ dérés , sur des bases tout à fait erronées. On a répété les rêveries de l'évêque de Raven<ie> parce qu'il prétendit avoir copié des auteurs plus anciens > dont l'existence n'est rien moins
( ^3 ) que prouvée. Son assertion ^ consignée en deux mots et en sens conjectural dans son ou* yrage sur les Gètes , et fondée sur un simple ut fertur , a été adoptée , soutenue et prônée sous le nom imposant de l'antiquité > par la foule innombrable de faiseurs d'histoires et de livres , habitués la plupart à se copil?r , sans discernement , les uns les autres , et ne cherchant qu'à grossir sans peine le nombre et répaîsseur de leurs volumes. Toute grossière qu'elle est , cette erreur , consacrée par une si longue suite de siècles , est encore de nos jours tellement enracinée , que celui qui se lève pour la combattre doit s'attendre à voir ramasser le gant par tous les érudits de l'Europe , et surtout par ceuz de quelques contrées du Nord»
qui , séduits par une fausse ombre de gloire ^ ont l'air de s'imaginer qu'on veuille déshonorer leur patrie en lui contestant la prérogative d'avoir été , suivant la bizarre expression de Jordanes , la fabrique du genre humain et la pépinière des nations.
On sera étonné , sans doute ^ de voir que c'est un enfant de la Scandinavie , né dans cette même Gothiscanzia dont Jordanes fait tant de bruit > qui s arme intrépidement du bouclier de la vérité pour ôter à sa patrie la
prétendue gloire d'avoir fourni à TEurope ça population moderne. Heureusement nous ne sommes plus dans le siècle où un de mes compatriotes, le professeur Véfélius, appelait la vindicte publique contre ceux qui ne croyaient pas fermement que les Goths, vainqueurs de Rome et de Séville , fussent sortis de la Suède. Voilà , s'il en fût jamais , de l'intolérance même dans l'Histoire ; mais à quoi ne devoiton pas s'attendre de la part d'un écrivain qui, ailleurs > voulait qu'on assommât avec des pierres runiques tous ceux qui rabaissaient la haute antiquité des runes? La vérité est une, seule , et tôt ou tard doit tomber le voile dont elle fut couverte. D'ailleurs , les trois royaumes du Septentrion ont trop d'autres droits à l'estime , à l'admiration et à la reconnaissance des peuples ^u. midi de TEurope , pour avoir besoin d'une gloire mendiée , ni d'une célébrité acquise et soutenue à force de sophismes, et dont la splendeur ne serait , dans tous les cas , que trop obscurcie par là barbarie de leurs prétendus enfans ; célébrité , au reste , formellement contredite par tant de témoignages et de monumens historiques. La première loi qu'un historien doit s'imposer, c'est d'aimer et de proclamer la vérité; et c'est en effet l'aimer.
que de la chercher jusqu'au milieu des erreurs et des fausses circonstances , à dessein de Ten dégager.
J'ose donc me flatter que les esprits ëclairës de l'Europe méridionale , qui ont accueilli avec indulgence ce que j'ai publié ailleurs sur Tétat civil et moral des anciens Scandinaves > conviendront tous avec moi qu'une pareille gloire , au lieu d'avoir un prix quelconque, serait plutôt injurieuse pour un peuple qui , à une époque où son nom était encore inconnu dans This** toire y et tandis que les nations du Midi s'entredéchiraient par des guerres sanglantes et se livraient à tous les excès, possédait déjà^ dans le Ha^a-'Mdl y ouvrage sublime, unique dans 5on genre , le monument le plus glorieux qu'une nation puisse présenter pour preuve de sa civilisation et de sa moralité civile et religieuse. Non , les nuées de Barbares qui inondèrent et dévastèrent l'Europe dans les premiers siècles de l'ère chrétienne , ne sortirent jamais des contrées glaciales et des côtes inhospitalières de la Scandinavie , où un peuple pacifique et vertueux , tel que le dépeint Tacite à la fin du premier siècle, fut luHmême, un peu plus tard, victime de l'invasion universelle.
Je voudrais qu'on ^-çipelki Assassin de VHis-
ioire celui qui le premier confondit soii$ Jes noms de Celtes , de Scythes et de Sarmates , tous les anciens habilans de l'Europe , que nous appelons barbares et qui furent pourtant nos pères. Ces dénominations n'offrent plus à r^sprit aucune idëe historique déterminée , puisqu'il est démontré qu elles ne représentent ni des peuples, ni des tribus qui eussent le nom, l'origine > la langue et les mœurs çom-^ munes> mais simplement des régions du globe, ou des masses conglomérées de diverses peur* plades , comme aujourd'hui les noms collectifs d'Européens , d'Asiatiques, d'Africains , d'Américains , d'Indiens > de Tatars , de Maures , de Cafres, etc« On sait que les Grecs elles Romains nommaient Scythes et Sarmates tous les peuples du nord de l'Europe et de l'Asie , placés hors des limites de leurs connaissances géographi* ques , tout comme nous appelons Nègres tous les habitans de l'intérieur de l'Afrique.
Pour rester dans mon sujet, je ne dois parler ici que des Scythes ou Goths que Jordanes prétend avoir reflué de la Gothiscanzia , ou de l'île actuelle de Gotiland, ma patrie. La question se présente d'abord sous deux aspects principaux , c'est-à-dire, que je dois examiner en premier lieu s'il y a possibilité que cette
(>7) Scanzia ait été en ëtat , dans les siècles dont il s'agit, d'expédier au dehors de nombreuses colonies de guerriers , et par conséquent si les Golhs ont pu sortir de là ; e% second lieu si» étant venus d'autres pays , ils ont, aussi inondé la Scandinavie , comme ils inondèrent le midi et l'occident de l'Europe. Du contact et des conséquences de ces deux points de discussion résultera , je n'en doute pas , la connaissance de la véritable origine de ces peuples que les Italiens appelèrent Barbares , lorsqu'il devint du bon ton de leur attribuer la ruine des lettres » des arts et de toutes les institutions civiles dans la partie de l'Europe déjà parvenue à une espèce de civilisation perfectionnée.
Je le répète : quand on cherche la vérité > et surtout lorsqu'on écrit l'histoire, il fai^t n'être d'aucun pays. C'est dans ce principe que j'ai composé le présent ouvrage.