‹ La Scandinavie vengʹee de l'accusationChapitre 7 sur 7 · II · texte numérisé non relu

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et par quelques tribus tchoudes et vendîques* Ce pays , quoique fort marécageux et couvert de forêts , était pourtant fertile. C'est à cause de ses nombreux lacs > étangs et rivières que les Scandinaves donnèrent -plus tard à ce pays le nom de Reidgotaland , ou Gothie coupée de canaux , du mot Rede ou RU qui » dans la Basse-Saxe , signifie encore aujourd'hui une fosse y un canal ou une rivière factice. Les Gutes ou Gutlons, qui occupaient alors ce pays depuis la Prégel jusqu'en deçà de la Vistule-, avaient pour voisins » du côté du levant » les Ësthiens et des tribus vendiques et finnois ses ; au sud y les Gépides et les Liaîches , ei . yers le couchant, sur la mer, les Bxigiens.

Le nom de Gothie, ou pays des Gotfaons, s'est conservé à ce pays pendant plusieurs siècles. Yîncent Kadtubko , écrivain polonais mort en 1 226 ; Boguphal , évêque de Posna-* nie , mort en 1 253 ; Godislas Bacsko et d'au^ très annalistes appellent toujours Goths les habitans de la Prusse qui , dans plusieurs can-» tons voisins de la Prégel , se donnent encore de nos jours le nom de Gudai ou Guddai»

L'ancien nom de Guttalus , donné à la Prégel , signifie rivière des G«ilte j ou Gutes*

C'est dans ce pays que THisloire nous a laisse^ le premier grand souvenir du passage de Sigge dans le temps qui nous occupe. On sait que vers le milieu du sixième siècle il y avait , précisément dans le pays où les anciens avaient placé les Gothons de la Prusse y un peuple que Jordanes et Agathias appellent Vidii^ariens ou Vidioariens. Ces deux auteurs nous assurent que c'étoit une nation formée du mélange de différens peuples qui s'étaient retirés en^ce pays-là comme dans un lieu d'asile : Ex dhersis nationihusy ac si in unum asylum collectisunt et gentem fecisse noscuntur. Ils possédaient la côte de la mer Baltique où Ton pêche l'ambre jaune , jusqu'au pays des Esthiens y et nommément les îles formées par l'embouchure de la Vistule.

Ces Vidivariens sont incontestablement les ancêtres des Lettons de la Prusse et de la Lithuanie. Le professeur Thunmann, dont les recherches à ce sujet sont d'un'prix inestimable, a mis ce fait historique hors de toute espèce de doute. Il a démontré que le nom de ce peuple ne signifie rien de plus ni de moins que des

Goths

( »»3) Goths chassés de leur patrie » et établis dans le- pays dont il s'agit , ou bien des restes ou débris d'une nation gothique émigrée ou dispersée. Que les Goths aient été appelés Vîtes ou Vides , c'est un fait aussi indubitable que la permutation fréquente des lettres g^jetw dans tous les dialectes gothiques. La Yistule a souvent été appelée Justule ; le Jutland y qui n'est autre chose que la terre des Jotes ou des Goths , a été nommée Wisland o Withland par Bède et l'annaliste saxon , ainsi que dans des actes publics danois du quatorzième siècle. Bède qui écrirait dans le septième siècle , donne aux Danois le nom de Witcé.

La terminaison de çariens se retrouve dans les noms des Boïovariens , des Âmpsivariens , des Angrivariens , des Chattuariens , et d'autres peuples forcés à émigrer de leurs demeures primitives.

Le nom dj? Vidivariens s'est long -temps conservé dans celui de Wittland donné à là partie de la Prusse comprise entre le Niémen et la Prégel. Le géographe de Ravenne en fait mention, et en place les habitans parmi les Sla- Tes. En effet , le fond de la langue des Lettons est vendique ; les racines gothiques et finnoises n'en constituent que la moindre partie. Le

périple de Wulfstan , dans la précieuse gëo^ graphie du roi Alfred , parle également de ce Wiiiesland ou Wittland, que le moine Al* béric des Trois-Fontainea , ei deux documens authentiques d'un évéque duSamland , nommé Henri, en 1264» appellent du même nom.

Pierre de Duisbourg répète la même chose dans sa chronique de la Prusse , composée dans le quatorzième siècle.

Mais quelle pouvait être cette nation gothi-* que chassie ou émigrée de sa patrie » qui vint s'établir ici après la grande migration des peu* pies ? Car il est prouvé par tout ce que Thistoire nous a transmis d'authentique » que vers le milieu du quatrième siècle il n'y avait point de Yidivariens dans cette partie de l'Europe. Je n'hésite point à répondre » que ce ne put être que la peuplade qui suivit Sigge Fridulfson dans son émigration vers la Scandinavie. Je sais que Biorner^ Yexionius > Hermelia et d'autres étymologistes , ont cru que les Lives ou Livoniens , peuple très*moderne , et dont la langue est cependant presque éteinte , sont les descendans des Vidi^arii que Jordanes appelle quelque part Vhidariiy parce que le mot gothique //V se rend en latin par visons OU nndua ; maià de t€[lles déductions doivent

se reléguer avec celte qui fait venir ces mêmes Livouiens des HiUéyious de Pline et de Ptolémée.

Ce qui est tien plus probable , c'est qu'une grande partie des Golhs émigrés avec Sigge , restèrent dans ce pays qu'ils devaient considérer déjà comme un asile bien sûr à cause des rivières et des marais impraticables qui sy trouvent, et qui pouvaient les garantir et les défendre contre les attaques de leurs ennemis» Adam de Brème et Kadlubko les appellent inaccessi paludibus , et ce dernier ajoute qu'ils étaient inattaquables , propter vastissimas in-tercapedines , propter concretissimas nemo^ rum densilates , propter hituminata inacces^ sihilîa palustria. Nous examinerons ailleurs les probabilités qu'on peut assembler par rapport à l'histoire ultérieure des compagnons de Sigge , restés après lui dans cette partie de l'Europe.

PoUr lui-même et ses principaux Ases^ il parait que moins guerriers ou moins courageux que les autres , ils ne se trouvèrent pas encore assez éloignés de toute notion des Barbares auxquels ils voulaient se soustraire. En effet, les Huns ne tardèrent pas long-temps à iVàxkf

( "6) dre leur domination jusqu'aux bords de la mer Baltique , si nous devons ajouter foi au récit de Romulus, envoyé de l'empereur Valentînien III à la cour d'Attila , tel que Priscus nous l'a rapporté dans la relation de son ambassade* Et comment ne le ferions-nous pas f lorsqu'il est certain que des Huns ont occupé quelque temps les parties septentrionales de la Russie , et que de là ils ont même passé par la Finlande dans la Suède , comme je crois l'avoir prouvé dans un opuscule imprimé il y a neuf ans , sous le titre de: Doutes et conjec* turés sur les Huns du nord et sur les Huns franciques ?

Sorti du pays des Gothons, Sigge passa dans la Saxe orientale , alors presque sans habitans , parce que les Rugiens et les Bourguignons l'avaient abandonnée. Il y laissa un de ses fils avec une partie de ses compatriotes , et poursuivant son chemin à travers les autres pays également abandonnés par les Lombards , les Francs et différens peuples de la ligue saxonne y il arriva chez les Varies et les Saxons occiden-* taux , d'où il passa chez les Angles et les Jote$ de la péninsule cimbrique. Ne se croyant pas encore assez sûr, iKtraversa le petit Belt y et fixa enfin sa demeare dans l'île de Fionie où il bâtit

(»i7) de suite la ville d'Odensvi y qui eiiste encore sous le nom d'Odensée.

Quoi qu'en dise le savant historien de TEcosse^ cette marche de Sigge n'a rien que de très-vraisemblable ; et par les faits que je viens de mettre en vue, et par ceux que je rapporterai encore , je me flatte de réussir à placer l'entreprise de cet homme célèbre, sinon au rang des vérités historiques, au moins au rang de celles ^e la plus grande probabilité possible* Que M. Pinkerton en fasse autant s'il le peut , à l'égard des prétendus voyages de Gaothélus et Scota , avec leurs fils Hibérus et Himécus » et leur fameuse pierre de marbre , sur laquelle on couronna long-temps les rois de TEcosse , et qui existe encore à Londres , où elle fait partie du siège inaugural des rois du royaume uni de la Grande-Bretagne et de l'Irlande.

Il n'est pas absolumeriunécessaire , comnie les chroniqueurs paraissent l'insinuer , et comme le voudrait M« Pinkerton , que Sigge ait fait la conquête de toutes les contrées qu'il traversait dans sa marche. Il ne serait pas moins ridicule de soutenir qu'il ait combattu les Sue-

( ït8 ) ves , qui ne pouvaient d'aucune itaîauière se trouver sur sa route. Quand même on voudrait supposer que ce peuple formât encore un cotps de nation , il est évident que la marche de Sîgge parait plutôt dirigée exprès pour éviter sa rencontre. Il y a plus : (Quelle nécessité que iSigge ait conduit avec lui un grand nombre de guerriers, et qu'à l'instar des autres migrations de Barbares , sa suite fût composée d une nation entière ? Il est vrai que Snorro , dans la généalogie d'Odin , avance qu'il était accompagné d'une multitude d'hoinmes vieux et jeunes, maris et femmes, et que même il portait avec lui quantité de biens de fortune : Oc hafdi med set mikinn Jiolda lids , unga menn oc gamla, karla oc konur, oc haufdu med ser marga gersemliga lutù II est encore vrai que le même auteur , dans le prologue de TEdda , dit que les Ases et leurs fils s'étant mariés en Suède , à des femmes indigènes , leur race se multiplia tellement que la langue des Ases devint celle de toutes les régions du nord , depuis la Saxe jusqu'en Norwége, ce qui prouverait que le nombre des premiers colons dut être considérable. Cependant il ne résulte d'aucune autre tradition , que Sigge Fridulfson ?oit entré dans la Scandinavie avec ce grand

( "9 ) cortège. En confrontant ce que nous savons par les chroniques du nord , avec ce que Pierre Weiss ou Âlbinus a ëcrit sur Torigine des Saxons , alors établis au nord de l'Allemagne « il est pourtant de la dernière vraisemblance que Sigge s'est arrêté quelque temps auprès de cette nation , et qu'il y a même laissé une grande partie de ses compagnons asiates. En effet y Snorro ajoute plus bas dans son prologue : J that lund er nu kallat saxland ^ thar dçaUiz Odinn hngar hridiryoc tignaz 9ida that land ; thar setr Odinn til îandzgœrlu thria senu sina , c'est-à-diré, qù'Odin s'arrêta quelque temps dans le pay^ qu'on ap« pelle maintenant la Saxe , qu'il soumit peu à peu à son autorité , et il y mit trois de ses fils en qualité de préfets. Quant à son entrée dans la Suède , toutes les traditions ne parlent que de Itii et de ses dîer on seigneurs asiates » dont au surphis il est toujours parlé comme de personnages versés dans la poésie et dans les sciences , plut^ que comme de guerriers et de hérosk

Osons donc admettre comme un fait cons-* tant y que le principal objet de Témigration de Sigge était de trouver une contrée lointaine y 9u il pût s'établir avec ses compagnons d'in-

fortune, remotusab omni notifia harharorum; qu'arrivé chez les Saxons, il y trouva une nation parente de la sienne , ce dont on ne peut douter, puisqu'on sait que les Saces , ancêtres des Saxons , étaient venus comme les autres nations gothiques , des bords du Don et du Volga , à la même époque sans doute où les Jotes occupèrent le Jutland et la Scandinavie, après rémigration des Cimbres et des Teutons vers le midi de l'Europe. Et comme c'étaient précisément les nations comprises sous le nom de ligue saxonne , qui occupaient alors les rives de TEIbe , de l'Oder et de la mer Baltique , abandonnées par les tribus germaniques plus guerrières , il était bien moins difficile qu'on ne semble le croire , que Sigge obtînt de ces nations pacifiques et amies, la permission de traverser leur pays, pour se rendre à sa destination qui , dès le principe', paraît avoir été dirigée vers la Scandinavie. C'est au moins ce que nous apprenons de Snorro Sturleson dans son prologue déjà cité : Odinn hafdi spâdouy dit-il, oc sua konu hans ; oc af theim visindum fann hann at nafn hans mundi uppi çera i nordr halfu heimsinns oc tignat umfram alla Konunga > Jirir t?ia saukfystiz hann at hyriafœrd sina

ùf TyrMandi ; c'esi-^à-dire , Odin possédait Tari de prédire l'avenir , de même que sa femme ; par cet art il prévit que son nom deviendrait célèbre dans Thémisphère boréal , et illustre par-dessus tous les rois : c'est pourquoi il prit la résolution de- quitter laTurkie, etc.

La péninsule Scandinave , peuplée alors par les Jotes ou Gutes , par les Svions ^ les Sitons et d'autres peuples de race finnoise , peu guerriers 9 était très-certainement connue chez les tribus de la Germanie septentrionale. Les Gutes de la Suède, ceux de la Chersonèse cimbrique, et les Guttons de la Prusse sont évidemment, comme nous l'avons déjà observé , deux branches d'un même peuple ; ils étaient dans la Suède dès le premier siècle de notre ère , et doivent y être entrés , soit directement par mer, de la Prusse et 4^ la Courlande, soit par le Jutland et les îles danoises , après l'émigration des peuples qui, deux siècles auparavant , chassés par de grandes inondations des bords inférieurs de l'Elbe et de la Chersonèse cimbrique , gouvernèrent quelque temps les Gaules , ravagèrent l'Espagne , et furent défaits par Marius dans la Provence et dans le Véronèse.

Il parait que ce fut chez les Guttons prussiens

que Sigge reçut des notions plus exactes du pays dont il voulait faire sa dernière demeure ^ et n'ayant pas ict^ non plus que chez les Esthiens » les moyens de s'y rendre par%ner , il se confirma dans son projet d'y aller par terre en côtoyant la mer Baltique.

Toutes les anciennes histoires s'accordeni pour nous assurer^ que ce grand homme a reçu le surnom d'Odîn ou Wodan y qui signifiait le dinn , à cause des qualités ëminentes qui le distinguaient , et qu'il possédait y entre autres choses , une éloquence si énergique y et des talens si sublimes qu'il n'y avait pour hii rien d'impossible. Snorro Sturleson dit » qu'il était ag€Pir maàr af speki oc altri atgiorçi ; c'est-à-dire, homme éminemment savant et doué de toutes les perfections. Partout où il passait avec ses Ases , la renommée les précédait de loin , et on les recevait plutôt eomttie des dieux que comme des hommes :

Their ihotto likari godum en monnum.

Il ne serait pas certes » comme je l'ai déjà dit y d'une saine critique de s'imaginer que les Ases de Sigge eussent subjugué , par k force des armes , tous les pays qu'ils traversèrent , tout pacifiques et peu guerriers que pussent en être les habitans ; mais il est plus que probable ,

( «23 ) il est même très-possible , que par le moyen d« son gënîe transcendant et du charme de son éloquence ^ atissî bien que par la supériorité de ses manières et de ses talens , leur chef fût arrivé à obtenir , an moins cbez les tribus gothiques et saxonnes » Tobjet de tous ses souhaits et de toutes ses demandes. La Heim Kringla ou cronique de Norwége dit : Hann ialadi S9a sniallt oc slett att ollum er aheyrdo thotti that eîna sait ; c'est-ànîîre , il parlait avec tant de grâce ^ d'éloquence que tous ceux qui récoutaient étaient toujours de son avis. En effet, il paraît que noïi-seulement les nations alliées de la sienne , mais partout où il passait , les peuples prévenus ensafaveur, et remplis de vénération pour ses exploits çt pour ses opinions religieuses , le prenant, ainsi que ses compagnons , pour des êtres au-d^sus de la liatnre homaitte , allaient à Fenvi pour 'lés bien accueillir, jusqu'à souhaiter qu'il laissât parmi eux qnelques-utis des siens ponr juges on pour capitaines ; ce qui a pu donner lieu à la croyance qu'il a établi dix de ses 6ls souverains d'autant de royaumes. De là ks dissertions des Sagas que Sigurlam régna en Moscovie , Begdeg dans la Saxe orientale , Boldeg dans la Westphalie ou Saxe occidentale, Sigge

dans le Frakiand ou ancien paya des Francs y Skiold en Danemark^ Gaute dans la Goihie Scandinave , HeimdaU dans la Scanie ou Skâne , Semminger dans la Norwége , et Yng9e , ou plutôt son fils Niordr , conjointement avec son grand*père > dans la haute Suède.

En réflëchissant sur la route suivie par Sigge Fridulfson , on ne peut s'empêcher de conjecturer qu'il n'ait d'abord cru parvenir , du côté du nord^est y dans la Scandinavie. C'est chez les Esthiens qu'il apprit sans doute que ce chemin était par trop long et trop difficile , ce qui l'obligea de prendre celui de l'ouest y plus facile et plus court. Ce que nous savons avec toute certitude, c'est que dès son entrée dans le Danemark, il se fixa dans l'île de Fionie, où il parait même qu'il pensa de s'arrêter définitivement, puisqu'il y bâtit la ville à' Odensf^» Son intention était apparemment de se contenter de la première île qu'il rencontrait , où il pût se croire en sûreté contre toute surprise , et comme nous l'avons dit souvent y ab omni notitia harharorum remotusm

La Suède ou la Scandinavie continentale était alors gouvernée par Oylfe^ fils de Béîler^ de la dynastie ïote de^ Forniothr y laquelle ,pendant quatre siècles et demi , avait régné sur ces peuples. Sigge ayant appris que dans les états de Gylfe il y avait des provinces fertiles et belles , y envoya d*abord Géfion sa fille ^ pour* s'assurer de la v,érité< D après le rapport de cette princesse , son père s'ébranla de nouveau avec ses Ases pour aller s'établir dans la haute Suède , ce qui lui réussit à merveille ^ d'autant plus que Gylfe ^ ébloui comme tant d'autres par l'ascendant et par la supériorité physique , politique et morale de ce conque;»^ rant législateur ^ non-seulement lui céda , sans dispute son royaume^ mais donna encore sa fille Heidi en mariage à Sigurlam ^ fils de Sigge et roi du Garda-rike ou grande Russie.

Etabli dans la Suède ^ où il bâtit sur le lac Mélar, la ville de Sigtuna, ou enceinte de Sigge j avec un fameux temple idolâtre ^ Sigge commença bientôt à introduire dans le pays les usages et les coutumes de ses compagnons asiates , sans rien changer pourtant à l'état ci?il et politique du peuple, se bornant à régner sur les consciences et sur les cœurs de ses* nouveaux sujets , par Iç moyen des idées relî^

( »26> gienses et des opinions morales qu'il prêchait , plutôt que sur leurs ^ies et leurs biens par la terreur et la violence. {1 fit plus : pour prouver que ce n'était ni Tambition ^ ni le désir de dominer qui l'avaient poité à régénérer ce royaume , il ne ceignit jamais le diadème y se contentant ^ en qualité de souverain pontife , d'administrer Vétat au nom de son fils Yngve, qui cependant paraît n'être jamais venu en Suède , quoique ce soit de lui que descend la dynastie des Tnglingiens , dont les princes , en ligne directe , gouvernèrent la Suède jus-* qu'à la moitié du huitième siècle ; la ligne masculine s'éteignit en 1066 par Harald le Sévère y roi de Norwége.

On sait fort peu de chose relativement à la feligion , aux lois et aux mœurs des Jotes , habitans de la Scandinavie avant l'arrivée des Goths asiatiques avec Sigge. Il existe pourtant à ce sujet un petit ouvrage extrêmement inté-^ ressaut , publié il y a trois ans en langue alle-^ mande par monseigneur de Mûnter y évêque de Sielland et des ordres royaux de Danemark , sous le titre de : La Religion du nord apani les temps dOdîn. Le seul fait vraiment positif qu'on puisse tirer de ce que l'antiquité nous a conservé à l'égard des opinions religieuses des

( 1^7 ) Scandinaves , avant le dernier 0<îin , est qu'ib se livraient aux dogmes du fétichisme naturel et de la. métempsycose » e( que leurs prêtres » à rinstar des chan^aas de h Sibérie ei des an-* gekoks du Groenland > gouvernaient le menu peuple par les prestiges df la m^gie. Ces mo« meries magiques paraissent même , beaucoup plus tard> avoir formé une espèce de lien entre les babit«ans primitifs du nord , relégués vers le voisinage du pole> et leurs vainqueurs établis en Suède , en Norwége el dans les iles« Les Lapons , desceadans actuels des premiers Scandinaves » tiennent encore aujourd/hui à des illusions semblables.

Néanmoins nous savons que les Scsindinaves , avant l'arrivée de Sîgge , quoique privés de temples et d'idoles, rendaient un culte distingué à trois grandes divinités , représen* tant trois grandes puissances ou actions de la nature , qui était en même temps Tobj^i et le théâtre de leur culte. Les arbres > les rochers, les fleuves et quelques pierres en forme d'au* tels, leur rappelaient plus particulièrement }a présence de la divinité qu'ils voulaient iu^ voquer.

Dès la plus hioitf antiquité , oa célébrait chaque djunée deux grandes {ét^s solennelles ; la

première dans le croissant de la seconde lane de l'annëe , en Thonneur de la déesse Goya ou Frigga y la Cérès des Scandinaves , pour en implorer une bonne année, les plaisirs, la fécondité, le bonheur; et la seconde vers le solstice d'hiver en l'honneur de Thor w diea de la foudre et des météores. ^

Thor , dont le culte se trouvait répandu depuis rOcéan atlantique jusqu'au centre de Tx^sie, était la première et la plus grande divinité des Scandinaves avant Sîgge.^ C'était la force invincible personnifiée. Leur second dieu était celui du feu et de la lumière ; il s'appelait Hlôd ou Lodîn et quelquefois Allfa^ der ( père de tout ). Il paraît qu'on a cru qu'il était père de Thor et de tous les autres dieux. A ces deux divinités indépendantes l'une de l'autre, ils joignaient une troisième, qui procédait des deux premières ; son nom était Freyr , et on croit qu'il représent^iit la lune , parce qu'il présidait aux opérations de la nature féconde et générative. Ces trois dieut. furent encore appelés Har , le Sublime^ Jofnhar , l'égal de Har , et Tkridie , le troisième. On reconnaît sans difficulté ici la Triade des anciens gymtiosophistes et du chamanisme moderne y ^^ ^ ^'^^t plus permis aujourd'hui

de

( Ï29 ) de douter .que la croyance religieuse , comme ' la langue primitive de la Scandinavie , n'ait tire son origine des contrées arirosées par le Barampouter et le Gange.

Goya ou Frigga , qui était l'objet de la fête du mois de février, était fille de Thor et femme de Lodin ; car ce sont certainement les météores^et l'action du soleil qui fécondent la terre^ Elle donna son nom au mob de février »

quoique Sigge Fridulfson Fait exclue ensuite » ainsi que son mari , de sa mythologie. Il est possible que dans Torigine elle né fût qu'une simple mortelle ; mais on la confondit bientôt avec la lune » à laquelle le mois de février était consacré. Court de Gébelin croyait qu'on l'avait appelée Goya, du mot kow ou ko , parce qu'une vache était son symbole. Les nations germaniques qui , dès la plus haute antiquité y lui rendaient un culte distingué , l'appelaient Hertha , nom qui signifie , Terre couverte de verdure. Tacite en parle au long dans la belle description de l'ancienne Aile-* magne , et les circonstances locales qu'il rapporte viennent de se retrouver dans plusieurs îles de la mer Baltique , surtout dans celles de Sielland et de Fionie. Le nom de Disa qu'on lui donne dans les anciens Sagas , et

( ï3o ) dont on tira celui de Disa-Ting donne à rassemblée des Etats tenue à Tépoque de sa féle^ signifie simplement déesse ou divinité femelle. Après tout , le nom de Frigga ou Goya ïi'esi peut-être que celui de Freyr ou Frey fémii^isé : on sait que peu de temps avant Tarrivée de Sigge ou du dernier Odin , les Scandinaves avaient donné une partie des attributs de ce dieu à sa femme ou stieut Fï^eya. Freyr aura » comme beaucoup d'autres divinités indiennes et chamaniques , été hermaphrodite ; mais les Scandinaves , à qui cette conception de la volupté asiatique devait paroitre où inepte ou trop mystérieuse , en aui'ont fait deux hypos-* tâses distinctes y en attribuant au mâle le pouvoir de féconder la nature inanimée , et à la fenielle , celui de la propagation des animaux y et nommément de l'espèce humaine.

Jai dit plus haut que les anciens ScandI-naves n'avaient ni temples , ni statues^ ni idoles. Tacite dit la même chose des peuples de la Germanie. Considérant la grandeur des dieux, ils ne croyaient pas qu'ils pussent être renfermés dans aucun temple , ni qu'aucube figure humaine pût leur ressembler. On con*àacrait des bois^ et on donnait lé nom de dieu à ce qu'il y avait de plus caché et qu'on ne voyait que par la pensée.

A. Jk-0

Tel était l'état des idées religieuses des peuples de la Scandinavie , lorsque Sigge Fri«dulfson y introduisit l'odinisme et le culte des idoles, et qu'il y bfttit le premier temple.

Quoique ces peuples fussent alors gouvernés par un roi , il paraît vraisemblable qu'ils vi«vaient encore dans une grande liberté patriarcale ; sans cela il n'eût pas été si facile de les soumettre. Pauvres et dépourvus de toutes les commodités de la vie, les lois leur étaient peu utiles» eh ce que possédant plus de terres qu'ils ne pouvaient en cultiver y ils n'eurent jamais des disputes pour la propriété. Les deux fêtes annuelles dont j'ai parlé , prouvent qu'ils attachaient dit prix à l'agriculture» quoique k chasse et la pèche dussent fournir la majeure partie de leur nourriture , vu l'immensité des forêts et le grand nombre des lacs et des rivières. Leur pauvreté les avait sous-traits jusque-là aux invasions étrangères ; ils n'avaient eu besoin ni de places fortes ni de troupes. Tacite , qu'il ne faut jamais se lasser de citer , lorsqu'on parle des anciens peuples du nord 9 croyait que jusqu'au temps où il

( i32 ) écrivait y aucune nation étrangère n'était venue s'établir dans les pays qui répondent à la Scandinavie actuelle y dont il dit que la disposition était désagréable , le climat rude et le terroir ingrat et affreux à voir y si ce n'est pour ceux qui en sont indigènes. Les Scandinaves , avant l'arrivée de Sigge , ignoraient presque l'usage des villes et des villages, en dépit de la mu* nificençe de Pline qui en donne cinq cents gux Hillevions. On pourrait tout au plus supposer , d'après quelques anciennes traditions , que les cinq villes de Skanor , Helsingborg y Lund , Lethra et Wisby , fondées sans doute par des marchands étrangers y avaient déjà une existence sociale à l'époque de la naissance de Jésus-Christ.

Voilà le peuple que Sigge Fridulfson trouva dans la Scandinavie. Au lieu d'abolir tout-à-fait leurs usages y il ne fit qu'accroître leurs superstitions en introduisant un grand nombre de divinités nouvelles y représentées par des idoles et adorées dans des temples. Il institua au surplus une troisième fête de sacrifices en l'honneur d'Odin, dieu suprême de la guerre , et réunit dans sa personne les deux charges de souverain Pontife sacrificateur et de chef suprême des armées. £n un mot , il

( >33) fil en très-peu de temps d*un peuple grossier (mais si doux et pacifique, que du temps même de Tacite , il était gouverné par une femme) , une nation belliqueuse y mais remplie de superstitions y qui rendent toujours les hommes inquiets et féroces. Entre autres institutions ,* il ordonna qu'on brûlât désormais les morts d'un rang ordinaire , tandis qu'il fallait ériger sur les tombeaux de ceux d'uii ordre plus élevé ^ ou qui s'étaient distingués par de grands, services» des cippes ou petites colonnes » et sur ceux des grands et des princes , des collines sépulcrales dont on rencontre encore aujourd'hui un très^grand nombre dans lalSuède.

Quant aux idées sur l'état des âmes après la mort 9 la métempsycose n'était pas uii point de croyance universelle. La majorité de la nation admettait un séjour de délices pour lés âmes des bons » et un lieu de supplices sans fin pour celles des méchans. Le nom du premier était GUsis - Vold et Udarisaïkr ( terre des immortels) ; et celui du dernier, Surtur (séjour de la noirceur ou des ténèbres). Siggé eut le talent de faire remplacer tout cela par son Vaïhalla , ou lieu de festin des guerriers tués sur le champ de bataille ; mais il ne put ni anéantir , ni changer les idées des Jotes sur le

Supplice éternel des méchant : car la crainte laisse dans le cœur des hommes ^ des impressions bien autrement profondes que l'espéf rance; et ladroit réformateur vit bien qu'il fallait accommoder son système aux idées exis* tantes , tro{> difficiles à détruire. C'est ainsi que les fables de TEdda et de FOdinisme contien* nentbeaucoup de mythes étrangers à la doctrine des Âses. Les dieuï des élémens , tels que ^/âpr ou Aegir y et Loke appelé Utgarda ou Texilé apr^ l'introduction de l'Odinisme dont il était l'ennemi implacable ; ceux du courage, de l'éloquence , des vertus pacifiques ; Hel ou la Mort , les Nomes ou Parques , et les Alfes ou Génies appartiennent tous à la mythologie des Jotes , peut-être même à celle des Finnois et des Lapons. Les savans antiquaires du nord qui y à l'exemple de monseigneur de Mûnter , chercheront à saisir et établir les vrais points de contact 9 de séparation et de rapport des deux mythologies Scandinaves > rendront le plus grand service à l'histoire septentrionale de l'ancien monde* Nous possédons un ouvrage excellent sur la mythologie finnoise y publié il y a trente ans par le professeur Ganander ; mais nonobstant les travaux immenses d'un grand nombre d'érudiis suédois , danois et allemands.

une exposition vraiment philosophique de la belle mythologie Scandinave y avant et après l'odinisme» est .encore un ouvrage à faire* MM. de Munter , Nyerup , MûUer et Grundtvig, en Danemark 9 en ont pourtant posé les bases , et il faut faire des vœux pour que ces savans et autres comme eux y pénétrés du désir d'examiner à fond les antiquités scandîennes, et qui aiment à étudier Thomme dans les égare*mens même de son imagination , complètent rédifice sans se mettre en peine desparahigtsmes et des extravagances débitées par les AOelung , les Frédéric Rûhs et les grimauds de leur école* M. Malte Brun, qui à une infinité d'autres connaissances » réunit celle des idiomes Scandinaves anciens et modernes , nous promit en i8i3 une édition française du Volu-Spa, partie principale de l'Edda poétique ; mais jusqu'ici sa promesse est restée sans effet* . Par rapport aux talens et aux connaissances surnaturelles qu'on attribue à Sigge Fridulfson y sous le nom d'Odin y je ne ferai qu'une seule observation décisive. Un génie transceo*dant , qui trouve son compte à être fourbe pour en imposer aux hommes, et qui a dans ses mains les armes de tous les genres , que ne peut-il pas faire accroire à un peuple simple »

( »36 ) grossier et crédule ? Il suffit de jeter un coupd'œil sur la vie du fondateur de rislamisme , aussi bien que sur celle de tous les.guerriers le-gislateurs de Tantiquité et du moyen âge y surtout chez les peuples non civilisés, pour ne rien trouver de surprenant dans les relations des $agas irlandais au sujet des prodiges opérés par Odin. Les hommes , même les plus grands , se servent quelquefois de moyens semblables pour arriver au but qu'ils se proposent:

heureux quand les effets répondent aussi complètement à leurs conceptions et à leurs espérances y que le succès de Sigge couronna ses réformes dans la Scandinavie , oii il parvint à réunir sous un gouvernement paternel y ferme , déterminé et respectable , une nation sage et morigénée, qui ne pouvait plus séparer sa prospérité particulière de la grandeur et de la dignité de son prince.

Appliquons finalement à Timmigratton des Ases dans la Scandinavie y un principe historique dont la justesse ne peut plus être révoquée en doute* Dans les migrations anciennes comme dans les plus modernes , la« conséquence immédiate d'une invasion était toujours l'anéantissement du nom de la nation dont le territoire était envahi ; .partout où entrait une

( »37 ) peuplade ëtrangère, on ne nommait plus qu'elle, et tout ce qui tombait sous sa domination cessait dès-lors d'avoir une existence , toutes les fois que la nation subjuguée , par un degré supérieur de civilisation ou par d'autres causes également puissantes , n'était point en état de réformer elle-même les mœurs et la langue de ses nouveaux maîtres. De là cette infinité prodigieuse de noms ethniques dont l'histoire ancienne est remplie aussi bien que celle du moyen âge. Les Goths d'Asie donnèrent leur nom , leur langue et leurs moeurs aux Tchoudes de la Scandinavie , ni plus ni moins que les Carthaginois et les Arabes donnèrent les leurs aux habitans de l'Afrique septentrionale, et les Saxons à une partie de ceux de la Grande- Bretagne. Mais les Yarègues en Russie et les Normands en France , dans la grande Grèce et en Sicile , se fondirent avec les habitans du pays conquis , en adoptant comme les Moghols dans rinde et les Tâtars à la Chine , les mœurs , la langue et jusqu'au nom des peuples qu'ils avaient pourtant soumis à leur puissance.

En un mot^ comment ceux qui élèvent des doutes sur l'entreprise de Sigge et sur son établissement dans la Scandinavie^ ne révoquent-ils pas également eu doute les établis-

( »38 ) semens des Phéniciens en Afrique et en Espagne, des Gaulois dans l'Asie mineure , des Vandales dans les Mauritanies, et des Es-* pagnob dans le Pérou sous les ordres de Pizzarro ?

J'ai voulu suivre Sigge Fridulfson jusqu'au bout de son entreprise avant de développer les preuves qui pourront, je l'espère , établir avec quelque degré de certitude , la véritable époque de l'arrivée de ce dernier Odin dans la Scandinavie. U est démontré qu'elle n'a pu avoir lieu ni du femps de Pompée j ni plus anciennement : le témoignage de César et de Tacite nous assure y que dans l'intervalle qui répara ces deux écrivains aucune colonie d'Asiates n'avait pénétré dans le nord de l'Europe. Ainsi, de tout ce que j'ai dit jusqu'ici, il doit résulter qu'une telle expédition n'a pu ,se faire avant Tannée 870 de notre ère , époque à laquelle les commuaications étaient encore librement ouvertes entre l'empire de Rome et. les pays du nord. Le commerce même de l'ambre jaune que les Romains ti^ raient des côtes de la Prusse d'aujourd'hui , ^e faisait à cette époque comme du temps des

( i39) premiers Césars* D'un autre côté ^révënement ne peut être postérieur aux premières années du cinquième siècle, parce qu'il est très-certain que la Suède était alors gouvernée par des rois de la dynastie d'Yngve , comme il est égale^^ ment hors de doute que le Danemark Tétait par celle de Skiold, la Saxe par celles de Begdeg et de Boldeg » antres fils de Sigge Fridulfson y sous le nom d'Odiu ou de Wodan* £t c'est précisément ici que l'histoire des Saxons et des Anglais , dont la première au^ rore commença dès-lors à briller , concourt à établir sans réplique , qu'Odin ne peut être arrivé dans le nord de l'Europe que vers Tannée 38o y ou peu d'années après les premiers succès de Balamir sur les bords du Tanaïs et du Borysthène. Les deux Gildas , dont le premier était contemporain des conquérans saxons » puisqu'il mourut très-âgé en 5 1:2; Nennius, qui composa son histoire au commencement du septième siècle; le vénérable Bède, Asser de St-Davids, Ethelwerd , Florent de Worcester, Simon de Durham , Guillaume Sommerset de Malmsbury y Etienne Langthon y Matthieu de Westminster , Bulph Higden y et tous les anciens historiographes anglo - saxons , dans la Grande-Bretagne, appuyés et confirmés par

Witilînd f annaliste saxon du neuvième siècle, s'accordent à nous assurer que Hengist et Horsa, lesquels en Tannée 449 passèrent dans cette île , descendaient en quatrième génération d'Odin par la ligne de Begdeg y celui de ses fils qu'il avait laissé dans la Saxe orientale. Les généalogies de tous les chefs des sept royaumes de Theptarchie anglaise ^'accordent parfaitement avec celle de Hengist » fondateur du royaume de Kent. Bède , né anglais »

et l'homme le plus savant et le plus instruit de son siècle , écrivit son histoire ecclésiastique du peuple anglais vers l'an 690 y deux siècles à peine après la conquête des Saxons, et il avait sans doute sous les yeux les ouvrages antérieurs des deux Gildas et de Neniiius. Ses paroles ne laissent plus aucun doute sur la filiation d'Odin jusqu'à Hengist et son frère. Erant autem, dit-il, Hengistus et Horstus Jiln Witgissi, cujus pater Wecta, cujus pater Woden , de cujus siipite multarum pronncîarum regum genus duxit originem.

Snorro $turleson , ce prince des historiens Scandinaves du moyen âge , donne à peu près la même généalogie ; Er einn sont Odins nefndr V^gdegg , car hann çikr konungr oc red fyrir Austf sax^landi ; hans sonr car

Vitrgîls , hans iynir 9oru their Pîtia fadîr Heingestz oc Sx^dxx fadir Svebdegg, er i^œr kaullum Svipdag ; c'est-à-dire : l'un des fils diOdin se nommait Vegdeg , qui fut un roi puissant y et posséda la Saxe orientale. Son fils se nomma Vitrgils j qui eut deux fils , savoir , Pitta père de Hengist , et Sigar père de * Sçebdeg que nous appelons Si^ipdag.

Or, Hengist ne pouvait être né avant Tannée 420, puisqu'au rapport de Verstegan il n'avait pas eneore trente ans lorsqu'il arriva en Angleterre* Son père devait par conséquent être jeune encore au commencement du cinquième siècle , et son grand père Vecta ou Vegder est très-certainement le Vegdeg ou Begdeg que les Sagas islandais et les chroniques septentrionales nomment roi de la Saxe orientale , et Belde ou Beldeg son frère , dont descendirent^ jusque Egbert et Alfred , les rois de Wetssexy est également sans contredit le Boldeg que les mêmes chroniques appellent roi de la Westphalie ou de la Saxe occidentale* L'un et l'autre ont pu avoir de trente à quarante ans lorsqu'ils arrivèrent avec leur père dans la basse Allemagne septentrionale , vers l'année 38o de notre ère ; quand même nous voudrions admettre que Yecta ou Begdeg n'ait

point été immédiatement le père de Yitigis ^ mais bien son aïeul par l'intermédiaire de Pùta on Fita son fils > nommé dans les chroniques septentrionales. Mais nous sommes persuadés que ce Fita n'est qu'un fantôme inyenté pour en dériver la dénomination des Fùa ou Ju^œ ^ qui accompagnaient les angles dans la Grande^ Bretagne y et qui ne sont autre chose que les Jutes de la péninsule cimbrique* Odin ou Sigge que les historiens anglais appellent fils de Fri-^ dôald ou de Fridulf , devait donc être né vers Tan 320 de notre ère y et avoir à peu près soixante ans lorsqu'il vint s'établir dans la Suède.

Newton a démontré que , même dans les états les plus civilisés » la durée moyenne de chaque règne n'excède jamais celle de vingtdeux ans pour chacun y et que pour le plus elle n'est que de dix-huit , en sorte que par un calcul moyen on peut en compter cinq pour un siècle. Il ne serait pas y d'ailleurs y d'une saine critique de supputer le nombre des règnes par celui des générations y parce qu'on ne peut pas toujours supposer que le fils ait succédé immédiatement au père. Les historiens Scandinaves y fondés sur la chronique généalogique appelée Ynglingu-Tal ou dénombrement des

Yngllngîens ou descendans d^Yngve, composée au neuvième siècle par le célèbre Skalde Thîodolfr de Hvine , commeiilëe dans le onzième par Are Frode , dans le treizième par Snorro Slurleson , et dans le dix-septième par Thormod Torfœus , et confirmée par le témoi-gnage uniforme des chroni^e^ nommées Fun^ dinn Noregur^ Heims Kringla et Langfedga- Tal; les historiens du Nord ^ dis-je ^ àdmetteht comme un fait indubitable , que depuis Odin jusqu'à Tavénement tllvar Yidfadnie , en 749 » vingt-^quatre rois de la dynastie ynglingienne ont occupé» l'un après l'autre, le trône de la haute Suède , ce qui donnerait plus de trentequatre ans pour chaque règne , si , avec ces mêmes historiens , on voulait admettre qu'Odin fût arrivé dans la Scandinavie soixante-dix ans avant notre ère. De même on rencontre dans rhistoire dé Danemark , pendant ce même espace de temps , vipgt rois , ce qui ferait quarante-un ans pour chaque règne , chose abso-lumeiit impossible, absurde même, et sans exemple dans aucun pays et dans aucun temps.

On sait aveé certitude que dans la série des rois de l'Ecosse et de l'Irlande , aussi bien que dans celle des rois de Fheptarchîe anglaise , la durée moyenne de chaque règne n'est que de

douze années seulement y et par une exception remarquable , de seize dans celle des rois de Westsex ou des Saxons occidentaux » où le sceptre ne sortit jamais de la descendance de Gerdick et de Beldeg. Et pour ne point chercher des exemples seulement chez des peuples alors et même plus tard appelés barbares , nous trouverons encore dans la série des rois de France y depuis Pharamond jusqu'au dernier des rois Mérovingiens^ seulement onze années pour chaque règne y et treize dans celle des empereurs de Bysance pendant la même période ; huit dans celle des rois Goths d Italie ; dix dans celle des rois Lombards y et neuf dans celle des hexarques de Ra venue et des rois Visigoths en Espagne* Gomment peut-il donc entrer dans la tête d'un historien > ou d'un homme quelconque y doué d'un peu de bon sens y de croire que dans la Suède et dans le Danemark y où la civilisation était toujours peu avancée^ la durée moyenne des règnes pût approcher de quarante années , chose sans exemple même dans l'histoire des temps fabu* leux de Rome y où l'on a eu le courage de soutenir que sept rois ont régné deux cent quarante-quatre ans , et conséquemment presque trente-^in(( années l'un dans l'autre P Je

conçois

conçois que Ton pourra m'objecter » que dans le septentrion le climat, les mœurs et la manière de vivre ont dû contribuer à la longévité > comme il arrive ordinairement de nôS' jours; mais je réponds qu'il suffit d'ouvrir les annales du nord pour voir que la plupart des rois , oa moururent sur le champ de bataille, seul genre de mort qu'ils devaient désirer par principes d^honneur et de religion , ou demeurèrent vie- . times des trahisons^ des révoltes et du fanatisme de leurs sujets, ni plus ni. moins de ce. qui arrivait alors aux souverains des autres pays de la terre connue. £t comment pouvait-* il arriver différemment à des princes qui <gou->. vernèrent un peuple , lequel depuis l'arrivée de Sigge Frîdulfson avait pour premier dogtne de religion , que tons ceux qui mouraient de leur belle mort, et sans effusion de sang , ne pouvaient partager la béatitude éternelle,. mais qu'ils passaieiit k NiJÎAêm , séjour de malheur et de repentir , réservé aux traîtres ( ni/ly dé-, serteur , rebelle ) , et à ceux qui mouraient btt de maladie naturelle ou de vieillesse.

ÎO

xxu.

. VfiNOUfôaiix conséquences.

Si nous YouloQS ramener les annales de la Scandinavie au niveau de Thistoire gënéjrale de rj^uxope , il faut absolument rabaisser de beaucoup les tablas généalogiques et les chronologies fastueuses des Sagas islandais, de Snocro Sturleson et de Torfœus. En nous contentant d'aUer de pair avec les autres nation^ eurûpéeniies , et cela même avec un certain air de prééminence , nous chercherons de boniie foi à établir une durée moyenne plus raisonnable pour les règnes d^s successeurs d'Odin dans la famille .des Ynglîngiens, oh Von voit combien il serait ridicule , absurde même., de prétendre que les fils aient coas^ tamm^m succédé à leurs pères pendant quatre siècles entiers^ our pendant neuf suivant les chroniques Scandinaves. Je suis persuadé qVen prenant pour règle k terme moyen de tous les diiférèns règnes contemporains que j'ai cités plus haut , et qui joints ensemble ^ même avec ceux que les chroniques scandi^ naves supposent pour leurs rois, donnent un nouveau terme moyen de dix-huit ans et quel-

( -47 ) ques mois pour chaque règne , on trouvera un médium qui aura pour lui d'autanl plus de probabilité qu'il correspond en même temps , non-seulement à la règle générale pour les pays doués d'un certain degré de civilisation , mais ausei aux termes moyens des règnes successifs de la Scandinavie y pour une période égale à celle qui demeure dans Tobscurité»

Car , en comptant pour chacun des vingt souverains du Danemark , depuis Odin jusqu'à Rorik Slingebaug , prédécesseur d'Ivar Vid^ fadme un règne de dix-huit ans et demi , nous * aurons un total de 370 ans> qui soustraits de 760, année qui suivit celle de Tavénement d'Ivar Yidfadme au trône de la monarchie danoise j donnent un reste ^e 38o , lequel cointside parfaitement avec Tannée dans laquelle Odin doit avoir paru dans le Jutland et dans la Fionie. Et en effet, si après l^avénement dlvar y nous prenons un nombre égal d'années, et que nous alliofis en avant jusqu'à Tan 1 1 1 9 , nous trouverons vingt-quatre rois qui aui^nt environ quinze années pour chaque règne, Tun portant Fautre.

L'histoire de la Norwége compte vingt-un monat^es depuis Semming jusqu'à Harald 11,^ contemporain d'Ivar Yidfadme , et de là jus^

qu'en 1 1 19 > on trouve prëcisëment le même nombre de rois. Quant à la dynastie Ynglin-gienne en Suède , ses vingt-quatre rois depuis Yngve Tyrkia-Kongr jusqu'à Ingiald lUrâda , suivant la même règle de di&-huil ans et demi pour chaque règne , feraient reculer l'époque de l'arrivée de Sigge Fridulfson jusqu'à Tannée 3 1 o de notre ère ; mais si Ton considère que vingi-quatre rois successifs , depuis Ivar Vidfadme jusqu'à Ingo III, fils de Halstàn, mon en 1 129, ne régnèrent que 87 8 ans, et partant seulement quinze ans l'un dans l'autre , il paraît peu raisonnable de donner aux prédécesseurs d Ivar des règnes plus longs ; et la certitude s'accroît encore si , en continuant l'observation , on trouve jusqu'à l'avénemc^t de Gustave Vasa, en i,52i , vingt*cinq autres rois dans une période de 892 années, qui ne font également que quinze ans et huit mois pour chaque règne.

A ces calculs j'ajouterai, pour conclusion ^ les témoignages que me fournissent les généa* logies synchrones contenues dans les sagas ou chroniques du nord les plus accréditées. Celle de Hervora qui, nonobstant quelque^ fables qu'on y rencontre , est un de ces monumens^ précieux d'antiquité scandienne » dont Tau-*

thenticîté et le mérite réel ne peuvent être mis en question que par un Rûhs et des ergoteurs de sa trempe , dit en terme positifs que Sig'ur*^ lam y fils de SIgge y était trisaïeul de Hervora , dont la naissance ne peut être reculée au-delà du commencement du sixième siècle , puisqu'il est certain que son fils Heîdrek, fameux pirate et roi de la Reidgothie , vivait à la fin de ce môme siècle. L'histoire met six générations entre ce pirate et Sigui^d Hring , roi de Dane^ mark , à la fin du huitième siècle. Il y en au* rait par conséquent treize entre ce roi et Sigge ; en comptant trois générations par siècle y ce calcul nous ramène justement à l'époque cidessus fixée pour l'arrivée du dernier Odin dans la Scandinavie. Cette généalogie est confirmée dans le même Hervorar-Saga y par un autre d'Angrimr , grand-père d'Hervora y et arrière petit-fils d'Ârgrim qui était contemporain de Sigge.

La chronique nommée Fandinn Noregur > en rapportant la généalogie d'Alfhild y femme de ce même Sigurd Hring dont nous venons de parler, dit qu'elle descendait en quatorzième génération d'un prince Jote qui s'appelait Kare, et qui était également contemporain de Sigge y puisque son frère Hier reçut ches^ lui le chef

( 'So )

des Asiates, et quelques'-oos de seè compagnons à un souper splendide*

D'au très Sagas commen tes par Torfaeus disent^ que Sigurd Fofnisbane et sa femme Brynhild ou Brunebaut, dont la fille Aslaug ëpousa )e fameux Ragnar Lodbrog , fils de Stgfird Hring^, tdescendaient , le mari en quinzième et la femme en quatorzième génération , de ce même Kare contemporain de Sigge , ce qui confirme en* core ce que je viens de dire.

Je pourrais accumuler d'autres témoignages de cette nature ; mais outre que je ne veux pas ^donner aux détracteurs des Sagas Toccasion de médire , je crois en avoir assez dit pour mettre hors de doute 5 j'ose presque dire pour démontrer , que non - seulement Sigge , fils de Fridulf I sous le nom d'Odin y ne peut être arrivé dans la Scandinavie avant les dernières vingt-cinq années du quatrième siècle , mais aussi qu'il doit y être venu vers Tannée 38o de notre ère , peu de temps après Tirruption des Huns en Europe , soit qu il y ait amené un certain nombre d'Aiains fugitifs, retirés vers le nord après la première victoire des Huns , soit qu'ayec Athanarik , ou en suivant son exemple, il ait abandonné sa patrie après la défaite desYisigoths sur la rive droite du Dniestr*

Je me résume.

Le lecteur se rappellera qpe dans Tintrodac*tîon à cet opuscule ^ je me suis flatte que les faits exposes jusqu'ici ^ les inductions et les preuves que j'en ai tirées , en un mot ce qu'on vient de lire, persuaderait aux plus incrédules, non-seulement que l'accusation intentée à la Scandinavie , d'avoir produit les peuples bar*bares qui détruisirent l'empire de Rome et les monumens des scieiices, des lettres et des «beaux arts» est absurde, ridicule et injurieuse à des nations entières ; mais aussi que cette m^me Scandinavie fut , à la même époque , envahie par une colonie gothique de l'Asie.

C'est au lecteur impartial de juger si j'ai réussi ou non dans mon entreprise ; et pour le mettre à même de prononcer plus facilement ma sentence , je remettrai ici , sous ses yeux , comme dans un sommaire , la masse des probabilités ou des vérités historiques qui, je le crois, doivent résulter des diverses discussions contenues dans les deux parties de mon travail •qu'il vient de lire.

I • La Scandinavie , du temps des voyages de Py théas , était un pays presque désert , ne

présentant que des roches arides » des lacs nombreux et des forêts impénétrables.

2. Elle était alors occupée par des peuples de race finnoise qui^ plus tard et après Témîgration des Cimbres et des Teutons y cha$sés par des inondations de l'Océan , du nord-ouest de TAllemagne , en furent dépossédés par les Jotes ou Gutie , peuples gothiques originaires de TAsie centrale. Ces derniers étaient sans contredit établis dans la Suède ^ du temps de Pline et de Tacite.

3. Il suffît d'avoir une connaissance même superficielle de l'histoire du nord , du climat^ du sol y de la situation géographique^ en un mot dé l'aspect physique de la Scandinavie^ même de nos jours , pour se persuader que ce pays n'a jamais pu avoir une population excessive ; tous les témoignages de l'histoire prouvent qu'encore vers la fin du onzième siècle y les provinces méridionales même n'étaient peuplées que dans le voisinage de la mer , l'intérieur n'étant qu'une forêt continue et impénétrable. L'agriculture, le commerce et tout ce qui favorise la population y était ou inconnu ou négligé. Du temps du roi Charles XI , la population de la Suède arrivait à peine à un million et demi d'ames.

4* Le nombre , grand en apparence , de ces fameux pirates normands qui, durant plusieurs siècles, épouvantèrent et pillèrent toutes les côtes de l'Europe depuis la mer du Nord jusqu'à TArchipel , ne prouve rien en faveur d'une grande population de la Scandinavie; la plupart de ces forbans étaient Saxons, Vendes, Frisons, Belges, Anglais, Français même , et leur nombre a toujours été beaucoup au- .dessous de ce que la terreur et la crédulité le faisaient paraître.

5. Les témoignages de Strabon , de Pline , de Tacite , et d'autres écrivains des premiers siècles de notre ère , concourent à prouver qu'il était impossible que la Scandinavie pût alors envoyer au dehors des armées assez nombreuses, pour forcer les nations soumises à s'approprier leur langue , leurs lois et leur culte. Au contraire , tous les auteurs de cet âge-là , depuis Trogne Pompée jusqu'à Ammien Marcellin»

parlent constamment des Barbares comme de peuples sortis de l'Asie. La Scandinavie ellemême a reçu sa population de l'Asie centrale ; c'est ce que prouve l'affinité remarquable qui existe entre l'ancien idiome svéo-gothique et le samskrit de l'Inde. Celle des idiomes germaniques avec le persan n'est pas moins remarquable.

6.^ Ce que les anciens nons ont appris aa sujet des Basternes, des Peukines, des Gutes^ et d'antres nations golbiques du nord et de Test de rAUemngne , concourt à prouver que des colonies de ces peuples avaient passé dans la Scandinavie avant le commencement de notre ère , et qu'ils continuaient encore à s'y rendre du temp^ de Tacite et de Ploiénaée.

Le nom de Golhie donné à une portion de la péninsule Scandinave, vient de celui de Gnt* land, Gulland ou Jylland (pays des Gutes ou Jotes). La malheureuse manie des moines de rapprocher les noms ancii^ns des modernes, a bouleversé et l'histoire et la géographie de toute cette partie du monde*

^ 7. L'île de Gottland n'a jamais pu être ni la patrie ni le séjour des peuples barbares , que Jôrdanes et d autres ont voulu en faire sortir , dès une époque voisine de celle du déluge , puisqu'on sait avec certitude qu'elle était à peine découverte et peuplée au commencement de l'ère chrétienne. Des écrivains judicieut du seizième siècle se moquaient à ce sujet des sornettes de Jôrdanes. L'île de Gottland n'a pas besoin d'une célébrité pareille ; ses lois maritimes et ses cartes de navigation sont pour elle des monumens d'une gloire bien plus durable.

6. L'évéqoe Jordanes n^a donc fait que rêver , s'il n'était en délire , lorsqu'il composa ses fables sur l'origine des Croths j qu'il coiïfond avec les Gètes , en s'appuyant du témoignage d'Âblavitts , dont l'existence est plus que douteuse , et d'une histoire de Gassiodore que notre compilateur avait lue à la hâte , et que y d'après son propre aveu , il a défigurée d'un bout à l'autre. M* Pinkerton a eu raison de le traiter de visionnaire, ainsi que tous ceux qui ont propagé se6 erreurs ; mais il a tort de compter parmi eux saint Isidore de SéVille , et dé dire à ce sujet dès injures aux liUéràienrs Scandinaves.

9. L'irruption des Huns en Europe, vers l'an 376 de notre ère, sépara tout d'un coup les nations du midi de celles du nord de cette partie de là terre , et mit en branle les peuplades guerrières de la Germanie et de la Sar^ matie, pour se porter vers le midi afin d'y prendre part au démembrement de la monarchie romaine. S'imaginer avec M. Malte-Brun , que quelques Scandinaves aient pu , dans des entreprises militaires antérieures à cette époque, donner leur langue et leurs moeurs à toutes les nations gothiques fixées entre la mer Bakîque et le Pont-Euxin n'est , comme

( i560 le dît un proverbe français » qu'un coup d'ëpée dans Teau» Il est prouvé que la langue et Iç culte des Jotes ^ aussi bien que celui des Âses de la Scandinavie^ furent dans le fond lesmêmes que ceux des Goihs de la Scy thie ; et jamais une entreprise purement militaire , exécutée par un petit nombre de soldats de fortune sans lalens, n'a changé ni ne changera l'état de la civilisation d'un grand peuple. .

i(^. En admettant avec Jordanes que les Goths fqssent sortis de la Scandinavie à une époque reculée^ il faudrait supposer ^ que les émigrans furent bien peu nombreux y puisqu'ils n'employèrent que trois petites barques pour traverser la mer Baltique ; il faudrait encore croire que pas un seul des premiers émigrans n'arriva aux bords du Pont-Ëuxin , puisque ce ne fut que sous leur cinquième roi qu'ils se mirent en marche pour la Scythie.

Mais les pères de l'histoire scandienne» les savans Irlandais antérieurs au treizième siècle n'ont jamais rien su de pareilles expéditions ; il était réservé aux compilateurs du seizième et du dix-septième siècle de ruiner les bases de cette précieuse histoire y en renchérissant sur les rêveries et les impostures de Jordanes*

1 1. Bien loin de pouvoir envoyer au- dehors

dès armées innombrables , la Scandinavie , très-pauvre en population , reçut des rives du Don, à différentes époques, des colonies gothiques , et vers la fin du quatrième siècle de BOlre ère, l'immigration d^un certain nombre de législateurs asiates lui donna comme une existence nouvelle.

1 2. Malgré le silence , ou plutôt Fignorance des historiens latins et grecs des premiers siècles du moyen âge , cette immigration dans la Scandinavie est incontestable ; l'ignorance même des historiens anciens prouve qu'un tel événement ne peut avoir eu lieu avant l'arrivée des Huns en Europe. Le commerce de l'ambre jaune qui , depuis le siècle d'Auguste , ne fut interrompu qu'à cette époque, eût procuré, du moins aux Romains , la connaissance d'ua fait aussi remarquable.

1 3. Il est indubitable qu'un certain nombre d'Alains vaincus par les Huns , se retirèrent vers le nord de la Sarmatie européenne el vers les côtes méridionales de la mer Baltique , où ils se mêlèrent avec les tribus germaniques ; et tout porte à croire qu'ils entrèrent, peu de temps après f dans la Scandinavie , afin de se retirer le plus loin possible ^ du théâtre des irruptions des Barbares.

1 4« Le Caucalaod où Athanarik se réfugia lorsque Balamir eut passé le Dniestr, n'était situé ni sur le Pruth , ni dans une lie du Da* nube 9 mais dans les Alpes basterniques ou Ters les confins des Roxolans ou autres peuples sarmates. Il n'est pas prouvé que cet Athana*^ rik soit celui qui mourut, en 38i , à la cour de l'enapereur Théodose.

i5« Quoiqu'il soit difficile d'affirmer que Sigge Fridulfson ail été plutôt almn que yisigoth 9 il est de toute vraisemblance qu'il fut originaire des bords du Don , à l'est de la mer d'Azof 9 où les Alains avaient établi leur demeure depuis nombre de siècles ; et la marche que les chroniques du^ord font tenir à cet homme célèbre, n'est pas aussi inexplicable que des écrivains trop sceptiques ont voulu le faiçe croire.

1 6. Parti des bords du Pont^Euxin , Sigge se porta d'abord dans la Haute-Russie , où il bâtit une ville vers l'embouchure de la Diîna , en y laissant un de ses fils ou compagnons à la tête des affaires* Ce fut probablement là qu'il eut connaissance des grandes migrations/{ui se faisaient en Allemagne , des bords de la mer Baltique , ce qui l'engagea à se rendre chez les Gottons dans la Prusse actuelle*

17. Il est plus que probable que les Asiates laissés par Sigge dans la Reidgdthie aient pea après formé , avec les Goltons et Jes tribus vendiques et fipqoises leurs voisines , ce peuple

' mélangé connu dès le si:(Ièaie siècle sous le nom de Yidivarieqs, et plus tard sous celui de Lettoniens, De la Prusse d'aujourd'hui , Sigge se rendit y en côtoyant la mer Baliiqqe , dans la péninsule des Glinbres et de là dans rUé de l^uneq , ou il bâùt la ville d'Odensée.

18. Il n'est ni nécessaire, ni même probable, que Sigge ail soumis par la force des armes , les contrées qu'il traversait dans sa marche, IL n'est pas même essentiel qu'il ait conduit avec lui 139 grand nombre d'homqies et de femmes.

Son principal obje^^tait de trouver une contrée lointaine » où il pût s'établir et vivre éloigné de tonte notion des Barbares ; et il est bien moins difficile qu'qn ne semble le croire , qqe par le charme de spn éloquence et par I9 supériorité de ses manières et de ses talens > il ait pbtenu sans difficulté , des différentes nalipos gothi-* ques qu'il visitait , h permission de se rendre à sa destination » qui , dès le principe , parait avoir été dirigée vers la Scandinavie. .

ig. Ces mêmes talens qui lui avaient fray4 le chemin jusqu'à TUe de fimea, bii prpçu*

rèrent encore Tentr^e et le pouvoir suprême dans la Suède. £tabli à Sigtuna qu'il bâtit , il introduisit bientôt y dans toute la Scandinavie y Todinisme avec les mœurs et les usages de ses compagnons asiates , peut -* être même leur idiome , sans rien changer d'essentiel à l'état civil et politique du peuple , livre précëdem*ment aux dogmes du fétichisme naturel et de la métempsycose , et au culte d'un petit nombre de divinités mystiques, mais sans idoles , ni temples*

20. En s'appuyant des idées de métempsycose admises chez les Jotes , Sigge se fit croire animé de l'esprit des anciens Odin , incarnations du Dieu suprême de la guerre et de la nature destructive. Ce serait rendre un service inestimable à l'histoire septentrionale de l'ancien monde , que de rechercher les véritables points de contact et de séparation des deux mythologies scandiennes avant et après ce dernier Odin. Au reste , rien de très-surprenant dans ce que fit Sigge dans la Scandinavie: un génie transcendant qui trouve son compte à être fourbe , et qui a dans ses mains les armes de tout genre , que ne peut-il faire accroire à un peuple simple , grossier et crédule ?

21, La révolution que ce grand homme

opéra

opéra dans le Nord , n'a pu arriver avant les dernières vingt-cinq années du quatrième siècle ; les dynasties qu il y fonda , ne peuvent être reculées au'^delà de cette époque. D'un autre côté , ces évënemens ne peuvent pas être postérieurs à cette même ëpoque. Les preuves qui déterminent cette époque d'une manière presque absolue , coïncident avec tout ce que nous savons de l'histoire contemporaine des autres peuples du Nord et du Midi de TËurope.

22. Il serait ridicule , absurde même ^ de supputer , en chronologie , le nombre des règnes par celui des générations. Mais en prenant pour règle le terme moyen de tous les diSérens règnes contemporains, comparés avec celui que nous fournit l'histoire certaine des trois royaumes du Nord , on trouve un nouveau terme moyen qui , appliqué au nombre des rois depuis Sigge jusqu'à Tannée ySo, fixe l'arrivée de ce grand homme dans la Scandinavie à Tannée 38o de notre ère. Plusieurs généalogies rapportées par des Sagas dont Tauthenticité n'est point douteuse , concourent à donner de Texactitude de ce calcul une preuve surabondante.

Ces résultats > tirés sommairement des difTé-

( «6:. ) rentes sections qui composent cet écrit , me paraissent des faits absolument hors de doute , et je ne balance pas à les présenter comme tels à tous les véritables amis de l'histoire. J'ose croire qu'ils suffiront pour démontrer :

1.^ L'impossibilité locale et historique de l'origine Scandinave des peuples barbares da moyen âge;

2.0 L'entrée d'une colonie d'Asiates dans la Scandinavie vers la fin du quatrième siècle de notre ère , et que par conséquent j'ai rempli , autant qu'il m'a été possible y la tâche que je m'étais imposée.

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