HISTORIQUE
La scarlatine puerpérale est de connaissance déjà fort ancienne et dans l'historique de cette maladie il semble qu’il faille distinguer trois époques.
La première étape correspond aux faits anciens: certains auteurs avaient observé, dans les Maternités, de petites épidémies de scarlatine, survenant chez les accouchées et de pronostic fréquemment mortel. Mais ces descriptions manquent de précision ; telles sont les relations de Welsh en 1655, de Hamilton en 1740, de Ludwig en 1758, de Bricude en 1782, qui sont trop incertaines pour être retenues.
Nous situerons la deuxième période au xIxe siècle, surtout dans ses dernières années où la fréquence chez les accouchées d'épidémies d’érythèmes infectieux ayant tous les caractères cliniques de la scarlatine posa la question des rapports de la scarlatine et de la puerpéralité.
Le premier, Malfatti, à la Maternité de Vienne en 1799 relata avec soin une épidémie de fièvre exanthématique ayant tous les caractères de la scarlatine sauf Jangine, survenant du 2°.-au 7° jour des suites de couches, et transmissible, dans certains cas, à l’entourage.
Senn, dans sa thèse de 1825, rapporte à son tour
= 90 = une épidémie de scarlatine chez les accouchées, observées à la Maternité de Paris. Dance, à l'Hôtel-Dieu Helm en Allemagne publient des cas analogues.
C’est alors, dans la deuxième moitié du xixe siècle que paraissent les travaux nombreux qui soulignent lès discussions passionnées que soulevait Ja nature de la scarlatine puerpérale.
S'agissait-il de scarlatine véritable ou d’exanthème scarlatiniforme d’origine puerpérale. A l’une ou l'autre dé ces opinions se rangèrent les nombreux auteurs qui s’occuppèrent de la question.
La plupart des classiques, Helm, Winkel, Retzius, Schroeder, A. Guéniot, Doléris, Lucas Championnière, voyaient en ces prétendues scarlatines, de simples érythèmes infectieux liés à l'infection puerpérale.
Au contraire, d’autres auteurs, aussi nombreux, Senn en 1825, Hervieux dans son Traité des Maladies puerpérales en 1870, Olshausen dans son Mémoire allemand de 1875, Colson, Léopold Meyer, Renvers, Lesage dans sa thèse de 1877, Siredey et son élève Legendre dans sa thèse de 1881, Durand dans sa thèse de 1891, Bergé dans sa thèse de 1895, affirment la nature véritablement scarlatineuse de l’éruption, au moins dans un grand nombre de cas. Il y eut, à ce sujet, de nombreuses et vives discussions, notamment à la Société Obstétricale de Londres en 1875.
Depuis, la question de la scarlatine puerpérale semblait être tombée en sommeil et, de fait, depuis le début du xxe siècle, bien peu de cas en furent signalés.
Lemarquand, dans sa thèse de 1906, consacrée à
« Scarlatine Maternelle et nourrisson »,n’a qu’une seule observation de scarlatine puerpérale et dans les trente dernières années on ne relève que quelques cas sporadiques et quelques petites épidémies, à Lyon en 1909 et 1921, à Toulouse en 1912, à Paris en 1919-1920.
Le problème restait donc en suspens lorsque la découverte récente des procédés nouveaux de discrimination donna à la question un regain d’actualité et jeta une lumière nouvelle à la fois sur la nature des exanthèmes puerpéraux et sur le problème étiologique de la scarlatine en général. |
Aussi ces dernières années ont-elles vu paraître différents travaux consacrés à la scarlatine puerpérale parmi lesquels nous citerons surtout la thèse Lyonnaise de Thouveny en 1922, inspirée par Mouriquand, l'étude de De Lavergne et Fruhinsholz en 1928 sur le Problème actuel de la Scarlatine des accouchées et l’article de P. Baïze et M. Mayer dans la Presse Médicale du 3 août 1929. °
Nous nous permettrons de rapporter quelques-unes des observations de ces auteurs, observations qui viennent à l'appui des nôtres.
ÉTIOLOGIE
La scarlatine puerpérale s’observe par définition chez les femmes en couches, presque toujours, il est intéressant de le noter, après un accouchement normal et à terrne, rarement après un accouchement prématuré, exceptionnellement après un avortement comme dans notre observation VI; nous n'en avons point trouvé d'autres cas dans la littérature.
Du point de vue dela date d'apparition toutes les statistiques montrent nettement que la date la plus fréquente va du 2€ au 5e jour après l'accouchement et sur ce point tous les auteurs s'accordent de façon remarquable. Malfatti ne l’observe jamais après le 10€ jour, Senn l’observe du 2° au 38 jour, Trousseau au 4° jour, Retzius au 3° jour, Braxton Hicks du 3° au 5° jour, Renvers du 4e: au 3e jour.
Lesage dans sa statistique de 132 cas, Durand dans sa thèse portant sur 141 cas notent l’apparition des pre-
miers symptômes.
Lesage Durand
Avant l’accouchement..... 8 fois 6 fois AUSBOEA ADS Me rer. ot DO — 8 — 4 à 2 jours après......... 7 — 61 — SCORE ie Das ae que 64 — 27 — HS AA CIO SLT 53 — 22 —
apres 16189 Jour... ... 0 —
OL, D ie
Plus récemment, Thouveny note dans ses 11 observations une date d'apparition constante du 3e au 5° jour, De Lavergne et Fruhinsholz ont 4 cas du 38€ au 6° jour, un seul au 10° jour. Enfin les 6 observations que nous publions ne dérogent en rien à la règle; deux fois la scarlatine apparut au 3° jour deux fois au 7. jour, une fois seulement au 10° jour des suites de couches.
On est frappé par la régularité de cette date d’apparition qui correspond de façon singulière à la durée ordinaire d’incubation de la scarlatine non puerpérale si l’on admet, ce qui semble probable, que la femme est contaminée au moment de l’accouchement. Tous les auteurs ont insisté sur ce point et Trousseau, notamment, dit: « les femmes grosses restaient en général à l'abri de l'influence épidémique mais, 36 à 48 heures après leur délivrance, l’éruption scarlatineuse se manifestait. »
La première partie de cette phrase nous amène à constater qu’en effet la scarlatine de la femme enceinte est une véritable exception.
La scarlatine a une véritable prédilection pour les accouchées et respecte de façon à peu près constante les femmes gravides. Tout se passe comme si, loin d’être en état d’anergie gravidique, elles possédaient une véritable immunité qui disparait au moment de l’accouchement, Cependant de nombreux auteurs et Hervieux notamment, nient l'existence de cette immunité. Mais, ce qu'il importe de souligner surtout, c'est l’étonnante disproportion entre le nombre de cas de scarlatine avant etaprès l'accouchement.
Si toutle monde est d'accord sur ce dernier point, il